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Focus sur une thématique pointue à travers le regard aiguisé d’experts en la matière

Publié le 2 février 2026
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février 2026

Bâtiment du futur

Bâtiment du futur
L'avenir se bâtit aujourd'hui
L’avenir se bâtit aujourd’hui

Plus que jamais, les bâtiments sont appelés à se réinventer, non pas par une surenchère technologique, mais par une réflexion profonde sur le sens, la mesure et la responsabilité de l’acte de bâtir.

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Luc Meyer

Directeur de Neobuild GIE

« On pourrait s’attendre à une vision du bâtiment du futur portée essentiellement par l’intelligence artificielle, des technologies de rupture et des concepts prospectifs. Ce n’est pas l’approche que je souhaite défendre au regard du contexte actuel.

Je propose au contraire des leviers concrets et rationnels pour poser, de manière cohérente, les bases du bâtiment du futur. La justesse, l’évolutivité, l’intégration de matériaux innovants à impact réel, ainsi que le recours à des modes constructifs plus sobres, ne prennent pleinement sens que dans une logique adaptée et responsable.

Nous ne pouvons plus nous contenter de compenser ; il s’agit au contraire de revenir à l’essentiel, où la technique trouve sa juste place : non plus comme un outil de rattrapage, mais comme un élément pensé dès l’origine du projet. La gestion dynamique des bâtiments, fondée sur des outils digitaux de simulation correctement intégrés, devient indispensable, en particulier face aux crises climatiques.

Les systèmes techniques doivent refléter l’environnement réel du bâtiment et répondre à de véritables enjeux de santé et de confort. Une ventilation correctement dimensionnée, basée sur une occupation réaliste, en est une illustration concrète. De la même manière, un ΔT équilibré permet d’agir indirectement sur plusieurs paramètres clés : débits, consommation des pompes, stabilité globale du système. Réduire les excès est essentiel : trop de réserve conduit inévitablement au surdimensionnement.

Le béton l’illustre parfaitement : diminuer sa teneur en eau permet de réduire le ciment et, par conséquent, l’empreinte CO₂. L’IA et le smart building peuvent apporter une réelle intelligence de fond, à condition d’être utilisés avec discernement. Ils ne remplaceront jamais l’effort collectif nécessaire pour définir des besoins justes et évaluer rigoureusement l’empreinte carbone des choix techniques.

Le bâtiment du futur se veut donc sobre, maîtrisé, conçu avec précision, mais surtout logique. Une innovation fondée non sur le « toujours plus », mais sur le juste nécessaire. »


Alexis Sikora

Directeur de l’IFSB

« Jusqu’à récemment, on cherchait surtout à concevoir des bâtiments intégrant un maximum de techniques et d’innovations. Aujourd’hui, on observe un retour à des bâtiments qui répondent aux besoins réels des usagers, avec des solutions techniques pertinentes, mais sans superflu.
Le bâtiment du futur intégrera forcément l’intelligence artificielle dans sa gestion et son pilotage. Au-delà de la simple automatisation, l’IA permettra une adaptation continue aux usages, sans devoir reprogrammer les systèmes en permanence.

Le confort et la santé des occupants seront au centre de toute conception. Ils sont déjà pris en compte, mais encore de manière insuffisante.

On verra également se développer des bâtiments multifonctionnels, capables d’évoluer pour s’adapter aux nouveaux modes de travail ou usages, avec des surfaces optimisées pour répondre aux enjeux climatiques. Ces bâtiments seront aussi producteurs d’énergie et ne dépendront plus – ou très peu – du réseau.

Toutes ces évolutions auront, bien entendu, une incidence sur les métiers. On se dirige de plus en plus vers l’assemblage d’éléments préfabriqués, modulaires et capables de cumuler différentes fonctions : statique, esthétique, production d’énergie, voire dépollution. C’est pourquoi nous devons rester à la pointe en matière de formation, afin de faire évoluer en continu les compétences des professionnels chargés de mettre en œuvre ces nouvelles solutions. »


Arnaud Duban

Directeur de l’energieagence

« Le bâtiment du futur sera producteur et autoconsommateur d’énergie. Mais il devra aussi être intelligent pour faire face à une augmentation des flux d’énergie. En effet, l’autoconsommation va de pair avec le partage d’énergie et si, jusqu’à présent, le réseau alimentait le bâtiment de manière unidirectionnelle, désormais le bâtiment est lui aussi capable d’envoyer son surplus de production d’énergie renouvelable vers le réseau ou de le partager avec ses voisins.

Ce surplus de production peut également être stocké dans des batteries et/ou distribué à toute une série de consommateurs – appareils de traitement de l’air, chauffage, climatisation, éclairage, domotique – via un Energy Management System (EMS). Les véhicules électriques ont toute leur place dans cet écosystème, car ce sont finalement des batteries sur roues qui peuvent jouer un rôle de tampon et d’optimisation énergétique, d’autant plus que les voitures pourront bientôt réinjecter de l’énergie dans le réseau ou dans le bâtiment.

Le bâtiment du futur intégrera forcément l’intelligence artificielle dans sa gestion et son pilotage. Au-delà de la simple automatisation, l’IA permettra une adaptation continue aux usages, sans devoir reprogrammer les systèmes en permanence.

Le confort et la santé des occupants seront au centre de toute conception. Ils sont déjà pris en compte, mais encore de manière insuffisante.
On verra également se développer des bâtiments multifonctionnels, capables d’évoluer pour s’adapter aux nouveaux modes de travail ou usages, avec des surfaces optimisées pour répondre aux enjeux climatiques. Ces bâtiments seront aussi producteurs d’énergie et ne dépendront plus – ou très peu – du réseau.

Toutes ces évolutions auront, bien entendu, une incidence sur les métiers. On se dirige de plus en plus vers l’assemblage d’éléments préfabriqués, modulaires et capables de cumuler différentes fonctions : statique, esthétique, production d’énergie voire dépollution. C’est pourquoi nous devons rester à la pointe en matière de formation, afin de faire évoluer en continu les compétences des professionnels chargés de mettre en œuvre ces nouvelles solutions.

La donnée est essentielle dans ce processus : pour que le bâtiment soit intelligent et fonctionne de manière optimale, il doit pouvoir s’appuyer sur des données robustes, fiables et accessibles. Et le fait qu’aujourd’hui de nombreux systèmes cohabitent sans pouvoir communiquer entre eux reste encore un frein technique.

C’est tout un système qui doit se mettre en place, mais rien ne se fera sans modifier nos habitudes. »


Laurent Nilles

Administrateur délégué de Prefalux Group S.A.

« Il est assez vain de discuter des concepts de construction future si aujourd’hui peu de choses encouragent la mise en œuvre de constructions à même de changer la trajectoire du secteur. Le secteur de la construction est un des plus performants en Europe. Pourtant, aucune différenciation – qu’elle soit réglementaire, financière ou environnementale – ne vient soutenir, à une large échelle et dans un contexte concurrentiel, le déploiement d’approches plus respectueuses de l’environnement, pourtant indispensables et souvent portées par des acteurs précurseurs sur le plan technologique.

Le secteur public a – du moins au Luxembourg – déjà largement fait sa mue et réalise projet exemplaire après projet exemplaire. S’il peut le faire et démontrer ainsi la viabilité technologique de la mise en œuvre de telles approches, c’est parce qu’il subit une pression financière moins forte que le privé : les parents apprécient de voir leurs enfants évoluer dans des crèches, écoles et maisons-relais construites sainement et durablement, pourtant ils continuent à habiter dans des logements qui ne sont pas conçus selon ces principes.

En Europe, nous adoptons une posture de leader de la qualité réglementaire technique du secteur de la construction, y compris sur les prescriptions environnementales qui, par habitude ou par difficulté à transformer ses filières, attend qu’un concurrent déploie les solutions plus facilement chez lui avant de tenter de prendre l’avantage sur le marché européen. Dans l’automobile, le photovoltaïque ou d’autres industries, on connaît aujourd’hui l’issue de cette stratégie. Et cela sans même évoquer la forte fragmentation du secteur de la construction, qui le rend infiniment plus fragile.

Dès lors, il ne suffit pas de promouvoir un nouveau Bauhaus européen, encore faut-il créer les conditions économiques qui incitent à sa mise en œuvre réelle, à grande échelle et avec des niveaux d’émissions de gaz à effet de serre les plus faibles possibles. »


Stéphane Hardy

Project Manager Luxembourg chez Hydro Group

« La menuiserie extérieure est responsable de 3 à 7 % de l’empreinte carbone d’un bâtiment sur son cycle de vie, hors protection solaire. Le verre et l’aluminium sont les deux principaux contributeurs sur ce poste. On peut réduire les émissions carbone de ces matériaux soit en limitant la quantité de matériaux, soit en choisissant un matériau à intensité carbone réduite.

Pour les châssis en aluminium, cela se traduit par des produits qui contiennent de l’aluminium recyclé, qui ont été fabriqués grâce à un mix énergétique décarboné et qui ont été transportés sur des distances optimisées. C’est le cas dans deux projets de rénovation de résidences au Luxembourg, où les châssis ont été récupérés sur les bâtiments existants et acheminés en circuit court jusqu’à l’usine de Clervaux pour produire de nouveaux châssis qui seront réintégrés dans les projets.

