Construction - Innovation - Technologie
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Focus sur une thématique pointue à travers le regard aiguisé d’experts en la matière

Publié le 13 juillet 2026
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juillet 2026

Eau et énergie

Eau et énergie
Construire avec plus de valeur, moins d'impact
Construire avec plus de valeur, moins d’impact

Experts institutionnels et acteurs de terrain partagent ici leur vision des leviers à activer pour bâtir un secteur de la construction qui conjugue efficacité, sobriété et création de valeur sur l’ensemble du cycle de vie des bâtiments.

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Vishojit B. Thapa

Dr.-ing. unité stratégies et concepts (USC) à l’Administration de l’environnement

« Au Luxembourg, les déchets de construction et de déconstruction représentent plus des trois quarts des déchets totaux générés et constituent un potentiel considérable en matière de valorisation des ressources. Les taux de recyclage des déchets de construction et de déconstruction (hors terres d’excavation) dépassent 85 % (objectif européen fixé à 70 %), mais reposent majoritairement sur la valorisation des fractions minérales, tandis que le réemploi reste encore limité et peu structuré.
Dans ce contexte, le Plan National de Gestion des Déchets et des Ressources (PNGDR, 2025) joue un rôle stratégique essentiel, en fixant une trajectoire ambitieuse visant à renforcer la prévention des déchets, le tri à la source, et le développement des filières de réemploi et de recyclage à haute valeur ajoutée.
Parmi les mesures concrètes renforcées par ce plan figurent notamment la prévention et la valorisation des terres excavées via diverses filières de réutilisation et de valorisation optimisée, l’encouragement des diagnostics préalables à la déconstruction afin d’identifier davantage les matériaux réemployables et recyclables, le soutien au développement de plateformes de réemploi à l’échelle nationale, avec notamment le projet du Centre de réemploi de Wiltz en cours de développement, ainsi que l’incitation à intégrer des clauses de réemploi et de matériaux recyclés dans les marchés publics, et le renforcement de la traçabilité des matériaux.
L’évolution du secteur passe également par une intégration plus systématique des principes de l’économie circulaire dès la conception du bâti : conception orientée vers la déconstruction sélective et le réemploi, sélection de matériaux réutilisables ou recyclés, et structuration de filières locales de réemploi.
Les premières mesures sont déjà engagées et traduisent une dynamique positive. Le renforcement de la coopération entre acteurs publics et privés permettra de consolider les fondations d’une contribution renforcée à la transition écologique au Luxembourg ».


Nabila Adjaoud

Chargée d’études qualité des eaux potables, gestion des risques et économies d’eau à l’Administration de la gestion de l’eau

« Au Luxembourg, la préservation des ressources en eau constitue un enjeu croissant. Dans un contexte de développement économique et démographique soutenu, les volumes d’eau potable consommés augmentent, tandis que les effets du changement climatique accentuent les périodes de stress hydrique. Garantir à la fois la qualité et la quantité d’eau potable devient ainsi un défi majeur pour les acteurs publics et privés.
Les ménages représentent environ 60 % de la consommation d’eau potable, ce qui confère au bâtiment un rôle clé dans une gestion plus durable de la ressource. Des actions simples et peu coûteuses permettent déjà des gains significatifs : l’installation de mousseurs, de réducteurs de débit ou de pommeaux de douche à faible débit (5 à 7 l/min) peut réduire d’environ 10 % la consommation d’un ménage, sans dégrader le confort. La généralisation des toilettes à double chasse (3/6 litres, voire 2/4 litres si l’évacuation le permet) constitue également un levier efficace.
Des solutions plus techniques offrent un potentiel supplémentaire. La récupération des eaux de pluie et des eaux grises permet d’alimenter des usages ne nécessitant pas une qualité potable, notamment les chasses des toilettes, qui représentent près de 27 % de la consommation domestique. Ces systèmes exigent toutefois une conception rigoureuse, en particulier une séparation stricte des réseaux afin d’éviter tout risque de contamination du réseau d’eau potable. L’Administration de la gestion de l’eau et les services de la santé ont publié en 2025 un guide de recommandations pour encadrer ces pratiques, essentielles à une gestion sûre et durable de la ressource ».


Erwin Reiter

Chargé de projets gestion des ressources à la direction ressources et pollutions du ministère de l’Environnement, du Climat et de la Biodiversité

« Le secteur de la construction dispose d’un potentiel important pour réduire son impact sur les ressources en adoptant une approche circulaire, durable et bas carbone, intégrant l’ensemble du cycle de vie des bâtiments, en cohérence avec les ambitions climatiques nationales. Si l’optimisation énergétique permet déjà de diminuer les émissions en phase d’usage, l’attention s’élargit désormais à l’ensemble du cycle de vie. La digitalisation, notamment à travers la modélisation des données du bâtiment, contribue à optimiser la conception et à anticiper les flux de matériaux. Parallèlement, le développement de la déconstruction sélective et du réemploi constitue un levier clé pour préserver la valeur des ressources. Dans ce contexte, la prise en compte du cycle de vie des matériaux devient centrale. Le recours à des matériaux recyclés, biosourcés (comme le bois utilisé en cascade), régionaux ou à faible empreinte carbone, ainsi que le développement de solutions innovantes — telles que le béton recyclé intégrant du carbone ou le réemploi du béton — permettent de réduire l’empreinte globale. Face aux pressions croissantes sur les ressources en eau, leur gestion durable s’impose également comme un enjeu prioritaire. L’intégration de systèmes de récupération des eaux de pluie et de surfaces perméables, combinée à une conception adaptée des espaces verts et des toitures végétalisées, permettent de limiter le ruissellement, de réduire les risques d’inondation et de favoriser l’infiltration. Cette approche est complétée par le recours à des équipements économes en eau, la récupération de l’eau de pluie et des eaux grises, ainsi qu’une utilisation adaptée de la qualité de l’eau selon les usages. Enfin, l’adaptation climatique repose sur la conception de bâtiments résilients — intégrant notamment orientation, protections solaires, végétalisation — afin de limiter les îlots de chaleur et d’anticiper les risques, en complément des actions de réduction des impacts environnementaux ».


Alexandre Kieffer

Directeur-Gérant de l’entreprise GABBANA s.à r.l.

« Notre dépendance aux énergies fossiles a des conséquences bien réelles sur les consommateurs, mais aussi sur le marché : la hausse des prix de l’énergie entraîne également une hausse du prix des matières premières qui impacte fortement les entreprises de construction. Ces éléments parlent clairement en faveur d›une électrification des usages. Cette transition énergétique est le moment idéal pour investir dans de nouvelles installations techniques ou pour revaloriser les installations existantes, de manière à réduire notre exposition à ces fluctuations dues à des tensions géopolitiques. Et ce, d’autant plus que tous les vecteurs sont réunis pour que la transition énergétique prenne de l’ampleur et que des beaux projets soient réalisés : des aides étatiques, adressées aux particuliers (Klimabonus) ou aux professionnels dans le cadre d’appels d’offres, encouragent le basculement d’une installation fossile vers une pompe à chaleur couplée avec une installation photovoltaïque. À cela s’ajoute que les compétences et l’expertise des entreprises augmentent au fil des expériences, tant dans le domaine de l’installation, de l’exploitation, que de l’optimisation et du monitoring énergétique. Mais pour que les installations qui ont vocation à être à haute performance énergétique le soient vraiment, toute cette boucle doit être cohérente : il ne faut pas uniquement investir dans une installation et la poser, il faut aussi mesurer sa performance et savoir l’utiliser. Et cela, tout au long du cycle de vie d’un bâtiment ».


Luc Meyer

Ingénieur technique et directeur de Neobuild GIE

« À mesure que notre secteur évolue, une réalité s’impose : nous n’avons jamais disposé d’autant de connaissances, données, outils digitaux, réglementations ou technologies performantes. Pourtant, les projets demeurent complexes et les arbitrages délicats. Peut-être consacrons nous trop d’énergie à en optimiser chaque composante, sans prendre suffisamment de recul sur les interactions qui existent entre elles. Prenons l’exemple d’un système de ventilation. Son analyse ne peut plus se limiter à une approche énergétique ou réglementaire. Son dimensionnement influence directement la qualité de l’air intérieur, le confort des occupants, la consommation énergétique, les coûts de maintenance, la durée de vie des équipements et, indirectement, la résilience du bâtiment en cas de ventilation naturelle contrôlée. Il en va de même pour un choix de matériau qui impacte simultanément l’empreinte carbone, la logistique de chantier, la circularité, la qualité sanitaire des espaces et les possibilités futures de démontage et de réemploi. Même la donnée, devenue omniprésente dans nos bâtiments, ne prend de valeur que lorsqu’elle est comprise dans son contexte. La finalité est de distinguer les phénomènes ponctuels des tendances de fond, comprendre les corrélations entre énergie, santé et usages, puis transformer ces informations en décisions pertinentes. Prendre de la hauteur nécessite de comprendre suffisamment chaque discipline pour identifier les compromis les plus pertinents. Car un bâtiment performant n’est pas l’addition de solutions performantes, c’est un système cohérent où chaque composante trouve sa juste place au service d’un objectif commun ».

Propos recueillis par Mélanie Trélat.
Article paru dans Neomag #80 - juillet 2026

Quand l'eau dessine la ville de demain
Quand l’eau dessine la ville de demain

À Esch-sur-Alzette comme à Hamm, des projets placent la gestion de l’eau au cœur de leur conception. Bassins de rétention paysagers, réutilisation des eaux pluviales, trames bleues intégrées dans les trames paysagères : loin d’être un simple enjeu technique, l’eau devient un levier majeur pour construire des quartiers plus résilients.

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Rencontre avec Laurent Reuter, cadre dirigeant et chef de service Voirie et Réseaux divers
et Martine Jauersch, cadre dirigeant et chef de service Eau et Assainissement chez Schroeder & Associés

Après un événement pluvial important, l’eau ne sera pas directement évacuée dans les canalisations du futur quartier « Rout Lëns » à Esch-sur-Alzette. Elle circulera à ciel ouvert dans des noues végétalisées, alimentera des bassins paysagers et servira à l’arrosage des espaces verts. Cette approche marque un changement de paradigme : l’eau est désormais valorisée et intégrée au paysage urbain.

Dans un contexte de multiplication des événements climatiques extrêmes, les villes font face à un double défi : préserver la ressource en eau et renforcer leur adaptation. Cette évolution redéfinit en profondeur la conception des quartiers et des infrastructures.

Une ancienne friche réinventée

Le projet « Rout Lëns » illustre cette nouvelle approche. Développé sur une ancienne friche industrielle de 11 hectares, il prévoit plus de 1 400 logements et vise la neutralité carbone à l’horizon 2035 tout en intégrant l’eau dans sa conception urbaine.

Porté par IKO Real Estate avec pour partenaire majoritaire la Ville d’Esch-sur-Alzette, le projet réunit une équipe pluridisciplinaire. Lors de la phase de conception, les principaux intervenants étaient WW+, Carta Reichen et Robert Associés, en collaboration avec Phytolab ainsi que le bureau d’études Goblet Lavandier & Associés, chargé du développement du concept énergétique novateur.

Le bureau d’études Schroeder & Associés a conçu les infrastructures, dont les réseaux, canalisations et aménagements extérieurs. L’éclairage public, réalisé avec Link GmbH, répond aux exigences du référentiel WELL Community et favorise le bien-être des usagers. Pré-certifié WELL Community, référentiel international dédié à la santé, au bien-être et à la qualité de vie, le quartier s’inscrit aussi dans la ville du quart d’heure. Logements, commerces, écoles, bureaux, équipements sportifs et culturels, résidences étudiantes et seniors, espaces verts… seront accessibles en quelques minutes à pied avec au cœur de cette organisation urbaine : l’eau.

Rendre l’eau visible

« Dans ce type de développement, il est essentiel d’intégrer les eaux pluviales dès les premières réflexions urbanistiques afin de leur donner une vraie place dans le paysage et dans la vie quotidienne des habitants », explique Martine Jauersch, cadre dirigeant et chef de service Eau et Assainissement chez Schroeder & Associés.

Cette approche repose sur un principe simple : rendre l’eau visible. « Depuis les cœurs d’îlots, des noues végétalisées et des rigoles ouvertes guideront les eaux de pluie à travers les espaces publics jusqu’aux zones de rétention à ciel ouvert, permettant aux habitants d’en suivre le parcours. Nous ne parlons plus seulement d’évacuer l’eau. Nous cherchons désormais à la retenir, la stocker et la réutiliser, c’est-à-dire la valoriser », ajoute-t-elle.

La ville éponge comme modèle

Le projet s’inscrit dans le concept de « ville éponge », qui vise à gérer les précipitations naturellement plutôt qu’à les évacuer vers les réseaux d’assainissement. « L’eau collectée sur les toitures sera réutilisée pour l’arrosage des espaces verts, contribuant à réduire la consommation d’eau potable et préserver les ressources naturelles. » à cela, s’ajoutent des dispositifs de récupération des eaux pluviales au cœur des îlots.

« Nous intégrons également la trame bleue — noues végétalisées et rigoles — directement dans la trame paysagère des quartiers afin de participer à la structuration et à la qualité des espaces tout en palliant les îlots de chaleurs urbains », souligne Martine Jauersch. À « Rout Lëns », les espaces verts seront omniprésents : plus de 700 arbres, toitures végétalisées… et amélioreront le confort thermique tout en favorisant l’évaporation naturelle de l’eau.

Des bassins au cœur de la vie

L’un des éléments les plus emblématiques du projet réside dans l’intégration de huit bassins de rétention ouverts au sein du paysage urbain.

