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Focus sur une thématique pointue à travers le regard aiguisé d’experts en la matière

Publié le 16 mars 2026
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mars 2026

Santé & Sécurité

Santé & Sécurité
Le coût du risque, la valeur de la prévention
Le coût du risque, la valeur de la prévention

Dans un contexte économique tendu, la sécurité est parfois reléguée au second plan. Pourtant, à l’heure où la stratégie VISION ZERO s’impose comme cap national, une double conviction s’affirme : la non-sécurité coûte toujours plus cher que la prévention et un chantier performant commence par un environnement de travail sûr, sain et durable.

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Guy Siebenaler

Associé directeur opérationnel d’Argest

« Même s’il existe des obligations légales en la matière, le contexte économique tendu fait que la sécurité est souvent reléguée au second plan, au profit d’une rentabilité immédiate. La demande baisse - donc les prix aussi - alors que les frais, eux, restent, voire augmentent. Les chantiers sont soumis à de multiples contraintes - budgétaire, de temps,de manque de personnel qualifié, de manque de personnel tout court - et les entreprises subissent une forte pression en termes de coûts et de délais.

Dans ce contexte, beaucoup refusent de payer pour quelque chose qui n’arrivera peut -être pas… si on a de la chance. La sécurité doit donc s’intégrer dans un contexte très concurrentiel.

La vraie question à se poser est : est-ce que c’est la sécurité ou la non-sécurité qui coûte le plus cher ? C’est une histoire de perception : l’accompagnement sécurité n’est pas seulement un poste budgétaire, c’est aussi et surtout un suivi fondamental du début à la fin d’un projet, une présence qui apporte une plus-value souvent sous-estimée. On nous donne une obligation de résultat - il ne faut pas avoir d’accident -, sans nous offrir les moyens nécessaires pour y parvenir. Or, la prévention coûtera toujours moins cher qu’un accident. »


Georges Wagner

Chargé de direction à l’Association d’assurance accident (AAA)

« Au Luxembourg, la sécurité, la santé et le bien-être au travail occupent aujourd’hui une place centrale dans les entreprises. Elles ne sont plus perçues uniquement comme une obligation réglementaire, mais comme un véritable enjeu humain et économique.

C’est dans cet esprit que s’inscrit la stratégie de la VISION ZERO. VISION ZERO est, au départ, une campagne internationale, que le Luxembourg est d’ailleurs un des premiers pays à avoir mise en place. En 2022, elle a été adoptée par le Gouvernement et est devenue une stratégie nationale. Son objectif est clair : encourager les entreprises à investir durablement dans la prévention afin d’améliorer la sécurité, la santé et désormais le bien-être des salariés.

Les résultats parlent d’eux-mêmes : depuis son lancement, la fréquence des accidents du travail a diminué de près de 40 %. Une preuve concrète que la prévention fonctionne lorsqu’elle est collective et structurée. Le Forum Sécurité-Santé au Travail illustre parfaitement cette dynamique. Il réunit l’ensemble des acteurs de la SST : chefs d’entreprise, salariés désignés et délégués à la sécurité, institutions, exposants et experts. Tout au long de la journée du 25 mars 2026, les visiteurs découvriront des solutions concrètes, participeront à des workshops et échangeront autour des grands enjeux actuels.

Car le monde du travail évolue. Vieillissement de la population active, charge mentale, mobilité, télétravail : ces réalités nous amènent à faire évoluer VISION ZERO. À la sécurité et à la santé s’ajoute désormais pleinement le bien-être au travail, un axe sur lequel nous souhaitons investir davantage. VISION ZERO repose sur une conviction forte : la prévention est une responsabilité collective. C’est ensemble que nous construisons un environnement de travail plus sûr et plus sain. Tous engagés pour la VISION ZERO ! »


Rafael Raimundo

Chef du service de la Formation continue à la Chambre des Métiers

« Le rôle de la Chambre des Métiers est de sensibiliser les entreprises à des thématiques qui peuvent être complexes comme la santé et la sécurité au travail, mais aussi le développement durable ou la RSE.

Nous les accompagnons dans leurs obligations légales, comme la formation d’un travailleur désigné dès qu’il y a un salarié, tout en les aidant à réfléchir à ce qu’elles peuvent améliorer au quotidien. Notre approche consiste à montrer que, parfois simplement avec de petits ajustements et en s’inspirant des bonnes pratiques observées dans d’autres secteurs, elles peuvent faire différemment, et mieux.

Nous le faisons à travers des formations, des ateliers, des conférences, des articles et, bien sûr, le Forum Sécurité-Santé, moment clé de partage et d’information sur la santé et la sécurité au travail. Aujourd’hui, la grande majorité des employeurs au Luxembourg comprennent que la santé et la sécurité font partie intégrante de la vie de l’entreprise.

Il ne s’agit pas seulement de prévenir les accidents, mais aussi d’adopter une approche plus globale du bien‑être au travail, en prenant en considération la création d’un environnement de travail sain, la prévention des risques psychosociaux ainsi que la qualité de vie au travail, et de l’intégrer pleinement dans les pratiques du secteur artisanal. »


Dr Benoît Lavalleye

Médecin au Service de Santé au Travail de l’Industrie (STI)

« Dans le secteur de la construction, les atteintes les plus fréquentes restent les troubles musculosquelettiques liés au port et à la manutention répétée de charges. Ils concernent principalement les membres supérieurs et la colonne lombaire.

On observe également des cas d’hypoacousie professionnelle dus à une exposition chronique au bruit. Le risque chimique ne doit pas être sous-estimé — notamment l’exposition potentielle à l’amiante pour les travaux de démolition ou de rénovation, l’exposition à la silice ainsi qu’à différents composés comme les solvants, colles, résines, etc.

Les risques psychosociaux semblent, en revanche, être moins marqués actuellement que dans d’autres secteurs d’activité. Sous réserve d’une validation par des données plus scientifiques, ceci pourrait être expliqué par le fait que le travail en équipe est très présent dans la construction et que les relations humaines paraissent souvent être moins conflictuelles.

Il n’y a pas de solution miracle. Les progrès techniques, l’automatisation et l’utilisation de machines ont déjà permis d’alléger certains efforts, mais la manutention répétitive est inhérente aux métiers de la construction et elle reste la principale source de pathologies.

À l’avenir, l’intelligence artificielle pourrait contribuer à limiter encore davantage les contraintes physiques. Cela implique cependant de remplacer les humains par des machines sur certaines tâches, ce qui soulève d’autres questions.

L’apparition de nouveaux matériaux, comme les nanomatériaux, changera également la donne, mais nécessite une vigilance particulière. Enfin, l’impact du changement climatique sur les conditions de travail reste une question ouverte. »


Jérôme Sautré

Field Inspector et travailleur désigné chez SECO Luxembourg et Geolux

« La santé et la sécurité au travail reposent sur une approche structurée et proactive. Il ne s’agit pas uniquement de respecter un cadre réglementaire, mais de mettre en place une véritable culture de prévention, adaptée aux réalités de chaque métier.

La sensibilisation en fait pleinement partie : signaler les incidents et accidents n’est pas une formalité administrative, c’est un levier essentiel pour améliorer en continu les pratiques et renforcer durablement la sécurité collective.

Chez SECO Luxembourg et Geolux, nous commençons par analyser les risques spécifiques à chaque fonction. Cette évaluation permet de définir des mesures concrètes et proportionnées.

Sur cette base, nous mettons en place des programmes de formation adaptés à chaque métier, en insistant notamment sur le port des équipements de protection individuelle (EPI), la vigilance au poste de travail et l’importance de conditions adéquates, comme un éclairage conforme et sécurisé.

Nous veillons également à la conformité des bâtiments qui accueillent nos équipes. SECO intervient aussi comme expert externe en matière de sécurité auprès de différentes entités. En collaboration étroite avec leur travailleur désigné, nous réalisons des analyses de risques approfondies et définissons des procédures claires et opérationnelles afin de réduire durablement les situations dangereuses et structurer une véritable démarche de prévention. »

Propos recueillis par Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #77 - mars 2026

Tous engagés pour la vision zéro
Tous engagés pour la vision zéro

Déployée depuis une dizaine d’années, la démarche VISION ZERO, portée conjointement par l’AAA, l’UEL et l’INDR, érigée en stratégie nationale en 2022, poursuit son développement. C’est dans ce contexte que se tiendra la 19e édition du Forum Sécurité- Santé au Travail, le 25 mars 2026 à LuxExpo The Box.

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Interview de Georges Wagner, Chargé de direction, et Elio Rerman, Chargé d’études du service prévention, à l’Association d’Assurance Accident (AAA)

Globalement, quelle est la situation au Luxembourg en matière de sécurité et santé au travail ?

Georges Wagner : Au Luxembourg, la sécurité et la santé au travail (SST) occupent une place de plus en plus centrale dans les entreprises, qui y voient désormais un enjeu à la fois humain et économique. La stratégie VISION ZERO a été lancée en 2016.

Comment la situation a-t-elle évolué depuis ?

GW : VISION ZERO est, au départ, une campagne internationale et le Luxembourg était un des premiers pays à l’avoir mise en place. En 2022, elle a été adoptée par le Gouvernement et est devenue une stratégie nationale. Le but est de sensibiliser les entreprises à investir dans la sécurité et la santé au travail pour améliorer la situation de leurs salariés.

Depuis son lancement, la fréquence des accidents a diminué de près de 40 %, ce qui montre que la prévention fonctionne.

Vous organisez chaque année le Forum Sécurité-Santé au Travail. Quel est aujourd’hui son rôle dans le paysage luxembourgeois de la prévention ? À quel public s’adresse-t-il ?

GW : Le Forum est un lieu de rencontre pour tous les acteurs de la SST : les chefs d’entreprises mais également les salariés désignés et délégués à la sécurité, ainsi que tous les organismes de formation ou acteurs présents dans le domaine, par exemple les experts en ergonomie ou risques psychosociaux.

Tout au long de la journée du 25 mars 2026, les visiteurs pourront parcourir une centaine de stands d’exposants venus présenter leurs produits et services dans le domaine de la SST. Ils pourront aussi participer à des workshops sur différentes thématiques ; ces workshops sont d’ailleurs reconnus comme formation continue pour les salariés désignés.

Dans la matinée, nous remettrons le Prix SST conjointement avec l’ITM, la Direction de la santé, l’Union des Entreprises Luxembourgeoises (UEL) et l’INDR. Nous en profiterons également pour présenter le nouveau logo de la VISION ZERO.

Y aura-t-il des nouveautés cette année ?

GW : La nouveauté cette année sera la présence de plusieurs institutions françaises, allemandes et internationales, dont l’AISS (Association internationale de la sécurité sociale), qui disposera d’un stand.

Vous avez parlé d’un nouveau logo. Pourquoi avoir revu votre identité visuelle ?

GW : Cette nouvelle image reflète l’évolution du monde du travail. Au fil des années, nous avons assisté à de nouveaux enjeux comme le vieillissement de la population active, la mobilité qui est de plus en plus sous tension, l’augmentation de la charge mentale ou encore la réorganisation du travail liée au télétravail. La VISION ZERO se doit donc également d’évoluer en conséquence.

Dans quel sens va-t-elle évoluer ?

GW : Jusqu’à présent, nous avons toujours mis en avant la sécurité et la santé au travail. Désormais, nous y ajoutons un troisième volet qui est le bien-être au travail. C’est sur ce point que nous investirons davantage à l’avenir.

Pouvez-vous nous parler de la nouvelle campagne de sensibilisation au risque routier dans un contexte professionnel que vous avez citée ?

Elio Rerman : Pour l’AAA, le risque professionnel lié aux accidents de la circulation englobe aussi bien les trajets domicile-travail allers et retours, que l’ensemble des déplacements effectués dans le cadre de missions professionnelles : rendez-vous chez un client, déplacements entre chantiers ou livraison de matériel.

Environ 3.000 accidents de trajet sont déclarés chaque année, et c’est un risque qui peut malheureusement parfois avoir une issue fatale puisque, de 2019 à 2024, nous avons enregistré 25 décès liés à des accidents de ce type.

Dans sa nouvelle campagne « sécurité routière au travail – les petites contraintes », l’AAA a choisi d’aborder le sujet sur le ton de l’humour, parce que c’est un vecteur fort pour faire passer des messages de prévention. La campagne est diffusée sur plusieurs canaux afin de toucher un large public.

Depuis la mi-février, les messages sont relayés via 45 panneaux routiers sur le réseau national, des spots radio et les réseaux sociaux.

Pourquoi avoir choisi l’angle des « petites contraintes » ?

ER : Nous essayons de prendre en compte les réticences parfois exprimées sur les chantiers, par exemple l’idée que le port du casque peut être perçu comme une contrainte, et nous cherchons ensuite à y répondre par une approche pédagogique.

Certes, le port du casque, qu’il s’agisse d’un casque de chantier, de vélo ou de moto, peut parfois sembler contraignant, mais il apporte un gain majeur en matière de sécurité. Le message principal de la campagne est donc que ces petits efforts en valent la peine, car ils permettent de sauver des vies.

Cela vaut d’ailleurs pour l’ensemble des sujets abordés par notre campagne sécurité routière au travail, notamment le port de la ceinture, le respect des distances de sécurité ou encore les risques liés à l’alcool au volant.

Comment les employeurs peuvent-ils s’approprier cette campagne et la relayer auprès de leurs équipes ?

ER : Nous mettons différents outils de prévention à la disposition des entreprises, qui sont disponibles sur le site www.visionzero.lu.

Parmi ces outils figure une affiche de participation, personnalisable avec le logo de l’entreprise. Au-delà de l’aspect symbolique, cette affiche joue aussi un rôle de support de sensibilisation, puisqu’elle reprend les grands thèmes de la campagne.

Par ailleurs, la campagne se décline sous forme de présentation PowerPoint, un format choisi pour sa simplicité et qui permet, par exemple, à un salarié désigné d’animer un quart d’heure sécurité autour d’une des thématiques abordées.

De nouvelles fonctionnalités ont été récemment introduites sur MyGuichet.lu pour simplifier les démarches administratives en cas d’accident, quels retours en avez-vous aujourd’hui ?

GW : Cela fait environ un an et demi que la déclaration électronique d’accident du travail / de trajet est disponible sur MyGuichet.lu pour les employeurs.

Le bénéfice est évident : pour la victime, c’est un gain de temps de deux à trois semaines sur la procédure d’instruction du dossier, et pour l’entreprise, c’est une transparence et une traçabilité accrues, ainsi qu’un retour plus rapide de l’administration.

Nous sommes désormais en train de développer le volet assuré, ce qui signifie que les salariés, victimes d’un accident du travail, d’un accident de trajet ou d’une maladie professionnelle, pourront déposer leurs demandes de prestations électroniquement d’ici la fin de l’année.

Actuellement, ils peuvent déjà visualiser en ligne les accidents du travail, maladies professionnelles ou accidents de trajet les concernant qui ont été déclarés auprès de l’AAA, modifier leurs coordonnées bancaires ou demander des certificats.

Pensez-vous que les outils numériques contribuent aussi, indirectement, à améliorer la prévention et la réactivité en matière de sécurité au travail ?

