
Dans un contexte économique tendu, la sécurité est parfois reléguée au second plan. Pourtant, à l’heure où la stratégie VISION ZERO s’impose comme cap national, une double conviction s’affirme : la non-sécurité coûte toujours plus cher que la prévention et un chantier performant commence par un environnement de travail sûr, sain et durable.
Guy Siebenaler
Associé directeur opérationnel d’Argest
« Même s’il existe des obligations légales en la matière, le contexte économique tendu fait que la sécurité est souvent reléguée au second plan, au profit d’une rentabilité immédiate. La demande baisse - donc les prix aussi - alors que les frais, eux, restent, voire augmentent. Les chantiers sont soumis à de multiples contraintes - budgétaire, de temps,de manque de personnel qualifié, de manque de personnel tout court - et les entreprises subissent une forte pression en termes de coûts et de délais.
Dans ce contexte, beaucoup refusent de payer pour quelque chose qui n’arrivera peut -être pas… si on a de la chance. La sécurité doit donc s’intégrer dans un contexte très concurrentiel.
La vraie question à se poser est : est-ce que c’est la sécurité ou la non-sécurité qui coûte le plus cher ? C’est une histoire de perception : l’accompagnement sécurité n’est pas seulement un poste budgétaire, c’est aussi et surtout un suivi fondamental du début à la fin d’un projet, une présence qui apporte une plus-value souvent sous-estimée. On nous donne une obligation de résultat - il ne faut pas avoir d’accident -, sans nous offrir les moyens nécessaires pour y parvenir. Or, la prévention coûtera toujours moins cher qu’un accident. »
Georges Wagner
Chargé de direction à l’Association d’assurance accident (AAA)
« Au Luxembourg, la sécurité, la santé et le bien-être au travail occupent aujourd’hui une place centrale dans les entreprises. Elles ne sont plus perçues uniquement comme une obligation réglementaire, mais comme un véritable enjeu humain et économique.
C’est dans cet esprit que s’inscrit la stratégie de la VISION ZERO. VISION ZERO est, au départ, une campagne internationale, que le Luxembourg est d’ailleurs un des premiers pays à avoir mise en place. En 2022, elle a été adoptée par le Gouvernement et est devenue une stratégie nationale. Son objectif est clair : encourager les entreprises à investir durablement dans la prévention afin d’améliorer la sécurité, la santé et désormais le bien-être des salariés.
Les résultats parlent d’eux-mêmes : depuis son lancement, la fréquence des accidents du travail a diminué de près de 40 %. Une preuve concrète que la prévention fonctionne lorsqu’elle est collective et structurée. Le Forum Sécurité-Santé au Travail illustre parfaitement cette dynamique. Il réunit l’ensemble des acteurs de la SST : chefs d’entreprise, salariés désignés et délégués à la sécurité, institutions, exposants et experts. Tout au long de la journée du 25 mars 2026, les visiteurs découvriront des solutions concrètes, participeront à des workshops et échangeront autour des grands enjeux actuels.
Car le monde du travail évolue. Vieillissement de la population active, charge mentale, mobilité, télétravail : ces réalités nous amènent à faire évoluer VISION ZERO. À la sécurité et à la santé s’ajoute désormais pleinement le bien-être au travail, un axe sur lequel nous souhaitons investir davantage. VISION ZERO repose sur une conviction forte : la prévention est une responsabilité collective. C’est ensemble que nous construisons un environnement de travail plus sûr et plus sain. Tous engagés pour la VISION ZERO ! »
Rafael Raimundo
Chef du service de la Formation continue à la Chambre des Métiers
« Le rôle de la Chambre des Métiers est de sensibiliser les entreprises à des thématiques qui peuvent être complexes comme la santé et la sécurité au travail, mais aussi le développement durable ou la RSE.
Nous les accompagnons dans leurs obligations légales, comme la formation d’un travailleur désigné dès qu’il y a un salarié, tout en les aidant à réfléchir à ce qu’elles peuvent améliorer au quotidien. Notre approche consiste à montrer que, parfois simplement avec de petits ajustements et en s’inspirant des bonnes pratiques observées dans d’autres secteurs, elles peuvent faire différemment, et mieux.