« Après les pluies, ils se rempliront temporairement avant de retrouver une fonction décorative en période sèche. Loin des anciens bassins bétonnés et clôturés, ces infrastructures deviennent de véritables espaces de vie. Au cœur du quartier prendra place le principal bassin de rétention, un vaste espace végétalisé intégré au tissu urbain grâce à des gradins offrant aux habitants un lieu de détente », précise Martine Jauersch.

Au total, près de 1 400 m³ de bassins ouverts seront aménagés, complétés par un bassin souterrain de 500 m³ et une réserve de 225 m³ pour l’arrosage des plantations publiques. « Les directives imposent généralement qu’un tiers des bassins soient ouverts. Ici, plus de deux tiers seront visibles et intégrés au paysage », conclut-elle.

Protéger les ressources

Cette logique de gestion différenciée de l’eau ne se limite pas aux quartiers résidentiels. Elle s’applique aussi à des équipements publics complexes, notamment lorsqu’ils s’inscrivent dans des zones sensibles, comme par exemple le futur complexe sportif de Hamm, dont les travaux ont débuté récemment. L’une des particularités majeures du projet réside dans son implantation au sein de la zone de protection des eaux de la source Pulvermühle, un secteur stratégique pour l’approvisionnement en eau potable de la Ville de Luxembourg.

Le projet prévu pour 2029 comprendra notamment un stade d’athlétisme avec tribune, un terrain d’entraînement, ainsi qu’un vaste parc paysager. Un stade de football, un terrain d’entraînement, ainsi qu’un hall sportif, une brasserie et un parking souterrain viendront compléter l’ensemble.
Il réunit une équipe composée de Schroeder & Associés (infrastructures routières et sportives avec Rainer Ernst Landschaftsarchitekt, et aménagements paysagers avec HDK Dutt & Kist), Jonas Architectes, Best Ingénieurs-Conseils, Sweco Luxembourg et Paul Wurth Geprolux.

Gérer l’eau selon son origine

Dans ce contexte sensible, la gestion de l’eau devient un élément structurant de la conception. « L’objectif est double : réduire l’usage d’eau potable, tout en protégeant durablement la nappe phréatique », explique Laurent Reuter, cadre dirigeant et chef de service Voirie et Réseaux divers chez Schroeder & Associés.

« Le concept repose sur une idée simple : traiter chaque type d’eau pluviale selon son origine et son niveau potentiel de pollution. Les eaux issues des terrains de sport seront stockées dans un bassin souterrain de 1 500 m³ afin d’être réutilisées pour l’arrosage des terrains, permettant une réduction de 30 à 60 % de la consommation d’eau potable par rapport à des installations classiques. Les eaux de toiture seront traitées via deux bassins d’infiltration faisant également office de bassins de rétention, tandis qu’un volume complémentaire alimentera les sanitaires », détaille Laurent Reuter.
Les espaces extérieurs seront aussi conçus selon les principes de la ville éponge, grâce à des noues paysagères, des zones plantées et des dispositifs d’infiltration naturelle. Enfin, les eaux issues des voiries et des zones de circulation, susceptibles de contenir des polluants, transiteront par des fossés de filtration avant de passer par un canal de rétention pour être rejetées de manière contrôlée vers le réseau d’eaux pluviales.

À travers des projets comme « Rout Lëns » ou le futur complexe sportif à Hamm, une nouvelle génération de projets urbains émerge au Luxembourg. Longtemps perçue comme une contrainte technique, l’eau devient un élément structurant de la ville, participant à la qualité de vie.
Chez Schroeder & Associés, sa gestion dépasse les seuls réseaux pour contribuer aux espaces publics, au confort urbain et à la résilience des territoires.

Article paru dans Neomag #80 - juillet 2026

Concilier les usages en eau sans compromettre la ressource
Concilier les usages en eau sans compromettre la ressource

Face à l’urbanisation, au changement climatique, à l’exploitation des sols et au développement de la géothermie, les nappes phréatiques sont de plus en plus menacées. Préserver la qualité et la quantité des eaux souterraines impose de mieux connaître le sous-sol et d’intégrer cette ressource au cœur des projets d’aménagement.

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Interview de Laurence Plènecassagne, associée et directrice technique chez Geoconseils

Pouvez-vous nous présenter Geoconseils ?

Fondé en 2004, Géoconseils est un bureau d’études actif depuis plus de 20 ans dans la géologie appliquée au Luxembourg et dans la Grande-Région. Initialement spécialisé dans la géotechnique et les environnements potentiellement pollués, notre bureau a su diversifier ses compétences pour devenir un bureau expert de la gestion des interactions sols/eaux/ouvrages. Dans ces contextes, l’eau est très souvent présente. Nous intégrons les enjeux du sous-sol et des risques naturels à une ingénierie géologique innovante et adaptée à la situation. Nous couvrons aujourd’hui des domaines variés tels que l’ingénierie, la géotechnique, l’hydrogéologie, la géothermie, les risques naturels, la gestion des sites et sols pollués et nous accompagnons les clients à toutes les étapes de leurs projets : conception, autorisations, suivi des travaux jusqu’à la finalisation du projet.

Fort d’une équipe de 45 ingénieurs, géologues et techniciens, Géoconseils intègre des solutions innovantes prenant en compte les dimensions économiques et environnementales. Cet engagement est soutenu par des certifications ISO 9001, 14001 et 45001, ainsi que par le label ESR (Entreprise Socialement Responsable).

En quoi une bonne connaissance des réservoirs d’eau est-elle indispensable avant tout projet d’aménagement ou de construction ?

Une étude approfondie en amont permet de maîtriser les caractéristiques du terrain, réduisant les risques pour le maître d’ouvrage, pour le sous-sol et la ressource. Cet investissement initial est largement rentabilisé : il permet de dimensionner au plus juste, évite les adaptations coûteuses en cours de chantier, sources de retards et de surcoûts, et facilite très souvent les procédures d’autorisation.

Une meilleure connaissance du sous-sol limite les risques de surdimensionner ou sous-dimensionner un projet, les risques de retard de planification, sécurise le projet et offre au maître d’ouvrage des gains financiers et une sérénité accrue. Elle permet aussi de prévenir les pollutions et de préserver les ressources ainsi que l’équilibre du sous-sol.

En tant que professionnels du sous-sol, nous apportons cette vision long terme, indispensable pour des projets durables et sécurisés.

Quelles menaces voyez-vous peser sur les ressources en eau ? Et comment avez-vous vu ces menaces évoluer au cours des 20 dernières années ?

Les menaces et les pressions pesant sur les ressources en eau se diversifient et s’aggravent, touchant à la fois la qualité et la quantité. Les pollutions anthropiques (construction, agriculture, industrie sidérurgique) contaminent les aquifères, tandis que les changements climatiques (canicules, sécheresses, inondations) menacent leur approvisionnement à long terme. L’imperméabilisation des sols (urbanisation, infrastructures) limite la recharge naturelle des réservoirs souterrains, réduisant leur capacité de stockage.

Un équilibre fragile doit être préservé : éviter de dégrader, par des apports polluants, la qualité d’eaux qui sont encore protégées. Par ailleurs, l’exploitation géothermique (chaleur des roches) peut aussi perturber les réserves souterraines.

Le milieu souterrain révèle souvent ses problèmes avec des temporalités très variables. Avec l’accélération des activités humaines et l’émergence de nouvelles pollutions (PFAS, microplastiques, médicaments), anticiper ce delta-temps est donc crucial pour identifier les risques futurs et adapter les stratégies de gestion. Notre expérience et la diversité de nos profils permettent d’anticiper les problèmes sur un temps long.

En quoi la géothermie peut-elle impacter la ressource en eau ?

Tout d’abord, il est primordial de bien distinguer de quel type de géothermie l’on parle. Un système dit « ouvert » est caractérisé par des échanges directs avec une nappe d’eau souterraine, mais ce système, bien que maîtrisé dans les pays limitrophes, n’est à ce jour pas mis en œuvre au Luxembourg. La géothermie sur sondes, en revanche, s’implante assez largement sur le territoire du Grand-Duché. Ce système dit en boucle « fermée » n’est pas, par son principe et lorsque sa réalisation est maîtrisée et normée, susceptible d’avoir un impact pour la ressource en eau.

Néanmoins, de par leur nature, les travaux géothermiques peuvent générer des impacts potentiels et présenter des risques pour les aquifères et les réservoirs d’eaux souterraines. Par définition, tout ouvrage de forage crée une connexion hydraulique entre la surface et le milieu souterrain, générant un chemin d’infiltration préférentiel inhérent à sa réalisation. Cette mise en relation directe des deux milieux constitue une vulnérabilité pour le sous-sol et la ressource en eau, que seule une exécution maîtrisée permet de contenir. Aussi, chaque étape de la mise en œuvre d’un forage géothermique, du procédé de forage à la mise en place de la sonde, jusqu’à la cimentation définitive de l’ouvrage, doit être conduite avec soin, dans les règles de l’art et sous un contrôle approprié, afin de préserver durablement l’intégrité du milieu souterrain et la qualité de la ressource en eau.


Le milieu souterrain révèle souvent ses problèmes avec des temporalités très variables. Avec l’accélération des activités humaines et l’émergence de nouvelles pollutions (PFAS, microplastiques, médicaments), anticiper ce delta-temps est donc crucial pour identifier les risques futurs et adapter les stratégies de gestion.

Quels sont les conflits d’usages qui peuvent apparaître entre exploitation du sol et préservation de la ressource en eau ?

Un premier enjeu tient au conflit d’usage entre irrigation agricole, utilisation industrielle et alimentation en eau potable. Cette tension soulève la question de la gestion globale de la ressource : quelles priorités d’usage établir, quels volumes prélever, et comment en garantir la pérennité tant sur le plan quantitatif que qualitatif ?

L’imperméabilisation des sols constitue une pression supplémentaire. En réduisant les surfaces d’infiltration, elle restreint la recharge des aquifères, entraînant une baisse progressive des niveaux piézométriques et de la ressource disponible. Le processus est lent, mais ses effets cumulatifs peuvent s’avérer significatifs.

L’imperméabilisation modifie également le régime des eaux pluviales : le ruissellement se concentre sur les zones perméables résiduelles, augmentant les risques d’érosion et de crues.

Comment arbitrer entre ces différents intérêts ?

Le cadre réglementaire est là pour guider et veiller au respect de la législation. Si l’on envisage de façon globale la question de l’arbitrage entre les différents intérêts pour l’exploitation de la ressource souterraine - et ce n’est pas évident -, il est possible de concilier les différents intérêts : assurer nos besoins en eau, préserver les eaux souterraines, forer pour la géothermie... Et c’est ce que nous essayons de faire à notre échelle de bureau d’études et de conseils. La diversité des profils qui constitue notre équipe nous permet une approche avec des visions complémentaires des projets. Il existe de nombreuses solutions techniques innovantes qui permettent qu’un projet soit viable avec des risques limités pour les eaux souterraines, pour le terrain sur lequel il est édifié et pour les constructions qui sont déjà éventuellement présentes sur le site.

À quels défis devrons-nous faire face dans les années à venir en termes de préservation de l’eau et du sous-sol ?

Face à une pression démographique croissante, garantir une ressource en eau suffisante impliquera de rationaliser les usages : toutes les activités ne requièrent pas la même qualité d’eau, et diversifier les sources en fonction des besoins réels sera un levier essentiel.

Il faudra également mieux caractériser les réservoirs souterrains disponibles et leur aptitude à être exploités, et répondre à la question de la recharge des aquifères : avec quelle eau, selon quels critères de qualité et par quels moyens ? Cette question est d’autant plus complexe que le changement climatique affecte les régimes de précipitations, modifiant en profondeur les dynamiques de recharge naturelle des aquifères.

La qualité de la ressource est également menacée par les polluants émergents, au premier rang desquels les PFAS, ces substances per et polyfluoroalkylées dont la persistance dans les milieux souterrains pose des défis considérables, tant sur le plan analytique que réglementaire et sanitaire.
Si la connaissance du sous-sol reste encore incomplète, les outils de modélisation numérique offrent des perspectives prometteuses pour évaluer et piloter plus finement, dans la durée, les usages et l’évolution de la ressource.

Avez-vous un message à faire passer dans cet article ?

Il ne faut pas avoir peur du milieu souterrain au motif qu’on ne peut pas le voir. Il faut plutôt s’appuyer sur des experts qui ont une connaissance globale et intégrée de ce milieu et qui font l’interface, assurent la continuité entre la surface et le souterrain, sans opposer les usages. Il y a toujours des solutions techniques qui permettent de les concilier, en prenant le moins de risques possibles. Mais il faut surtout anticiper !

Article paru dans Neomag #80 - juillet 2026

La géothermie : réelle voie de décarbonation, recul ou avancée sectorielle ?
La géothermie : réelle voie de décarbonation, recul ou avancée sectorielle ?

Au Luxembourg, la géothermie change d’échelle. Plus de 1 200 installations et près de 3 000 forages ont été autorisés entre 2011 et 2021, avec des projets de plus en plus ambitieux. Au-delà de cet essor, une question demeure : la géothermie est-elle une solution crédible pour décarboner nos besoins en énergie ?