GW : Oui, clairement. Au-delà des campagnes digitales que nous menons, les entreprises s’appuient de plus en plus sur des outils numériques pour gérer la sécurité au quotidien.

Il existe notamment des applications mobiles dédiées, utilisées par exemple pour le signalement d’incidents ou de situations à risque détectées sur le terrain, qui permettent aux collaborateurs de transmettre directement l’information aux responsables sécurité, ce qui améliore à la fois la réactivité et la prévention.

Le numérique prend aussi une place croissante dans la formation. De nombreux organismes ont recours à la réalité virtuelle, que ce soit pour la formation à la conduite d’engins de chantier ou pour des modules plus théoriques. À l’aide de casques, il est possible de simuler des situations dangereuses, d’identifier les risques et d’apprendre à réagir dans un environnement immersif, sans exposition réelle au danger.

Quel message souhaiteriez-vous adresser aux dirigeants, chefs de chantier et responsables sécurité du secteur de la construction à l’approche du Forum SST ?

GW : Nous avons tous un objectif commun, qui est d’ailleurs le slogan de notre stratégie : « Tous engagés pour la VISION ZERO ».

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #77 - mars 2026

Le contrôle, un outil de prévention
Le contrôle, un outil de prévention

L’Inspection du Travail et des Mines agit pour garantir la sécurité, la santé et la conformité sur les chantiers luxembourgeois, avec une approche qui consiste à placer la protection de l’humain au-dessus des intérêts économiques.

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Interview de Marco Boly, Directeur de l’inspection du travail et des mines.

Pouvez-vous nous rappeler les missions de l’ITM ?

Nos missions sont clairement définies par le Code du travail, Livre VI. Elles consistent à veiller à l’application de la législation en matière de sécurité et de santé au travail (SST), à conseiller et à assister aussi bien les employeurs que les salariés, et à intervenir comme médiateur quand une situation est en contradiction avec les dispositions légales.

En cas d’infraction, et si des mesures correctives ne sont pas prises, nous pouvons en aviser le procureur d’État. Nous sommes également responsables de la sécurité du public et de celle des salariés pour les établissements classés, dans le cadre des autorisations commodo-incommodo.

Nous avons donc trois leviers d’action : le conseil et l’assistance, le contrôle et la demande de régularisation en cas de non-conformité et, si les recommandations ne sont pas suivies, alors nous sanctionnons.

Comment un contrôle sur chantier se passe-t-il concrètement ?

Nous commençons par informer le responsable de notre présence. Nous demandons ensuite l’avis préalable qui précise quelles entreprises sont censées intervenir sur le chantier, et nous nous assurons que ces entreprises sont effectivement présentes.

Nous vérifions également la présence d’un coordinateur sécurité-santé lorsque plusieurs entreprises interviennent simultanément, ainsi que l’existence d’un plan général de sécurité et de santé.
Au-delà des documents, nous effectuons des contrôles sur le terrain qui visent à analyser le respect des règles de sécurité dans la pratique.

À l’issue de la visite, nous réunissons les différents acteurs pour leur faire part des déficiences constatées, s’il y en a. Si ces déficiences sont importantes, nous adressons une lettre d’injonction précisant les points à régulariser. Un nouveau contrôle sera ensuite effectué pour vérifier si cela a bien été fait.

Comment collaborez-vous avec les coordinateurs sécurité-santé et les travailleurs désignés ?

La législation prévoit que toute entreprise occupant au moins un salarié ait un travailleur désigné. Il est le référent de l’employeur en matière de SST. Il n’est donc pas nécessairement présent en permanence sur le chantier, étant donné qu’il doit la plupart du temps se départager entre plusieurs sites.

S’agissant du coordinateur sécurité-santé, il peut également arriver qu’il ne soit pas présent au moment du contrôle. Nous l’informons alors d’éventuels problèmes par courrier.

Dans la pratique, les échanges avec les coordinateurs et les travailleurs désignés sont réguliers sur les chantiers et nous organisons aussi des réunions annuelles avec eux pour faire le point sur les manquements constatés, partager les retours d’expérience et identifier des pistes d’amélioration.

Comment gérez-vous la question de la sous-traitance ?

Qu’il s’agisse de l’entreprise principale, de sous-traitance ou de multiple sous-traitance, cela ne change rien : nous procédons au contrôle de chaque société individuellement.

La question qui se pose est de savoir si elle dispose d’un siège au Luxembourg ou s’il s’agit d’une société étrangère qui a détaché des travailleurs. Dans ce cas, elle doit respecter certaines conditions particulières et être en mesure de présenter des documents relatifs au détachement.

Notre mission est également de contrôler la validité du titre de séjour et l’existence d’une autorisation de travail pour les ressortissants de pays tiers, c’est-à-dire les travailleurs qui ne sont pas issus de l’UE27.

Comment passer d’une logique du contrôle à une véritable culture de la sécurité au sein des entreprises ?

La culture de la sécurité et de la santé devrait être intégrée dès l’école. Aujourd’hui, nous vivons toujours dans le dogme : quand un accident arrive, la réaction consiste à dire qu’il aurait simplement fallu faire attention.

Or, le Code du travail définit des obligations tant pour l’employeur que pour le salarié. Il est primordial de comprendre qui a manqué à ses obligations, et pour quelles raisons.

C’est en nous basant sur cette analyse des accidents graves et mortels que nous — l’ITM et les autres institutions en charge de la prévention au Luxembourg — pouvons cibler nos campagnes de prévention sur les problématiques réelles.

Dans le contexte économique actuel très tendu, comment concilier productivité et sécurité ?

Le contrôle n’est pas un frein économique, mais un investissement dans la sécurité, la stabilité et la compétitivité durable de l’entreprise. Il n’est pas une sanction, mais un outil de prévention. Il faut changer de paradigme.

L’exemple du tragique accident de Crans-Montana le montre : avant qu’il ne survienne, certains considéraient les contrôles comme superflus ; après le drame, tout le monde a appelé à un renforcement des contrôles.

Cet événement a rappelé, de manière brutale, qu’un accident grave peut mettre une entreprise à genoux, parfois de façon irréversible. Au-delà des conséquences économiques, les impacts humains, moraux et psychologiques sont immenses.

L’argent ne peut pas primer sur ces réalités. La protection de la vie et de l’intégrité humaine n’a pas de prix. Et c’est précisément ce que visent les démarches de contrôle et de prévention.

Pour conclure, quels seront les défis dans les années à venir selon vous ?

Le marché du travail, tout comme le secteur de la construction, évoluent, notamment avec la digitalisation et l’émergence de l’intelligence artificielle.

Ces changements importants auront un impact non seulement au niveau de l’exécution, mais aussi au niveau de l’organisation des entreprises — on parle beaucoup de flexibilisation du temps de travail, par exemple.

Dans ce contexte, l’humain doit être mis au centre des réflexions : les salariés doivent pouvoir travailler dans un environnement sain, avoir confiance en leur entreprise, en leurs équipements de travail et aussi en la collégialité qui existe sur les chantiers.

Les valeurs économiques sont importantes, mais ce sont les valeurs humaines qui doivent primer : si l’économie se développe au détriment de l’Homme, nous allons dans la mauvaise direction.

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #77 - mars 2026

« La sécurité comme culture, pas comme contrainte »
« La sécurité comme culture, pas comme contrainte »

Chez Argest, la sécurité ne se limite pas au chantier : elle structure tout le projet, depuis la planification jusqu’à l’exploitation, et est pensée comme un processus pyramidal et top-down, où la phase projet doit être encadrée et la présence sur le terrain constante.

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Interview de Guy Siebenaler, Associé, Directeur opérationnel d’Argest, et Bruno Caucheteux, Architecte, Chef de service adjoint du département coordination sécurité-santé.

Pourquoi un accompagnement sécurité est-il essentiel dès la phase projet ?

Bruno Caucheteux : La sécurité commence bien avant le chantier. Notre intervention en phase d’études est déterminante. Nous analysons les plans, les cahiers des charges et l’organisation du futur chantier afin d’identifier les risques en amont.

Cette anticipation nous permet de proposer à la maîtrise d’ouvrage et à la maîtrise d’œuvre des mesures concrètes de prévention, adaptées au contexte du site. Chaque projet a ses contraintes : environnement urbain, lignes aériennes à proximité, site occupé (un hôpital ou une école), choix des grues, accès, coactivité, logistique… Tout cela doit être anticipé très tôt pour que le chantier reste sûr et bien organisé.

Notre rôle est d’accompagner le maître d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre pour intégrer la sécurité concrètement à chaque étape du projet. Notre mission ne s’arrête pas à la phase travaux : nous préparons également le dossier adapté à l’ouvrage (DAO), qui assure la continuité de la sécurité lors de l’exploitation future du bâtiment.

Notre perception s’étend donc, dès le départ, au-delà des travaux. Grâce à l’expérience acquise sur de nombreux projets, nous accompagnons les projets de A à Z en intégrant la sécurité dès la conception. Cette anticipation permet d’éviter les ajustements tardifs en phase d’exécution, souvent sources de surcoûts et de retards.

D’où l’importance d’une phase projet bien structurée, menée dans un dialogue constructif entre toutes les parties prenantes.

Guy Siebenaler : Il faut une culture de la sécurité dans les entreprises, car la racine des accidents se trouve souvent dans l’organisation.

Quelles sont les conditions indispensables pour que la coordination sécurité puisse être réellement efficace ?

GS : Les cahiers des charges auxquels nous répondons, notamment dans le cadre de marchés publics, sont généralement très stricts et peu ouverts. La mise en concurrence se fait essentiellement sur le critère du prix — c’est dans la majorité des cas le moins-disant qui est retenu — et les critères définissant des exigences en matière de suivi sécurité sont limités.

Cela a un impact direct sur notre travail : la sécurité ne peut pas être correctement gérée en une visite hebdomadaire sur un chantier de grande envergure ; elle requiert une présence quasi quotidienne sur le terrain pour créer une réelle valeur ajoutée.

BC : Les chantiers se déroulent nettement mieux lorsque la valeur ajoutée de l’accompagnement sécurité est pleinement reconnue et intégrée aux équipes de maîtrise d’œuvre et de suivi de chantier. Cela repose sur une concertation réelle et sur la prise en compte effective de nos recommandations.

Notre présence est d’autant plus importante quand la contrainte de temps s’intensifie et que les coactivités se multiplient. Sur certains projets, plusieurs centaines d’intervenants peuvent être présents chaque jour, dans des environnements techniquement complexes : c’est là qu’une coordination renforcée de quelques heures par jour, voire à temps plein, prend tout son sens.

Cette présence permet d’observer, de communiquer et de sensibiliser efficacement, à tous les niveaux de la chaîne de responsabilité — travailleurs, chefs d’équipe, chefs de chantier, conducteurs de travaux et responsables de projet — notamment à travers des toolbox meetings. Elle permet aussi de prendre des décisions immédiates pour remettre en conformité une procédure ou une situation dangereuse.

Nous veillons à ce que la culture sécurité reste une priorité à chaque étape du projet, malgré les contraintes opérationnelles et les impératifs de délai.

Quelles sont les responsabilités de la gestion de la sécurité ?

GS : Le rôle et les responsabilités du coordinateur sécurité sont clairement prévus par la loi. En revanche, les moyens concrets pour exercer pleinement cette mission sont parfois moins précisément définis.

À titre de comparaison, pour le salarié désigné en matière de sécurité, l’employeur doit explicitement lui fournir les ressources adaptées au nombre de salariés et aux risques présents. Cette asymétrie peut susciter certaines interrogations pratiques, notamment dans un contexte où la culture de la sécurité continue d’évoluer.

Il en résulte parfois des situations où la répartition des responsabilités manque de lisibilité, ce qui souligne l’importance d’une clarification en amont afin d’éviter que ces questions ne soient tranchées a posteriori par les juridictions compétentes.

Une autre question qui se pose est : qui endosse la responsabilité en cas d’association momentanée de plusieurs entreprises pour gérer des grands chantiers ? Faut-il désigner un salarié désigné dédié pour cette nouvelle association ?

Pour cette mission complémentaire de supervision sécurité, nous pouvons être mandatés par l’association momentanée. Il faut rappeler que cet accompagnement contribue également à la performance globale du chantier : une organisation sécurité structurée permet d’éviter des arrêts de chantiers à la suite d’accidents, avec des retards et des surcoûts à la clé.

Nous acceptons de prendre cette responsabilité, pour autant qu’elle soit reconnue. Et reconnue signifie qu’il faut qu’il y ait une prise de conscience collective que la sécurité est aussi un levier de performance.

La sécurité doit aussi être considérée comme un indicateur de qualité. Sur des chantiers réunissant parfois une multitude d’entreprises de différents métiers, la communication et la cohérence sont essentielles.

Sur un chantier, nous partageons tous la même responsabilité : veiller à ce que chacun puisse rentrer chez lui en sécurité. Notre présence permet de réinstaurer une culture sécurité sur le chantier, de sécuriser les postes et de gérer la coactivité — notamment verticale — sur une zone de travail.

Nous apportons cette vision complémentaire qui manque souvent à la maîtrise d’œuvre. À un moment donné, quelqu’un doit prendre la décision de maîtriser les risques.

La VISION ZERO doit être plus qu’une vision : un objectif essentiel. Réduire les risques nécessite une analyse détaillée de leurs origines. On constate qu’elles sont souvent d’ordre organisationnel, alors que l’on a tendance à mettre en cause le facteur humain, car cela est plus simple.

Une gestion efficace de la sécurité aura un impact direct sur la survenance des accidents.

C’est dans cet esprit que nous concevons notre mission.

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #77 - mars 2026

La sécurité : une responsabilité partagée et une réussite collective
La sécurité : une responsabilité partagée et une réussite collective

Une nouvelle ligne ferroviaire raccordera, fin 2027, la gare de Howald au sud du pays et à la France, via Bettembourg. Permettant des vitesses allant jusqu’à 160 km/h, elle complètera la ligne existante qui restera en fonctionnement.

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Interview de Carla Pereira, Coordinatrice Sécurité et Santé chez Best Ingénieurs-Conseils, Fanny Bordin, Responsable sécurité et travailleur désigné chez Félix Giorgetti et Max Muller, Ingénieur chargé d’affaires gestion de projets aux CFL.

Ce projet stratégique vise à désengorger l’axe le plus fréquenté du Luxembourg et à augmenter la flexibilité et la ponctualité du réseau. La ligne existante est en effet régulièrement saturée à cause d’un trafic intense mêlant des trains voyageurs régionaux, internationaux (TGV) et de marchandises (fret, axe EuroCap-Rail Bruxelles Luxembourg Strasbourg).

Quels étaient vos rôles respectifs au sein de cette collaboration entre les CFL, BEST et GIO ?

Max Muller : Les Chemins de Fer Luxembourgeois (CFL), et plus précisément le service Projet Infrastructure, agit en tant que maître d’ouvrage pour ce projet, qui est divisé en 4 tronçons et une vingtaine de marchés / chantiers, chacun supervisé par un coordinateur sécurité et santé (CSS).