En Europe, nous n’avons pas de mine de bauxite, qui est la matière première nécessaire à l’extrusion d’aluminium. En revanche, nos bâtiments constituent un énorme stock d’aluminium à démanteler et à recycler, cette filière permettant de produire de l’aluminium en utilisant 20 fois moins d’énergie qu’en extrayant de la bauxite, tout en gardant le même niveau de qualité et les mêmes quantités de production.

Nos villes sont donc de véritables mines qui, si elles sont bien exploitées, peuvent rendre l’Europe fortement indépendante en termes d’approvisionnement en aluminium. »

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #76 - janvier 2026

Réemploi, circularité et santé : bâtir le futur sans compromis
Réemploi, circularité et santé : bâtir le futur sans compromis

Alors que la construction évolue sous l’effet des exigences environnementales, de la digitalisation et des nouveaux usages, la question centrale reste : comment intégrer le réemploi dans les bâtiments du futur tout en garantissant santé, qualité et sécurité, décarbonation et économie circulaire au Luxembourg ?

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Le réemploi, une valeur forte pour le bâtiment du futur… mais encore fragile

Dans la vision du bâtiment du futur, le réemploi joue un rôle essentiel : réduction de l’impact carbone, maintien de la valeur intrinsèque des matériaux, diminution des déchets de construction, préservation des ressources dans un contexte de tension sur les matières premières.

La loi modifiée du 9 juin 2022 encadre clairement le statut des matériaux : un déchet est toute substance ou tout objet dont le détenteur se débarrasse ou a l’intention ou l’obligation de se débarrasser. La loi rappelle par ailleurs la hiérarchie des modes de gestion, qui donne priorité à la prévention, puis au réemploi, à la préparation en vue d’une réutilisation, au recyclage et aux autres formes de valorisation, l’élimination n’étant envisagée qu’en ultime recours. La loi prévoit également d’établir un inventaire détaillé des matériaux pour des projets de déconstruction de plus grande envergure, suivant le guide de la déconstruction élaboré par l’Administration de l’Environnement.

Toutefois, dans le secteur de la construction, le passage direct vers le réemploi reste complexe : manque d’outils d’évaluation adaptés aux typologies de matériaux, absence de standards partagés sur la preuve des performances, crainte d’un risque juridique en cas de défaut, hétérogénéité des pratiques entre chantiers.

Ces difficultés, bien que fréquemment observées, ne sont pas irréversibles : des outils en développement, des plateformes de réemploi et des initiatives d’harmonisation visent à les surmonter, mais qu’en est-il de la santé ?

Santé : l’angle mort ?

L’économie circulaire ne peut se construire au détriment de la santé humaine. Les matériaux déposés dans des bâtiments anciens peuvent contenir des substances préoccupantes : plomb, amiante, polychlorobiphényles (PCB), retardateurs de flamme, phtalates, formaldéhyde, biocides, substances alkylées perfluorées et polyfluorées (PFAS), etc. Ces composés peuvent être relargués au moment du démontage, du stockage ou de la remise en œuvre, exposant les travailleurs et les occupants.Or, les diagnostics existants se concentrent souvent sur la sécurité structurelle ou la performance énergétique, rarement sur la qualité sanitaire. Théoriquement, un matériau réemployé doit offrir les mêmes garanties de santé, d’hygiène et de sécurité qu’un produit neuf.

En pratique, un matériau réemployé ne peut, en aucun cas, compromettre la santé ou la sécurité des personnes.

Cela suppose d’intégrer des analyses de substances dangereuses dès la phase de déconstruction, de documenter les résultats et d’assurer une traçabilité tout au long du cycle de vie du matériau. Or, les matériaux anciens visés par le réemploi sont susceptibles de contenir des polluants interdits entretemps. Par exemple, un bois ancien peut sembler en parfait état, mais avoir été traité par le passé avec des produits aujourd’hui interdits (PCP – pentachlorophénol, Lindane – γ-HCH, DDT, etc.).

Les plateformes de matériaux : un maillon prometteur… mais à sécuriser

Le développement de plateformes de réemploi de matériaux, physiques ou numériques, s’impose aujourd’hui comme une étape logique de la circularité. Elles constituent le point de rencontre entre l’offre et la demande : entreprises de déconstruction, artisans, concepteurs et maîtres d’ouvrage peuvent y trouver des éléments réemployables, des lots de matériaux ou des produits issus de la dépose sélective.
Leur intérêt est évident : prolonger la vie des ressources, favoriser les circuits courts, limiter les déchets et structurer un marché encore émergent. Cependant, cette simplicité apparente masque une réalité juridique complexe. Une plateforme ne peut pas simplement « revendre » des éléments issus d’un chantier sans s’assurer du statut de ces matériaux.

Un enjeu collectif pour la filière

Le bâtiment du futur ne pourra pleinement intégrer le réemploi que si l’ensemble de la filière évolue collectivement. Cela implique une déconstruction sélective maîtrisée, des centres de stockage contrôlés, des méthodes d’analyse harmonisées, une montée en compétence des entreprises, un accompagnement des maîtres d’ouvrage et l’intégration du réemploi dès la conception.

Au-delà de l’aspect technique, il s’agit avant tout d’un enjeu de confiance collective, fondé sur un cadre adapté, des référentiels applicables, des outils et une pratique professionnelle sécurisés.

Il s’agit aussi d’un enjeu économique : le réemploi, lorsqu’il est sécurisé, crée des emplois locaux non délocalisables et valorise le savoir-faire artisanal lié à la gestion des ressources.

Enfin, la digitalisation constitue un levier déterminant pour le réemploi : grâce au BIM, la traçabilité des matériaux et la transmission des données entre déconstruction et reconstruction deviennent plus fiables, continues et vérifiables.

Conclusion : construire sans compromettre la santé

Réemployer un matériau, ce n’est pas seulement prolonger sa vie, c’est aussi prolonger la confiance dans la chaîne de valeur. La circularité ne sera durable que si elle intègre pleinement la santé humaine, la sécurité au travail et la transparence des données. Entre innovation, réglementation et responsabilité, le réemploi s’impose désormais comme un nouveau champ d’équilibre pour la construction durable : une approche à la fois écologique, éthique et scientifiquement fondée.

Ralph Baden (ministère de l’Économie) et Luc Meyer (Neobuild GIE)
Article paru dans Neomag #76 - janvier 2026

Bâtiment du futur : architecture de justesse, robustesse et responsabilité
Bâtiment du futur : architecture de justesse, robustesse et responsabilité

Dave Lefèvre, architecte associé chez coeba architectes, présente sa vision du bâtiment du futur : une architecture alliant justesse, sobriété et robustesse, pensée selon une approche systémique du cycle de vie. Il défend un bâti durable, évolutif, contribuant positivement aux territoires et aux générations futures.

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Durabilité et évolution des cadres réglementaires

Le bâtiment du futur est indissociable de la durabilité. Longtemps, les cadres réglementaires et les pratiques de conception se sont concentrés sur la performance énergétique en phase d’exploitation : réduction des besoins de chauffage et de refroidissement, amélioration des rendements techniques et diminution des émissions liées à l’usage. Cette évolution était nécessaire et a permis des avancées significatives.

Aujourd’hui, cette approche s’élargit de manière décisive. La notion d’énergie grise — c’est‑à‑dire l’énergie mobilisée sur l’ensemble du cycle de vie du bâtiment, de l’extraction des matières premières jusqu’à la déconstruction — prend une importance croissante et sera très probablement intégrée dans des cadres réglementaires contraignants à court ou moyen terme. À l’échelle européenne, il est désormais admis que les objectifs climatiques ne pourront être atteints qu’à travers une approche globale et systémique de l’acte de bâtir.

Sobriété, suffisance et remise en question du neuf

La durabilité ne se résume toutefois pas à des indicateurs chiffrés. Elle repose avant tout sur une posture intellectuelle et culturelle. Une conviction fondamentale peut être formulée simplement : chaque mètre cube non construit est en soi le plus durable.

Ce principe de sobriété et de suffisance invite à remettre en question le réflexe du bâtiment neuf et à privilégier, chaque fois que cela est possible, la transformation, la réhabilitation, la reconversion et la mutualisation des espaces. Il s’applique cependant tout autant aux nouvelles constructions : même lorsqu’un bâtiment neuf est nécessaire, celui‑ci doit être conçu avec une réduction volontaire du volume construit, strictement ajustée aux besoins réels, sans surdimensionnement ni espaces inutiles.

L’architecture durable commence ainsi bien avant la construction, par une réflexion approfondie sur le juste besoin, la juste échelle et l’usage réel des espaces, afin de limiter durablement l’empreinte matérielle, énergétique et environnementale du bâti.

Synergies techniques, spatiales et sociales

Dans cette logique, le principe de synergie joue un rôle central. À l’image des systèmes naturels, où le concept de déchet n’existe pas, les bâtiments du futur doivent fonctionner de manière circulaire. La chaleur fatale issue, par exemple, des installations techniques ou d’activités spécifiques devient une ressource ; les flux d’énergie, de matière et d’usage sont mieux articulés ; et les espaces sont conçus pour accueillir plusieurs fonctions dans le temps.

Le bâtiment n’est plus un objet isolé, mais un élément d’un système élargi, à l’échelle du quartier ou du territoire. Ces synergies sont également sociales : l’architecture peut favoriser la solidarité, les usages partagés et l’entraide, en créant des espaces communs et des infrastructures mutualisées. La durabilité s’inscrit ainsi dans la qualité des relations humaines et dans la capacité du bâti à renforcer le lien social.