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Article Neobuild

Objectivement, oui… mais avec certaines nuances

Dans le cas « typique » étudié, à savoir un bâtiment de bureaux nZEB présentant un besoin annuel en chaud/froid d’environ 1,2 GWh/an et équipé d’un champ de 100 sondes géothermiques verticales double U de 200 mètres de profondeur chacune, l’empreinte carbone incorporée d’une solution géothermique est estimée à environ 737,5 t CO₂e, contre 165,9 t CO₂e pour une solution plus conventionnelle de type PAC air/eau. « L’écart carbone » initial reste donc important, de l’ordre de 571,6 t CO₂e. Derrière ces calculs, il est important de rappeler que l’analyse ne peut pas se limiter aux seules performances énergétiques et au comparatif de l’émission des installations. La géothermie implique également un impact carbone incorporé lié à l’ensemble du système : forages, tubes, glycol, PAC, réseaux, bentonite, gestion des boues, etc., qui est encore sous-estimé. L’enjeu est donc de raisonner en cycle de vie complet. Malgré cet impact initial, les gains en phase d’exploitation deviennent significatifs, notamment dans l’hypothèse d’un géocooling, permettant progressivement de compenser le carbone incorporé de départ.

En termes d’émissions opérationnelles, nous atteignons ± 28,35 t CO₂e/an contre ± 66,3 t CO₂e/an pour une solution équivalente en PAC air/eau. Sur cette base, le carbone incorporé est compensé en approximativement 15 ans, ce qui reste relativement cohérent à l’échelle du cycle de vie global d’un bâtiment (généralement estimé à environ 60 ans (avec un renouvellement des équipements techniques après 25 ou 30 ans). Les premières analyses et calculs que nous avons menés, avec des hypothèses globalement plutôt défavorables, montrent que la géothermie constitue bien une réelle voie de décarbonation… mais à condition d’être évaluée de manière plus holistique.

Qu’entend-on par « holistique » ?

Le véritable sujet devient alors moins « Faut-il faire de la géothermie ? » et plus « Comment mieux concevoir, intégrer et exploiter la géothermie ? ».

Et c’est probablement là que le Luxembourg semble aujourd’hui entrer dans une phase charnière de structuration de la filière. Le guide AGE publié en 2025 constitue une avancée importante et apporte déjà un premier cadre utile pour sécuriser les pratiques. Plusieurs retours du terrain mettent toutefois encore en évidence certaines limites techniques ou opérationnelles : gestion des boues de forage, absence de prescriptions détaillées sur certains raccordements, manque de standardisation des tests thermiques, ou encore déficit d’ingénierie structurante et de vision coordonnée à long terme.
La question n’est donc probablement plus uniquement technologique, mais également organisationnelle, normative, opérationnelle, ainsi que liée à la montée en compétence et à la formation des acteurs. La montée en puissance de la géothermie passera vraisemblablement par une approche plus systémique.

Conclusion… et ouverture

Le véritable enjeu semble désormais plus pratique et appliqué. C’est précisément dans cette logique que les différentes consultations menées ces derniers mois, ainsi que la dynamique impulsée par le CNCD (Conseil National pour la Construction Durable), ouvrent aujourd’hui une voie particulièrement intéressante. L’objectif n’est pas de créer une nouvelle structure, mais bien de mettre en place un cadre d’échanges techniques et opérationnels capable de fédérer l’ensemble de la chaîne de valeur autour de retours d’expérience concrets, de problématiques de terrain et de pistes d’amélioration pragmatiques.

À travers cette démarche, le Luxembourg pourrait progressivement se doter d’une véritable « structuration technique » de la filière géothermie, capable d’accompagner le secteur tout en sécurisant la qualité, la durabilité et la crédibilité des futures installations.

Luc Meyer, directeur de Neobuild
Article paru dans Neomag #80 - juillet 2026

Bâtiment performant : la sobriété au cœur des défis énergétiques
Bâtiment performant : la sobriété au cœur des défis énergétiques

Face à l’objectif européen de neutralité carbone d’ici 2050, le secteur du bâtiment se transforme. Pour le Fonds du Logement, l’enjeu est de concevoir des bâtiments performants, durables et confortables, en intégrant les nouvelles technologies avec pragmatisme et sobriété.

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Interview de Camille Pirou et Jérémy Van Leuuwen, chefs de projet au Fonds du Logement

Comment la digitalisation contribue-t-elle concrètement à la performance énergétique des bâtiments ?

Camille Pirou (CP) : La digitalisation intervient dès la phase de conception. Elle prend différentes formes : partage de données via des plateformes communes, modélisations numériques, calculs énergétiques ou encore coordination des différents intervenants du projet. Au Fonds du Logement, nous utilisons notamment des espaces collaboratifs afin de centraliser les informations.

L’objectif est d’optimiser l’ouvrage dans son ensemble et de mettre en cohérence toutes ses composantes : complexes de façade, systèmes de chauffage, ventilation ou production énergétique.
Cette approche permet d’atteindre de meilleures performances énergétiques dès la conception.

Jérémy Van Leuuwen (JVL) : En phase d’exploitation, la digitalisation se traduit surtout par la mise à disposition d’informations de consommation en temps réel. Les occupants peuvent suivre leurs consommations de chauffage, d’eau ou d’électricité grâce aux plateformes de nos prestataires spécialisés.

Cette transparence permet de sensibiliser les usagers à d’éventuelles surconsommations. Pour l’exploitant, c’est également un outil précieux pour détecter des anomalies et identifier les bâtiments nécessitant des travaux de rénovation.

Quels sont aujourd’hui les principaux défis liés à l’exploitation énergétique des bâtiments ?

JVL : L’un des grands enjeux est l’électrification croissante des consommations. Les pompes à chaleur deviennent la norme, mais elles impliquent de nouvelles contraintes en matière d’implantation et d’exploitation.

CP : À cela s’ajoute le développement massif des installations photovoltaïques. La plupart des nouveaux projets les intègrent désormais. La question centrale consiste à gérer leur production de manière équitable et efficace entre les différents utilisateurs.
Nous observons également une hausse constante des besoins liés à l’électromobilité, qui doit être anticipée dès la conception des projets.

Comment les nouvelles réglementations européennes transforment-elles les métiers du bâtiment et de l’énergie ?

CP : La trajectoire vers la neutralité carbone en 2050 constitue un moteur majeur de transformation. Les exigences évoluent rapidement et concernent aussi bien la conception que l’exploitation des bâtiments.

JVL : On observe également de nouvelles obligations concernant l’origine européenne de certains équipements, notamment les pompes à chaleur et les installations photovoltaïques. Par ailleurs, l’individualisation des frais de chauffage modifie les pratiques de gestion et encourage davantage de responsabilisation des occupants.

Quelles compétences deviennent aujourd’hui essentielles dans le secteur ?

JVL : Les projets deviennent de plus en plus complexes. Ils nécessitent l’intervention de nombreux spécialistes : structure, techniques spéciales, énergie, sécurité incendie, accessibilité, acoustique ou encore carbone.

CP : Cette spécialisation accrue renforce parallèlement le besoin de profils capables d’assurer l’intégration et la coordination de l’ensemble. Les compétences transversales deviennent indispensables pour piloter efficacement des projets multidisciplinaires.

Le bâtiment intelligent est-il déjà une réalité ?

CP : Oui, dans une certaine mesure. Le Fonds du Logement exploite déjà certains bâtiments via une gestion technique centralisée (GTC). Cet outil permet d’agir à distance sur les installations techniques connectées.

JCL : Notre vision du bâtiment intelligent reste toutefois mesurée. Nous ne recherchons pas la multiplication systématique des capteurs ou des équipements pilotés. Notre priorité demeure la simplicité, la robustesse et la sobriété intrinsèque des installations, permettant aux habitants de gérer leur confort et leur consommation eux-mêmes sans être spécialiste dans la matière.

Comment concilier performance énergétique, confort des occupants et qualité de l’air intérieur ?

CP : Nous accordons une attention particulière au renouvellement d’air dans les logements. C’est pourquoi nous privilégions les groupes de ventilation individuels par unité de logement.

JVL : Ces équipements jouent un rôle déterminant à la fois sur les consommations énergétiques et sur le bien-être des locataires. Nous veillons donc à leur performance et à leur bon dimensionnement.

CP : Nous privilégions également des matériaux sains, notamment des revêtements de sol sans émissions, comme le carrelage.

Quel rôle joueront la flexibilité énergétique et les nouveaux modèles de gestion de l’énergie ?

JVL : Les bâtiments devront de plus en plus faire coïncider les besoins des usagers avec des capacités de production qui ne suivent pas toujours les mêmes rythmes. Par exemple, une pompe à chaleur fonctionne idéalement de manière continue alors que les besoins en eau chaude sanitaire sont concentrés sur les pics du matin et du soir.

Cela nécessite une modélisation fine ainsi que des équipements correctement dimensionnés : cascades de producteurs, pompes à variateurs, pompes à chaleur à inverter ou capacités tampons.

CP : Concernant le photovoltaïque, les communautés énergétiques représentent une piste particulièrement intéressante que le Fonds du Logement suit avec beaucoup d’attention.

Quels freins observez-vous encore sur le terrain ?

CP : Les projets nécessitent aujourd’hui une adaptation continue de l’ensemble des intervenants afin d’intégrer les évolutions rapides des techniques et des solutions disponibles. Cela suppose un accompagnement renforcé tout au long des phases d’exécution et une mise à jour régulière des pratiques.

JVL : La qualité de la mise en œuvre par les entreprises reste également un élément déterminant pour atteindre les performances attendues. Par ailleurs, l’intégration de certaines technologies innovantes doit parfois s’articuler avec des contraintes réglementaires, notamment en matière de bruit ou d’implantation des équipements extérieurs. Enfin, l’augmentation continue du coût des installations techniques constitue un défi supplémentaire, qui renforce l’importance d’une approche globale et optimisée dès la conception des projets.

Selon vous, à quoi ressemblera le bâtiment performant de demain ?

CP : Au Fonds du Logement, nous poursuivons cinq objectifs fondamentaux. Le premier est la qualité de l’habitat, avec des logements offrant confort, simplicité et bien-être aux occupants.
Le deuxième est la sobriété énergétique, grâce à la réduction des besoins par des stratégies passives, innovantes ou low-tech.

Viennent ensuite l’efficacité des équipements actifs, qui doivent être performants, économes et robustes, ainsi que la durabilité, avec un minimum de composants et de ressources consommées pour une durée de vie maximale.

Enfin, nous accordons une grande importance à la performance acoustique, afin de garantir la confidentialité et la protection contre les nuisances sonores.

JVL : Le bâtiment performant de demain sera avant tout un bâtiment équilibré : sobre, durable, confortable et conçu pour répondre aux besoins réels de ses occupants.

Article paru dans Neomag #80 - juillet 2026

Garantir la performance réelle des installations
Garantir la performance réelle des installations

Le rendement d’une installation ne se joue pas uniquement au moment de son installation. Du dimensionnement de la pompe à chaleur à l’intégration du photovoltaïque, en passant par le monitoring énergétique, la régulation des équipements ou encore la gestion de l’eau, chaque étape contribue à l’efficacité énergétique du bâtiment.

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Interview GABBANAELCOM

Quelles sont les étapes-clés pour garantir les performances d’une pompe à chaleur ?

Christian Link : Pour qu’une pompe à chaleur (PAC) soit pleinement efficace, elle doit avant tout être bien dimensionnée. Pour les bâtiments neufs, il est assez simple de calculer ses besoins. Nous disposons en général de toutes les données nécessaires : nous pouvons notamment nous baser sur l’as-built et sur la valeur U du bâtiment, et nous savons que ces bâtiments, parce qu’ils sont très étanches, requièrent de fait un bas régime de température.

Pour les bâtiments existants, cela s’avère un peu plus compliqué : il faut au préalable reprendre les plans de l’architecte pour comprendre quand et comment le bâtiment a été construit, établir des relevés sur site et croiser ces informations pour calculer les déperditions, réaliser l’équilibrage du système hydraulique et dimensionner la pompe de transfert pour que chaque unité terminale soit desservie correctement en chaleur ou en froid, car c’est en garantissant que l’énergie est bien envoyée là où on en a besoin que l’on pourra en épargner.

Ensuite, il faut dessiner les plans les plus détaillés possibles pour que la mise en œuvre soit réalisée efficacement, sans perte de temps.

Comment coordonner pompe à chaleur et photovoltaïque ?

Louis Fridrick : La production photovoltaïque doit être en adéquation avec la consommation électrique du bâtiment pour garantir le retour sur investissement de l’installation. C’est pourquoi nous réalisons une étude avant de déterminer le nombre de panneaux nécessaires. Pour récupérer l’énergie produite en l’absence des occupants, nous préconisons des batteries couplées à un EMS (Energy Management System) qui distribue l’énergie vers les différents consommateurs : la PAC, le ballon d’eau chaude, mais aussi la borne de recharge pour voiture électrique. La batterie de cette dernière peut être utilisée pour augmenter la puissance de stockage et décharger le réseau, mais il faut que le véhicule soit conçu pour pouvoir réinjecter de l’énergie dans le réseau. Cette fonctionnalité devrait se démocratiser progressivement au cours des prochaines années. Il en va de même pour les nouvelles bornes, qui devront être compatibles avec les protocoles permettant la recharge bidirectionnelle à partir de 2027. Il faut savoir que la capacité d’une batterie de voiture est dix fois supérieure à celle d’une batterie domestique.

Alexandre Kieffer : L’objectif est d’autoconsommer l’énergie produite plutôt que de l’injecter dans le réseau, d’abord parce que la quantité grandissante d’électricité photovoltaïque commence à déséquilibrer le réseau, ensuite parce que les nouvelles tarifications destinées à stabiliser le réseau pourraient bientôt nous amener à payer une tarification négative dans certains cas. Dans ce contexte, un des défis actuels est d’uniformiser les protocoles de communication.

Quelle est l’importance du monitoring énergétique ?