Depuis le début des travaux en 2016, les CFL travaillent avec BEST. Cette collaboration a commencé en amont du projet avec l’élaboration du plan général de sécurité et santé, et se poursuivra jusqu’à la réception avec l’établissement d’un document adapté à l’ouvrage (DAO) qui prévoit les procédures de maintenance en sécurité.

Carla Pereira : BEST est intervenu en tant que CSS pour toutes les phases du projet. La mission du CSS a été d’assurer la sécurité et la santé des travailleurs tout au long du projet, en anticipant les risques, en analysant les choix techniques et organisationnels, et en intégrant les principes généraux de prévention afin de réduire les risques à la source et de mieux préparer les interventions futures.

Nous avons coordonné les entreprises sur le chantier, réalisé des visites régulières et communiqué avec les responsables pour identifier les risques, proposer des solutions et garantir le respect des règles de sécurité.

Fanny Bordin : Félix Giorgetti agit en tant qu’entreprise de construction. Mon rôle de responsable sécurité et travailleur désigné consiste à veiller au respect des exigences réglementaires et à la prévention des risques dès la phase de soumission, en collaboration avec le service méthodes.

Je m’assure que nos équipes appliquent correctement les règles de sécurité sur le terrain et que les risques liés à nos interventions sont identifiés et traités au quotidien.

Quelle place la sécurité occupe-t-elle dans ce projet ?

CP : Elle occupe une place centrale, est partagée par l’ensemble des intervenants et est considérée comme un critère de qualité, et non comme une contrainte.

Lors de chaque réunion, le premier point à l’ordre du jour est systématiquement la sécurité : nous analysons tous ensemble les éventuels problèmes rencontrés et identifions les améliorations possibles afin d’éviter qu’ils ne se reproduisent.

Pourquoi est-il important de traiter les problématiques liées à la sécurité le plus tôt possible ?

CP : Cela permet d’anticiper les risques et de garantir des choix techniques et organisationnels mieux adaptés. Mais cela ne signifie pas que nous ne rencontrerons pas d’imprévus en phase d’exécution : la réalité du terrain ne correspond pas toujours à ce qu’on trouve dans les plans ou les rapports, et il faut alors savoir s’adapter.

FB : Traiter les problématiques liées à la sécurité permet d’anticiper les risques plutôt que de réagir en urgence. Concrètement, cela implique la revue des plans et procédures avant le démarrage des travaux, l’identification des risques pour nos équipes et l’adoption de mesures adaptées : prévoir le matériel nécessaire, les protections collectives, des accès sécurisés, une organisation visant à réduire les coactivités, etc.

Comment peut-on agir concrètement sur la sécurité et la santé dès la phase de planification ?

CP : À travers une concertation entre les différents intervenants qui vise à prendre en considération les besoins de tous les travailleurs, mais aussi en adaptant le phasage des travaux pour limiter les coactivités.

MM : Bien avant le démarrage du chantier, de nombreuses réunions ont été organisées avec l’Administration des ponts et chaussées qui réalise simultanément l’élargissement de l’autoroute A3 le long du projet.

Le projet de la NBS (Neubaustrecke) englobe de nombreux nouveaux ouvrages d’art surplombant la voie ferrée et l’autoroute, qui nécessitent le respect de mesures de sécurité pour chaque projet. Le but était de coordonner les coactivités entre chantiers avoisinants et d’assurer les accès des services de secours à tout moment.

Des échanges réguliers ont aussi eu lieu avec les trois communes traversées — Bettembourg, Roeser et Hesperange — entre autres pour planifier les déviations et barrages temporaires sur les pistes cyclables longeant le projet.

FB : Cette phase relève d’un travail d’équipe, où chaque intervenant apporte son expertise. Le choix du matériel et la définition des méthodes de réalisation permettent de garantir la sécurité de nos compagnons tout en atteignant les objectifs fixés dans les délais impartis.

Quels sont les principaux risques identifiés dans ce projet ?

CP : Le travail en hauteur, à proximité de voies ferrées en exploitation, la coactivité sur un chantier en mouvement permanent et maintenu en service, le travail de nuit en horaires postés, les opérations de levage ainsi que les interventions en espaces confinés.

MM : Le projet NBS s’étend sur 7 km et se divise en plusieurs marchés. En amont des soumissions de ces marchés, le CSS est désigné afin d’assurer la coordination globale. Chaque marché bénéficie ainsi d’un système complet de sécurité et de validation des documents.

De plus, l’envergure du projet nécessite une coordination et des échanges fréquents avec les services de secours, administrations, concessionnaires, agriculteurs et habitants. C’est pourquoi le CSS a établi un plan d’accès de secours en concertation avec les chantiers et services d’urgence. Il est régulièrement mis à jour et communiqué à tous les intervenants.

Un autre risque est celui des travaux à proximité d’une voie en service, ce qui est le cas au niveau des deux zones de raccordement de la nouvelle ligne sur la ligne existante, à Bettembourg et Howald. Les CFL ont organisé des formations pour sensibiliser les entreprises à ce risque.

FB : Parmi ces risques, la proximité des caténaires nécessite une vigilance renforcée, car les conséquences d’un incident peuvent être graves, tant pour les équipes que pour le fonctionnement du réseau ferroviaire.

Nous avons donc renforcé nos mesures de prévention sur ce point (sensibilisation rappelant les distances de sécurité à respecter, etc.). Pour certaines opérations, les travaux ont dû être réalisés sous barrage ferroviaire afin de garantir une sécurité maximale.

Comment avez-vous sensibilisé vos équipes à ces risques ?

CP : En phase d’exécution, nous avons renforcé notre présence sur le terrain : des visites de nuit ont été réalisées et la fréquence des visites a été augmentée à la demande des CFL jusqu’à quatre fois par semaine, en particulier lors des changements de postes, moments critiques où la transmission de l’information peut être compromise par la fatigue d’une équipe et la prise de relais par une autre.

Mais la sécurité est une responsabilité partagée. À la demande du maître d’ouvrage, toute personne présente sur le chantier est tenue de veiller à la sécurité, y compris la direction des travaux qui est autorisée à arrêter le chantier en cas de problème.

FB : Nous avons sensibilisé nos équipes à travers un ensemble d’actions complémentaires. Avant chaque démarrage de poste, des briefings / causeries sécurité sont organisés afin de rappeler les risques spécifiques et les bonnes pratiques à adopter.

Des formations ciblées sont également dispensées, en particulier pour le travail en hauteur, les interventions à proximité des voies ferrées ou sous les caténaires, les opérations en espaces confinés, etc.

De plus, un suivi attentif et des contrôles réguliers permettent de vérifier l’application des mesures de prévention et d’ajuster les pratiques si nécessaire.

Quels choix peuvent avoir un impact positif sur la sécurité ?

CP : Plusieurs actions peuvent être mises en place, notamment une coordination renforcée entre toutes les équipes, un suivi continu des mesures de prévention et le choix de solutions simples et sûres.

FB : Nous garantissons un chantier sécurisé en mettant à disposition un matériel adapté et entretenu, comprenant du coffrage moderne, facile d’utilisation, des engins de manutention fiables, ainsi que des équipements de protection individuelle appropriés (EPI).

Nous élaborons des procédures spécifiques et validées, sensibilisons et formons notre personnel en continu, et réalisons des contrôles réguliers sur le terrain afin d’assurer le respect des bonnes pratiques et la sécurité de l’ensemble des équipes. De plus, nos sous-traitants sont tenus de respecter strictement notre politique de sécurité.

MM : Chaque entreprise, y compris les sous-traitants et fournisseurs, doit fournir un document d’accès au chantier (DAC), un plan particulier sécurité santé (PPSS), une attestation d’approbation du plan général sécurité santé et doit être inscrite sur la plateforme ARIBA du maître d’ouvrage.

Sur ce projet, une méthode d’approbation de documents fondée sur la sécurité a été mise en place : des procédures d’exécution, plans, fiches techniques, plannings, etc. sont à établir et à faire valider par tous les intervenants avant l’exécution.

Pendant les travaux, ces procédures sont à surveiller par la direction des travaux et le CSS. Puis, les CFL organisent des audits à intervalles réguliers pour évaluer la sécurité sur chantier et pour lesquels les entreprises reçoivent une note qui impacte leurs futures soumissions.

Avez-vous rencontré des difficultés durant le projet ?

CP : Certaines difficultés sont apparues, notamment en lien avec les contraintes de planning, les choix techniques et l’organisation des travaux. Ces situations font partie du déroulement normal d’un projet aussi complexe et ont été traitées de manière constructive.

MM : La bonne communication des mesures de sécurité aux intervenants est un défi : les CFL exigent une sécurisation de tous les processus de chantier, ce qui peut générer des discussions lors des réunions de chantier.

Par exemple, à la suite d’accidents impliquant des fournisseurs sans PPSS, les CFL et le CSS demandent un PPSS pour tous les intervenants sur chantier. Cette obligation pose toutefois des difficultés opérationnelles pour les entreprises, les chauffeurs de camions pouvant changer au dernier moment.

FB : La coordination des équipes et l’organisation de certaines interventions ont nécessité des ajustements pratiques. C’est pourquoi nous avons travaillé de manière proactive afin d’adapter les mesures de sécurité pour garantir le bon déroulement du chantier.

Comment les éventuels conflits d’opinions ont-ils été gérés entre les différents intervenants ?

CP : Par le dialogue, la concertation et des échanges réguliers entre le maître d’ouvrage, BEST et les autres intervenants qui ont permis d’aboutir à des solutions communes, tout en gardant la sécurité comme priorité.

FB : Les divergences d’opinion sont discutées et résolues en commun, avec pour but de trouver des solutions sûres et applicables sur le terrain.

MM : En tant que maître d’ouvrage, il est parfois difficile d’expliquer la nécessité de certains documents ou procédures, mais ces échanges font partie du processus et permettent de mieux comprendre les exigences.

Une bonne communication interne et externe est la base pour arriver à un projet mené en toute sécurité.

Quel message souhaitez-vous transmettre concernant la sécurité et la coopération sur des projets de ce type ?

CP : La sécurité est une réussite collective. Une coopération partenariale forte entre le maître d’ouvrage, le CSS et l’ensemble des intervenants est essentielle pour garantir un chantier sûr et la réussite du projet.

MM : Un projet ferroviaire de cette ampleur implique de nombreux intervenants et services internes. Une bonne ambiance et une bonne communication sont fondamentales pour que les règles de sécurité définies en commun soient appliquées collectivement, sous la supervision du CSS.

FB : Chaque acteur a un rôle à jouer : une communication transparente et une coopération étroite garantissent un chantier sûr. La sécurité n’est efficace que si elle est intégrée à tous les niveaux, de la planification à l’exécution.

En un mot, comment décririez-vous cette coopération ?

CP : Partenariale, parce qu’elle repose sur la confiance, le dialogue et des objectifs communs en matière de sécurité.

MM : Confiance. Au-delà d’une bonne collaboration, une certaine confiance entre les intervenants appliquant la sécurité contribue à la réussite collective. Le but est que chaque intervenant comprenne l’importance de la sécurité vis-à-vis de lui-même et des autres.

FB : Synergie. Nous nous unissons pour atteindre un but commun : atteindre nos objectifs tout en garantissant la sécurité et la protection de nos équipes.

Données

  • 2 x 7 km de voies ferrées
  • 8 ouvrages d’art
  • 800 000 m3 de terres terrassées
  • 70 000 tonnes de ballast
  • 3 000 colonnes ballastées pour renforcer le
  • sol entre l’ouvrage OA7 et le PK 7,700
  • 1 000 inclusions rigides au nord de la gare de Bettembourg
  • 150 km de câbles de signalisation, de radio et d’aiguillage
  • 350 poteaux caténaires
  • 13 bassins de rétention d’une capacité totale de 4 750 m3 d’eau

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #77 - mars 2026

Des projets écologiquement, économiquement et techniquement cohérents
Des projets écologiquement, économiquement et techniquement cohérents

Depuis 2011, le bureau d’ingénierie e3Consult accompagne ses clients vers des choix équilibrés, réalistes et performants qui concilient les enjeux carbone, économiques, sanitaires et organisationnels, et mise sur le pragmatisme pour que les bâtiments fonctionnent bien au-delà de leur mise en service.

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Il en fait la démonstration concrète dans son propre bâtiment rénové à Mertert.

Interview de Judith Gerads et Stefan Fries, directeurs de e3Consult

Pour commencer, pouvez-vous nous dire quelques mots sur la création et le développement de e3Consult ?

C’est Stefan qui a fondé e3Consult, en 2011, et depuis maintenant quatre ans, nous le dirigeons conjointement. Notre équipe se compose aujourd’hui de 17 ingénieurs et architectes.
Vous avez une approche particulière, qui vous différencie d’autres bureaux…

Tout à fait. Notre objectif est de trouver, pour chaque projet, un équilibre durable entre le bilan carbone et des émissions de CO₂, l’économie circulaire, la limitation des substances nocives, le confort des utilisateurs et les coûts tout au long du cycle de vie. En effet, nous ne considérons pas uniquement les coûts initiaux liés à la construction, mais également ceux qui se rapportent à la maintenance, à l’entretien et au remplacement des composants sur plusieurs décennies.

Que signifie la durabilité pour vous ?

Pour nous, la durabilité, c’est développer avec nos clients un compromis optimal et réaliste entre différentes exigences : un projet doit être à la fois écologiquement pertinent, économiquement viable et techniquement cohérent.

Notre ambition est de mettre en œuvre la durabilité de manière pragmatique et réaliste. Nous accompagnons nos clients dans la recherche d’un équilibre optimal entre exigences, budget et qualité à long terme. Il en résulte des bâtiments qui ne sont pas seulement conçus de manière durable, mais qui fonctionnent durablement en termes techniques, économiques et de confort.

Comment y parvenez-vous ?

Nous adoptons une approche volontairement pragmatique : nous élaborons d’abord des bases décisionnelles claires et fiables, sur lesquelles nous nous appuyons ensuite pour développer des solutions, qui sont convaincantes tant sur les plans écologiques et économiques que sur le plan du confort d’utilisation.

Parmi vos nombreux domaines d’expertise (voir encadré), vous comptez l’écologie des matériaux et la coordination de sécurité et de santé sur les chantiers (CSS). Quel lien faites-vous entre ces deux disciplines ?

Le choix des matériaux et la CSS sont étroitement liés : des produits à faibles émissions améliorent non seulement la qualité du bâtiment, mais réduisent également les risques pour les entreprises exécutantes pendant la phase de construction.

Lorsque nous assurons ces deux missions dans un même projet, nous regroupons les visites de chantier et vérifions lors d’un rendez-vous commun tant l’utilisation des matériaux approuvés et à faibles émissions, que le respect des exigences en matière de sécurité et de santé. Nous évitons ainsi les contrôles redondants, réduisons les interfaces et les efforts de coordination, tout en améliorant la qualité du suivi.

Quelle valeur ajoutée le fait que vous combiniez ces deux compétences – l’écologie des matériaux et la CSS – apporte-t-elle à vos clients ?