Biodiversité et responsabilité écologique

Un autre enjeu majeur concerne l’empreinte écologique du bâtiment sur la biodiversité. Depuis 1970, le déclin mondial de la biodiversité est estimé à environ 70 %, ce qui souligne l’ampleur de la crise écologique en cours. Dans ce contexte, le bâtiment du futur ne peut plus être neutre vis‑à‑vis de son environnement naturel.

Les constructions peuvent devenir de véritables supports de vie, en intégrant des habitats pour les insectes, les oiseaux et d’autres espèces, ainsi que des façades et toitures végétalisées. Ces dispositifs améliorent le microclimat, limitent les îlots de chaleur et enrichissent la flore et la faune en milieu urbain et périurbain.

Parallèlement, le choix des matériaux devient déterminant. Ceux‑ci doivent être évalués non seulement pour leurs performances techniques, mais aussi pour leurs impacts à long terme sur les sols, l’eau, la biodiversité et la santé, notamment en cas de vieillissement et d’exposition aux intempéries.

Économie circulaire et cycle de vie des ressources

L’économie circulaire constitue un pilier essentiel du bâtiment du futur. Elle vise à rompre avec le modèle linéaire « extraire – produire – consommer – jeter » pour privilégier une logique de boucles fermées, où les ressources sont préservées, réemployées et valorisées sur le long terme.

Dans le domaine de la construction, cela implique de concevoir les bâtiments dès l’origine comme des réservoirs de matériaux, capables d’évoluer, d’être démontés et transformés sans perte de valeur. Concrètement, cela passe par des systèmes constructifs réversibles, des assemblages démontables, une standardisation raisonnée et une documentation précise des composants, permettant leur réemploi, leur recyclage ou leur réaffectation.

Indissociable de la notion de temps long, l’économie circulaire permet de réduire l’énergie grise, de limiter les déchets de chantier et de diminuer la pression sur les ressources naturelles. Le bâtiment devient ainsi un maillon actif d’un écosystème de ressources, capable d’évoluer et de se transformer.

Matériaux bio‑ et géosourcés, ressources locales et résilience territoriale

Le recours accru aux matériaux biosourcés et géosourcés constitue un levier essentiel du bâtiment du futur. Bois, terre crue, pierre, chanvre, paille ou autres matériaux issus de ressources naturelles renouvelables ou faiblement transformées permettent de réduire significativement l’énergie grise, de stocker du carbone et de limiter les impacts environnementaux liés à la production industrielle lourde.

Au‑delà de leurs performances environnementales, ces matériaux offrent une opportunité stratégique majeure : celle de s’appuyer sur des ressources locales et régionales. Dans un contexte marqué par les crises successives, les ruptures d’approvisionnement et la volatilité des marchés, la dépendance aux chaînes de production globalisées a montré ses limites. Renforcer l’ancrage territorial des matériaux permet d’accroître la résilience du secteur de la construction face aux aléas économiques, géopolitiques et climatiques.

Le développement de filières locales favorise une plus grande indépendance vis‑à‑vis des marchés globaux, tout en contribuant à la création de nouvelles chaînes de valeur régionales. Cela implique le soutien à des savoir‑faire artisanaux et industriels de proximité, la relocalisation partielle de la transformation des matériaux et une meilleure maîtrise des cycles de production. L’architecture devient alors un acteur du développement territorial, générateur d’emplois locaux et de compétences durables.

Intégrés dans une approche globale de durabilité, de sobriété et d’économie circulaire, les matériaux bio‑ et géosourcés ne constituent pas un retour en arrière, mais une évolution raisonnée de la culture constructive. Ils participent à une architecture plus robuste, plus lisible et mieux adaptée aux enjeux contemporains, tout en renforçant l’autonomie et la capacité d’adaptation des territoires.

Flexibilité, adaptabilité et transformation

La flexibilité des bâtiments constitue un pilier fondamental du bâtiment du futur. Les constructions doivent être capables d’évoluer facilement face aux changements d’usage et de fonction. Le choix de structures porteuses filigranes, clairement lisibles et rationnelles, permet une optimisation durable de la flexibilité future, en garantissant une liberté maximale d’aménagement des plateaux au fil du temps. Associées à des trames cohérentes, des profondeurs maîtrisées et des systèmes techniques accessibles, ces structures favorisent des transformations rapides, réversibles et sobres en ressources.

Si la transformation devient la règle et la démolition l’exception, les économies en matière de ressources, d’énergie grise et d’émissions sont considérables. La durabilité se joue ici sur le temps long, à travers des bâtiments capables d’absorber les évolutions programmatiques sans remise en cause de leur structure fondamentale.

Sobriété technique et principes passifs

Le bâtiment du futur repose sur une sobriété des installations techniques. Il ne s’agit pas d’accumuler des systèmes, mais de les réduire au strict nécessaire. La conception architecturale privilégie en premier lieu les principes thermiques naturels : orientation, compacité, inertie thermique, protection solaire, ventilation naturelle et gestion des apports.

Ces stratégies passives permettent de limiter fortement les besoins énergétiques et d’accroître la robustesse climatique des bâtiments face aux vagues de chaleur, aux variations de température et aux événements extrêmes.

Régulation intelligente et robustesse numérique

Lorsque des équipements techniques sont nécessaires, ils sont couplés à une régulation intelligente et mesurée, capable d’adapter le fonctionnement du bâtiment aux usages réels et aux conditions climatiques. Les systèmes de type smart building constituent un levier important, à condition de rester au service de l’architecture et non de s’y substituer.

Un enjeu central réside dans la pérennité des systèmes. Le bâtiment du futur ne doit pas devenir dépendant de mises à jour logicielles ou de plateformes numériques susceptibles de devenir obsolètes. Des systèmes mécaniques ou hybrides, simples, lisibles et robustes dans le temps, offrent souvent une meilleure résilience.

Le bâtiment au service de l’humain

L’ensemble de ces principes reste fondamentalement au service de l’humain. Le bâtiment du futur répond aux besoins réels des utilisatrices et utilisateurs : il est fonctionnel, confortable, sain et agréable à vivre. La durabilité ne signifie pas renoncement, mais justesse et équilibre.

Une responsabilité envers les générations futures

Le bâtiment du futur n’est pas celui qui mobilise le plus de technologie, mais celui qui est le plus pertinent sur les plans écologique, social et spatial. Conçu pour durer, évoluer et s’adapter, il assume pleinement sa responsabilité tout au long de son cycle de vie, au bénéfice des usagers, de l’environnement et des générations futures.

Dave Lefèvre
Article paru dans Neomag #76 - janvier 2026

Is too soon to know it is too late ? ¹
Is too soon to know it is too late ? ¹

À mi-parcours de cette décennie, les données scientifiques confirment que la planète a quitté l’état de stabilité connu depuis plus de 10 000 ans². Anomalies climatiques, océans en surchauffe et CO₂ record s’accumulent. Sept des neuf limites planétaires³ sont déjà dépassées et, en 2024, la température mondiale a franchi le seuil de +1,5 °C.

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Les prévisions indiquent un réchauffement pouvant atteindre 3°C, voire 4°C⁴.

La neutralité carbone en 2050 ne sera jamais atteinte. Pour y arriver on devrait réduire nos émissions d’au moins 5 % par an. La dernière fois que c’est arrivé, c’était au moment de la COVID…

La transition énergétique est un leurre⁵. Les énergies primaires se sont toujours additionnées au lieu de se substituées. La crise des cycles vitaux - eau, biodiversité, cycles du carbone - est devenu irréversible.

On a quitté le monde de la moyenne pour celui de l’écart type et les fluctuations vont s’amplifier dans les années à venir⁶.

L’architecture face à l’effondrement

Et pourtant, face à ces constats, on assiste à une véritable « tragédie des horizons, à une incroyable myopie de notre secteur »⁷. Le secteur du bâtiment est responsable de 39 % à 42 % des émissions mondiales⁸.

Pour faire face à notre croissance, la quantité mondiale d’immeubles doit quasi doubler dans les quarante prochaines années⁹.

La conception architecturale actuelle, principalement focalisée sur l’esthétique, la fonctionnalité ou une post-modernité déconnectée des réalités climatiques, contribue à cet effondrement.
La dissociation entre forme et substance matérielle, entre architecture et environnement, doit céder la place à une réflexion systémique, globale.

L’architecture régénérative : une nouvelle vision

Il est nécessaire de faire évoluer notre approche du design architectural, en passant d’une conception dite « durable », axée principalement sur la minimisation des effets négatifs, à une approche régénérative qui cherche à restaurer, revitaliser et renforcer l’environnement, les écosystèmes. Inspirée par les travaux de Emanuele Naboni¹⁰., Philippe Rahm, Bill Reed et Pamela Mang, cette démarche s’appuie sur trois piliers fondamentaux : design with climate, design with nature, design with people.

- Peut-on inverser les impacts environnementaux ? Mis à jour à partir de la source : E. Naboni.

Design with climate :

Concevoir avec le climat signifie intégrer les phénomènes climatiques et leurs fluctuations environnantes comme des outils essentiels du processus de conception.

Cela prend également en compte à la fois le carbone opérationnel et le carbone renouvelable.
Par exemple, aménager des brises urbaines, le rayonnement solaire, l’albedo… ou exploiter l’évapotranspiration pour refroidir naturellement.

L’approche privilégie les stratégies passives, basées notamment sur la physique du bâtiment.