Victor Hann : En matière de gestion technique des installations de chauffage, de ventilation et de climatisation des bâtiments, les maîtres mots sont économie et optimisation. Pour traquer les surconsommations d’énergie, nous synchronisons les données issues de compteurs d’électricité, calorifiques et d’eau, avec la production photovoltaïque. Nous obtenons ainsi des courbes qui permettent de connaître la consommation réelle de chaque installation et de déterminer comment optimiser l’installation : ajustement des points de consignes, adaptation des plages horaires de fonctionnement, etc. L’idée est de trouver des régimes justes de manière à minimiser les consommations, épargner de l’énergie et réduire les coûts de fonctionnement. Tout cela se fait via la gestion technique du bâtiment, qui permet de garder un œil sur l’entièreté du système. Au-delà des économies réalisées, le monitoring permet de garantir la pérennité des installations, mais aussi d’établir une facturation précise dans les bâtiments regroupant plusieurs locataires. Nous intervenons ensuite sur la régulation que nous programmons de manière à garantir le confort de l’utilisateur sans surconsommation. Pour cela, nous devons tenir compte de nombreux paramètres tels que les différentes conditions extérieures, l’exposition des locaux et les habitudes d’utilisation afin d’agir de manière réfléchie sur la gestion des températures, des stores, de l’éclairage.

Comment cela se traduit-il dans un projet d’envergure ?

Michaël Zolfo : Nous avons installé un bac à glace de 347 m3 d’eau/de glace, 11,5 mètres de diamètre et 4 mètres de haut dans une école au Kirchberg. Ce type d’équipement remplace une installation géothermique et permet de garder un régime de fonctionnement très stable sur la durée, via un cycle régénératif et sans impact sur l’environnement. Concrètement, en hiver, on extrait la chaleur contenue dans un volume d’eau enterré dans le sol. Cette eau est ainsi transformée en glace, dont on se sert pour produire du froid en été. Ce système est couplé à des panneaux solaires thermiques qui prennent le relais si on n’arrive pas à produire ou à faire fondre suffisamment de glace, ce qui lui permet d’être complètement indépendant du point de vue énergétique. Ce type d’installation qu’on ne voyait que dans les grands bâtiments se décline désormais aussi dans les maisons familiales.

De manière générale, les techniques de production ont fait un bond en avant cette dernière décennie : on est passés de simples chaudières à des systèmes globaux qui sont de moins en moins dépendants des conditions extérieures. Et le métier s’est complexifié : on ne parle plus d’installateurs, mais de techniciens aux compétences diverses.

Comment encadrez-vous cette évolution ?

Sandra Mouton : Pour réaliser ces installations, nous avons besoin de salariés de plus en plus performants et de mieux en mieux formés. C’est pourquoi nous formons l’encadrement, l’administration et les salariés sur le terrain aux évolutions, techniques ou autres, qui impactent notre secteur. Nous offrons également un soutien aux clients finaux concernant les aides disponibles pour réaliser leur installation.

Alexandre Kieffer : Nous avons effectivement besoin de profils qualifiés et bien formés, qui vivent la technique au quotidien et qui sont aussi avides de progresser. L’évolution de nos métiers les rendent beaucoup plus intéressants et prometteurs, notamment pour les jeunes. L’artisanat a besoin de cette attractivité pour subsister. Concernant l’intelligence artificielle, par exemple, l’artisanat a développé une certaine résilience et va l’intégrer de manière beaucoup plus productive que dans le domaine purement administratif.

Comment garantir la performance des installations sur le long terme ?

David Hengel : La performance énergétique d’une installation ne s’arrête pas à sa mise en service. Pour conserver son efficacité et sa fiabilité dans le temps, il est indispensable de prévoir un entretien régulier, des contrôles périodiques et un suivi technique adapté. Les installations modernes intègrent aujourd’hui de nombreuses technologies interconnectées : pompes à chaleur, systèmes photovoltaïques, gestion technique du bâtiment, bornes de recharge ou encore systèmes de stockage d’énergie. Une maintenance préventive permet de détecter rapidement les dérives de fonctionnement, d’éviter les pannes et de préserver les performances initiales de l’installation.

Sandra Mouton : Les technologies évoluent rapidement et les métiers de la maintenance et du dépannage évoluent avec elles. Les techniciens qui interviennent sur ces équipements doivent continuellement actualiser leurs compétences pour maîtriser les nouveaux systèmes de régulation, les protocoles de communication ou encore les outils de diagnostic. C’est un enjeu majeur, car la qualité de la maintenance conditionne directement la durée de vie des installations, leur efficacité énergétique et le confort des utilisateurs.

Nous avons beaucoup parlé d’énergie, mais qu’en est-il de l’eau ?

Loïc Marchal : L’eau est une ressource qui se raréfie et pour la préserver, il faut consommer moins, et surtout consommer mieux. Pour cela, la récupération de l’eau de pluie et sa redistribution sur les sanitaires, les zones de lavage et l’arrosage automatique peuvent être combinés à des mesures un peu plus simplistes comme l’utilisation de chasses d’eau à double volume ou de pommeaux de douche à débit réduit.

Alexandre Kieffer : Il existe aussi des systèmes de récupération de la chaleur contenue dans les eaux grises. Nous avons réalisé une installation pionnière dans une résidence au Luxembourg, mais nous avons constaté au fil du temps que les débits d’eaux grises étaient insuffisants, ce qui générait des problèmes de fonctionnement au niveau des échangeurs permettant de transférer l’énergie du fluide vers la source primaire. Pour que ces solutions fonctionnent de manière optimale, il faut un débit d’eau constant, régulier, et avec un certain volume. Elles sont donc particulièrement adaptées à des collectivités d’envergure, qui ont une activité régulière et un taux d’occupation important, comme des piscines ou des centres sportifs.

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #80 - juillet 2026

Monitoring énergétique : la Shiva du bâtiment
Monitoring énergétique : la Shiva du bâtiment

Réduction des consommations, amélioration du confort, anticipation des pannes et sensibilisation des occupants : le monitoring s’impose comme un levier essentiel pour optimiser la performance énergétique des bâtiments de plus en plus techniques. Retour sur le Wake-up du 21 mai consacré à ce sujet.

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Rencontre avec Émeline Canu, responsable du département PORTAL chez AIO — All in One Technologies, et Benoît Lespagnol, directeur général

De multiples raisons incitent aujourd’hui à mettre en place un monitoring énergétique dans les bâtiments tertiaires et industriels, à commencer par la réglementation qui vise à réduire la dépense énergétique à son seuil le plus bas. Elle oblige notamment à prévoir un système de gestion automatisée sur toute installation de grande envergure. S’y ajoutent des paramètres économiques, extra-financiers et liés à l’image de marque des entreprises — un suivi énergétique est même imposé par certains labels RSE.

Mais l’intérêt réel du monitoring reste qu’il permet d’optimiser les charges d’exploitation. Car, avant de pouvoir réduire les consommations, il faut d’abord les mesurer. Et le fait de détecter les anomalies avant qu’elles ne dérivent et ne fassent augmenter drastiquement la consommation énergétique ou, pire, provoquent une panne importante, est, de facto, source d’économies substantielles. Enfin, les valeurs qu’il fait ressortir peuvent être communiquées aux utilisateurs pour les conscientiser et leur permettre d’agir, l’implication des utilisateurs étant fondamentale à la réussite d’une démarche de réduction des consommations.

Mais, avant de le mettre en place, un monitoring se construit. « Il est fondamental d’adopter une méthodologie, une démarche extrêmement structurée pour être efficace par rapport au but recherché, qui est le premier élément à définir. Pour un bâtiment neuf, l’objectif sera d’intégrer autant que possible le plan de mesurage dès la conception. Et pour un bâtiment ancien, un audit permettra de cartographier l’existant — les plus gros consommateurs, les risques de déviation – avant de définir l’architecture technique : quelle sonde ? Quel compteur ? Pour mesurer quoi ? À quel endroit ? Quel type de connectivité ? Quelle plateforme de gestion de l’énergie ? Quel niveau d’analyse des données ? Nous essayons de proposer les solutions les moins intrusives possibles », explique Émeline Canu, responsable du département PORTAL chez AiO.

La clé d’une gestion énergétique rentable est souvent la réduction du hardware. « L’idée n’est pas d’installer des capteurs pour installer des capteurs, mais plutôt de tabler sur des softwares capables de récupérer les données d’une GTC existante. Ne placer des capteurs supplémentaires qu’à des endroits stratégiques — pour mesurer ce qui est réellement nécessaire — permet de limiter les coûts. Et il ne faut pas sous-estimer le fait qu’une fois les données récoltées, il faut encore les traiter et les mettre en corrélation les unes avec les autres. Donc, d’un point de vue financier comme en termes d’efficacité, mieux vaut démarrer petit, avec une méthodologie d’analyse. Nous privilégions par ailleurs les solutions câblées au Wi-Fi pour garantir la fiabilité des données et résoudre les erreurs potentielles de comptage ou de communication à la source, et nous proposons des solutions qui gèrent toutes sortes de protocoles : l’interopérabilité est primordiale », ajoute Benoît Lespagnol, directeur général de AiO.

Une quinzaine de personnes étaient présentes lors de la session wake-up du 21 mai animée par Benoît Lespagnol et Emeline Canu
Une quinzaine de personnes étaient présentes lors de la session wake-up du 21 mai animée par Benoît Lespagnol et Emeline Canu

L’objectif premier est d’alerter la bonne personne au bon moment en cas de déviance. Les « fausses » alarmes sont, en effet, extrêmement coûteuses en temps et pèsent également dans le bilan carbone en générant des déplacements inutiles. « La gestion des alarmes doit être la plus intelligente possible, avec une lecture automatisée des dépassements de seuils qui permet une précorrection des artefacts. Ces seuils doivent bien sûr être adaptés aux variations de consommation, en fonction des saisons ou de l’occupation par exemple. Et tout dépassement et toute action doivent être enregistrés pour pouvoir établir des bilans », précise Émeline Canu.

On imagine souvent qu’un bâtiment neuf et performant fonctionnera parfaitement par lui-même. Pourtant, plus un bâtiment est technique, plus son pilotage est complexe. Benoît Lespagnol rapporte l’exemple récent d’un bâtiment tertiaire passif : « Une GTC gérait les équipements électriques, une autre les installations HVAC. Les stores dépendant de la partie électrique, aucune corrélation n’était établie entre l’ensoleillement, la gestion de l’ombrage et la température intérieure. Résultat : en été, quand les occupants quittaient les lieux en laissant les stores ouverts alors qu’il restait encore plusieurs heures d’ensoleillement, le bâtiment surchauffait. Et ce, sans possibilité de le rafraîchir efficacement puisque, dans un bâtiment passif, il n’existe pas de climatisation active et que le free-cooling nocturne est insuffisant lorsque les températures sont trop élevées ».

Cet exemple démontre l’importance d’une intégration des systèmes techniques et d’un monitoring performant pour identifier rapidement l’origine des dysfonctionnements et ajuster les paramètres d’exploitation avant que les problèmes ne s’installent. C’est précisément là que se joue l’écart entre la performance théorique d’un bâtiment et sa performance réelle en exploitation. « Aujourd’hui, les installations sont de plus en plus sophistiquées et coûteuses. Il devient donc difficile de justifier l’absence de monitoring, surtout dans un bâtiment neuf ; d’autant plus que le coût reste relativement faible par rapport à l’investissement global, alors que les gains en confort, en performance énergétique et en maîtrise de l’exploitation sont considérables tout au long du cycle de vie du bâtiment », précise-t-il.

À terme, l’IA pourrait parfaitement s’intégrer dans ces systèmes où elle remplirait progressivement plusieurs tâches jusqu’à l’étape ultime : prendre la main sur la maintenance prédictive. « Les développements s’accélèrent et, plutôt que de simples observateurs, nous souhaitons être moteurs dans ce domaine. Nous étudions actuellement des solutions prometteuses pour tester l’implémentation de l’IA au sein d’un monitoring actif des bâtiments. L’objectif est clair : détecter encore plus efficacement et rapidement les anomalies et interagir directement avec la GTC pour piloter et optimiser les flux énergétiques en temps réel afin de réduire les consommations énergétiques.

Nous étudions aussi les synergies avec certaines filiales de nos actionnaires, notamment d’acteurs comme Teseos — détenteur de 33 % du capital d’AiO depuis novembre dernier. L’idée étant de partager connaissance et expériences », conclut Benoît Lespagnol.

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #80 - juillet 2026

VMC et protection solaire, pour une maison économe en énergie
VMC et protection solaire, pour une maison économe en énergie

DUCO développe des solutions de ventilation et de protection solaire extérieure pour l’habitat. Dans des bâtiments toujours plus performants, la sobriété énergétique repose sur une approche globale associant isolation, qualité de l’air, protection solaire et pilotage intelligent.

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Interview de Christophe Delattre, responsable technico-commercial de DUCO

Dans une logique de sobriété énergétique, quelle est la place de la VMC ?

Nous sommes aujourd’hui passés des maisons passives aux maisons actives. Les maisons actives, tendance venue des Pays-Bas, sont des maisons autonomes, qui sont d’une part très bien isolées et bien protégées pour éviter toute consommation d’énergie excessive liée au rafraîchissement artificiel, et d’autre part produisent l’énergie dont elles ont besoin pour fonctionner grâce à des panneaux photovoltaïques, la stockent dans des batteries et la gèrent au moyen d’un energy management system (EMS). Ce dernier est connecté à la ventilation, aux protections solaires extérieures et aux ouvrants de manière à profiter des frigories nocturnes pour réguler la température du bâtiment le plus naturellement possible. Car une ventilation mécanique contrôlée (VMC), seule, ne suffit pas à refroidir un bâtiment entier. Elle vient en complément du rafraîchissement naturel, et elle s’intègre dans un système global. En revanche, elle est absolument nécessaire pour évacuer la pollution et l’humidité contenues dans l’air intérieur, et éviter ainsi, par exemple, les problèmes de moisissures qui peuvent apparaître dans un bâtiment trop bien isolé.