Cela permet de gagner du temps, de réduire les coûts et d’assurer une gestion de projet efficace. Ces synergies organisationnelles et techniques se répercutent directement sur les offres économiquement optimisées dont bénéficient directement nos clients.

Cette approche ne serait pas possible sans une équipe interdisciplinaire…

Effectivement. Nombre de nos collaborateurs ont plusieurs domaines d’expertise et une vision dépassant les frontières disciplinaires. Cela permet d’aborder les projets de manière globale en intégrant les dimensions techniques, économiques, de durabilité et de sécurité. Nous sommes ainsi en mesure d’identifier très tôt les conflits entre les différents objectifs et de développer des solutions fondées et équilibrées, ce qui améliore à la fois l’efficacité et la qualité.

En outre, cette diversité des compétences offre à nos collaborateurs un environnement de travail exigeant qui favorise leur motivation et leur développement professionnel.

Comment appliquez-vous les principes que nous venons d’évoquer à votre propre bâtiment, à Mertert ?

Nous mettons bien entendu en pratique ce que nous conseillons.

D’abord, lors de la rénovation de notre immeuble de bureaux à Mertert, la conservation de la structure porteuse existante a constitué une priorité. C’était un choix conscient visant à réduire l’empreinte carbone.

Ensuite, nous avons mis de multiples autres mesures en œuvre. Nous avons, par exemple, utilisé de la terre crue et du bois comme matériaux principaux. Nous avons aussi laissé le béton apparent pour exploiter sa masse thermique. Nous avons fait le choix d’intégrer un chauffage mural dans des surfaces en terre crue et de mettre en place un système de récupération des eaux de pluie. Enfin, les principes de l’économie circulaire ont été appliqués jusqu’au design du mobilier : par exemple, nous disposons actuellement de matériaux acoustiques en panneaux de fibres de bois tendres et en herbes pressées. Des matériaux acoustiques à base de mycélium sont également envisagés.

Notre bureau ne sert donc pas seulement de lieu de travail, mais également d’objet démonstrateur concret de notre approche globale de la durabilité.

Une expertise pluridisciplinaire

Conseil en durabilité & certification

e3Consult accompagne ses clients dans le cadre des certifications BREEAM, DGNB et LENOZ, et propose également un conseil global en durabilité sans certification formelle. La certification constituant avant tout un outil de communication externe pour e3Consult, l’essentiel réside dans la qualité générée par un processus structuré : les projets font l’objet d’une évaluation systématique et les optimisations en matière de durabilité reposent sur des critères clairement définis et pondérés. Les autres prestations s’articulent entre elles et s’intègrent pleinement dans cette approche globale de la durabilité.

Physique du bâtiment & énergie

L’éventail de prestations proposées par e3Consult comprend la simulation thermique dynamique, la justification et l’optimisation du confort thermique estival, le conseil énergétique, la rénovation énergétique de bâtiments existants, le dimensionnement d’isolation intérieure, les études acoustiques et la planification de la protection contre le bruit.

Dans ce domaine, l’efficacité énergétique et le confort des utilisateurs, deux facteurs essentiels pour la durabilité à long terme d’un bâtiment, sont au cœur de la démarche : un bâtiment n’est véritablement durable que s’il reste utilisable, confortable et résilient face aux évolutions climatiques futures.

Analyse du cycle de vie & calcul du CO₂

Pour l’évaluation quantitative, e3Consult utilise des logiciels d’analyse du cycle de vie reposant sur des bases de données reconnues. Il calcule l’empreinte carbone de structures individuelles ainsi que de bâtiments entiers et fournit ainsi aux maîtres d’ouvrage et aux équipes de conception une base décisionnelle objective permettant de rendre les impacts environnementaux transparents et comparables.

Écologie des matériaux

L’écologie des matériaux constitue un élément central du travail de e3Consult, qui accorde une grande importance au fait d’utiliser des matériaux sains, durables et à faibles émissions, à privilégier les matériaux naturels tels que le bois et la terre crue, à évaluer les produits de manière approfondie et à analyser scientifiquement les fiches techniques.

Ses prestations comprennent également l’assistance à la rédaction des cahiers des charges afin d’informer en amont les entreprises des exigences relatives aux produits, la vérification des fiches techniques, les contrôles de chantier pour garantir l’utilisation des matériaux approuvés, les mesures de la qualité de l’air intérieur après achèvement des travaux. e3Consult veille ainsi à ce que la qualité prévue ne reste pas théorique, mais se concrétise effectivement dans le bâtiment.
Coordination de sécurité et de santé sur les chantiers (CSS)

À première vue, la sécurité et la protection de la santé sur les chantiers ne semblent pas constituer un thème classique de durabilité. Mais, pour e3Consult, elles représentent un élément essentiel du développement durable des projets. Car construire durablement signifie également protéger durablement la santé de toutes les personnes impliquées, garantir des conditions de travail sûres sur le chantier et adopter une gestion responsable des risques.

Article paru dans Neomag #77 - mars 2026

Construire un avenir plus sûr
Construire un avenir plus sûr

Chez TKE, la santé et la sécurité sont des valeurs fondamentales. À travers sa stratégie WeGetHome, la société déploie une véritable culture d’entreprise et s’engage à garantir que chaque employé et sous-traitant travaille dans un environnement favorable lui permettant de rentrer chez lui en toute intégrité chaque jour.

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Un programme global de gestion de la sécurité et santé

La santé et la sécurité font partie de l’ADN du métier d’ascensoriste. Depuis 20 ans, le système de management de la santé et de la sécurité au travail de TK Elevator Luxembourg est formalisé et certifié selon la norme internationale VCA. Son efficacité est régulièrement auditée par Vinçotte.

Depuis 2022, un programme global de transformation sécurité appelé « WeGetHome » est déployé dans tous les pays du groupe TKE. Il n’implique pas seulement les salariés, mais aussi les contractants, sous-traitants et fournisseurs. Parmi les domaines d’attention prioritaires, citons par exemple :

  • Réduire les blessures graves et les accidents mortels en éliminant les quatre risques majeurs tout au long de la chaîne de valeur (chutes de hauteur, électrocution, chutes d’objets et écrasement).
  • Généraliser les routines managériales de sécurité en simplifiant et standardisant les processus, ainsi qu’en formant et coachant les dirigeants.
  • Simplifier et renforcer les standards en matière de gestion des sous-traitants en harmonisant les exigences et en les adaptant aux risques spécifiques auxquels chacun est exposé.

Focus sur les routines managériales de sécurité

Chez TKE, chacun doit réaliser des routines managériales de sécurité à une fréquence établie par le groupe pour chaque fonction au sein de l’organisation.

Elles peuvent, par exemple, consister en une « analyse de risques de dernière minute » (LMRA) avant de commencer une tâche, une visite de sécurité sur chantier, un contrôle des quatre risques principaux d’accident, une causerie sur un sujet en lien avec la sécurité et la santé au travail ou des réunions de suivi de la performance et de l’application des règles de sécurité et de la politique de l’entreprise en la matière.

Ces routines sont enregistrées sur une plateforme dédiée sur l’intranet de l’entreprise pour générer des statistiques et rapports permettant le suivi systématique de la mise en œuvre des routines et consignes de sécurité par tous les salariés et contractants.

10 règles vitales et 5 pièges comportementaux

Dix règles vitales ont été définies. Elles constituent des protocoles de sécurité fondamentaux, favorisant une culture de prévention en traitant les dangers et comportements à risque afin de réduire les accidents.

Les cinq pièges comportementaux identifient les comportements à risque courants et mettent en lumière les influences psychologiques et sociales pouvant entraîner des actions dangereuses, même lorsque les employés connaissent les procédures correctes.

Les techniciens de TKE ainsi que les sous-traitants impliqués dans les activités de montage ou de service reçoivent une formation sur ces règles. Lors des visites de chantiers et audits, le respect de ces règles est régulièrement contrôlé.

TKE encourage tous ses employés et sous-traitants à interrompre immédiatement leur travail s’ils estiment que la situation est dangereuse. Cette exigence est documentée par la carte STOP et soutenue au plus haut niveau de direction de l’entreprise.

TKE pleinement engagé pour la VISION ZERO

Depuis 2016, la stratégie nationale VISION ZERO porte sur la prévention des accidents du travail, des accidents de trajet et des maladies professionnelles. Elle se traduit par une démarche d’amélioration continue qui s’appuie sur le leadership des dirigeants d’entreprises pour sensibiliser toutes les parties prenantes à un comportement sûr et responsable dans le but de réduire les risques et d’éviter des accidents. TKE Luxembourg fait partie des entreprises engagées dès la première heure.
TKE Luxembourg est également labellisée Sécher a Gesond mat System (SGS) depuis 10 ans. Créé par l’Association d’assurance accident (AAA), ce label national vise à encourager et à aider les entreprises à mettre en place une gestion efficace de prévention des risques. Il permet d’améliorer la sécurité et la santé au travail, de diminuer le nombre des accidents du travail et des maladies professionnelles, de réduire les coûts et les absences y relatifs et d’augmenter la motivation des salariés. La conformité au référentiel du label Sécher a Gesond mat System chez TKE est actuellement contrôlée par Luxcontrol.

Un esprit sain dans un corps sain

En plus de la sécurité et santé physiques, TKE fait partie des sociétés pionnières en matière de santé mentale. Depuis plusieurs années, le traitement de ce sujet d’actualité dépasse le cadre du World Mental Health Day et se concrétise par des programmes spécifiques pour les salariés, la formation des responsables, les coachings individuels et des boîtes à outils managériales. Ainsi la santé et la sécurité chez TKE concernent « corps et âme » pour construire ensemble un avenir plus sûr.

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #77 - mars 2026


www.tkelevator.com
Contact : clement.wampach@tkelevator.com

QHSE : un levier stratégique, mais surtout une obligation
QHSE : un levier stratégique, mais surtout une obligation

Qualité des prestations, sécurité du personnel, enjeux environnementaux et exigences croissantes des clients structurent l’organisation de SAMSIC au Luxembourg et accompagnent la diversité de ses métiers.

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Interview de Wiame Chaachoui, responsable QHSE chez SAMSIC Luxembourg

Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de votre rôle en tant que responsable du service QHSE ?

J’ai repris récemment la responsabilité du service QHSE, au 1er janvier 2026. Je travaille chez SAMSIC depuis deux ans et demi. J’ai commencé en tant que stagiaire en QHSE, puis j’ai intégré l’entreprise en CDI. Aujourd’hui, je suis responsable QHSE pour l’entité luxembourgeoise.

Mon rôle couvre plusieurs volets : qualité, hygiène, sécurité et environnement.
Sur le plan de la qualité, j’assure le suivi des prestations chez nos clients à travers des audits internes, afin de vérifier que le niveau de qualité attendu est bien respecté.

Je travaille également sur les aspects liés à la sécurité, en collaboration avec mes deux collègues travailleurs désignés.

À cela s’ajoutent les volets RSE et bilan carbone. Pour la partie RSE, nous collectons et analysons les données liées aux trois piliers : social, environnemental et gouvernance. Je m’occupe également de la réalisation du bilan carbone de SAMSIC pour le Luxembourg, SAMSIC étant un groupe français implanté dans plusieurs pays dans le monde.

En quoi le volet QHSE constitue-t-il un levier stratégique pour une entreprise comme la vôtre ?

Le QHSE est un levier stratégique, certes, mais c’est surtout une obligation, à part peut-être en ce qui concerne la qualité qui reste plutôt axée sur la satisfaction des clients.

La sécurité est primordiale - nous devons avant tout garantir des conditions de travail sûres, aussi bien chez nos clients qu’en interne.

L’hygiène et l’environnement le sont également. Nous sommes de plus en plus sollicités sur ces sujets dans le cadre des appels d’offres. Le contexte actuel pousse nos clients à exiger des engagements clairs de notre part, notamment en matière environnementale. Beaucoup de clients demandent par exemple que nous utilisions des gammes de produits d’entretien 100 % écolabellisés. Ces critères prennent aujourd’hui une place importante dans les décisions.

Quels sont les principaux défis auxquels vous êtes soumis en matière de sécurité, compte tenu de la diversité de vos métiers et de vos sites ?

Il est vrai que nos équipes sont très diverses : nous avons des techniciens, des agents de nettoyage, des handymen… et les risques varient beaucoup en fonction des profils et des postes. Pour les agents de nettoyage, ils concernent surtout l’utilisation des produits chimiques et les risques de contamination, mais aussi dans une moindre mesure, des accidents disons « simples » mais qui peuvent néanmoins avoir des conséquences sérieuses, comme les chutes de plain-pied.
Du côté des techniciens, les risques sont plus élevés : ils s’agit notamment des risques électriques ou liés au travail en espaces confinés chez certains clients. Cette diversité rend la gestion de la sécurité plus complexe.

À titre d’exemple, nous intervenons chez un géant américain du commerce en ligne, qui fait appel à un large éventail des services SAMSIC. La diversité des missions qui nous sont confiées exige de notre part une vigilance accrue, en raison des risques multiples auxquels nous devons apporter des solutions adaptées.

Comment y répondez-vous ?

Nous réalisons des visites régulières sur site afin de vérifier que les consignes de sécurité sont bien connues et appliquées, et que les agents savent comment réagir quand ils sont confrontés à un accident, qu’ils en soient témoins ou qu’ils soient directement touchés.

Comment formez-vous vos équipes à ces enjeux ?

Tous nos agents suivent une formation QHSE dès leur arrivée dans l’entreprise.

Ensuite, chaque mois, nous organisons des causeries sur le thème de la sécurité. Sur certains sites, comme le leader mondial de la vente en ligne, nous organisons également des quarts d’heure sécurité destinés aux techniciens.

Nous sommes très pointus sur ces sujets. Il le faut, en particulier pour répondre aux exigences de certains clients qui demandent des analyses de risques spécifiques assorties de mesures de prévention précises. Mais cela contribue aussi à renforcer la sécurité au sein de nos équipes.
Nous sommes par ailleurs engagés dans une démarche de certification et serons audités prochainement pour le renouvellement des normes ISO 45001, 9001 et 14001.

Souhaitez-vous mettre en avant d’autres actions ?

Le bilan carbone est un sujet important pour nous. Nous avons engagé une transition progressive de nos véhicules vers une flotte 100 % électrique. Le renouvellement a débuté en 2023, nous étions déjà à 26 % de véhicules électriques en 2024 et nous atteignons aujourd’hui environ 36 %, sur un parc total d’une quarantaine de véhicules. À chaque fin de contrat, les véhicules thermiques sont systématiquement remplacés par des modèles électriques. C’est une manière d’agir concrètement sur notre empreinte carbone, même si nous avons peu de leviers sur les déplacements individuels de nos agents.

En parallèle, nous continuons à encourager l’utilisation de produits écolabellisés, même si leur coût peut parfois freiner certains clients. C’est un point sur lequel nous avançons progressivement, en conciliant les exigences environnementales et les réalités économiques.

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #77 - mars 2026

La prévention, un travail de fond
La prévention, un travail de fond

Dans le gros œuvre, la sécurité se construit au quotidien, sur le terrain. Chez CDCL, visites de chantier, méthode 5S, concours sécurité et retours d’expérience permettent d’ancrer les bons réflexes pour réduire les accidents.