Design with nature :

Concevoir avec la nature, c’est inscrire l’architecture dans les dynamiques du vivant, les logiques des milieux et les temporalités longues des écosystèmes.

Cela inclut la circularité, le réemploi, le carbone emmagasiné, le cycle de vie, favorise la biodiversité, les matériaux biosourcés, la gestion hydrologique régénérative.
La ville devient une banque de matériaux.

Design with people :

Concevoir avec les personnes, c’est replacer les usages, les relations et les vécus humains au centre du projet architectural.

Au-delà de la performance technique ou environnementale, l’architecture devient un vecteur d’inclusion, de bien-être et de lien social.

L’approche salutogénique, la co-conception avec les usagers, permettent de créer des bâtiments vivants, adaptables, porteurs de liens sociaux.

1. D’après l’ouvrage « The Last Interview » de David Foster Wallace (Blue Rider éditions, 2012).
2. Johan Rockström. « The Tipping Points of Climate Change — and Where We Stand » (Stockholm Resilience Centre, 19 Aug. 2024).
3. Johan Rockström, « Les 9 limites planétaires (2009-2023) », directeur de l’Institut de Potsdam pour la recherche sur l’impact climatique.
4. Rapport sur l’écart d’émissions des Nations Unies (UNEP) «  Emissions Gap Report 2024  » publié le 24 octobre 2024. À cette occasion, le secrétaire général des NU, Antonio Guterres, a déclaré que : «  Humanity is paying a terrible price for inaction on global warming, with time running out to correct the course and avoid climate disaster.  »
5. Jean-Baptiste Fressoz, «  Sans transition  » (Ecocène, Seuil Éditions, 2024).
6. Olivier Hamant, «  Le sens & l’action  » (conférence, 2 avril 2025). Consulté le 5 août 2025.
7. Mark Carney, «  Breaking the Tragedy of the Horizon  : Climate Change and Financial Stability  » (Speech, Lloyd’s of London, 29 septembre 2015, Bank of England).
8. United Nations Environment, Programme Global Status Report for Buildings and Construction (UNEP, 2022). «  Architecture 2030. Why the Built Environment  ?  » (2024). Selon ces sources, le secteur du bâtiment est responsable de 38 % (UNEP, 2022) à 42 % (Architecture 2030, 2024) des émissions mondiales de CO₂.
9. «  Architecture 2030. Why the Built Environment  ?  » (Global ABC, Global Status Report 2017) ; International Energy Agency, Global Building Sector CO₂ Emissions and Floor Area on the Net Zero Scenario 2020–2050. United Nations, Infrastructure.
10. Emanuele Naboni, Lisane Havinga, «  Regenerative Design in Digital Practice : A Handbook for the Built Environnement ». COST Action (European Cooperation in Science et Technology) RESTORE (Rethink Sustainability Towards a Regenerative Economy), WG2 (Working Group, Eurac, 2019). Plus spécifiquement, voir le chapitre  «  The Pillars of Regenerative Design  » par Emmanuelle Naboni, Lisane Havinga et Martin Brown, p30.

Une conception informée

La modélisation numérique, le parametric design, le data driven architecture et l’intelligence artificielle deviennent des outils clés pour une conception responsable.

Nous travaillons au moyen d’une boucle itérative de conception, alimentée par des données environnementales, des projections climatiques à venir, qui permet d’ajuster chaque choix, d’évaluer l’impact et d’anticiper les effets à long terme.

De cette façon, chaque projet devient un vecteur de résilience, de robustesse, une pièce du système global de régénération. À travers ces cycles répétés, ces modèles permettent d’évaluer l’impact environnemental et d’inspirer la nature, incarnant une vision architecturale tournée vers l’avenir, responsable. In fine, il s’agira toujours d’un projet architectural dans le sens d’un acte fondamentalement culturel, mais qui se devra d’être responsable et informé.

- La boucle itérative développée par A2M intègre la conception paramétrique, la simulation statique et dynamique, l’IA, l’analyse de la lumière naturelle, l’ACV, l’analyse du confort, l’indice de CO₂, l’UTCI, l’ICU score, l’albedo, l’OT et d’autres outils

Cas d’études

Le projet de Campus PwC à la Cloche d’Or, en chantier, reprend les principes de l’architecture régénérative.

Ce campus, développé comme des collines habitées et flanqué de biotopes à tous les étages, est organisé autour d’un centre de rencontre paysager et recadre la structure urbaine en proposant un front linéaire bâti rythmé par quelques failles verticales.

Le centre sportif de Belval, le plus grand du pays, également en chantier, est littéralement un projet de « bâtiment paysage » à l’intérieur duquel les fonctions prennent place.

Il est un modèle d’avant-garde en termes de circularité. Le projet recrée le maillage vert et bleu du site et réintègre les biotopes environnants.

Le projet du Heal Campus, un campus tertiaire destiné à la recherche, régénère une ancienne friche périurbaine à Esch-sur-Alzette.

Le projet de PAP de Hueflach Strassen a été conçu en inversant la démarche traditionnelle de composition : le paysage avant le bâti.

Le layout urbain s’est basé sur les simulations climatiques dégradées de 2080, qui seront à peu près équivalentes à celles de Milan aujourd’hui.

L’épannelage des volumes est réalisé de sorte à utiliser les vents convectifs pour créer une brise urbaine fraîche.

Le projet intègre l’hydrologie régénérative au travers du concept de « Keyline design ».

La rénovation du siège iconique de 1964, classé, de ING Belgium à Bruxelles vient d’être livrée et atteint une réduction de consommation de 85 % ainsi que le niveau BREEAM Outstanding, WELL Platinum.

- Maître d’ouvrage : ATENOR – PwC ; architecte : A2M-MORENO ARCHITECTES & ASSOCIES ; crédit photographique : Wang
- Maître d’ouvrage : ING Belgium ; architecte : A2M-MORENO ARCHITECTES & ASSOCIES ; crédit photographique : Ulrich Schwarz
-  Maître d’ouvrage : Le Fonds Belval ; architecte : A2M-MORENO ARCHITECTES & ASSOCIES ; crédit photographique : Vize
-  Maître d’ouvrage : HEALCAMPUS ; architecte : A2M-MORENO ARCHITECTES & ASSOCIES ; crédit photographique : EFFEKT

Construire un avenir régénérateur

Le défi est immense : seule une poignée de bâtiments dans une vie peut transformer la masse des millions d’édifices du globe.

Chaque intervention peut devenir un acte de régénération, une étape vers un système plus robuste et conscient.

From thousands to billions¹

Ainsi titrait le rapport du World Green Building Council en 2017, qui était un énième appel à l’action.
Selon l’UNEP, il y aurait environ 1,5 milliard de bâtiments sur terre².

Plus de 98 % des bâtiments dans le monde ont été conçus sans l’intervention de professionnels qualifiés en architecture³ ou en ingénierie.

Bref, une vie (d’architecte) pour environ trente à quarante bâtiments face à plus d’un milliard et demi d’immeubles existants sur terre, « et moi et moi et moi » chantait Jacques Dutronc.

Au vu de ce qui précède, on retient que la « fenêtre de tir » de l’architecte est extrêmement réduite.

Et si toute occasion de faire de l’architecture était une occasion à chaque fois unique pour régénérer l’environnement, à ne surtout pas manquer ?

Le stock existant du bâti étant dans l’impossibilité matérielle, financière ou par manque de savoir-faire, d’être upgradé pour survivre aux dérèglements climatiques.

À l’image des nuées d’oiseaux dont ceux à la périphérie, étant face aux premières fluctuations, guident le groupe, chaque acteur doit influencer le système à la périphérie, pour faire évoluer le centre vers plus de stabilité et de justice écologique.

Ils se synchronisent et puis ils « contaminent » le système⁴.

Et si chaque projet d’architecture régénérative devenait un projet de « contamination », de « transmission », « d’imprégnation » du système, de restauration de l’environnement ?

- Maître d’ouvrage : BESIX RED, LIONSTONE, BOURG ; architecte : A2M-MORENO ARCHITECTES & ASSOCIÉS ; crédit photographique : A2M

1. Jonathan Laski et Victoria Burrows, « From Thousands to Billions » (World Green Building Council, 2017).
2. « Global Status Report for Buildings and Construction 2020 » (GlobalABC, 2020).
3. World Green Building Council (WGBC) dans son rapport « Uplift the Climate » (2019) ainsi que dans le livre édité par Bryan Bell et Katie Wakeford. Extrait : « Les architectes n’affectent directement qu’environ deux à cinq pour cent de tout ce qui est construit », Londres, 2008.
4. Olivier Hamant. « Monde en polycrise : les nouveaux ingénieurs de… »

Sebastian Moreno-Vacca, architecte
Article paru dans Neomag #76 - janvier 2026

Une utilisation efficiente des matériaux et davantage de résilience
Une utilisation efficiente des matériaux et davantage de résilience

Pour construire les bâtiments de demain, il faut apprendre à «  faire mieux avec moins  », devise de CIMALUX. Cela implique des matériaux à faible empreinte carbone, des constructions optimisées et une conception inspirée de l’architecture vernaculaire, valorisant les ressources locales et renforçant la résilience climatique.

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Interview de Christian Rech, Fondé de Pouvoir chez Cimalux

Qu’est-ce qui va changer avec la transposition de la nouvelle directive sur la performance énergétique des bâtiments ?