DUCO propose aussi des solutions de protection solaire extérieure. VMC et protection solaire sont-elles indissociables ?

En limitant l’exposition d’un bâtiment au rayonnement solaire, on réduit les risques de surchauffe et, par conséquent, les besoins en refroidissement, ce qui permet aussi de réaliser des économies d’énergie. À mes yeux, la climatisation est en quelque sorte une hérésie, même si je reconnais qu’elle est parfois indispensable. Il faudrait avant tout repenser notre approche : appliquer au bâtiment le principe du parasol avant d’envisager systématiquement des équipements électroniques et de la climatisation dans chaque pièce. Cette logique me paraît beaucoup plus cohérente.

Comment configurer les installations de traitement de l’air pour économiser de l’énergie ?

Dans nos systèmes, des capteurs relèvent les niveaux de CO2 et d’humidité, et analysent la qualité de l’air toutes les 30 secondes : si le niveau de CO2 augmente, cela signifie que des personnes sont dans la pièce et la puissance de ventilation s’adapte automatiquement. Cette puissance peut varier entre 10 % et 100 %. De la même manière, si un des occupants décide de prendre une douche à 15 heures, les capteurs enverront l’information au système de ventilation pour lui permettre d’évacuer l’humidité générée.


Une VMC seule ne suffit pas à refroidir un bâtiment entier. Elle vient en complément du rafraîchissement naturel, et s’intègre dans un système global. En revanche, elle est absolument nécessaire pour évacuer la pollution et l’humidité contenues dans l’air intérieur.

Mais tous les systèmes ne sont pas aussi flexibles que les nôtres : la plupart des installations sont programmées pour fonctionner à pleine puissance en permanence ou à certaines plages horaires préétablies, par exemple de 6 à 8 heures et de 17 à 21 heures, indépendamment de la présence et des activités des occupants dans le bâtiment.

La question est : pourquoi ventiler au maximum lorsque ce n’est pas nécessaire ? Pourquoi consommer de l’énergie pour ventiler des espaces potentiellement inoccupés ? Finalement, le principe devrait être le même pour la ventilation que pour les lumières. On ne laisse pas les lumières allumées partout dans la maison quand nous n’y sommes pas, alors pourquoi le ferait-on avec la ventilation ? Moduler la puissance de la machine évite non seulement les consommations superflues d’énergie, mais aussi les nuisances sonores. Cela permet aussi d’allonger sa durée de vie puisque les moteurs étant moins sollicités, il se fatiguent moins vite.

Quel est le principe de la ventilation multizonale, et en quoi cela permet-il également de gagner de l’énergie ?

Traditionnellement, dans une maison, on trouve généralement la zone de vie au rez-de-chaussée et la zone de nuit à l’étage. En sortie de machine, la VMC double flux pulse de l’air dans les pièces de vie – salon et chambres - et en extrait dans la cuisine, la salle de bain, les toilettes et la buanderie. Avec un système multizonal, plutôt que de pulser avec une seule gaine, on le fait avec deux gaines qui ont chacune un clapet indépendant : un pour la zone de vie, et l’autre pour la zone de nuit.

Nous plaçons généralement trois capteurs : un dans le salon, un dans la salle de bain et un dans la chambre parentale. Si les capteurs ne détectent aucune pollution d’air, les deux clapets se mettent sur 10 %. Quand toute la famille rentre en fin d’après-midi, le capteur de CO2 du salon commande au clapet de s’ouvrir pour envoyer de l’air dans le salon, mais pas dans les chambres. Au moment des douches et du coucher, les capteurs réduisent le volume d’air en bas et l’augmentent en haut. Le fait que ces deux systèmes travaillent indépendamment permet de réaliser jusqu’à 40 % d’économie d’énergie.

Qu’est-ce qui manquerait pour que toutes les installations au Luxembourg soient optimisées ?

Le problème est avant tout d’ordre réglementaire : il est aujourd’hui difficile de déterminer de façon simple le volume d’air à extraire ou à apporter dans une maison. Le taux de renouvellement minimal est de 0,35 vol/h (volume par heure) d’après le règlement grand-ducal du 9 juin 2021. Il faut d’abord mesurer la vitesse de l’air et régler les bouches, or peu d’installateurs disposent d’un anémomètre pour le faire. Ensuite, le calcul est assez complexe à réaliser. Une des missions de la LIAVA (Luxembourg Indoor Air & Ventilation Association), dont je fais partie, est de définir une feuille de route avec des seuils préétablis et, dans un second temps, de faire circuler l’information jusqu’aux entreprises. La ventilation est souvent mal installée par manque de connaissances. La LIAVA s’est aussi – et avant tout - donné comme rôle d’expliquer la nécessité de la ventilation : elle sert à apporter de l’oxygène dans la maison. Nous en avons besoin, mais il n’est pas utile de sur-oxygéner. Il faut mettre en parallèle la ventilation et l’efficience énergétique pour vivre dans un bâtiment sain mais qui ne consomme pas plus qu’il ne faut, et réduire ainsi notre bilan carbone.

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #80 - juillet 2026

Les réponses de Weishaupt aux défis énergétiques actuels
Les réponses de Weishaupt aux défis énergétiques actuels

Présente au Luxembourg depuis 1982, Weishaupt conçoit des solutions de chauffage et d’énergie pour tous les secteurs. Pompes à chaleur, brûleurs compatibles avec les carburants alternatifs et géothermie : l’entreprise accompagne la transition énergétique avec des technologies adaptées aux enjeux de demain.

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Interview de Jean-Philippe Decot, responsable Weishaupt Luxembourg

Comment Weishaupt se positionne-t-il dans le cadre de la transition énergétique que nous traversons actuellement ?

Les années à venir sont cruciales car elles marquent un changement nécessaire dans les comportements et, par là même, dans les choix que devront faire les clients tant privés que tertiaires et industriels.

Depuis sa création, Weishaupt s’est maintenu à la pointe de l’innovation et a toujours su s’adapter aux évolutions du marché : nous sommes la solution, avec notre équipe d’experts et de techniciens.

Quels produits ou solutions proposez-vous concrètement ?

Pour ne citer que quelques exemples de produits qui répondent aux exigences actuelles, nous avons une chaudière – la chaudière WTC C® - qui est 100 % compatible avec l’hydrogène. Elle offre, en outre, une régulation d’oxygène et une modulation exceptionnelles.

Dans le même esprit d’innovation, nous avons développé des brûleurs tertiaires ou industriels qui sont à même de fonctionner avec les biocarburants actuels (huile de friture recyclée, algues). Il faut rappeler que Weishaupt est, à l’origine, un fabricant de brûleurs. À Colmar Berg, par exemple, nous avons des brûleurs qui fonctionnent avec de l’huile de friture recyclée par la SuperDrecksKëscht.
Nous proposons également des solutions adaptées aux normes étatiques drastiques sur les émissions d’oxydes d’azote (Nox).

La législation oblige désormais à utiliser du propane (R290) comme gaz réfrigérant dans les pompes à chaleur, pour répondre aux objectifs de neutralité carbone d’ici 2050. Pouvez-vous nous parler de votre nouvelle gamme ?

Le R290 est un fluide naturel dont l’indice GWP est exceptionnellement bon (moins de 5).
Nous sommes, là encore, à la pointe de l’innovation avec la pompe à chaleur Aeroblock®, et surtout avec la pompe à chaleur Evoblock®. Ces produits ont obtenu des résultats exceptionnels au niveau du Schallrechner - le calculateur mis en place par l’état pour évaluer les émissions sonores des pompes à chaleur et savoir si elles sont éligibles aux subsides - avec seulement 3 mètres de distance pour la 7/10 kW et une efficacité énergétique optimale de A+++ à 200 %.

La modulation de ces modèles est également à souligner avec une possibilité de varier à 1,71 kW.
Une seule machine peut couvrir les besoins jusqu’à 20 kW, avec la possibilité de faire travailler les machines en cascade pour augmenter la puissance.

De plus, toutes les pompes à chaleur de la gamme Evoblock® atteignent les 75 degrés, ce qui en fait un produit parfaitement adapté aux projets de rénovation.

Et pour les plus grandes puissances ?

Le groupe Weishaupt propose des solutions pour la réalisation de réseaux froids dans les nouveaux quartiers qui se construisent. Cela implique des forages géothermiques – la géothermie étant une énergie pérenne et gratuite - et la création d’un réseau souterrain. Bau Grund Süd, notre propre société de forage, fait les études, construit les réseaux et exécute les forages.

De notre côté, nous intervenons avec nos pompes à chaleur Geoblock®. Les calories issues de ces forages sont soit centralisées dans une pompe à chaleur collective qui va ensuite redistribuer cette énergie dans les résidences et maisons, soit directement réparties dans des pompes à chaleur individuelles.

Voilà encore une vision que seul Weishaupt a su mettre en avant à travers son savoir-faire unique et un concept qui s’inscrit dans le futur.

Nous avons également des pompes à chaleur air-eau de plus grandes puissances avec les WWP LA 20/30 et 40/60 kW. Au-delà du label A+++ record de 205 %, le score Schallrechner n’est que de 5 mètres pour la 20/30 kW, ce qui est exceptionnel.

Article paru dans Neomag #80 - juillet 2026

L'efficacité énergétique commence par une lecture juste de l'installation
L’efficacité énergétique commence par une lecture juste de l’installation

Face à la hausse des coûts de l’énergie et aux objectifs climatiques, les bâtiments doivent conjuguer confort, continuité d’exploitation et efficacité énergétique. La performance des installations techniques est désormais un enjeu majeur pour maîtriser consommations, émissions et coûts.

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Les systèmes CVC sont essentiels au bon fonctionnement d’un bâtiment, mais ils influencent aussi directement sa consommation énergétique.

Dans ce contexte, se limiter à la puissance ou à l’âge d’une installation ne suffit plus. Selon Carrier, spécialiste des solutions climatiques et énergétiques pour les bâtiments, il devient indispensable de mieux comprendre les systèmes existants. Des technologies plus performantes restent importantes, mais une approche ciblée commence aussi par une lecture claire de l’existant.

Une analyse énergétique constitue ici un point de départ logique. Elle permet d’objectiver le fonctionnement d’une installation et de traduire l’efficacité énergétique en une question très concrète : où une installation CVC existante peut-elle encore gagner en performance, et quelles mesures sont les plus pertinentes pour y parvenir ?

Optimiser avant de remplacer

Lorsqu’une installation consomme beaucoup d’énergie ou ne répond plus aux attentes actuelles, le remplacement apparaît souvent comme la solution la plus évidente. Ce réflexe est compréhensible, mais il n’est pas toujours justifié. Un nouvel équipement peut s’avérer nécessaire, mais une modernisation réfléchie suppose d’abord une compréhension précise du système existant.

Les installations actuelles sont souvent le résultat de choix de conception, d’extensions successives et d’adaptations menées au fil des années. Un groupe frigorifique peut encore être opérationnel sans fonctionner de manière optimale dans l’ensemble formé par les pompes, la régulation, les réglages de température et les profils de charge. L’usage du bâtiment a lui aussi parfois évolué, de sorte que l’installation fonctionne aujourd’hui dans des conditions différentes de celles prévues à l’origine.

Dans les systèmes CVC hydrauliques, cette cohérence est déterminante. La performance énergétique dépend non seulement du groupe frigorifique, mais aussi des débits, du fonctionnement des pompes, des régimes de température et de la régulation. Pour Carrier, une optimisation pertinente commence donc par l’analyse des performances réelles de l’installation. C’est à cette condition qu’il devient possible de déterminer si une optimisation suffit, ou si une modernisation, voire un remplacement, s’impose.

L’analyse énergétique comme base technique

L’analyse énergétique mise en avant par Carrier repose sur cette logique. Elle évalue les performances actuelles d’une installation frigorifique, met en évidence les écarts et identifie les axes d’amélioration. Sur cette base, il devient possible de définir des mesures contribuant à réduire la consommation d’énergie, à améliorer l’efficacité et à limiter les émissions.

L’installation est ainsi ramenée à des paramètres mesurables : consommation d’énergie par rapport à la charge réelle, régimes de température, heures de fonctionnement et comportement du système selon différentes conditions. Les données peuvent provenir des systèmes de gestion technique du bâtiment, du monitoring ou de services connectés, mais aussi être collectées à distance. Carrier les analyse avec le client en tenant compte de l’usage du bâtiment, des exigences de confort et des priorités opérationnelles. Les résultats sont synthétisés dans un rapport d’audit reprenant les principaux constats, les gains attendus et les recommandations.

On dispose ainsi d’une base objective pour évaluer les performances réelles d’une installation, mesurer son potentiel d’amélioration et déterminer les actions à prioriser.

De l’analyse aux choix concrets

Une analyse énergétique n’a de valeur que si elle débouche sur des décisions concrètes. Les conclusions peuvent conduire à un meilleur réglage, à une régulation adaptée, à une commande de pompes plus efficace, à des mesures de maintenance ciblées, à une modernisation partielle ou au remplacement d’un groupe frigorifique.

Carrier ne part pas d’une solution standardisée, mais de l’analyse de l’installation existante. Dans les bâtiments existants, une intervention n’apporte de résultats que si elle s’intègre dans l’ensemble formé par les équipements, l’hydraulique, la régulation, la maintenance et l’usage du bâtiment.