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Interview de Lionel François, directeur de production chez CDCL

Quelle place la santé et la sécurité au travail occupent-elles dans vos activités ?

Une place prépondérante, et ce pour une raison toute simple : dans notre secteur - et principalement dans notre cœur de métier (le gros-œuvre) où les conditions de travail sont particulièrement difficiles - on ne peut travailler que si nos ouvriers sont en forme, s’ils aiment venir travailler et ont envie de revenir jour après jour. La sécurité est d’autant plus importante que la moyenne d’âge de nos équipes augmente et que, au-delà du risque d’accident, elles sont également exposées à des troubles musculosquelettiques.

Trois personnes sont dédiées à la sécurité chez CDCL : une référente sécurité - qui est aussi notre travailleuse désignée chargée de l’analyse des risques, de l’organisation des visites sur chantier, de la rédaction des comptes-rendus de visite et du suivi des accidents -, ainsi qu’un délégué à la sécurité et un chef de chantier.

Par quelles mesures concrètes cette préoccupation se traduit-elle ?

Nous abordons le sujet dès l’embauche à travers un parcours d’intégration dans lequel la question de la sécurité occupe une place centrale : qui est le responsable sécurité dans l’entreprise ? Quels sont les principaux points d’attention ? Que faire en cas d’accident ?

Ensuite, nous accueillons les conducteurs de travaux, les ouvriers et les sous-traitants sur chaque nouveau chantier, en leur présentant les risques spécifiques qu’il comporte et les modes opératoires qui en découlent. Une fiche d’émargement nous permet de nous assurer que le message a bien été transmis à l’ensemble des intervenants.

Nous réalisons aussi différents types de visites de chantier pour vérifier qu’il n’y ait pas d’écart entre la pratique et la théorie. Lors des visites sécurité standard, notre équipe relève les points conformes, non conformes et de vigilance selon une trame prédéfinie, photos et explications à l’appui. Nous veillons à ce que toute non-conformité soit mise en conformité le plus rapidement possible.

Les visites 5S se concentrent sur l’organisation du chantier, la logistique et le rangement. La méthode 5S vient des usines japonaises, où l’on a constaté une efficience accrue quand chaque objet était rangé à sa place. Nous l’appliquons sur nos chantiers en nous assurant, par exemple, que le matériel est entreposé à proximité de l’endroit où l’on travaille, que les bennes à déchets sont facilement accessibles et que les chemins sont toujours dégagés.

Lors des visites croisées, l’équipe en charge d’un chantier est invitée sur un autre chantier, et inversement. Cela permet aux uns et aux autres de bénéficier d’un point de vue différent, le but n’étant absolument pas de pointer ce qui ne va pas, mais plutôt de favoriser les échanges autour des bonnes idées et des bonnes pratiques. Nous intégrons aussi à cette démarche du personnel administratif, qui apporte un regard plus théorique de la construction.

Enfin, nous organisons des concours sécurité deux fois par an. Le chantier gagnant est désigné à l’issue de visites menées sur l’ensemble de nos chantiers, autour d’un thème spécifique, souvent lié à l’une des sept règles d’or de CDCL, comme le port des équipements de protection individuelle ou la fausse sécurité. La récompense est généralement un repas offert à l’équipe : un moment convivial, agréable pour les ouvriers, et tout aussi intéressant pour nous, car il nous permet d’échanger avec les équipes en dehors du cadre du chantier.

Quels résultats observez-vous relativement aux actions mises en œuvre ?

Nous partons de loin, mais cela fait maintenant plusieurs années que nous nous améliorons. Même si la courbe n’est jamais totalement linéaire, nous constatons une nette diminution du nombre et de la gravité des accidents. Leur fréquence est également en baisse, mais de manière moins marquée.

Il reste quelques accidents « bêtes », que l’on ne pourra sans doute jamais éviter : un ouvrier qui trébuche sur une marche et se tord la cheville ou une personne heurtée par la porte d’un conteneur ouverte au mauvais moment, par exemple. Notre objectif reste néanmoins « zéro accident » et cela implique de rappeler constamment les règles et de maintenir les visites de chantier. La prévention est un travail de fond.

Ce qui est très positif, c’est l’évolution des comportements sur le terrain. Nos équipes sont aujourd’hui beaucoup plus proactives et investies qu’auparavant : lorsqu’elles constatent une anomalie sur un chantier, elles s’arrêtent et prennent le temps de corriger la situation sans attendre l’intervention d’un responsable sécurité.

Quelle sera la prochaine étape ?

Maintenant que nos équipes ont pris l’habitude de faire remonter les accidents à l’encadrement, nous les incitons à signaler également les « presque accidents », c’est-à-dire les situations qui n’ont pas entraîné de blessure, mais qui présentent un risque : une palette de briques susceptible de basculer, par exemple. L’objectif est d’analyser ces situations, d’en identifier les causes, de les catégoriser et de réfléchir aux mesures à mettre en place pour éviter qu’elles ne se reproduisent.

Parallèlement, nous continuons à former nos ouvriers et notre encadrement à l’IFSB. Nous veillons à ce qu’ils suivent les nouvelles formations proposées et qu’ils aient tous les rappels nécessaires - sur le port du harnais, l’utilisation des nacelles, ou encore les procédures de sécurité - afin que chacun maîtrise correctement les gestes et les équipements.

Dans un contexte où les équipes ont des objectifs de rendement et de résultats à atteindre, il est indispensable de remettre régulièrement une « couche » de prévention, faute de quoi les mauvaises habitudes peuvent rapidement revenir. Nous recherchons la performance, bien sûr, mais à condition de ne pas avoir d’accident, car un accident pénalise l’avancement du chantier, en plus de la santé des personnes concernées.

Enfin, nous restons attentifs aux pratiques d’autres entreprises. Nous travaillons régulièrement en association momentanée, ce qui permet de croiser les expériences et les retours de terrain de manière très concrète : il n’est pas rare que nos équipes nous proposent d’adopter une solution intéressante, observée ailleurs. Notre référente sécurité organise également des rencontres avec des confrères afin d’identifier de nouvelles idées. Cette démarche collective fait progressivement évoluer nos pratiques.

Un message pour finir ?

La sécurité, c’est l’affaire de tous. Pour que le message passe, les ouvriers doivent comprendre que les règles ne sont pas là pour les contraindre ou les pénaliser, mais bien pour les protéger. Et, sur ce point, je suis satisfait de nos équipes car elles ont bien intégré ces enjeux.

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #77 - mars 2026

« On ne fait pas de la sécurité pour les chiffres, mais pour les hommes »
« On ne fait pas de la sécurité pour les chiffres, mais pour les hommes »

Des maisons individuelles aux grands chantiers, les équipes de Thomas & Piron veillent à protéger les ouvriers tout en améliorant constamment la culture SQE. Pour les 50 ans du groupe TP, 2026 sera placée sous le signe de la sensibilisation, de la formation et du renforcement des bonnes pratiques.

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Interview de Bruno de Bueger, manager sécurité, qualité, environnement (SQE) de Thomas & Piron BAU, Sylvain Santkin, travailleur désigné de Thomas & Piron BAU et Olivier Martin, travailleur désigné de Thomas & Piron HAUS

TP HAUS et TP BAU : qui fait quoi ?

Olivier Martin : TP HAUS est dédiée à la construction de maisons unifamiliales. Les effectifs sont composés de 80 % d’ouvriers. En tant que travailleur désigné (TD), je suis l’ensemble des chantiers au Luxembourg et je veille à la sécurité de nos équipes.

Sylvain Santkin : TP BAU intervient sur des immeubles résidentiels, tertiaires et commerciaux. L’entité compte environ 85 ouvriers et une cinquantaine d’employés. J’ai repris la fonction de TD il y a un an, après une formation à l’IFSB, ce qui m’a permis d’apporter un regard neuf. J’ai moins de chantiers qu’Olivier, mais ils sont de plus grande envergure et structurés différemment avec une base de vie, des équipes fixes et un encadrement sur place.

Quelles sont les synergies au sein du groupe en termes de sécurité ?

Bruno de Bueger : Nous avons mis en place un comité de pilotage sécurité qui regroupe TP Bâtiment, TP Home, TP Haus, TP Bau, mais aussi Galère et Galère Lux. Le but est de partager notre réalité quotidienne : les accidents, mais aussi les initiatives susceptibles d’améliorer la culture SQE de l’ensemble du groupe.

Quels risques observez-vous sur vos chantiers respectifs ? Comment y réagissez-vous ?

OM : Pour moi, le principal risque reste la chute de hauteur lors des travaux en toiture, qui sont les plus dangereux. En 2026, ma priorité sera clairement les protections collectives et le port des équipements de protection individuelle. Le groupe met tout le matériel à disposition, encore faut-il qu’il soit utilisé. Sur le terrain, je dois souvent rappeler les bases : casque, lunettes, gants.

SS : Chez TP BAU, les risques principaux sont les coupures, pincements et écrasements. La majorité des accidents concernent les membres supérieurs, en particulier les mains. Chaque accident fait l’objet d’une fiche interne décrivant les circonstances et les causes, diffusée aux conducteurs de travaux et chefs d’équipe. Ces documents servent ensuite de support lors des quarts d’heure sécurité, parfois complétés par des vidéos de sensibilisation.

BdB : Les outils de sensibilisation évoluent, les outils visuels numériques permettent désormais de mener de véritables campagnes de prévention. Ce n’est pas encore arrivé jusqu’à nous, mais il existe des vidéos d’accueil sans texte, adaptées à des environnements multiculturels comme le nôtre, que nous pourrions bientôt utiliser pour faire passer encore plus efficacement nos messages. Pour que la culture sécurité de l’entreprise évolue réellement, notre travail doit suivre trois étapes : identifier les risques, les communiquer clairement et s’assurer que le message soit compris.

Comment les accidents ont-ils évolué ces dernières années ?

OM : Nous suivons le taux de fréquence des accidents et leur taux de gravité, défini par la durée des arrêts. Les objectifs diffèrent entre maisons individuelles et grands chantiers, la dispersion des sites rendant la prévention plus complexe. En 2025, TP HAUS a atteint ses objectifs pour la première fois depuis que je suis TD, ce dont je suis très fier.

BdB : Pour TP BAU, 2025 n’a pas été une bonne année au niveau de la sécurité. Nous avons enregistré beaucoup de petits accidents, donc nous n’avons pas atteint nos objectifs fixés. Mais de manière générale pour TP BAU et HAUS, si on regarde les résultats sur les cinq dernières années, la tendance est à la baisse.

TP BAU accueille cette année un nouvel administrateur délégué, qui a suivi la formation de travailleur désigné. Qu’est-ce que cela change ?

BdB : L’arrivée de Günther Beining marque une volonté de redynamiser la culture sécurité car il comprend nos problématiques, notre langage, les réalités du terrain et notre objectif premier qui est de permettre aux ouvriers de travailler dans de bonnes conditions et de rentrer chez eux sains et saufs.

SS : Dans notre métier, nous sommes souvent pris entre les exigences de performance et des impératifs de sécurité qui apparaissent parfois comme un frein. Se sentir écouté et compris par la direction facilitera sans doute la mise en place d’outils et d’actions concrètes.

BdB : C’est toute une ligne hiérarchique qui permet à nos chantiers d’être une réussite, tant sur les délais ou sur les coûts que sur la qualité et la sécurité. La sécurité doit être anticipée dès la phase de chiffrage et, nous, experts en sécurité, sommes là pour aider les experts en construction à le faire.

Que prévoyez-vous pour 2026 ?

BdB : Une nouvelle campagne de sensibilisation sera déployée, avec des bâches installées sur les chantiers rappelant aux ouvriers les règles d’or. Des visites d’encadrement sont également prévues pour renforcer l’implication de la ligne hiérarchique dans la sécurité. Des concours du chantier exemplaire en matière de sécurité seront organisés tous les six mois, ainsi que la poursuite des Happy Worker Days. Le programme de formation sera renforcé afin de faire monter les ouvriers en compétence et de réduire les risques. Enfin, nous changerons de service de médecine du travail pour un suivi plus adapté aux réalités des métiers, avec des visites médicales ciblées selon les postes et les risques.

Le mot de la fin ?

OM : Avant j’étais conducteur de travaux, je connais personnellement tous les ouvriers que je supervise aujourd’hui, certains sont même des amis. La sécurité est donc essentielle à mes yeux : on ne fait pas ça pour les chiffres, mais pour les hommes. Sans eux, TP n’existerait pas. Et en 28 ans, j’ai vu une évolution incroyable au niveau de la sécurité dans le groupe.

SS : La construction est un monde dur, ce qui resserre les liens. J’ai aussi un parcours au sein du groupe en tant que technicien et gestionnaire de chantier puis contrôleur qualité produit, mais à travers l’accompagnement sécurité, j’ai découvert un relationnel humain encore plus fort. En tant que TD, on est amené à questionner les hommes, à entrer dans leur intimité et ça nous motive à vouloir qu’ils soient protégés.

BdB : Cette année est celle des 50 ans du groupe. Nous espérons qu’elle sera un grand cru au niveau de la sécurité parce que c’est une de nos valeurs, notre travail quotidien et nous avons à cœur que les ouvriers puissent travailler en sécurité. Cette année marque aussi la première re-certification ISO 9001, 14 001 et 45 001 pour TP BAU. Parmi les trois normes, c’est la 45 001 qui reçoit le plus d’attention : la sécurité reste vraiment la pierre d’achoppement.

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #77 - mars 2026

Photo : Olivier Martin, Bruno de Bueger et Sylvain Santkin

Une norme qui n'est pas applicable est dénuée de sens
Une norme qui n’est pas applicable est dénuée de sens

Depuis juin 2023, un groupe de travail réunissant l’OAI, le CGDIS et l’ITM œuvre à l’évolution des textes réglementaires en matière de prévention incendie. Ce groupe visait initialement l’introduction de matériaux de construction biosourcés et la révision des prescriptions ITM de la série 1 500.

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Son champ d’action s’est progressivement étendu à d’autres textes qui sont examinés en amont de leur publication afin d’anticiper les impacts sur la conception, l’exécution et l’exploitation des projets.

Interview de Laurent Heinen, ingénieur, et Steve Weyland, architecte, tous deux membres du groupe de travail OAI Prévention incendie

Pouvez-vous vous présenter et expliquer quel était votre rôle au sein du groupe de travail sur la prévention incendie ?

Laurent Heinen : Je suis associé chez InCA, bureau d’études dans lequel je travaille depuis presque vingt ans. J’y dirige le département Physique du bâtiment qui intervient dans les domaines de la thermique, de l’acoustique, de la scénographie et de la sécurité incendie. Ingénieur en physique de formation, j’ai obtenu, il y a quelques années, un 2e diplôme en sécurité incendie dans le but d’élargir les compétences du département. Nous disposons désormais d’une cellule dédiée composée de trois ingénieurs, et nous sommes agréés en tant qu’experts auprès de l’Inspection du Travail et des Mines (ITM). Nous intervenons sur l’ensemble des études, depuis le concept de base jusqu’aux calculs de désenfumage, en passant par les simulations d’évacuation et l’analyse de la stabilité au feu naturel.