Cette nouvelle loi introduira des limites sur le carbone incorporé. Obligation nous sera donc faite de repenser notre manière de construire pour la rendre beaucoup plus efficiente.

Dans les premières phases de cette transposition, nous nous en sortirons en prenant des dispositions qui seront assez faciles à mettre en œuvre avec les matériaux dont nous disposons aujourd’hui : par exemple pour le gros-œuvre et les fondations, nous pourrons recourir à des ciments moins carbonés.
Il faudra cependant apprendre à composer avec les spécificités de ces ciments : le développement de leur résistance à jeune âge est plus lent, ce qui implique des délais de décoffrage rallongés, particulièrement en hiver. Par conséquent, il faudra réorganiser les chantiers, faire preuve de plus de flexibilité, être innovant et, dans certains cas, par exemple en sites contraints, recourir davantage à des éléments préfabriqués.

Mais, à l’avenir, les exigences relatives à la décarbonation, à l’économie circulaire et à l’utilisation efficiente des ressources deviendront de plus en plus pressantes. À cela s’ajoute le prix des matériaux dits « bas carbone ». Ainsi, le prix du béton, un matériau de masse à faible coût, sera amené à augmenter, car la décarbonation du ciment qui le compose requiert des investissements et des coûts opérationnels considérables.

Nous aurons ainsi tout intérêt à utiliser moins de matériaux en optimisant les systèmes constructifs : à faire mieux avec moins. Dans ce contexte, nous ne pourrons pas faire l’impasse sur la mixité des matériaux : à l’avenir, le béton sera de plus en plus combiné à de l’acier, du bois et différents types de structures légères. La préfabrication et la précontrainte seront également amenées à se développer.

Cela demandera également de nouvelles compétences…

Oui, et ce non seulement sur les chantiers, mais aussi dans les bureaux d’études et les cabinets d’architecture car il n’est pas évident d’associer des matériaux qui répondent à des cadres normatifs différents, d’assurer les fonctionnalités techniques de ces assemblages et leur harmonie architecturale.

Déterminer judicieusement les matériaux à utiliser pour une application donnée et faire en même temps les bons choix en termes de soutenabilité requiert sans aucun doute de nouvelles compétences.

Comment évaluer la durabilité d’un matériau ou d’un projet ?

Il existe une grille de lecture très large pour évaluer la durabilité et une pondération doit être faite entre différents critères (cf. tableau) : construire un bâtiment multifonctionnel qui évolue avec les usages peut être une bonne approche. Cela implique néanmoins aussi d’être prêt à investir davantage de ressources dans un bâtiment dont le potentiel d’évolution ne sera peut-être jamais activé.
Construire un bâtiment monofonctionnel avec des éléments démontables et réutilisables constitue une approche différente qui peut faire sens, pour autant que ces éléments soient robustes, durables et s’insèrent dans une économie circulaire viable.

Quoi qu’il en soit, notre réflexion doit toujours nous mener à la meilleure valorisation possible des ressources qui composent les bâtiments, que ce soit en les réutilisant, en les transformant, ou en les recyclant. Quels critères favoriser en fonction de quels objectifs constitue une réflexion à mener par l’ensemble des parties prenantes de la chaîne de valeur de la construction : maîtres d’ouvrage, investisseurs, architectes, ingénieurs, entreprises de construction, industriels, etc., sans oublier le législateur.

Tout cela n’est peut-être pas aussi complexe qu’il n’y paraît. À l’époque préindustrielle, construire se faisait avec des ressources limitées, disponibles localement. Sans moyens de transport efficaces, les importations étaient limitées aux projets hors-normes. Il fallait travailler dans un souci d’économies de moyens et s’adapter au mieux aux conditions environnementales et de faisabilité. On ne construit pas un mas en Provence comme on construit une longère en Normandie.

Aujourd’hui, nous ne sommes plus liés à ces contraintes. Nous disposons d’un catalogue infini de matériaux et de solutions constructives qui peuvent provenir de la Terre entière. La facilité nous conduit à dépenser beaucoup plus d’énergie et de ressources que ce que nous autorisent les ressources terrestres disponibles et l’impact de nos activités sur le climat et l’environnement.
L’architecture vernaculaire a beaucoup à nous apprendre dans ce contexte. Ceci également en termes de résilience face aux conséquences du dérèglement climatique, qu’il s’agisse d’inondations, de tempêtes ou de vagues de chaleur.

Et si l’on parle de résilience, je crains que nous devions également commencer à réfléchir aux attaques de guerre. La guerre en Ukraine est une réalité européenne. Pouvons-nous nous permettre de ne pas penser nos bâtiments pour garantir la sécurité de leurs occupants et la continuité fonctionnelle ? Je ne dis pas que chaque résidence doit être dotée d’un bunker. En revanche, quand on construit par exemple un nouvel hôpital, peut-être faudrait-il réfléchir au fait de pouvoir un jour être capable mettre des patients à l’abri et continuer à opérer dans de bonnes conditions.

Nous sommes à la croisée de tous les possibles en termes de menaces, que cela nous plaise ou non. Il nous reste à assumer notre responsabilité envers les générations futures.

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #76 - janvier 2026

Une vision alternative
Une vision alternative

Quelle direction l’humanité prend-elle  ? Et son habitat, que construire  ? Face à la croissance démographique, Wallmakers privilégie les matériaux disponibles sur place, voire des déchets, évitant les matériaux «  neufs  ». Cela a mené à des techniques comme le «  mur de débris coffré  ».

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Un pont habitable en Inde

Le site, situé à Karjat dans l’État indien du Maharashtra, se pare de jolies collines en toile de fond ; l’emplacement était traversé par le cours d’eau Tata, qui creusait une gorge de 7 mètres de profondeur en son milieu.

Dès le départ, le projet semblait soumis à un certain nombre de contraintes : les deux parcelles de terrain devaient être reliées, mais les fondations ne pouvaient pas être construites au sein des 30 mètres de largeur du déversoir. L’autorisation fut accordée aux architectes afin de pouvoir construire un «  pont habitable  », faisant office de maison de week-end, à la condition qu’il subsiste suffisamment d’espace pour qu’une pelleteuse mécanisée puisse nettoyer les deux cours d’eau en dessous.

Les contraintes de transport étant élevées, l’intention première fut de construire le pont à l’aide de matériaux très locaux, mais seule l’herbe sauvage constituait l’unique matériau disponible dans un rayon de 8 kilomètres. C’est en tenant compte de ces contraintes extrêmes que l’idée de la «  Bridge House  » a émergé, le résultat se matérialisant finalement par un pont suspendu d’une portée de 30 mètres, dont la volumétrie se constitue de quatre paraboloïdes hyperboliques ; la structure minimaliste (et entièrement dissimulée) est en acier, fabriquée à l’aide de fins tubes et câbles tendus afin de contenir les contraintes mécaniques de traction et servir d’entrelacs de support, tandis qu’un matériau composite fabriqué à l’aide de chaume et d’argile complète l’ensemble en lui conférant une résistance à la compression ainsi qu’aux intempéries. Depuis l’extérieur, cette peau ressemble aux écailles d’un pangolin.

Vinu Daniel  : «   La construction de toits de chaume, bien que durable et efficace sur le plan thermique, est en déclin en raison de problèmes tels que l’invasion de parasites, le manque de main-d’œuvre qualifiée, la déforestation et la difficulté de les rénover régulièrement ; cependant, dans le cadre de ce projet particulier, ce composite paille-argile a permis de combler toutes les lacunes   ».

Comme un cocon lové dans son environnement

Le projet présente un agencement ouvert avec un oculus percé au centre qui fait office de cour et d’espace de vie allongé, permettant de profiter du ciel et de la pluie.

Les 4 chambres sont conçues avec de larges ouvertures donnant sur la forêt ou sur le ruisseau en contrebas. La cuisine et la salle à manger sont situées dans un volume vitré en forme de proue qui surplombe une piscine triangulaire et la forêt voisine. Des paravents translucides à l’image de shojis japonais divisent certains espaces intérieurs ; des filets en maille de jute sont tendus à proximité du séjour, créant de larges hamacs invitant au repos ; ailleurs, les revêtements de sol se composent de bois de réemploi, provenant d’anciens pontons de bateaux, complétant l’aspect simpliste de l’ensemble et constituant un exemple de réutilisation adaptative.

Au-delà de ces considérations, la Bridge House nous rappelle que les adversités et les contraintes les plus difficiles peuvent donner naissance à des innovations et des solutions originales.

À propos de l’auteur de projet

Vinu Daniel a obtenu son diplôme d’architecte en 2005 au College of Engineering de Trivandrum en Inde, après quoi il a travaillé avec l’Auroville Earth Institute pour la reconstruction post-tsunami du PNUD, le Programme des Nations Unies pour le Développement. À son retour de Pondichéry en 2007, il a lancé Wallmakers, agence ainsi baptisée par d’autres, car son premier projet consistait simplement en un mur d’enceinte. De nombreuses révélations au cours de sa pratique l’ont incité à consacrer son énergie à la cause d’une architecture durable et abordable.

Architecte : Wallmakers, Vinu Daniel & Preksha Shah, Ramika Gupta
Date d’achèvement : 2025
Surface brute : 418 m2
Localisation : Karjat, district de Raigad, État du Maharashtra, Inde
Crédits photographiques : Studio IKSHA

Régis Bigot, architecte & Innovation Project Manager chez Neobuild GIE
Article Bridge House, par Vinu Daniel, Wallmakers, paru dans Neomag #76 - janvier 2026

Un dialogue engagé avec le paysage
Un dialogue engagé avec le paysage

Avec son architecture rigoureuse et son utilisation de matière locale, la crèche d’Espalion se fond dans le paysage qui l’accueille.