Cette approche a notamment été appliquée dans un projet hôtelier au centre de Rotterdam. Carrier y a analysé des chillers anciens, dans un contexte où entraient en jeu le confort, le niveau sonore et des exigences renforcées en matière d’efficacité énergétique et d’émissions. L’analyse a débouché sur une modernisation avec deux chillers scroll à air, une régulation adaptée et des pompes à vitesse variable. Selon le rapport d’audit, cette intervention a permis une économie d’énergie de 72 % et un temps de retour sur investissement inférieur à trois ans.

Énergie, émissions et rendement dans une seule lecture

La valeur d’une analyse énergétique ne se limite pas à sa dimension technique. Les gestionnaires de bâtiments doivent aujourd’hui justifier leurs investissements à l’aune de la consommation d’énergie, du confort, de la fiabilité, de la réduction des émissions et du retour sur investissement.

Ces paramètres sont intégrés au rapport d’audit. Les recommandations sont reliées à des résultats attendus, comme le gain d’efficacité, les économies d’énergie, la réduction des émissions en équivalent CO2 et le retour sur investissement. L’analyse va donc au-delà du simple diagnostic technique : elle aide les gestionnaires et les propriétaires à fixer des priorités, à étayer leurs budgets et à planifier leurs investissements en fonction de l’exploitation et des objectifs du bâtiment.

Le rôle de Carrier va ainsi au-delà de la fourniture d’équipements. En combinant analyse, expertise de service et reporting, l’entreprise aide les gestionnaires à traduire des mesures techniques en impact économique et environnemental.

La compréhension comme base de choix durables

La durabilité des bâtiments est souvent associée à l’arrivée de nouvelles technologies. Dans les faits, elle commence par une question plus fondamentale : comment les installations existantes
fonctionnent-elles réellement aujourd’hui ? Dans les installations CVC et frigorifiques en particulier, l’écart entre forte consommation et fonctionnement efficient peut se jouer dans la régulation, la charge, les réglages de température, le fonctionnement des pompes ou encore dans les adaptations accumulées au fil du temps.

Une analyse énergétique rend cette réalité visible. Pour Carrier, c’est là que réside le cœur d’une gestion durable du bâtiment : ne pas remplacer trop vite, mais ne pas non plus continuer à exploiter des systèmes dont les performances restent insuffisamment connues.

L’efficacité énergétique devient alors plus qu’une ambition sur le papier. Elle devient une décision pratique, fondée sur le comportement réel du bâtiment. Dans un marché où l’énergie, les systèmes CVC hydrauliques et la réglementation sont de plus en plus étroitement liés, c’est précisément cette qualité de lecture qui permettra de distinguer les investissements réellement pertinents sur le long terme.

Pour plus d’informations sur les solutions CVC de Carrier, rendez-vous sur www.carrier.com
ou prenez contact avec Thierry Lecocq : thierry.lecocq@carrier.com

Article paru dans Neomag #80 - juillet 2026

Le facility management, pierre angulaire de l'économie des ressources
Le facility management, pierre angulaire de l’économie des ressources

Une bonne gestion du bâtiment en phase d’exploitation peut avoir un impact direct sur le bilan carbone, les consommations et les coûts d’exploitation du client. En tant qu’acteur multiservices, Samsic intervient sur l’ensemble de la chaîne d’exploitation et contribue à identifier, piloter et optimiser les économies réalisables.

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Interview de Nassim Alakma, gérant technique de Samsic

Comment concevez-vous le rôle du facility manager ?

Dans un bâtiment, l’efficience énergétique ne se joue pas uniquement à la conception, mais aussi dans l’exploitation quotidienne. La performance théorique et la performance réelle sont souvent différentes.

D’un côté, il y a les caractéristiques techniques du bâtiment : la manière dont il a été conçu, dimensionné et équipé. De l’autre, il y a ses usages : qui l’occupe, à quels horaires, avec quels besoins et quelles contraintes. Un bâtiment doit donc être piloté en fonction de son utilisation réelle. Si les installations sont mal réglées, mal entretenues ou mal adaptées, cela génère des pertes : énergie, eau, confort, coûts.

Le rôle du facility manager est de piloter, ajuster, maintenir et faire évoluer les installations pour atteindre le meilleur équilibre entre performance, sobriété et confort. L’idée est simple : faire mieux avec moins.

Comment intervenez-vous concrètement ?

Nous avons la chance d’être un acteur très polyvalent. Par exemple, nous intervenons sur un ensemble de bâtiments à Luxembourg accueillant environ 4 000 utilisateurs. Sur ce type de site, nous assurons le pilotage technique, l’optimisation des équipements HVAC, le volet électricité, la maintenance préventive, mais aussi des prestations de facility comme le nettoyage.

Cette approche globale est un vrai atout : elle permet d’avoir une vision complète de l’exploitation du bâtiment et d’éviter les silos entre les métiers.

Nous sommes également certifiés ISO 9001, ISO 14001 et ISO 45001. La qualité, l’environnement et la sécurité sont donc intégrés dans nos méthodes de travail. Notre objectif est d’apporter aux clients des solutions innovantes, sobres et adaptées à leurs bâtiments.

Qu’entendez-vous par « vous professionnaliser chaque jour » ?

Cela signifie former nos équipes, suivre les évolutions réglementaires et techniques, et intégrer les bons outils au bon moment. Aujourd’hui, grâce aux capteurs, à la GTC ou aux outils de supervision, il est possible d’identifier à distance un équipement défaillant, de suivre les consommations d’eau et d’énergie, de mesurer l’électricité réinjectée dans le réseau ou encore de surveiller la performance des installations.

Mais la technologie ne suffit pas. Elle doit être pertinente, bien paramétrée et adaptée aux besoins du client. Notre rôle est d’aider le client à placer le bon curseur entre son budget, ses objectifs environnementaux, ses contraintes réglementaires et la réalité technique du terrain.

La valeur ajoutée du facility manager se situe dans cette justesse : comprendre le bâtiment, ses usages, puis ajuster les réglages et les méthodes d’exploitation pour limiter les gaspillages.

L’approche à adopter doit donc être très personnalisée…

Oui, c’est essentiel. Chaque bâtiment a ses usages, ses contraintes et ses priorités. Aujourd’hui, les clients sont soumis à une triple pression : économique, environnementale et d’image. Ils doivent réduire leurs coûts, améliorer leur impact et démontrer qu’ils agissent concrètement.

Notre rôle est de leur apporter des solutions pragmatiques. Par exemple, si 20 % des effectifs sont en télétravail tous les lundis, il est possible d’adapter la ventilation, le chauffage ou le refroidissement en conséquence. Ce type d’ajustement peut générer des économies significatives, sans dégrader le confort des utilisateurs présents.

L’enjeu n’est pas de réduire pour réduire, mais d’adapter le bâtiment à son occupation réelle.

Vous disiez que les besoins techniques dépendent de l’utilisation du bâtiment. Est-ce que vous réalisez également un travail de sensibilisation auprès des utilisateurs ?

Oui, car la sensibilisation fait partie d’une approche globale de l’efficience. Tout ne peut pas reposer uniquement sur le facility manager ou sur les installations techniques.

Même dans un bâtiment performant, les usages ont un impact. Un robinet qui coule, une fenêtre ouverte alors que le chauffage fonctionne, un éclairage maintenu inutilement : ces gestes, répétés à l’échelle d’un bâtiment, peuvent peser sur les consommations.

Il faut donc expliquer les enjeux de manière concrète. Les économies d’énergie ou d’eau ne sont pas seulement un sujet environnemental, elles représentent aussi un gain économique qui peut être réinvesti dans des améliorations de confort, de services ou d’équipements.

Dans ce contexte, le fait que vous soyez multiservices est un réel atout pour nos clients…

Oui, clairement. Nous intervenons sur l’exploitation du bâtiment à plusieurs niveaux : maintenance technique, électricité, HVAC, nettoyage, tri des déchets, espaces verts, accueil ou encore services aux occupants.

Cette transversalité nous permet d’aligner les pratiques. Il serait incohérent de demander aux utilisateurs de faire attention à l’eau ou à l’énergie si les équipes d’exploitation ne sont pas elles-mêmes sensibilisées à ces enjeux.

Nos équipes, quel que soit leur métier, sont intégrées dans cette logique de sobriété. C’est aussi cela, le facility management : coordonner les services pour que l’ensemble du bâtiment fonctionne de manière cohérente.

Comment mesurez-vous les résultats obtenus ?

La mesure est indispensable. On ne peut améliorer durablement que ce que l’on suit. Grâce aux outils de supervision, à la GTC et aux logiciels d’analyse, nous pouvons suivre les consommations d’eau, les kWh consommés, l’électricité réinjectée dans le réseau ou encore les volumes récupérés dans les citernes d’eau pluviale.

Ces données permettent d’identifier les écarts, de comparer les performances d’une année à l’autre et de les pondérer selon des facteurs comme la météo ou l’occupation du bâtiment.
L’objectif est d’anticiper plutôt que de subir : détecter les dérives, ajuster les paramètres, optimiser les consignes et maintenir les équipements à leur meilleur niveau de performance.

Quel message souhaiteriez-vous adresser aux maîtres d’ouvrage ?

La performance d’un bâtiment ne se décide pas uniquement au moment de sa conception. Elle se construit aussi dans la durée, pendant toute sa phase d’exploitation.

C’est là que le facility management apporte une valeur ajoutée : en maintenant les équipements, en adaptant les réglages, en accompagnant les usages et en donnant au client une vision claire de ses consommations et de ses marges d’amélioration.

Chez Samsic, nous considérons nos clients comme des partenaires. Notre rôle est de leur proposer la solution la plus juste : celle qui répond à leurs besoins, à leurs contraintes et à leurs objectifs. Notre satisfaction réside dans la leur.

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #80 - juillet 2026

Une nouvelle app au service du patrimoine immobilier de chaque commune
Une nouvelle app au service du patrimoine immobilier de chaque commune

En complément de Building360, LSC360 développe BEN, une plateforme IoT et d’intelligence artificielle qui analyse en temps réel les consommations énergétiques des bâtiments. Elle détecte les anomalies, génère des alertes et propose des pistes d’optimisation pour améliorer leur performance.

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Interview de Sarah Weidert, directrice du service expertise, et Saël Gramdi, Senior Project Director chez LSC360

Les communes luxembourgeoises, comme toutes les entités publiques, gèrent un patrimoine bâti considérable. À quels problèmes sont-elles confrontées aujourd’hui ?

Sarah Weidert : Les communes luxembourgeoises disposent d’un patrimoine immobilier important, avec de nombreux bâtiments à gérer. Aujourd’hui, l’un des principaux défis est lié à la gestion des informations qui concernent ces bâtiments. Les données existent généralement, mais elles sont souvent réparties entre différents services, intervenants ou supports de stockage. L’idée est donc de centraliser toutes ces informations au même endroit afin de faciliter leur accès. Cela permettrait de retrouver rapidement des documents essentiels comme les plans, les autorisations de bâtir ou encore les certificats énergétiques, tout en offrant une vision globale et plus efficace de l’ensemble du patrimoine communal.

Dans quel contexte cette plateforme a-t-elle été imaginée ?

Saël Gramdi : Cette plateforme s’inscrit dans le cadre des nouvelles obligations réglementaires. La circulaire 2025-035 relative à la transposition de la directive UE 2023/1791 du 13 septembre 2023 relative à l’efficacité énergétique impose aux entités publiques une réduction de consommation énergétique de 1,9 % par an et la rénovation de 3 % de leur surface de référence énergétique chaque année. Sans outil adapté permettant de centraliser les données et de suivre les indicateurs, ces obligations deviennent ingérables pour des équipes qui jonglent déjà entre de nombreuses missions.

Il n’existait pas, jusqu’ici, de solution conçue spécifiquement pour ce contexte luxembourgeois, intégrant à la fois la dimension géographique et les obligations réglementaires locales : autorisations ministérielles (ITM, Administration de l’environnement et Administration de la gestion de l’eau), Pacte Climat, Klimabonus, Lëtz Prepare... C’est précisément ce vide que notre application Building360 vient combler.

En complément de Building360, nous développons la plateforme BEN (Building Embedded Network), en partenariat avec MABU Concepts, finaliste aux World Smart City Awards 2025 à Barcelone, qui apporte l’expertise IoT et intelligence artificielle.

Quel est le rôle de LSC360 dans le développement de cette solution ?

SG : LSC360 est à l’initiative du projet et en assure le pilotage global. Notre positionnement est unique au Luxembourg, et c’est ce qui donne toute sa force à cette solution : nous sommes à la fois un acteur reconnu en systèmes d’information géographique, présents dans environ deux tiers des communes via SIGcom, et un des leaders en expertise environnementale et énergétique, en tant que l’un des plus grands bureaux d’études luxembourgeois dans ces domaines. Cette double compétence, SIG et énergie-environnement, est au cœur de l’ADN de LSC360 et constitue un avantage précieux qui nous permet de proposer une solution complète.

Concrètement, nous développons une application spécifique intégrée dans SIGcom que nous appelons Building360 App, notre plateforme de gestion patrimoniale communale, qui communique avec BEN, Building Embedded Network.

LSC360 couvre l’intégration SIG, la connaissance du terrain communal et le déploiement ; MABU Concepts apporte la couche sensorielle et prédictive.
Ensemble, Building360 et BEN constituent les deux piliers d’une même vision : faire de chaque bâtiment un jumeau numérique vivant, un bâtiment que l’on peut observer, comprendre et piloter en temps réel. Avant d’étendre cette logique, à terme, à l’ensemble du territoire communal.