Steve Weyland : Je suis architecte et conseiller en énergie. Je siège au conseil de l’OAI depuis une douzaine d’années et suis associé du bureau d’architecture Metaform, qui compte une centaine de collaborateurs, développe principalement des projets d’envergure et participe régulièrement à des concours. Au sein de l’OAI, je m’implique dans différents groupes de travail sur les énergies renouvelables et la durabilité, ainsi que sur le volet formation qui prend une importance croissante dans nos métiers : au vu des évolutions techniques et réglementaires, il est essentiel d’accompagner nos membres pour qu’ils puissent s’adapter aux nouvelles lois qui encadrent notre pratique.

Quelle est l’histoire de ce groupe de travail ?

LH : Il s’inscrit dans la continuité d’un premier groupe consacré à la construction biosourcée. Lors d’un sondage réalisé auprès de nos membres, il est apparu que les règles de sécurité incendie freinaient l’essor de ce mode constructif. Nous avons donc réuni les deux instances qui définissent les règles de sécurité au Luxembourg - l’ITM et le Corps grand-ducal d’incendie et de secours (CGDIS) – pour examiner ensemble ces prescriptions élaborées à la base pour des bâtiments en maçonnerie ou en béton et les adapter à la construction bois. L’ITM et le CGDIS étaient ouverts à une évolution du cadre réglementaire, soucieux de ne pas faire obstacle à des projets durables, tout en veillant sur les risques spécifiques liés au bois. Nous avons dès lors cherché un compromis, en nous inspirant notamment des pratiques dans d’autres pays. Un second groupe de travail a ensuite été constitué pour analyser d’autres textes relatifs à la sécurité incendie et des adaptations sont actuellement en préparation.

SW : La présence d’un ingénieur et d’un architecte au sein du groupe de travail permet de mieux comprendre les points de vue et les contraintes propres à chaque métier, et de discuter de manière plus constructive. En tant que planificateurs, nous sommes impliqués dans toutes les phases du projet et nous avons une vision transversale, depuis les esquisses jusqu’à la mise en œuvre, ce qui nous permet d’identifier très tôt les difficultés potentielles et de les anticiper. L’ITM, de son côté, agit principalement dans un cadre législatif et réglementaire, tandis que le CGDIS intervient à des moments clés liés à la sécurité. Notre rôle, au sein du groupe de travail, est de faire remonter ces réalités de terrain aux autorités.

Pourquoi ce dialogue avec les autorités est-il essentiel ?

SW : Cet échange permet d’anticiper certains blocages. Il est déjà arrivé qu’une nouvelle norme soit introduite, et qu’elle soit difficilement applicable sur le terrain, même si elle est pertinente sur le plan théorique. Dans ce groupe de travail, nous cherchons à mieux comprendre les attentes des autorités, tout en leur exposant les contraintes auxquelles nous sommes confrontés dans l’exercice quotidien de nos métiers. L’objectif est de parvenir à un accord équilibré, car une norme qui n’est pas applicable est dénuée de sens.

Un exemple concret ?

SW : Les matériaux biosourcés sont un bon exemple : si la prescription avait continué à être appliquée telle qu’elle était historiquement formulée, la mise en œuvre de ces matériaux serait devenue quasi-impossible, alors que leur utilisation est une priorité affichée par l’État. Il y avait donc un paradoxe : d’un côté, une volonté politique d’encourager la transition vers des solutions plus durables et de l’autre, un cadre réglementaire qui rendait leur application très complexe. Dans la pratique, cela se traduisait par de longues réunions pour obtenir des dérogations. Le groupe de travail nous a permis d’élaborer des solutions que les bureaux peuvent appliquer directement, sans devoir mener des discussions projet par projet. S’ils respectent le cadre, ils savent que leur projet pourra être mis en œuvre sans remise en question ultérieure.

Comment ces travaux sont-ils diffusés auprès des membres de l’OAI ?

LH : Récemment, nous avons organisé une séance d’information qui a rassemblé un public nombreux, preuve que ces thématiques suscitent un fort intérêt chez nos membres. Auparavant, les textes réglementaires étaient simplement mis en ligne par l’ITM sur son site officiel, sans en informer les professionnels concernés. Aujourd’hui, leur publication est diffusée via leur newsletter et celle de l’OAI.

Une autre évolution importante depuis la création de ce groupe de travail : lorsque l’ITM ou le CGDIS envisagent de développer un nouveau texte, ils sollicitent désormais notre avis en amont.

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #77 - mars 2026

Sécurité incendie dans les bâtiments : exigences réglementaires et évolution
Sécurité incendie dans les bâtiments : exigences réglementaires et évolution

Malgré la crise dans le monde de la construction et dans un contexte de diversification des usages et d’innovation architecturale, les exigences en matière de prévention et de maîtrise du risque incendie occupent une place centrale et Seco s’associe pleinement à ces évolutions pour mettre son expérience au service du monde de la construction.

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La réglementation luxembourgeoise, et en particulier les prescriptions de l’Inspection du Travail et des Mines (ITM), jouent un rôle structurant dans la conception, la réalisation et l’exploitation des bâtiments, qu’ils soient résidentiels, tertiaires ou industriels.

Historiquement, les règles de sécurité incendie ont été élaborées autour de matériaux dits « traditionnels » – béton, acier, maçonnerie – dont le comportement au feu est bien connu et maîtrisé. Toutefois, l’évolution récente des modes constructifs qui doivent tenir compte d’enjeux environnementaux avec notamment l’essor des matériaux biosourcés comme le bois, introduit de nouveaux paramètres dans l’analyse du risque.

Cette thématique trouve ici un prolongement naturel à travers ses implications en matière de sécurité incendie.

Les prescriptions ITM ont progressivement évolué afin d’intégrer ces nouveaux matériaux, pour prendre en compte l’objectif fondamental de protection des personnes, des biens et de la stabilité des ouvrages.

À l’instar des matériaux dits « historiques », le bois est un matériau combustible et un des enjeux majeurs réside dans la maîtrise de son inflammabilité. Il présente une combustibilité intrinsèque et contribue à la charge calorifique globale d’un compartiment. En effet, cette charge calorifique dite « immobilière », exprimée en MJ/m2, s’ajoute à la charge calorifique mobilière et représente un paramètre déterminant pour l’évaluation d’un foyer d’incendie potentiel qui peut avoir un impact pour le dimensionnement des mesures de protection.

Toutefois, réduire l’analyse à la seule combustibilité serait réducteur. Les produits bois modernes, qu’il s’agisse de bois massif, de lamellé-croisé (CLT) ou de solutions hybrides, présentent des comportements au feu spécifiques, notamment une carbonisation prévisible qui peut, dans certains cas, contribuer à la stabilité au feu de la structure.

C’est pourquoi les prescriptions ITM dites performancielles (séries 1551/1552/1553) tendent de plus en plus à adopter une approche globale, fondée sur la performance et sur la combinaison cohérente de plusieurs dispositifs de sécurité.

Un premier levier est le compartimentage, qui demeure un principe fondamental. Diviser un bâtiment en volumes distincts, séparés par des éléments résistants au feu (murs, planchers, portes coupe-feu) permet de limiter la propagation d’un incendie dans le temps et dans l’espace. Un compartimentage efficace permet non seulement de protéger les occupants en facilitant l’évacuation, mais aussi de donner aux services de secours des conditions d’intervention plus favorables. Dans les bâtiments intégrant des matériaux biosourcés, le compartimentage prend une importance accrue, car il permet de contenir la charge calorifique liée au bois.

Un autre levier majeur est le sprinklage. Les systèmes de sprinklers automatiques agissent dès les premières phases de l’incendie en contrôlant, voire en éteignant, le foyer avant qu’il n’atteigne un stade pleinement développé. Des essais réalisés en laboratoire ont montré son efficacité également dans le cadre de constructions biosourcées.

Dans le cadre de constructions comportant une charge calorifique plus élevée, l’ajout d’un système de sprinklage peut permettre des adaptations réglementaires, notamment en matière de surfaces de compartiments ou de classes de réaction au feu exigées.

Les prescriptions ITM intègrent désormais cette logique de compensation.

Le désenfumage constitue un troisième pilier essentiel de la stratégie de sécurité incendie. Lors d’un sinistre, les fumées représentent un danger, en raison de leur toxicité, de l’opacité qu’elles génèrent et de leur contribution à la montée en température. Les dispositifs de désenfumage, qu’ils soient naturels ou mécaniques, ont pour objectif d’évacuer ces fumées ou de mettre à l’abri les occupants de ces dernières (par exemple, la mise en surpression de cages d’escalier dans certains cas). Cela permet d’améliorer la visibilité pour les occupants et les secours lors de leur intervention.
La complexité des bâtiments invite ainsi à une approche systémique et globale de la sécurité incendie. Il ne s’agit pas d’opposer innovation et réglementation, mais de les articuler intelligemment en prenant en compte dans un même concept tous les aspects de façon holistique.

Cette évolution ouvre la voie à des projets à la fois performants sur le plan environnemental et exemplaires en matière de sécurité.

En définitive, la sécurité dans les bâtiments au Luxembourg repose sur un équilibre subtil entre exigences réglementaires, choix constructifs et dispositifs techniques.

Dans un contexte de transition écologique et d’innovation architecturale, cet équilibre est plus que jamais au cœur des réflexions des concepteurs, des maîtres d’ouvrage et des autorités.

Seco Expert, de par son expérience dans de nombreux projets de grande ampleur au Luxembourg, et également de ses équipes diversifiées dans chacun de ces domaines, accompagne les acteurs dans le domaine de la construction à trouver des solutions globales, pragmatiques et optimisées tout en gardant le niveau de sécurité au cœur du projet.

Mathieu Fenucci, Head of Operations
Article paru dans Neomag #77 - mars 2026

Construction bois : solutions pour les traversées de parois résistant au feu
Construction bois : solutions pour les traversées de parois résistant au feu

Le succès des immeubles en bois soulève immanquablement des questions relatives à la protection incendie. L’obturation correcte des traversées de murs et planchers résistant au feu est cruciale. Elle l’est aussi pour les cloisons à ossature en bois ou les parois massives en bois. Bonne nouvelle : il existe de plus en plus de solutions !

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Cloisons légères à ossature en bois

Un dispositif d’obturation de traversée résistant au feu peut être mis en œuvre dans une cloison légère à ossature en bois si celui-ci a été testé avec succès dans une cloison légère à ossature métallique (selon la norme NBN EN 1366-3). Il convient néanmoins de respecter les critères suivants :

  • La résistance au feu de la cloison à ossature en bois doit être supérieure ou égale à celle de la cloison à ossature métallique testée.
  • Le nombre de couches de plaques/panneaux qui constituent la cloison à ossature en bois doit être supérieur ou égal à celui de la cloison à ossature métallique.
  • Si la cavité de la paroi est remplie d’un isolant combustible, celui-ci doit être remplacé par un isolant incombustible (A1 ou A2) sur une largeur d’au moins 100 mm autour de la traversée de la paroi (voir figure 1). On utilisera également un tel isolant si la paroi est creuse.
  • Une distance de sécurité d’au moins 100 mm doit être prévue entre la traversée et les montants/traverses en bois.

Parois massives en bois

Contrairement aux cloisons légères, les parois de type CLT (bois lamellé-croisé) ne bénéficient pas encore, selon les normes d’essai, d’une transposition directe des résultats obtenus pour d’autres types de parois.

Depuis 2021, les parois massives en bois sont prises en compte dans la norme d’essai NBN EN 1366-3. Par conséquent, si ces parois font l’objet d’un essai de traversée, les résultats de l’essai seront aussi valables pour d’autres parois en bois. Il convient cependant de veiller à remplir une série de conditions. Les principales sont la résistance au feu et l’épaisseur de la paroi, qui doivent toutes deux être supérieures ou égales à celles de la paroi utilisée lors de l’essai de résistance au feu de la traversée. On retrouve également des critères constructifs ainsi que des critères relatifs au comportement au feu (réaction au feu supérieure ou égale, vitesse de combustion inférieure ou égale, …).

Même si des solutions permettant de traverser les parois massives en bois sont les bienvenues, elles exigent des fabricants de nombreux essais s’ils souhaitent élargir leur gamme. Le secteur de la construction n’a toutefois pas attendu l’abondance de solutions pour se plonger dans la construction en bois. Des solutions sont donc nécessaires pour assurer une sécurité incendie suffisante des ouvrages, en attendant de bénéficier d’une offre aussi fournie que pour la construction traditionnelle.
Une solution type suit le principe suivant : recréer localement, au sein de la paroi en bois, une situation testée et approuvée dans un autre type de paroi (voir figure 2).

Pour ce faire, une grande ouverture est réalisée dans la paroi en bois. Celle-ci est alors refermée par un remplissage : un ou deux panneaux de laine de roche à haute densité, une cloison légère ou une maçonnerie. Le type de remplissage choisi doit respecter rigoureusement les conditions minimales exigées dans le rapport de classement du dispositif d’obturation (densité, épaisseur, nombre de plaques/panneaux, résistance au feu, coating éventuel, …). Si l’on opte pour des panneaux en laine de roche, il faut respecter les dimensions maximales autorisées lorsque l’on réalise l’ouverture dans la paroi.

Le dispositif d’obturation est ensuite mis en œuvre et resserré dans le remplissage en suivant scrupuleusement les conditions précisées par le fabricant.

Une attention particulière doit être donnée à l’interface entre la paroi en bois et la paroi de remplissage. Celle-ci doit être protégée :

  • Soit au moyen de panneaux répondant au critère K2 30 à l’intérieur de l’ouverture et sur au moins 100 mm sur tout le pourtour de la paroi en bois. On prévoiera à cet égard une double couche de protection (deux plaques de plâtre de type ‘feu’ de 12,5 mm, par exemple ; toujours à vérifier dans les documents du fabricant) avec joints croisés (voir figure 3).
  • Soit au moyen d’un matériau spécifique testé pour cette mise en œuvre (resserrage de joint linéaire résistant au feu entre une paroi massive en bois et le matériau de remplissage concerné testé selon la norme NBN EN 1366-4). Les fixations de l’élément traversant (conduite, conduit, câbles, …) seront quant à elle réalisées suivant les exigences du rapport de classement du dispositif d’obturation, et généralement placées à maximum 500 mm de la paroi.

La version actuelle de la NIT 254, dédiée aux obturations résistant au feu des traversées de parois, ne traite pas des dispositifs prévus pour les constructions en bois. Sa révision vous proposera prochainement un aperçu des dispositifs appropriés pour les traversées de parois en bois.

D. Boulanger, ir.-arch., chercheuse, laboratoire Menuiserie et éléments de façade, Buildwise
Cet article a été rédigé dans le cadre de la Guidance technologique C-Tech subsidiée par Innoviris.

Article paru dans Neomag #77 - mars 2026

Comment garantir la résistance au feu d'un plancher en bois existant ?
Comment garantir la résistance au feu d’un plancher en bois existant ?