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Espalion

Espalion est une commune française située dans le département de l’Aveyron, en limite sud du Massif Central (région Occitanie) et au cœur de la vallée du Lot, logée au sein d’un territoire très peu dense ; à proximité du château de Calmont d’Olt – forteresse médiévale inscrite comme monument historique, un terrain en prairie fut mis à disposition par la communauté de communes Comtal, Olt et Tuyères pour y ériger une crèche avec relais petite enfance.

Le paysage comme berceau

Nous sommes à moins de cinq cents mètres du Lot ; un paysage fait de prairies, de bois et de bosquets parsemés dans lequel «  s’étale  » littéralement le projet, tant sa faible hauteur surprend et son horizontalité domine, comme pour mieux engager le dialogue avec lui et s’y «  fondre  ».

Depuis l’extérieur, impossible d’en deviner les fonctions et usages car l’architecture se construit autour de longs murs massifs dont la matérialité et les teintes subtilement nuancées font écho aux murs en pierres sèches des constructions locales, les fermes notamment. Ces murs ceinturent à la fois les espaces intérieurs protégés ainsi que certains espaces extérieurs aménagés ; l’intimité des enfants est privilégiée, l’architecture se veut protectrice.

Çà et là, depuis l’extérieur, quelques baies – parfois presque «  meurtrières  » – transpercent, sauf à l’abri des regards, derrière les murs d’enceinte et en partie arrière, où les façades s’ouvrent vers les cours, courettes et jardins. L’ensemble est coiffé d’une toiture plate disposant d’une épaisseur importante et de généreux porte-à-faux, qui assume une présence forte et produit des ombres.

Programmation et techniques de construction

Le bâtiment affirme son orthogonalité et une certaine rigueur de composition, intégrant de multiples axes de composition symétriques sur une trame constructive d’1,80 m.
Le programme comprend les fonctions typiquement associées à l’usage d’une crèche (espaces de vie et d’activités, dortoirs, salles de change, biberonneries, sanitaires, bureaux et pièces des personnels, cuisine, locaux techniques et espaces de circulation…) et y ajoute des patios judicieusement disposés qui apportent un surcroît de lumière naturelle au cœur du bâtiment ; les architectes ont veillé à ce que la circulation intérieure soit fluide et intuitive, ainsi qu’à ce que les apports et la dispersion de lumière naturelle au sein des locaux de vie soient maximisés – de nombreuses cloisons intérieures vitrées participant à cet effort – tant nous connaissons aujourd’hui leurs bienfaits sur la santé.

Béton de site et bois

Les voiles sont réalisés en béton damé/compacté non armé et sans adjonction de ciment (voir également Neomag n°62 à ce sujet) sur une épaisseur de 35 cm : la matière de consistance sèche (non plastique) est progressivement déversée dans les coffrages glissants par couches successives de 12 à 13 cm d’épaisseur, respectivement compactées à une dizaine de centimètres à l’aide de fouloirs hydrauliques – à la manière d’un pisé de terre crue.

Les auteurs de projet tenaient à utiliser une matière locale, respectueuse des teintes en vigueur, et moins pénalisante qu’un béton de ciment conventionnel en termes d’empreinte environnementale ; après de multiples essais, c’est un mélange beige d’agrégats régionaux partiellement issus de la déconstruction, d’eau et de chaux hydraulique qui s’est finalement imposé comme «  recette  » finale, la proximité immédiate (moins de 5 kilomètres) de la carrière Galibert étant une véritable aubaine.
Les réussites technique et architectonique de ce choix architectural n’auraient évidemment pas pu être atteintes sans le concours des artisans et compagnons ayant pu acquérir et développer ce savoir-faire unique, de concert avec les autres entités de la maîtrise d’œuvre.

Autre stratégie de décarbonation, certes moins visible depuis l’extérieur, une majorité du projet fait grand usage de bois, notamment au travers d’une charpente préfabriquée de type poteaux-poutres en lamellé-collé assemblée en un temps record, également au travers des parachèvements et des mobiliers intérieurs conçus sur mesure par les architectes. Un environnement assurément sain et reposant en adéquation avec son public.

À propos

L’atelier Orra est un atelier d’architecture créé par Olivier Rigal en 2019, régulièrement ouvert à de multiples collaborations avec d’autres professionnels de l’art de bâtir. Les réflexions principales de l’atelier s’orientent vers l’expérimentation et l’usage de ressources locales, l’intelligence constructive et spatiale, la modularité et la compacité pour tendre vers une architecture inspirante, fonctionnelle et harmonieuse.

Data

Client : Communauté de communes Comtal, Lot et Tuyères
Architecture : Atelier Orra, WIP Architectures
Stabilité : Batiserf Consultant
Entreprises : EGTP, Bernard BTP, Emilien Viguier Charpentier, Paul Barriac, Rouergue Aluminium, Sarl Sanhes Jean Claude, Nord Aveyron menuiserie, Maison Benech, Belet Isolation, Gaston père et fils, Thermatic, SAS Julien électricité
Adresse du projet : Avenue de Saint-Pierre, F-12500 Espalion, France
Surface : 799 m2
Budget : 2 217 000 euros hors taxes

Régis Bigot, arch. & IPM Neobuild GIE
Article paru dans Neomag #76 - janvier 2026

Crédits photographiques : Mathieu Noel, Atelier Orra

Un concept de maison off-grid sur l'île d'Amami au Japon
Un concept de maison off-grid sur l’île d’Amami au Japon

Lorsque l’architecte Kazunori Sakai a commencé à concevoir sa maison au centre de l’île d’Amami, il n’imaginait pas qu’elle serait totalement déconnectée du réseau électrique. Face à la dégradation accélérée de l’environnement et à la banalisation des phénomènes climatiques extrêmes dans l’archipel, ce choix s’est imposé comme une évidence.

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Cette décision fut catalysée par une première micro-infrastructure développée par l’architecte pour ses propres besoins, visant à vivre de manière indépendante en se préparant à des crises imprévues tout en imaginant de nouvelles formes de résilience dans des régions vieillissantes et dépeuplées.

Réaliser cette autosuffisance totale au cœur des montagnes fut très difficile, le principal inconvénient étant l’ensoleillement étonnamment faible de l’île, comparable à celui au nord du Japon. Après avoir évalué l’énergie éolienne, hydraulique et géothermique, l’énergie solaire restait l’option la plus pratique.

Pour tester sa faisabilité, l’architecte choisit sa propre habitation comme objet d’expérimentation et, dix jours avant la cérémonie d’inauguration, décide de couper volontairement la connexion au réseau électrique.

Le résultat est une maison autonome qui permet à une famille de quatre personnes de vivre confortablement sans électricité ni climatisation externes, même dans les conditions subtropicales difficiles d’Amami, caractérisées par une humidité élevée et un ensoleillement limité.
Ancré dans la mémoire vernaculaire de l’île, le design réinterprète les logiques spatiales traditionnelles et élabore une manière contemporaine de coexister avec la nature.

Inspirée de l’agencement historique buntō (à multiples volumes) de la région, la maison se compose de cinq volumes indépendants, chacun ayant une fonction distincte (salle d’eau, chambre à coucher, rangement, …), disposés géométriquement pour créer des espaces intermédiaires qui servent de pièces à vivre communes.

Ceux-ci sont reliés de manière fluide aux vérandas et aux jardins, estompant les frontières entre l’intérieur et l’extérieur, la famille et la communauté, l’homme et la nature, comme il est de tradition dans l’architecture japonaise.

L’entrée est protégée de l’espace public par un écran de verdure et un mur de pierres sèches, puis un grand porche protecteur ; l’on pénètre ensuite très vite au cœur du projet qui regroupe les lieux de vie : une salle à manger centrale, sous le faîte d’une charpente dont toute la structure est sublimée dans l’espace et qui prolonge chacun des volumes flanqués aux quatre extrémités du plan rigoureusement carré ; la cuisine, qui bénéficie d’une large ouverture vitrée vers l’extérieur ; un espace-salon de détente, encastré dans le sol tel un petit refuge, comme pour mieux y abriter les sofas et les bibliothèques ; enfin, une surface libre de fonction menant au jardin arrière au travers de larges châssis coulissants. Un engawa - coursive extérieure couverte longeant la maison, finit d’« enrober » le projet sur les façades nord, est et sud, en parfait dialogue avec le jardin.

Le projet fait appel aux modes constructifs en vigueur au Japon, en témoignent les planchers suspendus posés sur un radier en béton, ou les structures et parachèvements faisant un large usage de bois massif et de ses dérivés – comme le panneau de contreplaqué.

La forme du toit réinterprète les profils locaux en tôle ondulée et irimoya (toit en croupe), intégrant des couches d’isolation, de ventilation et de contrôle de la lumière pour répondre au climat local.

Faisant référence aux greniers surélevés takakura, la structure permet au vent de circuler librement dans toutes les directions, tandis que les avant-toits profonds modèrent l’intensité du soleil et les averses tropicales soudaines.

Un petit sauna chauffé au bois utilise du combustible recyclé à partir de chutes de construction, créant ainsi un cycle fermé de ressources entre le constructeur et le site.