Nous le faisons à travers des formations, des ateliers, des conférences, des articles et, bien sûr, le Forum Sécurité-Santé, moment clé de partage et d’information sur la santé et la sécurité au travail. Aujourd’hui, la grande majorité des employeurs au Luxembourg comprennent que la santé et la sécurité font partie intégrante de la vie de l’entreprise.
Il ne s’agit pas seulement de prévenir les accidents, mais aussi d’adopter une approche plus globale du bien‑être au travail, en prenant en considération la création d’un environnement de travail sain, la prévention des risques psychosociaux ainsi que la qualité de vie au travail, et de l’intégrer pleinement dans les pratiques du secteur artisanal. »
Dr Benoît Lavalleye
Médecin au Service de Santé au Travail de l’Industrie (STI)
« Dans le secteur de la construction, les atteintes les plus fréquentes restent les troubles musculosquelettiques liés au port et à la manutention répétée de charges. Ils concernent principalement les membres supérieurs et la colonne lombaire.
On observe également des cas d’hypoacousie professionnelle dus à une exposition chronique au bruit. Le risque chimique ne doit pas être sous-estimé — notamment l’exposition potentielle à l’amiante pour les travaux de démolition ou de rénovation, l’exposition à la silice ainsi qu’à différents composés comme les solvants, colles, résines, etc.
Les risques psychosociaux semblent, en revanche, être moins marqués actuellement que dans d’autres secteurs d’activité. Sous réserve d’une validation par des données plus scientifiques, ceci pourrait être expliqué par le fait que le travail en équipe est très présent dans la construction et que les relations humaines paraissent souvent être moins conflictuelles.
Il n’y a pas de solution miracle. Les progrès techniques, l’automatisation et l’utilisation de machines ont déjà permis d’alléger certains efforts, mais la manutention répétitive est inhérente aux métiers de la construction et elle reste la principale source de pathologies.
À l’avenir, l’intelligence artificielle pourrait contribuer à limiter encore davantage les contraintes physiques. Cela implique cependant de remplacer les humains par des machines sur certaines tâches, ce qui soulève d’autres questions.
L’apparition de nouveaux matériaux, comme les nanomatériaux, changera également la donne, mais nécessite une vigilance particulière. Enfin, l’impact du changement climatique sur les conditions de travail reste une question ouverte. »
Jérôme Sautré
Field Inspector et travailleur désigné chez SECO Luxembourg et Geolux
« La santé et la sécurité au travail reposent sur une approche structurée et proactive. Il ne s’agit pas uniquement de respecter un cadre réglementaire, mais de mettre en place une véritable culture de prévention, adaptée aux réalités de chaque métier.
La sensibilisation en fait pleinement partie : signaler les incidents et accidents n’est pas une formalité administrative, c’est un levier essentiel pour améliorer en continu les pratiques et renforcer durablement la sécurité collective.
Chez SECO Luxembourg et Geolux, nous commençons par analyser les risques spécifiques à chaque fonction. Cette évaluation permet de définir des mesures concrètes et proportionnées.
Sur cette base, nous mettons en place des programmes de formation adaptés à chaque métier, en insistant notamment sur le port des équipements de protection individuelle (EPI), la vigilance au poste de travail et l’importance de conditions adéquates, comme un éclairage conforme et sécurisé.
Nous veillons également à la conformité des bâtiments qui accueillent nos équipes. SECO intervient aussi comme expert externe en matière de sécurité auprès de différentes entités. En collaboration étroite avec leur travailleur désigné, nous réalisons des analyses de risques approfondies et définissons des procédures claires et opérationnelles afin de réduire durablement les situations dangereuses et structurer une véritable démarche de prévention. »
Propos recueillis par Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #77 - mars 2026







