Lorsqu’un ancien bâtiment est rénové, il arrive que les services d’incendie imposent une résistance au feu pour les planchers existants. Cela se produit notamment lors de changements d’affectation du bâtiment. Cette exigence peut s’avérer lourde de conséquences et doit être prise en compte dès la phase de conception des travaux.

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Exigences possibles

En Belgique, la sécurité incendie des bâtiments neufs est principalement réglementée par l’arrêté royal du 7 juillet 1994 (et ses modifications, dont la dernière date du 20 mai 2022). Lors de rénovations ou de changements d’affection, l’application de ce document peut aussi être imposée dans le cadre de la demande de permis et de l’avis des services d’incendie.

L’entrepreneur chargé de la rénovation peut ainsi être amené à rendre un plancher existant résistant au feu. Cette exigence comprend un critère R 60 pour l’élément structurel ainsi qu’une exigence de compartimentage EI 60. Précisons néanmoins qu’elle ne s’applique que de bas en haut, pour un incendie qui se développerait donc sous le plancher.

Dans la très grande majorité des cas, les planchers en bois des anciens bâtiments ne répondent pas à ces exigences, qu’il y ait ou non une finition d’époque sous ces planchers.

Des adaptations souvent nécessaires

Des adaptations sont donc généralement requises pour satisfaire aux exigences en matière d’incendie. En fonction du degré d’intervention possible, différentes solutions peuvent être envisagées. Notons cependant que, quelle que soit la solution retenue, celle-ci devra être validée par un essai en laboratoire ou par une note de calcul reconnue. En pratique, l’exécution devra souvent être conforme aux solutions validées par un rapport de classification appartenant au fabricant. Nous reprenons ci-après quelques solutions.

La solution technique la plus simple consiste à ajouter un plafond suspendu EI 60 sous le gîtage existant (voir figure). Cette méthode permet de garantir le compartimentage du plancher et protège les gîtes en bois pendant 60 minutes, respectant ainsi également l’exigence de résistance structurelle R. Une attention particulière devra être portée aux affaiblissements du plafond (luminaires, spots, câbles, …), que l’on obturera de manière résistante au feu.

Il arrive cependant que cette solution ne puisse pas être mise en œuvre pour diverses raisons, notamment lorsqu’il n’est pas possible d’intervenir à l’étage inférieur – si les locaux occupés par un commerce, par exemple – ou lorsque la finition existante doit être conservée, comme c’est souvent le cas des maisons de maître. Il est alors indispensable de procéder uniquement par le haut du plancher, en retirant l’intégralité du revêtement de sol en place et en installant une protection assurant le compartimentage entre les gîtes ou au-dessus de ceux-ci.

Pour les solutions appliquées entre les gîtes, il existe des systèmes testés, composés de plaques et/ou d’isolants incombustibles, qui assurent – comme expliqué précédemment – le compartimentage EI. De plus, le positionnement de ces matériaux permet de protéger les faces latérales du bois et d’atteindre ainsi la résistance structurelle R requise.

Pour les solutions appliquées au-dessus des gîtes, plusieurs systèmes de plaques peuvent garantir le compartimentage EI. Toutefois, notons que cette configuration ne protège pas directement le bois en cas d’incendie se développant sous le plancher. Par conséquent, les gîtes en bois devront soit présenter une section suffisante pour résister aux flammes soit être également protégés, comme dans les solutions appliquées dans l’épaisseur du gîtage.

La solution retenue doit être définie dès la phase de conception des travaux et validée lors du démontage du plancher.

Exigences acoustiques

Enfin, il est important que la solution choisie réponde aussi aux exigences acoustiques, notamment en ce qui concerne l’isolation aux bruits aériens et aux bruits de chocs (voir norme NBN S 01-400-1). Lorsqu’il s’agit d’une ancienne maison d’habitation transformée en plusieurs appartements, le niveau d’isolation initial entre les futurs logements est généralement insuffisant. Il importe de prendre en compte l’aspect acoustique pour définir la solution retenue (voir figure).

Les performances acoustiques atteignables dépendront en outre du mode d’intervention : par le dessous, dans l’épaisseur ou par le dessus du gîtage. De plus, dans les bâtiments constitués de murs massifs, il s’avère souvent nécessaire de prévoir des cloisons de doublage pour satisfaire aux exigences d’isolation aux bruits aériens entre appartements.

G. De Raed, J. Goovaerts, Buildwise
Cet article a été rédigé dans le cadre du projet TimFire, subsidié par le SPF Économie, PME, classes moyennes et énergie et le NBN.

Article paru dans Neomag #77 - mars 2026

Former à la sécurité, sans se mettre en danger
Former à la sécurité, sans se mettre en danger

Dans un secteur encore fortement exposé aux accidents du travail, la formation à la sécurité et à la santé au travail est essentielle.

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C’est pourquoi l’IFSB en a fait un de ses piliers, à travers des formations pratiques conformes à la législation en vigueur, soutenues par des outils pédagogiques digitaux comme la réalité virtuelle et par des journées de sensibilisation.

Interview de Patrick Nemry, directeur de l’IFSB, en charge du volet sécurité et santé au travail

Quelle place la sécurité et la santé au travail (SST) occupent-elles dans l’offre de formation de l’IFSB ?

La SST occupe une place prépondérante, car elle concerne absolument tous les salariés de notre secteur. C’est pourquoi, historiquement, nous avons toujours inclus un ou plusieurs modules dédiés à la sécurité dans nos formations qualifiantes. Par exemple, dans une formation maçon d’une durée de 160 heures, 24 à 30 heures y sont consacrées suivant les différents niveaux qualifiants.

Il faut savoir que la construction reste, malgré tous les efforts entrepris, un des secteurs d’activité les plus accidentogènes : d’après le rapport annuel de l’Association d’Assurance Accident (AAA), 22 % de la totalité des accidents qui ont eu lieu en 2024 se sont produits sur des chantiers de construction. Ce chiffre est assez conséquent. Pourtant, il est en baisse constante et la situation s’améliore d’année en année.

À quoi cette amélioration constante de la sécurité sur les chantiers peut-elle être attribuée ?

Elle est en grande partie liée à une prise de conscience de l’importance de la SST, et ce aussi bien du côté des employeurs que du côté des salariés. De nos jours, on ne peut plus dissocier la technique de la sécurité et santé au travail ; les constructeurs de matériel et d’équipements de chantier l’ont compris en améliorant ceux-ci d’un point de vue sécurité.

Elle est aussi due à l’évolution de la réglementation en matière de formation professionnelle continue. À l’IFSB, nous proposons de nombreuses formations dans le domaine et notamment celles suivant les recommandations de l’AAA. Ces formations portent sur des thématiques aussi variées que la conduite d’engins de chantier, les échafaudages ou l’utilisation de machines telles que les tronçonneuses, les taille-haies, etc. Chaque recommandation de l’AAA s’accompagne d’un programme de formations spécifiques. À titre d’exemple, la formation à la conduite en sécurité d’une pelle hydraulique se déroule sur 16 heures, conformément à la recommandation correspondante.

Toutes nos formations sont basées sur la pratique, qui est un volet fondamental à l’IFSB : nous plaçons toujours les apprenants dans des situations réelles de chantiers de construction.

Quels sont les risques les plus fréquemment rencontrés sur les chantiers ? Et comment concilier la pratique et le fait de ne pas placer les personnes dans des situations où elles pourraient réellement se blesser ?

De nombreux risques professionnels sont présents sur les chantiers de construction dus aux différentes activités : chute de plain-pied, chute de hauteur, coupures, risques lors de manutention manuelle, ... Il appartient donc aux entreprises de prévenir ces risques en prenant des mesures de prévention adéquates.

Lors de nos formations et afin de mieux sensibiliser aux risques professionnels les salariés du secteur, nous utilisons la réalité virtuelle (VR). Celle-ci permet de simuler des situations dangereuses sans faire courir de risques aux apprenants. La VR vient compléter notre approche pédagogique. Une de ses applications est le travail en hauteur, mais nous avons également créé une chasse aux risques lors de laquelle les apprenants sont immergés sur un chantier de construction virtuel où ils ont pour mission de détecter toutes les anomalies qu’ils rencontrent : un garde-corps manquant ou incomplet, un échafaudage non conforme, des piétons qui circulent à proximité d’engins ou une tranchée non sécurisée, par exemple.

L’IFSB organise aussi des journées sécurité au travail et santé au travail. En quoi consistent-elles ? Et quel en est l’objectif ?

Il s’agit de journées de sensibilisation qui permettent à une entreprise de réunir tous ses salariés sur une ou deux journées, selon sa taille, et de faire ainsi passer le même message de sécurité à l’ensemble de son personnel.

Une journée s’articule autour de six ateliers qui durent de cinquante minutes à une heure chacun et qui portent sur des thématiques choisies par l’entreprise : cela peut être, par exemple, le port des équipements de protection individuelle ou la mise en place d’équipements de protection collective, le risque de heurts entre engins et piétons, la sécurité dans les tranchées, la manutention manuelle des charges, le rappel des gestes de premier secours, ou encore le contrôle d’un échafaudage roulant ou d’un échafaudage de façade, etc.

Nous recevons de nombreux témoignages positifs des employeurs qui nous disent que ces journées SST contribuent fortement à faire baisser leur taux d’accidents - en parallèle d’actions prises en interne bien sûr - et qu’ils sentent qu’elles font naître une réelle motivation à améliorer la sécurité au sein de leurs équipes.

Au-delà de la formation, comment l’IFSB joue-t-il un rôle en matière de SST ?

Nous travaillons régulièrement en partenariat avec des administrations publiques comme l’Inspection du Travail et des Mines (ITM) ou l’Association d’Assurance Accident (AAA), avec lesquelles nous codéveloppons des brochures qui serviront ensuite de support aux salariés désignés pour leurs séances de sensibilisation au sein de leur entreprise. Par exemple, une des prochaines brochures qui sortira cette année portera sur la pose de coffrages en sécurité. Dans ce contexte, nous ne sommes pas uniquement des acteurs de la formation, mais aussi des conseillers. Nous apportons notre vision terrain : nous sommes à l’écoute des informations qui remontent des chantiers et nous essayons toujours de trouver des solutions aux problèmes que les salariés peuvent y rencontrer, qu’elles soient pédagogiques ou opérationnelles.

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #77 - mars 2026

Convaincre les salariés de l'importance de la sécurité et santé au travail
Convaincre les salariés de l’importance de la sécurité et santé au travail

Si la réglementation donne un cadre en matière de santé et sécurité au travail, la formation permet de convaincre de la nécessité de l’appliquer et d’ancrer les bons réflexes. C’est pourquoi la SST est, depuis toujours, un des fils conducteurs de l’offre de formation de l’IFSB.

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Interview de Miguel Duarte, responsable du département sécurité et santé au travail à l’IFSB

Pourquoi les entreprises doivent-elles former leurs salariés à la santé et à la sécurité au travail (SST) ?

La formation permet de prévenir les accidents du travail et les maladies professionnelles en apprenant aux salariés à identifier les risques et à adopter les bons comportements. Elle permet aussi de parfaire les connaissances et l’évolution des salariés dans les entreprises.

La technique et la sécurité sont étroitement liées : chaque personne doit disposer des connaissances nécessaires et suffisantes pour accomplir ses tâches correctement sur le plan technique, tout en les réalisant dans des conditions garantissant sa sécurité et sa santé. C’est pourquoi ce sujet est abordé dans toutes les formations de l’IFSB.

Nous proposons plusieurs types de formations : les formations dites réglementaires qui sont définies par des lois, des règlements grand-ducaux ou par des recommandations de prévention de l’Association d’Assurance Accident (AAA). Les recommandations de prévention ne font pas partie de la législation en tant que telle mais sont des règles de l’art en matière de sécurité et de santé. Elles permettent à l’employeur ou au salarié de prendre conscience du risque concerné et de mettre en œuvre les moyens propres à le prévenir. Il y a aussi des formations continues sur différentes thématiques qui sont destinées aux salariés désignés et aux coordinateurs sécurité et santé au travail.

La règlementation est une base, mais on ne doit pas uniquement faire les choses parce que la réglementation l’impose.

Dans la pratique, les règles de sécurité ne sont pas toujours appliquées. Pourquoi ?

Ce n’est pas une question de manque de volonté. C’est une question de moyens, mais aussi de connaissances : combien de salariés au Luxembourg connaissent le Code du travail, tous niveaux confondus ? Combien connaissent réellement leurs obligations, leurs responsabilités et, encore plus important, leurs droits ?

Les formations sont là pour faire évoluer les mentalités et les pratiques. Certains intègrent ces apprentissages et appliquent ce qu’ils ont appris, d’autres continuent à travailler dès le lendemain comme ils l’ont toujours fait. La sécurité est un enjeu complexe, car elle repose sur l’humain.

Comment la formation peut-elle permettre de propager les bons réflexes ?

Souvent, quand quelqu’un ne porte pas ses équipements de protection individuelle ou n’utilise pas une machine comme indiqué par le fabricant, on lui fait des remontrances et on rédige de longs rapports, photos à l’appui.

Mais il faut comprendre qu’un chantier n’est pas un bureau. C’est un environnement qui évolue en permanence : on démolit et on construit, on creuse et on referme, on monte et on démonte, les conditions météo ne sont jamais les mêmes et elles sont souvent rudes. Or, on demande à ceux qui travaillent sur les chantiers d’appliquer les mêmes règles tout le temps, uniformément, ici et là. Est-ce que c’est facile pour eux ? Certainement pas.

Dans la formation, nous leur expliquons qu’ils doivent s’adapter à des risques qui changent tous les jours et que les règles ne sont pas toujours faciles à mettre en œuvre, mais nous leur démontrons que certaines situations à risques peuvent facilement être améliorées et qu’ils sont en droit de demander à leur hiérarchie sur le chantier ce dont ils ont besoin pour travailler en toute sécurité.

Toute la difficulté est de les convaincre de l’importance de la sécurité et santé au travail pour eux-mêmes, et qu’ils doivent adopter les bons gestes de prévention. Car, même s’ils ont l’habitude de travailler sans protection et qu’il ne leur est jamais rien arrivé, les problèmes peuvent survenir plus tard. Par exemple, s’ils ne portent pas de masque dans un environnement poussiéreux, leurs poumons vont s’abimer et ils ne pourront plus aller marcher avec leurs petits-enfants ou leur chien quand ils seront pensionnés.

La culture de la sécurité est-elle plus prononcée au sein des grandes entreprises que dans les plus petites ?

Les moyennes et grandes entreprises ont naturellement plus de facilité à envoyer du personnel en formation : s’il manque un ouvrier sur un chantier qui en mobilise 30 de la même entreprise, il est aisément remplaçable ; sur une équipe de 3 ou 4 personnes, c’est nettement plus compliqué, et si une entreprise doit se passer de son seul chef d’équipe, ça l’est encore plus.

De plus, les grandes sociétés ont un service ressources humaines qui peut suivre le volet formation, tandis que l’employeur d’une petite entreprise qui doit tout gérer seul n’a peut-être pas les moyens, le temps et les connaissances pour le faire.