Amami est connue comme « l’île des liens », où les rituels communautaires restent au cœur de la vie. Les fêtes de famille rassemblent souvent plus de quatre-vingts parents et voisins, et se prolongent tard dans la nuit.

Si ces traditions se sont estompées avec l’urbanisation et l’isolement, cette maison rétablit ce rythme culturel. Les espaces ouverts et tolérants invitent naturellement les gens à se réunir et à partager du temps ensemble, estompant la distinction entre lieu d’habitation privé et lieu communautaire.

Ce projet redéfinit la maison contemporaine à la fois comme un abri et une plateforme culturelle, une architecture qui soutient la vie au-delà du réseau tout en héritant de l’esprit du yui (coopération collective).

En répondant au climat et à l’écologie culturelle uniques des îles du sud, il réexamine discrètement ce que signifie « habiter » à l’ère de l’incertitude environnementale.

Data

Localisation : île d’Amami, Kagoshima, Japon
Date d’achèvement : 2024
Surface brute : 119,24 m2
Maître d’ouvrage : Kazunori Sakai
Auteur de projet : Sakai Architects – https://sakaiarchitects.com/index.html
Crédits photos : Toshihisa Ishii – https://blitz-st.com/
Crédits vidéo : R production

Textes originaux, © Sakai Architects ; traduction, adaptations et textes complémentaires : Régis Bigot, architecte & Innovation Project Manager chez Neobuild GIE
Article paru dans Neomag #76 - janvier 2026

Architecture bois : immersion sur quatre chantiers exemplaires en Wallonie
Architecture bois : immersion sur quatre chantiers exemplaires en Wallonie

Ce jeudi 9 octobre, l’asbl Ligne Bois organisait des visites de constructions bois dans le cadre du projet Interreg VI W.A.V.E. Nous avons suivi la délégation de professionnels afin de proposer un court reportage illustrant la vitalité de la filière bois côté hennuyer.

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Chantier de l’école « La Samaritaine », Montignies-sur-Sambre

Cette nouvelle aile d’une superficie totale de près de 6 000 m2 s’organise sur trois niveaux. La structure se compose d’un système poteaux-poutres-dalles réalisé en lamellé-collé d’épicéa, les dalles étant réalisées en CLT nervuré. Ces dernières collaborent structurellement avec les solives sous-jacentes, optimisant les performances et réduisant la consommation de matière. En réduisant les appuis, le système PPD permet de libérer les surfaces et flexibiliser les usages et affectations. Les façades préfabriquées sont elles aussi réalisées en bois, selon un système plus classique à ossature, isolées à l’aide de ouate de cellulose insufflée.

Athénée Royal « Les Marlaires », Gosselies

Le projet comporte un hall sportif de 1 000 m2 ainsi que quinze salles de classe sur deux niveaux dont la trame de composition s’organise autour d’une structure claire, rigoureuse, reposant sur des murs, planchers et dalles en CLT. Par souci d’économie, les chutes de CLT en provenance des ouvertures pratiquées dans les façades sont judicieusement réemployées pour la construction d’un préau extérieur, le reste de la structure faisant appel à l’acier. Les techniques spéciales sont regroupées dans les couloirs de circulation centraux, « dégageant » les classes d’organes techniques encombrants et disgracieux. Nous ressentons un climat intérieur très agréable, le bois laissé apparent participant sans aucun doute à ce sentiment.

Chantier de l’Athénée Royal de La Louvière

Ce chantier de reconstruction est avant tout un projet pilote porté par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il vise dans un premier temps à évaluer la faisabilité et les performances d’un système constructif entièrement reproductible et partiellement préfabriqué qui sera par la suite proposé à l’attention des donneurs d’ordre publics, mais également privés. Baptisé « MODUL R », ce projet en open source dont tous les détails de conception seront volontairement accessibles et partagés, se base sur un système modulaire en bois lamellé-collé et CLT : rapide, simple, flexible, économe et répondant aux critères performanciels dictés par la Région, cette approche réplicable particulièrement affinée représente une réponse notable à une demande actuelle aigüe en salles de classe de qualité. Le hall est quant à lui réalisé à l’aide de murs en ossature bois. La structure de toiture se compose de fines poutres en lamellé-collé qui transmettent les charges à des colonnes encastrées et dissimulées dans les murs. L’acoustique particulièrement soignée se traduit au travers d’élégants panneaux de parement microperforés en bois et de soubassements préfabriqués en béton architectonique utiles à reprendre la différence de niveau extérieure dont le subtil profil incliné à 5° réverbère les sons vers la toiture.

Chantier du Centre de Formation du FOREM, Jemappes

Former les futurs professionnels de la construction aux préceptes de la circularité, de la durabilité et de toutes les disciplines y relatives, telle sera la mission de ce nouveau centre de formation sur une impressionnante surface dédiée de 6 000 m2, avec l’ambition de devenir une référence locale en la matière. Une majorité d’approches de construction en bois sont ici représentées, avec parfois des sections de structures assez importantes compte tenu des portées et des charges importantes à certains endroits. La logique de transport et du chantier fut à ce titre assez ardue. Autre initiative exemplaire, les parements de façades qui seront exécutés en briques de réemploi.

Chantier de l’immeuble de bureaux « Cadre de Vie », Nivelles

« Cocorico » luxembourgeois pour ce projet faisant appel au système constructif développé par l’entreprise LEKO Labs pour l’exécution des façades. En faisant également usage de bois massif et de CLT à large échelle pour la structure et les planchers, ce projet organisé sur trois niveaux, porté par la Ville de Nivelles, privilégie une approche bas carbone.

Remerciements

Un merci tout particulier pour l’organisation signée Ligne Bois, plus particulièrement Mesdames Aurore Leblanc, Louiza Randjelovic et Elisabeth Le Clément. Merci aux intervenants et orateurs du jour, dans l’ordre des projets présentés : Pierre-Antoine Cordy, Philippe Courtoy, Florence Schepkens, Jérôme Meunier, Olivier Bourez, Catherine Pinckaers, Xavier Tintinger, Olivier De Temmerman, Kévin Dumont, Alexandra Smeets, Maxime Bourguignon, Laurence Bouttiau, Pasqual Rimeau, Emmanuel Weiss.

Rédaction : Régis Bigot, arch. & Innovation Project Manager
Article paru dans Neomag #76 - janvier 2026

Le bâtiment du futur se construit dès aujourd'hui
Le bâtiment du futur se construit dès aujourd’hui

À travers une vision pragmatique et un projet emblématique à Junglinster, le groupe Prefalux interroge la capacité du secteur de construction à améliorer l’empreinte carbone de notre parc immobilier.

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Interview de Laurent Nilles, administrateur délégué de Prefalux Group S.A.

Quand on parle des bâtiments du futur, à quel horizon peut-on se projeter, de manière pertinente ?

En tant que développeurs et constructeurs, nous voulons rester dans le concret. Si on parle d’un horizon à 10 ans, alors nous y sommes déjà : le temps de viabiliser un masterplan, de modifier un PAG et un PAP et d’obtenir une autorisation de bâtir, un projet de construction se planifie 3 à 10 ans en amont. Compte tenu des délais liés aux différentes procédures, nous réfléchissons aujourd’hui aux projets qui sortiront de terre dans 10 ans. Au-delà, nous n’imaginons pas encore comment seront faits les bâtiments car de nombreuses innovations technologiques sont en train d’émerger pour des constructions en bois.

Quelles sont les innovations dont vous parlez ? Sur quoi les études de R&D portent-elles ?

Elles portent sur les assemblages, sur la manière de fixer différents éléments entre eux de sorte à ce que le bâtiment soit démontable, dans une optique d’économie circulaire. Les travaux portent aussi sur les matériaux : les CLT, par exemple, ne cessent de progresser tant en termes d’épaisseur que dans leur composition. Enfin, il y a des recherches sur la protection au feu.

Le futur de la construction ne peut être évoqué sans parler de la crise du logement au Luxembourg…

Oui. Le secteur peine aujourd’hui à réaliser entre 1 000 et 1 500 unités de logements neufs par an. Cela est lié à une perte de confiance et à des difficultés de commercialisation. Ces 1 000 à 1 500 logements ne sont qu’une goutte d’eau dans le parc existant estimé à 250 000 / 300 000 logements. Le taux de renouvellement est ainsi clairement passé sous la barre de 1 %.

Quelles sont alors les leviers d’action ?

C’est dans la modernisation et le renouvellement du parc existant que se trouve le plus important potentiel d’amélioration des émissions de notre parc immobilier. Malheureusement, même si les aides étatiques ciblent certains travaux, la rénovation n’est pas vraiment structurée et les gens sont livrés à eux-mêmes dans cette démarche. Chaque rénovation reste néanmoins empreinte de compromis et ne crée pas de logements complémentaires nécessaires. Et puis, même si on renouvelle peu, on aurait quand même intérêt à le faire de la façon la plus durable possible pour que les bâtiments actuels soient toujours d’actualité dans 20 ou 30 ans, mais on a tendance à rester sur les technologies émettrices car il n’y a aucune prescription dans ce sens.

