
Plus que jamais, les bâtiments sont appelés à se réinventer, non pas par une surenchère technologique, mais par une réflexion profonde sur le sens, la mesure et la responsabilité de l’acte de bâtir.
Luc Meyer
Directeur de Neobuild GIE
« On pourrait s’attendre à une vision du bâtiment du futur portée essentiellement par l’intelligence artificielle, des technologies de rupture et des concepts prospectifs. Ce n’est pas l’approche que je souhaite défendre au regard du contexte actuel.
Je propose au contraire des leviers concrets et rationnels pour poser, de manière cohérente, les bases du bâtiment du futur. La justesse, l’évolutivité, l’intégration de matériaux innovants à impact réel, ainsi que le recours à des modes constructifs plus sobres, ne prennent pleinement sens que dans une logique adaptée et responsable.
Nous ne pouvons plus nous contenter de compenser ; il s’agit au contraire de revenir à l’essentiel, où la technique trouve sa juste place : non plus comme un outil de rattrapage, mais comme un élément pensé dès l’origine du projet. La gestion dynamique des bâtiments, fondée sur des outils digitaux de simulation correctement intégrés, devient indispensable, en particulier face aux crises climatiques.
Les systèmes techniques doivent refléter l’environnement réel du bâtiment et répondre à de véritables enjeux de santé et de confort. Une ventilation correctement dimensionnée, basée sur une occupation réaliste, en est une illustration concrète. De la même manière, un ΔT équilibré permet d’agir indirectement sur plusieurs paramètres clés : débits, consommation des pompes, stabilité globale du système. Réduire les excès est essentiel : trop de réserve conduit inévitablement au surdimensionnement.
Le béton l’illustre parfaitement : diminuer sa teneur en eau permet de réduire le ciment et, par conséquent, l’empreinte CO₂. L’IA et le smart building peuvent apporter une réelle intelligence de fond, à condition d’être utilisés avec discernement. Ils ne remplaceront jamais l’effort collectif nécessaire pour définir des besoins justes et évaluer rigoureusement l’empreinte carbone des choix techniques.
Le bâtiment du futur se veut donc sobre, maîtrisé, conçu avec précision, mais surtout logique. Une innovation fondée non sur le « toujours plus », mais sur le juste nécessaire. »
Alexis Sikora
Directeur de l’IFSB
« Jusqu’à récemment, on cherchait surtout à concevoir des bâtiments intégrant un maximum de techniques et d’innovations. Aujourd’hui, on observe un retour à des bâtiments qui répondent aux besoins réels des usagers, avec des solutions techniques pertinentes, mais sans superflu.
Le bâtiment du futur intégrera forcément l’intelligence artificielle dans sa gestion et son pilotage. Au-delà de la simple automatisation, l’IA permettra une adaptation continue aux usages, sans devoir reprogrammer les systèmes en permanence.
Le confort et la santé des occupants seront au centre de toute conception. Ils sont déjà pris en compte, mais encore de manière insuffisante.
On verra également se développer des bâtiments multifonctionnels, capables d’évoluer pour s’adapter aux nouveaux modes de travail ou usages, avec des surfaces optimisées pour répondre aux enjeux climatiques. Ces bâtiments seront aussi producteurs d’énergie et ne dépendront plus – ou très peu – du réseau.
Toutes ces évolutions auront, bien entendu, une incidence sur les métiers. On se dirige de plus en plus vers l’assemblage d’éléments préfabriqués, modulaires et capables de cumuler différentes fonctions : statique, esthétique, production d’énergie, voire dépollution. C’est pourquoi nous devons rester à la pointe en matière de formation, afin de faire évoluer en continu les compétences des professionnels chargés de mettre en œuvre ces nouvelles solutions. »
Arnaud Duban
Directeur de l’energieagence
« Le bâtiment du futur sera producteur et autoconsommateur d’énergie. Mais il devra aussi être intelligent pour faire face à une augmentation des flux d’énergie. En effet, l’autoconsommation va de pair avec le partage d’énergie et si, jusqu’à présent, le réseau alimentait le bâtiment de manière unidirectionnelle, désormais le bâtiment est lui aussi capable d’envoyer son surplus de production d’énergie renouvelable vers le réseau ou de le partager avec ses voisins.
Ce surplus de production peut également être stocké dans des batteries et/ou distribué à toute une série de consommateurs – appareils de traitement de l’air, chauffage, climatisation, éclairage, domotique – via un Energy Management System (EMS). Les véhicules électriques ont toute leur place dans cet écosystème, car ce sont finalement des batteries sur roues qui peuvent jouer un rôle de tampon et d’optimisation énergétique, d’autant plus que les voitures pourront bientôt réinjecter de l’énergie dans le réseau ou dans le bâtiment.
Le bâtiment du futur intégrera forcément l’intelligence artificielle dans sa gestion et son pilotage. Au-delà de la simple automatisation, l’IA permettra une adaptation continue aux usages, sans devoir reprogrammer les systèmes en permanence.