Et ce n’est pas un projet de recherche théorique : LSC360 a été retenu comme seul projet dans la catégorie Énergie lors de la première vague de l’appel à projets Smart City du ministère de l’Économie. C’est une validation concrète, par les pouvoirs publics, de la pertinence de notre approche.

Notre participation au World Smart City Expo 2026 à Barcelone s’inscrit dans le cadre de la représentation luxembourgeoise à cet événement mondial, en coordination avec les autorités luxembourgeoises.

Qu’est-ce que la Building360 App apporte de nouveau ? Qu’ont les entités publiques à y gagner ?

SW : La différence fondamentale par rapport aux outils existants tient en un mot : l’intégration. Les solutions disponibles sur le marché, qu’il s’agisse d’outils de facility management ou de plateformes énergétiques sectorielles, sont soit trop généralistes pour s’adapter au cadre réglementaire luxembourgeois, soit focalisées sur un seul domaine sans couvrir les autres dimensions de la gestion patrimoniale.

Building360 propose cinq modules métiers dans une interface unique : Énergie, Accessibilité (PMR), Maintenance, Autorisation et Sécurité. Et parce qu’elle est native dans SIGcom, chaque bâtiment est géolocalisé, visualisable sur plan et relié aux données du territoire. Mais nous allons encore plus loin : nos prestations intègrent des scans 3D des bâtiments qui permettent de se déplacer virtuellement à l’intérieur de chaque édifice depuis son poste de travail, comme si l’on y était physiquement.

L’ensemble du patrimoine bâti devient accessible, visualisable et pilotable depuis un seul écran. Et si une entité dispose déjà d’un modèle BIM, nous pouvons l’intégrer directement dans SIGcom, sans perte de données, sans double saisie. Et pour les bâtiments qui n’en ont pas encore, notre scan 3D par nuage de points permet de mesurer l’intégralité du bâtiment avec une précision centimétrique et de générer un modèle BIM directement depuis ce nuage de points. LSC360 offre donc un continuum complet : de la capture physique du bâtiment jusqu’à son jumeau numérique intelligent et connecté.
SG : C’est cette combinaison de GIS, scan 3D, IoT et IA qui constitue le véritable jumeau numérique du bâtiment : Building360 en fournit le squelette géographique et documentaire, le scan 3D en donne le corps physique navigable, et BEN y insuffle l’intelligence en temps réel. C’est cette couche géographique qui pose les bases du jumeau numérique du bâtiment : chaque équipement, chaque consommation, chaque échéance réglementaire est rattachée à un objet réel, localisé, vivant. C’est ensuite BEN qui anime ce jumeau numérique en y injectant les données IoT en temps réel et en y appliquant l’intelligence artificielle pour passer de la simple observation à l’action.

Pour une entité publique, cela se traduit concrètement par une transformation profonde de la façon de gérer son patrimoine : on passe d’une gestion réactive - on intervient quand le problème est déjà là - à une gestion proactive, grâce à la détection automatique des anomalies. Les capteurs IoT surveillent en permanence les consommations, les températures, les équipements, et alertent dès qu’un comportement anormal est détecté, bien avant qu’il ne se transforme en panne ou en surcoût. C’est l’un des écarts fondamentaux avec les outils de reporting passif disponibles sur le marché, qui ne disposent pas de capacité d’alerte prédictive.

À cela s’ajoute une dimension que nous considérons comme l’une des plus-values les plus concrètes : un conseiller en énergie personnalisé, propulsé par l’IA. En analysant l’ensemble des données d’un bâtiment, consommations historiques, données capteurs, caractéristiques techniques, occupation, l’intelligence artificielle est capable de formuler des recommandations d’optimisation sur mesure : quels équipements prioriser ? Quelles plages horaires ajuster ? Quels travaux de rénovation auront le meilleur retour sur investissement ? Ce n’est plus un tableau de bord que l’on consulte ; c’est un assistant qui propose, alerte et guide.

Au niveau du bâtiment, le jumeau numérique est donc déjà une réalité avec une représentation complète, vivante et intelligente de chaque édifice. Mais ce n’est que la première étape d’une ambition bien plus large.

Comment la Building360 App est-elle amenée à évoluer ?

SW : Nous avons conçu la building360 App avec une architecture modulaire et évolutive, pour ne pas enfermer les utilisateurs dans une solution figée.

À court terme, l’effort porte sur la consolidation des cinq modules et leur déploiement auprès de communes pilotes. À moyen terme, deux axes d’innovation majeurs sont en cours de développement : un module d’IA pour la reconnaissance automatique d’équipements dans des scans 3D et un moteur d’analyse documentaire basé sur un LLM (Large Language Model, ou grand modèle de langage) spécialisé dans la réglementation luxembourgeoise, pour automatiser l’extraction d’informations depuis les rapports techniques et permis.

SG : Mais notre vision à long terme est encore plus ambitieuse. Ce que nous voulons construire, c’est une sorte de SimCity réel, pour reprendre la métaphore du jeu vidéo que tout le monde connaît. Imaginez une interface où l’on peut visualiser l’ensemble d’une commune en temps réel : ses bâtiments, ses consommations, ses flux, ses données environnementales, le tout superposé sur un Geo Digital Twin vivant du territoire. Ce que nous construisons bâtiment par bâtiment avec Building360 et BEN, nous voulons l’assembler à l’échelle du territoire : un Geo Digital Twin communal vivant, où chaque donnée de chaque édifice s’intègre dans une vision globale de la commune. Et surtout, la possibilité de simuler : si l’on aménage ce quartier, si l’on rénove ces bâtiments, si l’on modifie cette infrastructure, quels seront les impacts sur les habitants, sur la consommation, sur la mobilité ? C’est ça, la promesse du digital twin à l’échelle communale, et c’est vers là que nous marchons.

Article paru dans Neomag #80 - juillet 2026

Audit énergétique : comprendre les usages avant de décider !
Audit énergétique : comprendre les usages avant de décider !

La performance énergétique ne peut plus être abordée uniquement comme une question de conformité. Pour une organisation, elle devient un sujet de maîtrise technique, économique et stratégique.

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Article COCERT

L’audit énergétique s’inscrit dans cette logique. Sa finalité n’est pas seulement de dresser un état des lieux des consommations, mais de comprendre les usages réels, d’identifier les dérives, de hiérarchiser les actions et d’éclairer les décisions d’investissement.

Une consommation énergétique est le résultat d’un bâtiment, d’équipements, de modes d’exploitation, d’horaires, de comportements, de procédés et parfois de choix historiques qui ne sont plus adaptés à la situation actuelle. L’intérêt de l’audit est de mettre en relation ces éléments pour passer d’une dépense subie à une analyse maîtrisée.

Un outil à distinguer des autres démarches énergétiques

Sur le terrain, plusieurs outils sont encore confondus alors qu’ils ne répondent pas au même objectif. Le passeport énergétique du bâtiment décrit la performance d’un bâtiment selon des conditions d’usage standardisées. Il caractérise l’enveloppe et les installations, mais ne reflète pas toujours l’exploitation réelle d’un bâtiment et encore moins d’une organisation.

Le conseil en énergie répond à une question ciblée : amélioration d’une installation, choix d’un système technique, intégration d’une solution renouvelable ou rénovation ponctuelle. L’audit énergétique d’une organisation adopte une approche plus globale : il analyse les bâtiments, installations, usages, horaires, procédés, équipements spécifiques, mobilité, contrats et profils de consommation.

Cette différence est essentielle. Un bâtiment peut être correctement conçu sur le plan théorique et présenter des surconsommations liées à son exploitation. À l’inverse, certaines consommations élevées peuvent être justifiées par l’activité. L’audit permet de distinguer ce qui est nécessaire, ce qui est optimisable et ce qui relève d’une dérive.

Une méthode fondée sur cinq questions simples

Un audit énergétique utile doit permettre à un décideur de comprendre rapidement où se trouvent les enjeux. La méthode peut être structurée autour de cinq questions.

Combien l’énergie coûte-t-elle réellement ?

L’analyse ne se limite pas aux kWh consommés. Elle porte également sur les factures, contrats, puissances souscrites, tarifs, périodes de consommation et structure des coûts. Cette étape permet de relier la donnée énergétique à sa conséquence économique.

Où l’énergie est-elle consommée ?

L’objectif est d’identifier les principaux usages : chauffage, refroidissement, ventilation, éclairage, production, équipements spécifiques, eau chaude sanitaire, mobilité ou flotte de véhicules. L’analyse des courbes de charge, les relevés terrain et les campagnes de mesure permettent de mieux comprendre la répartition réelle des consommations.

Cette consommation est-elle justifiée ?

Une consommation importante n’est pas forcément une anomalie. Elle peut être liée à un besoin réel. En revanche, elle doit être confrontée aux horaires d’occupation, conditions d’exploitation, consignes de régulation, performances des équipements et pratiques internes. C’est souvent à ce niveau que l’on identifie les fonctionnements inutiles, les réglages inadaptés ou les équipements mal pilotés.

Quelles actions permettent de réduire les pertes ?

Les améliorations ne nécessitent pas toujours des investissements lourds. Dans de nombreux cas, des actions sur les horaires, les consignes, la régulation, la maintenance, les protections solaires ou l’organisation des usages permettent déjà de réduire les consommations. Les actions structurelles doivent ensuite être évaluées en fonction de leur pertinence technique et économique.

Quelles mesures sont réellement rentables ?

Chaque action doit être traduite en éléments de décision : investissement, économie annuelle, réduction des émissions de CO₂, durée de vie, contraintes de mise en œuvre, aides financières éventuelles et temps de retour. Cette étape permet de hiérarchiser les mesures et d’éviter les décisions fondées sur une intuition ou sur une solution standard.

Exemple d’application : analyse d’un site commercial au Luxembourg

Un audit réalisé sur un site commercial luxembourgeois illustre cette approche. Le périmètre comprenait un hall d’environ 5 000 m2, des bureaux et un showroom vitré d’environ 1 000 m2. La consommation énergétique finale était d’environ 783 MWh/an. Deux postes dominaient : la flotte logistique et commerciale, avec environ 40 % de la dépense énergétique, et le chauffage au gaz, avec environ 38 % des besoins globaux.

L’intérêt de l’audit était de comprendre la structure réelle des consommations. L’analyse a notamment mis en évidence des apports solaires importants dans le showroom, entraînant une surcharge thermique en été et un recours accru à la climatisation. Des protections solaires motorisées ont permis de réduire fortement ces apports, avec un investissement limité et un effet direct sur le confort et la consommation de refroidissement.

Pour le chauffage, plusieurs scénarios ont été comparés à long terme, en intégrant le bâtiment existant, les contraintes d’exploitation, les coûts de l’énergie et l’évolution probable des taxes carbone. La solution a consisté à privilégier une hybridation thermique avec intégration d’une pompe à chaleur air-eau sur le réseau existant. Après prise en compte des aides mobilisables, l’investissement net a été estimé à environ 37 500 euros, avec un temps de retour d’environ 7 ans et une réduction des émissions de l’ordre de 27 tonnes de CO₂/an.

Cet exemple montre qu’un audit énergétique ne consiste pas à appliquer une solution standardisée. Il permet de construire une trajectoire progressive, cohérente avec les usages réels du site et les capacités d’investissement de l’entreprise.

De la donnée technique à la décision

La valeur d’un audit repose sur sa capacité à transformer des données dispersées en informations exploitables. Les factures, courbes de charge, relevés de terrain, caractéristiques techniques des équipements et contraintes d’exploitation doivent être analysés ensemble.

Cette approche évite d’investir trop vite dans des solutions techniques sans avoir identifié les problèmes à résoudre, ou de limiter l’audit à une liste de recommandations non hiérarchisées. Une recommandation n’a de valeur que si elle est chiffrée, replacée dans une stratégie globale, et traduite en priorités d’action.

Conclusion

L’audit énergétique doit être considéré comme un outil de compréhension et de décision. Sa valeur réside dans sa capacité à révéler les marges de progrès, à hiérarchiser les actions et à sécuriser les investissements.

Dans un contexte énergétique incertain, la priorité n’est pas d’appliquer des solutions standardisées, mais de comprendre les usages réels, mesurer les écarts, évaluer les scénarios et construire une trajectoire réaliste.

L’efficacité énergétique commence rarement par une solution technique. Elle commence par une analyse juste que les experts de COCERT SA peuvent réaliser pour vous.

Personne de contact chez COCERT SA :
Anass Haddaji, responsable opérationnel
a.haddaji@cocert.lu
Tel : 621 349 547

Article paru dans Neomag #80 - juillet 2026

Photovoltaïque : investir oui, mais pas sans stratégie
Photovoltaïque : investir oui, mais pas sans stratégie

Produire sa propre énergie solaire est un levier clé pour réduire sa dépendance aux énergies fossiles. Grâce à son outil de simulation et à son expertise, L’energieagence accompagne les acteurs publics et privés dans le choix de solutions photovoltaïques adaptées à leurs besoins techniques et financiers.

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Interview d’Arnaud Duban, directeur de l’energieagence

Quels sont les éléments à prendre en compte avant d’investir dans une installation photovoltaïque ?

Avec la crise énergétique que nous traversons actuellement et le prix des énergies fossiles qui ne cesse de grimper, il est aujourd’hui particulièrement intéressant de produire sa propre électricité.
Le défi que pose l’énergie photovoltaïque est que sa production est intermittente, que ce soit au cours de la journée, au cours de la semaine ou au cours de l’année : il est évident que la production est beaucoup plus faible la nuit que le jour ou en janvier qu’en juillet, et qu’une entreprise consomme généralement plus d’énergie en semaine que le week-end.