Le secteur de la construction est responsable de 38 à 42 % des émissions de CO₂ globales. La réduction de l’impact carbone est aussi un facteur déterminant dans la façon de construire…

Concevoir des projets à impact carbone réduit, voire neutre, n’est plus un sujet. C’est tout simplement une nécessité. S’y refuser revient à nier notre responsabilité dans les émissions de gaz à effet de serre et le changement climatique. C’est aussi reporter les difficultés sur les générations à venir, avec une concentration des problèmes dans les villes : une hausse moyenne des températures de 2 degrés entraîne déjà une augmentation de près de 8 degrés des pics de chaleur en milieu urbain.

Dès lors, à quoi bon disposer d’un parc immobilier et de prescriptions parmi les plus avancées, si ces bâtiments seront, au moins en partie, inhabitables ? La trajectoire de réduction des émissions de CO₂ du secteur reste très faible, voire inexistante, tant qu’il continuera à utiliser massivement du béton. Combien de temps encore, par inertie ou sous l’influence des habitudes, l’absence de réduction de l’impact pourra-t-elle être tolérée ? Les pouvoirs publics ont pris la mesure du problème, ils agissent en conséquence et ils nous prouvent en même temps que c’est faisable : si ça l’est pour une école, pourquoi ne le serait-ce pas pour un logement ?

Vos efforts se cristallisent notamment dans un projet emblématique : l’ensemble de résidences Kiischten, actuellement en construction à Junglinster. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Ce projet consiste dans le renouvellement d’un bâtiment de bureaux en un îlot résidentiel intégré dans le tissu urbain environnant. Les réflexions ont commencé vers 2020, nous avons obtenu les autorisations de bâtir début 2025 et les travaux ont démarré en mars de la même année. La livraison est attendue pour 2027/2028. Kiischten intègre de nombreux éléments innovants et durables. Avant toute chose, nous avons soigneusement démonté le bâtiment existant pour récupérer un maximum d’éléments en vue de leur réemploi ultérieur : 500 m2 de pavés drainants, 80 m³ de bois de construction et 400 m2 de planchers Lignotrend ont ainsi pu être sauvegardés et provisoirement stockés.

Pour la construction des nouveaux bâtiments, nous avons utilisé un système porteur en dalles de bois CLT sans retombée de poutres, appelé TS3, qui, comme les dalles bétons champignons, permet de reconfigurer plus aisément les espaces pendant toute la durée de vie des bâtiments.

Les bâtiments seront chauffés par une pompe à chaleur couplée à de la géothermie profonde (- 90 m) pour en optimiser le fonctionnement et le rendement. Une façade photovoltaïque a été intégrée pour optimiser la production durable d’électricité sur site, les parkings seront équipés de bornes intelligentes pour stocker et utiliser au mieux l’énergie produite sur place (V2G), et une communauté d’autoconsommation électrique sera constituée. Le certificat de performance énergétique est A+ et la qualité acoustique est A.

Les immeubles sont labélisés LENOZ et Carbon Neutral, témoignant des efforts entrepris. Au niveau du « vivre ensemble », un des immeubles sera en logements abordables, dédié aux salariés de manière à favoriser la mixité sociale. Un espace de rencontre extérieur sera créé où des petites fêtes pourront être organisées par le syndic. L’ensemble se situe à proximité immédiate des transports publics, des pistes cyclables, des centres commerciaux et des écoles primaires et secondaires. Dans son développement, ses choix technologiques et sa réalisation, le projet Kiischten n’a rien en commun avec une construction traditionnelle en maçonnerie et béton armé.

Il est néanmoins soumis aux mêmes prescriptions technologiques et réglementaires, et au même positionnement commercial : il n’y a aucune surcote pour l’intégration de choix durables. C’est un peu comme si les voitures les plus respectueuses de l’environnement devaient aligner leurs prix sur ceux des modèles les plus polluants, dont les technologies sont amorties depuis longtemps mais dans lesquels le coût environnemental n’a jamais été intégré.

Même dans le secteur automobile, le législateur a tenté d’introduire des mécanismes de différenciation. En revanche, dans le secteur de la construction, aucun levier significatif favorisant une approche plus durable n’est aujourd’hui généralisé : les aides Klimabonus sont d’excellents outils, mais ils ne permettent pas de différencier réellement les réalisations.

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #76 - janvier 2026

Et si nos bâtiments devenaient les mines de demain ?
Et si nos bâtiments devenaient les mines de demain ?

De la construction à la reconstruction, le groupe Hydro déploie une approche circulaire de l’aluminium, pensée sur l’ensemble du cycle de vie du bâtiment. À la clé : des matériaux à plus fort potentiel circulaire et une performance carbone qui dépasse déjà les exigences réglementaires.

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La maîtrise totale de la chaîne d’aluminium : un avantage compétitif

Le groupe Hydro maîtrise la chaîne complète de l’aluminium - de l’extrusion au recyclage en passant par la production énergétique.

Et il bénéficie d’une présence industrielle forte en Europe, avec un centre de démantèlement à Dormagen (Allemagne) et un centre de recyclage à Clervaux (Luxembourg). Cette maîtrise de la chaîne donne à Hydro la flexibilité nécessaire pour anticiper les développements à venir.

La circularité : un challenge qui est aussi une opportunité

Sous l’impulsion des nouvelles réglementations en place et qui se profilent, la circularité deviendra bientôt un nouveau standard. Dans ce contexte, Hydro se positionne en bouclant la boucle de l’aluminium, avec son programme « Close the Loop ». Autrement dit, le groupe passe d’une approche de durabilité environnementale à une approche circulaire.

Le secteur de la construction est responsable d’environ 39 % des émissions de gaz à effet de serre européennes et 70 % des matériaux issus de bâtiments déconstruits finissent en déchets. En récupérant ces « déchets », Hydro s’approvisionne en matière première dans le circuit le plus court possible et redonne une réelle plus-value aux composants des anciens bâtiments en les recyclant à travers un processus à l’efficience énergétique optimisée pour les réintégrer dans de nouveaux bâtiments, tout en garantissant les standards de confort actuels.

Cette transition représente, bien entendu, un challenge pour Hydro, mais aussi et avant tout une opportunité. Pourquoi ? Parce que, quand on sait que 80 à 95 % des bâtiments existants seront toujours utilisés en 2050, nos villes peuvent se transformer en véritables mines urbaines : les châssis démontés sur les bâtiments à déconstruire ou à rénover sont alors fondus et l’aluminium issu de ce processus est indéfiniment réutilisé dans la fabrication de nouveaux châssis qui répondent, voire dépassent, les normes de performance et de durabilité en vigueur.

Les bénéfices de cette opération sont multiples : plus-value sur le bâtiment construit / rénové, meilleure gestion de l’eau et des déchets, économie d’énergie, limitation des transports et des packagings, chaînes plus durables, etc.

En parallèle, le groupe travaille à augmenter à la fois le taux de matière recyclée présente dans ses nouveaux châssis et leur recyclabilité : le ratio actuel est de 75 % de matériaux recyclés intégrés dans les châssis et des châssis recyclables à hauteur de 95 %.

Le challenge aujourd’hui est de trouver des solutions pour recycler, en plus de l’aluminium, tous les accessoires qui viennent s’ajouter à la menuiserie, de manière à ne plus avoir aucune perte de matière. Cela passe par une traçabilité optimale, qui repose sur l’utilisation de QR codes alloués à chaque menuiserie renvoyant vers une information aussi complète et précise que possible, et est appuyé par des certifications, notamment les fiches EPD.


« La part du carbone incorporé dans l’empreinte carbone des bâtiments augmente au fur et à mesure que celle du carbone opérationnel diminue. Nous avons donc tous intérêt à travailler sur les produits de construction du bâtiment, quels qu’ils soient. »

Stéphane Hardy , Project Manager Luxembourg, Hydro Group

Et dans la pratique ?

SAPA, marque du groupe Hydro, coordonne une déconstruction soigneuse des bâtiments de sorte à récupérer l’aluminium pour le réinjecter dans le flux de production d’une nouvelle matière première permettant d’upgrader le matériau. Ce processus de recyclage se fait de manière complètement intégrée, à travers une couverture de toutes les étapes : transport, tri, broyage, refonte et transformation en nouvelles billettes d’aluminium.

Déjà deux exemples au Luxembourg

Cette démarche démontre qu’il est possible de faire des choix responsables, tout en maintenant un haut niveau de qualité sur les projets immobiliers.

C’est le cas sur le projet de rénovation Mimosa. Il s’agit d’une résidence de standing située route d’Arlon à Strassen, dont les châssis existants ont été démontés et transportés jusqu’à l’usine de Clervaux, à quelques dizaines de kilomètres, pour produire de nouveaux châssis d’aluminium qui ont été réintégrés dans le bâtiment upgradé. Le choix de cette solution n’a généré aucune contrainte, que ce soit en termes de design ou en termes de fonctionnalité : les fenêtres ont pu être complètement personnalisées et elles remplissent pleinement leurs fonctions avec un haut niveau de performance. Le projet, sous la maîtrise d’ouvrage de BPI Real Estate, est labelisé Carbon Footprint Optimised.

Un deuxième projet de ce type est en cours au Luxembourg : la résidence Livvy à Hesperange, développée par IKO Real Estate. La déconstruction, fruit d’une étude approfondie, a permis d’extraire environ 8 tonnes d’aluminium, sous la supervision de SECO. De nombreux éléments ont pu être réemployés hors-site, mais cela n’a pas été possible pour les châssis parce qu’ils n’étaient pas pourvus de coupures thermiques. Les nouveaux châssis seront composés d’aluminium 100 % recyclé.

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #76 - janvier 2026

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