Le confort et la santé des occupants seront au centre de toute conception. Ils sont déjà pris en compte, mais encore de manière insuffisante.
On verra également se développer des bâtiments multifonctionnels, capables d’évoluer pour s’adapter aux nouveaux modes de travail ou usages, avec des surfaces optimisées pour répondre aux enjeux climatiques. Ces bâtiments seront aussi producteurs d’énergie et ne dépendront plus – ou très peu – du réseau.
Toutes ces évolutions auront, bien entendu, une incidence sur les métiers. On se dirige de plus en plus vers l’assemblage d’éléments préfabriqués, modulaires et capables de cumuler différentes fonctions : statique, esthétique, production d’énergie voire dépollution. C’est pourquoi nous devons rester à la pointe en matière de formation, afin de faire évoluer en continu les compétences des professionnels chargés de mettre en œuvre ces nouvelles solutions.
La donnée est essentielle dans ce processus : pour que le bâtiment soit intelligent et fonctionne de manière optimale, il doit pouvoir s’appuyer sur des données robustes, fiables et accessibles. Et le fait qu’aujourd’hui de nombreux systèmes cohabitent sans pouvoir communiquer entre eux reste encore un frein technique.
C’est tout un système qui doit se mettre en place, mais rien ne se fera sans modifier nos habitudes. »
Laurent Nilles
Administrateur délégué de Prefalux Group S.A.
« Il est assez vain de discuter des concepts de construction future si aujourd’hui peu de choses encouragent la mise en œuvre de constructions à même de changer la trajectoire du secteur. Le secteur de la construction est un des plus performants en Europe. Pourtant, aucune différenciation – qu’elle soit réglementaire, financière ou environnementale – ne vient soutenir, à une large échelle et dans un contexte concurrentiel, le déploiement d’approches plus respectueuses de l’environnement, pourtant indispensables et souvent portées par des acteurs précurseurs sur le plan technologique.
Le secteur public a – du moins au Luxembourg – déjà largement fait sa mue et réalise projet exemplaire après projet exemplaire. S’il peut le faire et démontrer ainsi la viabilité technologique de la mise en œuvre de telles approches, c’est parce qu’il subit une pression financière moins forte que le privé : les parents apprécient de voir leurs enfants évoluer dans des crèches, écoles et maisons-relais construites sainement et durablement, pourtant ils continuent à habiter dans des logements qui ne sont pas conçus selon ces principes.
En Europe, nous adoptons une posture de leader de la qualité réglementaire technique du secteur de la construction, y compris sur les prescriptions environnementales qui, par habitude ou par difficulté à transformer ses filières, attend qu’un concurrent déploie les solutions plus facilement chez lui avant de tenter de prendre l’avantage sur le marché européen. Dans l’automobile, le photovoltaïque ou d’autres industries, on connaît aujourd’hui l’issue de cette stratégie. Et cela sans même évoquer la forte fragmentation du secteur de la construction, qui le rend infiniment plus fragile.
Dès lors, il ne suffit pas de promouvoir un nouveau Bauhaus européen, encore faut-il créer les conditions économiques qui incitent à sa mise en œuvre réelle, à grande échelle et avec des niveaux d’émissions de gaz à effet de serre les plus faibles possibles. »
Stéphane Hardy
Project Manager Luxembourg chez Hydro Group
« La menuiserie extérieure est responsable de 3 à 7 % de l’empreinte carbone d’un bâtiment sur son cycle de vie, hors protection solaire. Le verre et l’aluminium sont les deux principaux contributeurs sur ce poste. On peut réduire les émissions carbone de ces matériaux soit en limitant la quantité de matériaux, soit en choisissant un matériau à intensité carbone réduite.
Pour les châssis en aluminium, cela se traduit par des produits qui contiennent de l’aluminium recyclé, qui ont été fabriqués grâce à un mix énergétique décarboné et qui ont été transportés sur des distances optimisées. C’est le cas dans deux projets de rénovation de résidences au Luxembourg, où les châssis ont été récupérés sur les bâtiments existants et acheminés en circuit court jusqu’à l’usine de Clervaux pour produire de nouveaux châssis qui seront réintégrés dans les projets.
En Europe, nous n’avons pas de mine de bauxite, qui est la matière première nécessaire à l’extrusion d’aluminium. En revanche, nos bâtiments constituent un énorme stock d’aluminium à démanteler et à recycler, cette filière permettant de produire de l’aluminium en utilisant 20 fois moins d’énergie qu’en extrayant de la bauxite, tout en gardant le même niveau de qualité et les mêmes quantités de production.
Nos villes sont donc de véritables mines qui, si elles sont bien exploitées, peuvent rendre l’Europe fortement indépendante en termes d’approvisionnement en aluminium. »
Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #76 - janvier 2026



