On voit aujourd’hui aussi de plus en plus de communes, de services étatiques ou paraétatiques se former.

Quelles sont les formations les plus demandées ?

Une des plus demandées est la formation « Premiers secours ». Elle répond à une obligation fixée par règlement grand-ducal de disposer d’un certain nombre de secouristes dans les entreprises en fonction du nombre de salariés.

Nous avons aussi beaucoup de demandes pour des formations sur le travail en hauteur et l’utilisation du harnais, parce que les entreprises veulent se mettre en conformité avec la nouvelle recommandation R19.

Les formations sur les travaux dans les tranchées (blindage) et les travaux de coffrage sont aussi très sollicitées pour anticiper les éventuelles fermetures de chantiers par l’ITM. Nous préparons d’ailleurs une brochure sur l’utilisation en sécurité des différents systèmes de coffrage, avec l’AAA et l’ITM.

Les formations à la conduite d’engins en sécurité affichent, elles aussi, complet toute l’année.

Enfin, comme chaque début d’année, nous accueillons des entreprises pour leur journée sécurité et santé au travail avec l’ensemble de leurs salariés.

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #77 - mars 2026

Réduire les risques dans les entreprises artisanales : un intérêt commun
Réduire les risques dans les entreprises artisanales : un intérêt commun

Prévention des accidents, formation des travailleurs désignés, VISION ZERO, sensibilisation au bien-être et à la santé mentale… Pour la Chambre des Métiers, la sécurité et la santé au travail sont un véritable levier de professionnalisation et de performance pour les entreprises artisanales.

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Interview de Gilles Walers, directeur des affaires stratégiques, juridiques & européennes, et Rafael Raimundo, Chef du service de la Formation continue à la Chambre des Métiers

Que représentent la sécurité et la santé au travail pour la Chambre des Métiers ?

Gilles Walers : C’est un de nos chevaux de bataille ! Nous sommes représentés au sein de plusieurs institutions, autorités et organisations liées à ces thématiques, par exemple à l’Association d’Assurance Accidents (AAA) ou au Service de Santé au Travail Multisectoriel (STM). Nous intervenons également sur ce sujet dans le cadre de nos formations. Et nous sommes activement engagés dans la stratégie VISION ZERO, qui a une large dimension artisanale et sectorielle, notamment dans sa deuxième phase. Enfin, notre initiative « Make. Shape. Create. A Better Place to Work » vise à intégrer la sécurité, la santé et le bien-être au travail dans les entreprises artisanales. Cette initiative constitue une sorte de maillon manquant, assurant la cohérence entre tous les aspects de la sécurité et de la santé au travail.

Comment abordez-vous cette thématique dans votre offre de formation ?

Rafael Raimundo : Pour ce qui est du secteur de la construction, nous travaillons en synergie avec nos deux partenaires historiques spécialisés : l’IFSB qui couvre le gros œuvre, et les Centres de Compétences qui se concentrent sur le génie technique et le parachèvement. La sécurité est un intérêt commun sur lequel nous cherchons à adopter une position concertée, dans l’intérêt des entreprises.

La Chambre des Métiers, elle, répond aux besoins des métiers de l’artisanat qui ne relèvent pas du secteur de la construction. Ce périmètre regroupe notamment les secteurs de l’alimentation, de la mécanique, de la transformation métallique, de la coiffure ou encore de l’esthétique. Elle propose également une formation destinée aux artisans issus de secteurs non explicitement répertoriés, afin de leur offrir un parcours qui s’appuie sur des cas pratiques adaptés à leurs réalités professionnelles et de leur permettre d’être formés de manière optimale à leurs missions. Elle accompagne ainsi l’ensemble de ces professions en tenant compte de leurs spécificités opérationnelles et organisationnelles, afin d’ajuster au mieux les services, les outils et l’accompagnement mis à leur disposition.

De manière générale, nous intégrons la sécurité-santé dans l’ensemble de notre catalogue. Elle figure, notamment, de manière systématique, dans les Brevets de Maîtrise : chaque programme-cadre, qui définit le contenu spécifique du diplôme, inclut dès le départ des modules sur la sécurité-santé. Chaque entreprise doit se doter d’un travailleur désigné de niveau A, B ou C, selon sa taille et les risques auxquels sont exposés ces salariés. La finalité du Brevet de Maîtrise est que son détenteur puisse créer sa propre entreprise tout en formant d’autres personnes. La majorité des brevets garantit néanmoins que le volet sécurité est couvert au niveau A, destiné aux entreprises de 1 à 15 salariés.

Comment votre engagement dans la stratégie VISION ZERO se traduit-il ?

GW : Nous nous impliquons dans la VISION ZERO via l’Union des entreprises luxembourgeoises (UEL), qui en est le partenaire officiel. Notre rôle, notamment dans la deuxième phase de la stratégie, qui est en cours depuis 2023, est de décliner cette vision de manière sectorielle. Certains métiers de l’artisanat présentent en effet des risques plus élevés que d’autres, et la construction en fait partie.
Dans ce contexte, nous avons par exemple mené une étude d’accidentologie sur les travaux en hauteur. Cela nous a permis d’identifier précisément les situations à risque, les types d’accidents qui surviennent et les moments critiques. Nous avons cherché à être le plus détaillé possible afin de proposer ensuite des actions concrètes, avec les outils et les conseils nécessaires pour sensibiliser nos ressortissants et les accompagner dans la mise en œuvre de mesures de sécurité.

Nous collaborons également étroitement avec l’AAA, qui intervient pour conseiller et guider les entreprises dans l’application de ces mesures, le but étant de créer un environnement de travail plus sûr.

Enfin, nous participons au Forum Sécurité-Santé et nous intervenons lors d’événements spécifiques organisés avec nos partenaires, que ce soit l’AAA, le STM ou l’Inspection du Travail et des Mines. Nous organisons aussi nos propres événements et sessions de formation, axés sur des sujets pratiques, pour répondre aux besoins des différentes fédérations de la Fédération des Artisans.

Comment communiquez-vous sur le sujet ?

GW : Nous veillons à ce que toute information soit adaptée au public cible, qu’il s’agisse des employeurs ou des employés. L’objectif est de rendre les messages accessibles, en tenant compte du niveau de compréhension de chacun : dans un souci d’efficacité, nous utilisons parfois des pictogrammes, de courtes vidéos et des textes simplifiés.

Nous sensibilisons également les entreprises à se faire labelliser « Sécher a Gesond mat System ». Nous nous positionnons comme intermédiaire entre les entreprises et l’AAA qui aide les entreprises à identifier les points à améliorer, proposer des solutions simples et accompagner leur mise en place. Ces mesures consistent souvent à réorganiser ce qui existe déjà.

Et la santé mentale ?

GW : Dans le cadre de notre initiative « Make. Shape. Create. A Better Place to Work », nous avons cherché à sensibiliser nos ressortissants aux situations de stress mental sur les chantiers, car elles peuvent aussi conduire à des accidents. Nous intervenons également à travers nos formations et Brevets de Maîtrise modernisés qui intègrent désormais les notions de troubles musculosquelettiques, de troubles psychosociaux et d’ergonomie. L’objectif n’est pas d’éliminer tous les risques — ce qui serait impossible —, mais de les réduire au minimum et d’encourager des pratiques de travail plus sûres et plus saines. Cette approche est renforcée par la VISION ZERO, qui élargit désormais son champ d’action au bien-être, en ligne avec la stratégie internationale.

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #77 - mars 2026

Photo : Gilles Walers et Rafael Raimundo

Savoir réagir face à un accident du travail sur chantier 
Savoir réagir face à un accident du travail sur chantier 

Le secteur de la construction demeure l’un des plus exposés aux accidents de travail au Luxembourg. Lorsqu’un incident survient sur un chantier, l’employeur doit réagir avec méthode et célérité.

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Une gestion inadéquate peut non seulement aggraver les conséquences pour la victime, mais également exposer l’entreprise et ses dirigeants à des sanctions administratives et pénales.

L’employeur est obligé d’assurer la sécurité et la santé des salariés dans tous les aspects liés au travail. Cela ressort notamment des articles L. 312-1. et suivants du Code du travail, et emporte d’un côté des mesures préventives et de l’autre côté des mesures correctrices.

L’article L. 312-4 du Code du travail impose à l’employeur d’organiser à l’avance les mesures nécessaires en matière de premiers secours, de lutte contre l’incendie et d’évacuation, d’organiser des relations nécessaires avec des services extérieurs, et de désigner des travailleurs formés à leur mise en œuvre. Dès qu’un accident se produit, la priorité absolue est la protection des personnes. L’employeur ou son représentant sur site doit immédiatement sécuriser la zone pour éviter tout suraccident, porter assistance à la victime et alerter les services de secours. Il est essentiel de préserver les lieux en l’état afin de permettre une reconstitution fidèle des circonstances de l’accident.

Toute lésion corporelle survenue à l’occasion du travail doit être déclarée à l’Association d’assurance accident (AAA) dans un délai de huit jours. Cette déclaration, effectuée au moyen du formulaire officiel, doit être complète et précise : identité de la victime, circonstances détaillées, témoins éventuels et mesures prises. En cas d’accident grave ou mortel, l’Inspection du travail et des mines (ITM) doit également être informée sans délai et procédera à une enquête sur les lieux.

Au-delà des obligations déclaratives, l’employeur a tout intérêt à mener une analyse approfondie des causes de l’accident. Cette démarche, souvent formalisée par la méthode de l’arbre des causes, permet d’identifier les facteurs techniques, organisationnels ou humains ayant contribué à l’incident. Les conclusions doivent se traduire par une mise à jour de la documentation de l’entreprise relative à l’évaluation des risques et, le cas échéant, par des actions correctives.

Certaines négligences exposent particulièrement les employeurs à des sanctions. La déclaration tardive ou incomplète à l’AAA peut donner lieu à une amende d’ordre et, en cas de récidive, à une majoration des cotisations accidents. La modification des lieux avant la fin de l’enquête peut être assimilée à une obstruction. L’absence de coordinateur sécurité-santé sur les chantiers où interviennent plusieurs entreprises représente un manquement grave aux obligations réglementaires. Enfin, le défaut de formation des travailleurs intérimaires ou des sous-traitants aux risques spécifiques du chantier engage directement la responsabilité de l’entreprise utilisatrice.

Sur le plan pénal, les infractions aux obligations de sécurité prévues par le Code du travail sont passibles d’amendes pouvant atteindre 25 000 euros par infraction, doublées en cas de récidive et pouvant être sanctionnées d’emprisonnement de 8 jours à 6 mois. Lorsqu’un accident grave ou mortel résulte d’un manquement, l’employeur peut également être poursuivi pour blessures involontaires, voire homicide. Aussi, l’entreprise et ses responsables peuvent le cas échéant être tenus d’indemniser les victimes d’un accident.

Le Code du travail impose à l’employeur d’organiser les mesures d’urgence et de désigner des travailleurs formés. Si le texte ne prescrit pas explicitement une périodicité d’exercices pour les accidents de travail, il impose que ces mesures soient effectives. Or, des procédures qui ne sont jamais testées risquent de s’avérer inefficaces le jour où elles doivent être appliquées. Notamment pour les employeurs n’ayant jamais eu à gérer un accident du travail, il est donc fortement recommandé de faire un « dry run » pour maîtriser le déroulement des mesures à prendre en cas d’accident.

Me Mario di Stefano, avocat à la Cour
Article paru dans Neomag #77 - mars 2026

Sécuriser l'entreprise face aux risques professionnels
Sécuriser l’entreprise face aux risques professionnels

Au Luxembourg, la santé et la sécurité au travail (SST) s’inscrivent dans un cadre juridique structuré, fondé sur l’obligation générale de sécurité pesant sur l’employeur. Cette obligation n’est pas une simple exigence administrative : elle engage la responsabilité civile, et potentiellement pénale, du dirigeant en cas de manquement.

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Toutefois, d’un point de vue assurantiel, il est essentiel de comprendre que le respect de la réglementation ne garantit pas, à lui seul, une protection financière complète.

Le socle du système repose sur l’assurance accident obligatoire, organisée au niveau national. Elle couvre les accidents du travail, de trajet et certaines maladies professionnelles, et ouvre droit à des prestations pour la victime. Cette couverture protège avant tout le salarié. Elle ne neutralise pas nécessairement l’ensemble des conséquences économiques supportées par l’employeur.

En pratique, plusieurs zones d’exposition subsistent. D’abord, la question de la faute inexcusable ou du manquement grave aux obligations de sécurité peut entraîner des recours ou majorations. Ensuite, un accident peut générer des dommages collatéraux : atteinte à un tiers, immobilisation d’un chantier, interruption d’activité, atteinte à la réputation ou tensions sociales internes. Enfin, les dirigeants peuvent être personnellement visés en cas de défaillance organisationnelle caractérisée.

C’est précisément dans cet espace que l’assurance privée et le rôle du courtier prennent toute leur dimension.

Le courtier adopte une approche structurée en trois niveaux.

Premièrement, l’analyse juridique du risque. Il ne s’agit pas seulement d’identifier les postes dangereux, mais d’examiner la chaîne de responsabilités : délégation de pouvoirs, sous-traitance, intérimaires, coactivité sur chantier, déplacements à l’étranger, télétravail. Chaque configuration modifie l’exposition de l’entreprise. Une lecture purement réglementaire est insuffisante ; il faut apprécier le risque contentieux réel.

Deuxièmement, l’architecture du programme d’assurance. L’assurance accident légale peut être complétée, selon les cas, par une responsabilité civile employeur, une assurance accidents collectifs améliorant les prestations versées aux salariés, une protection juridique couvrant les frais de défense, voire des garanties pertes d’exploitation. L’enjeu n’est pas d’empiler les contrats, mais d’éviter les lacunes de couverture et les chevauchements inutiles. Un programme cohérent doit prévoir les interactions entre le régime légal et les polices privées, notamment en matière de recours et de subrogation.

Troisièmement, la gestion du sinistre. Lorsqu’un accident survient, la dimension assurantielle devient stratégique : qualification juridique des faits, déclaration dans les délais, articulation entre assurance obligatoire et assureurs privés, gestion des expertises, anticipation d’un éventuel contentieux. Le courtier agit alors comme conseil technique de l’employeur, en veillant à la préservation des droits de l’assuré et à la sécurisation de sa position.

Ainsi, sur le marché luxembourgeois, la conformité réglementaire constitue un minimum. Elle protège le salarié et répond à l’exigence légale. Mais elle ne sécurise pas nécessairement l’entreprise dans toutes ses dimensions financières et juridiques. Le rôle du courtier est précisément d’identifier cet écart entre obligation et protection effective, et de construire une stratégie assurantielle adaptée au profil de risque de chaque employeur.

La santé et la sécurité au travail ne relèvent donc pas uniquement de la prévention : elles constituent un enjeu majeur de gestion du risque et de responsabilité, au cœur de la mission de conseil du courtier.

Vanessa Krackenberger, Account Manager chez AlliA Insurance Brokers Luxembourg S.A.
Article paru dans Neomag #77 - mars 2026

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