Dès lors que l’on prévoit d’investir dans une solution photovoltaïque, il faut donc bien réfléchir à la finalité de sa démarche et à la configuration technique et financière à mettre en place. Il est essentiel de prendre en compte non seulement les paramètres de production et de consommation, mais aussi les modèles financiers qui vont de pair – d’autant plus que des tarifs dynamiques sont désormais appliqués au rachat d’énergie -, sans oublier d’intégrer les possibilités de stockage qu’offrent les batteries en cas de surproduction ou lorsque l’énergie est la moins chère, ainsi que la notion de partage d’énergie.

Comment l’energieagence aide-t-elle à atteindre cette optimisation technique et financière ?

Nous nous positionnons sur le volet conseil et aide à la décision. Nous explorons différents scénarios pour optimiser le retour sur investissement et/ou le niveau d’autonomie et d’autoconsommation. Le but est de permettre au client de prendre la meilleure décision possible en fonction du résultat qu’il vise. Cette approche, nous la proposons aussi bien aux acteurs du secteur privé qu’aux acteurs du secteur public, notamment aux communes pour la gestion de leurs bâtiments propres.

Comment votre intervention se passe-t-elle concrètement ?

Nous avons développé notre propre outil de calcul, qui est alimenté par les données partagées par le client, notamment les relevés horaires des consommations ou encore les relevés horaires de production. Ces données sont mises en relation avec la production théorique d’électricité photovoltaïque, calculée en fonction des surfaces disponibles et des orientations. S’y ajoutent ensuite la capacité de stockage et éventuellement le potentiel de partage de l’énergie. Tous ces paramètres servent à construire et à comparer différents scénarios qui nous permettent de proposer un avant-projet donnant une orientation technique aux installateurs.

Une visite physique sur site n’est pas nécessaire. Tout peut se faire à distance dès lors que nous disposons des données nécessaires pour établir des simulations. Cette approche est également adaptée dans les situations ou un client dispose déjà d’une installation PV et qu’il cherche des pistes d’optimisation.

Où en est-on aujourd’hui en termes de subventions pour les installations photovoltaïques ?

Le Klimabonus est toujours en vigueur. Pour les plus grandes installations, des appels à projets avec mise en concurrence et des critères d’attribution détaillés sont lancés par le ministère de l’Économie au cours de l’année. Nous intégrons également le calendrier des appels à projets pour apporter un conseil sur la planification financière de l’investissement.

Concernant le déploiement d’installations photovoltaïques, force est de déplorer qu’aujourd’hui, ce n’est pas tellement l’approche technico-financière qui est privilégiée, mais plutôt l’optimisation des subventions auxquelles le projet est admissible.

Il est pourtant fondamental de prendre du recul et de réaliser une pré-étude de chaque situation particulière en termes de production d’énergie renouvelable et de stockage pour maximiser l’autoconsommation. L’objectif étant de se détacher des énergies fossiles, a fortiori parce que leurs prix sont volatils.

Comment abordez-vous le volet du partage de l’énergie et des communautés énergétiques qui viennent en complément du stockage de l’énergie ?

Sur ce point, la réglementation sur le partage d’énergie a évolué très récemment. Les grandes entreprises sont désormais autorisées à créer leur propre communauté d’énergie pour partager l’énergie qu’elles ont produites et qu’elles n’ont pas auto-consommée, ce qui n’était pas le cas auparavant. Cette avancée est d’autant plus intéressante que ce sont souvent ces grandes entreprises qui disposent des plus gros budgets à investir dans des installations photovoltaïques.

Mais, là encore, il y a tout un travail préliminaire à réaliser en amont : il ne suffit pas de mettre plusieurs acteurs autour de la table pour composer une communauté d’énergie optimale. Il faut s’assurer que les courbes de production et de consommation des différents participants soient complémentaires, bien alignées dans le temps. C’est là toute la difficulté.

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #80 - juillet 2026

Le BESS, solution de stockage indispensable à la transition énergétique
Le BESS, solution de stockage indispensable à la transition énergétique

Le Battery Energy Storage System est l’une des technologies clés de la transition énergétique. Permettant de stocker l’électricité et de la restituer quand cela est nécessaire, il offre, aux particuliers comme aux professionnels, de multiples opportunités pour optimiser leur production et leur consommation d’énergie.

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Rencontre avec Sebastian Himpler, Head of Energy Management, Enovos
Claudio de Carolis, Responsible for Sales Large B2B, enovos
et Marc Schaack, Head of Sales Luxembourg, enovos

L’intégration du renouvelable dans les systèmes énergétiques implique de nouveaux défis : « le solaire et l’éolien sont, par nature, intermittents : la production dépend des conditions météorologiques et ne coïncide pas toujours avec les profils de consommation », explique Sebastian Himpler, Head of Energy Management chez Enovos.

Pour y répondre, l’une des solutions est le Battery Energy Storage System (BESS, ou système de stockage d’énergie par batteries en français). Il permet d’accumuler l’électricité « lorsque la production dépasse la consommation et que les prix sont bas, puis de la restituer plus tard, lorsque la demande et les prix augmentent ». Une façon de contribuer à réduire les pics de consommation, de soulager les congestions et d’équilibrer le réseau. Ce type d’installation apporte flexibilité, sécurité et permet d’optimiser les coûts liés à l’énergie.

Depuis deux ans, Enovos explore et développe ce nouveau marché pour ses clients résidentiels, professionnels et industriels, pour qui « les BESS créent de nouvelles possibilités ».

Multiplication des cas d’usage

Pour les particuliers propriétaires d’une maison, « les batteries sont généralement associées à des installations photovoltaïques et de plus en plus intégrées dans des systèmes intelligents de gestion énergétique domestique (HEMS) », indique Claudio de Carolis, Responsible for Sales Large B2B chez Enovos. « Elles permettent d’augmenter l’autoconsommation et peuvent interagir avec les pompes à chaleur ou encore les bornes de recharge pour véhicules électriques, réduisant ainsi les achats d’électricité sur le réseau. » Cette solution de stockage peut aussi se faire à l’échelle d’une résidence ou d’un quartier, dans une logique de partage d’énergie au sein d’une communauté locale.

« Nous considérons le stockage par batteries comme un élément clé du futur écosystème énergétique - aux côtés de la production renouvelable, de l’électrification et de la gestion intelligente de l’énergie », précise Marc Schaack, Head of Sales Luxembourg chez Enovos.

Pour les professionnels, la gamme d’application du BESS est encore plus grande, tout comme les enjeux qui y sont liés. « Les entreprises sont confrontées à une électrification croissante, à des pics de consommation plus élevés, à une forte volatilité des prix de l’énergie ainsi qu’à des objectifs de durabilité de plus en plus ambitieux », expose le responsable. Le stockage par batterie représente alors une vraie opportunité de value stacking pour les clients industriels et commerciaux, notamment lorsqu’il est couplé à de la production photovoltaïque sur site. Le BESS combine alors optimisation de l’autoconsommation, réduction des pics de puissance et augmentation de la flexibilité.

Dans le segment industriel, « nous commençons toujours par une analyse détaillée du profil de consommation d’énergie et nous aidons nos clients à évaluer dans quels domaines une batterie pourrait les aider », détaille Marc Schaack. Enovos a même, pour quelques cas, agi en tant que contractant EPC (Engineering, Procurement, Construction) pour des entreprises qui ont choisi de recourir à une solution de préfinancement. Pour ceux chez qui une installation de batteries « physiques », n’est pas réalisable, Enovos propose des solutions alternatives de batteries « virtuelles », as a service.

Claudio de Carolis
Claudio de Carolis

Une solution pour le présent et pour le futur

En soutenant le développement des BESS, le fournisseur et producteur d’énergies assoit sa position de « partenaire de référence de la transition énergétique durable dans la Grande Région », affirment les trois experts. Au Luxembourg, des subventions facilitent encore l’adoption de cette technologie, comme le programme Klimabonus.

Si le potentiel de marché est important, « plusieurs défis subsistent encore », estime Sebastian Himpler. Ils concernent notamment les conditions d’utilisation des réseaux électriques ainsi que la prise en compte des BESS dans certains cadres réglementaires. Ces enjeux sont désormais clairement identifiés, et les acteurs concernés avancent déjà pour mettre en place des solutions dans les meilleurs délais. Car, selon lui, « il est évident que le stockage est un enjeu majeur dans l’électrification, un élément fondamental du futur écosystème énergétique européen ». En attendant, Enovos continue à sensibiliser le marché sur le sujet, tout en accompagnant ses clients pour identifier les cas d’usage pertinents et évaluer de manière réaliste les bénéfices économiques potentiels.

Léna Fernandes
Article paru dans Neomag #80 - juillet 2026

Mesurer pour piloter
Mesurer pour piloter

Mieux mesurer pour mieux agir : avec les nouvelles exigences européennes, les données de consommation deviennent un levier essentiel de la transition énergétique. Grâce à EnerCoach 3.0, la Klima-Agence aidera les communes à disposer de données fiables pour piloter efficacement leurs consommations.

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Rencontre avec Elise Rein, Team Manager Sustainable Design chez Sweco, conseillère spécialisée en rénovation énergétique dans le cadre du Pacte Climat 2.0

Un outil de pilotage avant tout

On ne pilote bien que ce que l’on mesure. Cette maxime prend aujourd’hui tout son sens pour les communes luxembourgeoises. Avant d’optimiser les consommations d’électricité, de gaz ou d’eau, encore faut-il savoir où, quand et comment ces ressources sont utilisées. Le plan de comptage est précisément le document qui définit cette stratégie de mesure : quels compteurs sont installés, quels équipements ou bâtiments ils couvrent, comment les données sont collectées et à quelle fréquence elles sont relevées. « Notre rôle chez Sweco est d’accompagner les communes de l’état des lieux initial jusqu’au pilotage dans la durée, en nous appuyant sur l’existant. L’objectif n’est pas de multiplier les compteurs, mais de disposer du bon niveau d’information pour prendre les bonnes décisions », explique Elise Rein, Team Manager Sustainable Design chez Sweco, conseillère spécialisée en rénovation énergétique dans le cadre du Pacte Climat 2.0. Cette approche prend une importance particulière avec l’évolution des outils de monitoring énergétique. EnerCoach 3.0 permettra notamment d’automatiser davantage la collecte des données, de faciliter le reporting et de comparer les performances des bâtiments. Encore faut-il que les données disponibles soient cohérentes et correctement structurées.

Une réalité de terrain plus complexe qu’il n’y paraît

Améliorer le suivi des consommations commence par recenser les compteurs existants. « L’exercice réserve souvent quelques surprises et soyons honnêtes : dans de nombreux bâtiments, la technologie de comptage la plus répandue reste encore le carnet, le stylo et un passage mensuel dans le local technique pour relever les index. Une méthode qui a fait ses preuves, mais dont les limites apparaissent rapidement lorsqu’il s’agit d’analyser des tendances, de détecter des anomalies ou de consolider les données à l’échelle d’un patrimoine communal » précise Elise Rein. Chaque site possède ses propres spécificités. Les communes doivent souvent composer avec des compteurs non communicants, des données dispersées entre plusieurs plateformes ou encore des systèmes de mesure hétérogènes. L’enjeu consiste alors à rendre ces informations accessibles, cohérentes et exploitables au sein d’un même dispositif de suivi.

Une vision globale des consommations

La performance d’un bâtiment ne se résume pas à sa seule consommation énergétique. Le suivi de l’eau permet de détecter rapidement des fuites ou des anomalies d’exploitation. L’analyse des consommations électriques aide à identifier des équipements énergivores ou des dérives de fonctionnement, tandis que le suivi du gaz et du chauffage permet d’évaluer la performance énergétique réelle des bâtiments et de mesurer l’impact des travaux réalisés.

Croisées et analysées ensemble, ces données offrent une vision plus fine et plus complète du patrimoine communal.

Construire un plan de comptage adapté à chaque situation

L’élaboration d’un plan de comptage ne consiste pas à appliquer une solution standardisée.
Chaque patrimoine possède ses particularités, ses contraintes techniques et son historique. Chez Sweco, notre accompagnement s’articule autour de quatre étapes complémentaires qui permettent aux communes de passer progressivement de la collecte de données à un véritable outil de pilotage.
1. État des lieux de l’instrumentation
La première étape consiste à recenser et évaluer les compteurs et dispositifs de mesure déjà présents sur le patrimoine communal. L’objectif est d’identifier ce qui est directement exploitable et ce qui nécessite une adaptation afin de disposer d’une vision claire des données réellement disponibles.

2. Conception du plan de comptage
À partir de cet état des lieux, Sweco définit une architecture de mesure cohérente et adaptée aux besoins de la commune. Cette étape consiste à déterminer quels bâtiments, équipements ou usages doivent être suivis, à identifier les besoins éventuels en sous-comptage et à organiser les données pour obtenir une vision claire des consommations.

3. Accompagnement à la mise en place du suivi connecté
Selon les besoins, Sweco accompagne ensuite la mise en œuvre des solutions de collecte et de centralisation des données, qu’il s’agisse d’installer des équipements communicants, d’intégrer des données existantes ou de mettre en place des connexions automatisées entre les différents outils de suivi. Cette étape permet également de mettre en place des tableaux de bord et des alertes automatiques afin de détecter rapidement toute anomalie de consommation.

4. Monitoring et accompagnement dans la durée
La mise en place d’un plan de comptage ne constitue pas une finalité. Les données collectées doivent ensuite être analysées et suivies dans le temps afin d’identifier les dérives, mesurer les effets des actions mises en œuvre et faire émerger de nouvelles pistes d’amélioration. Cette phase de monitoring permet aux communes de transformer progressivement les données en décisions concrètes au service de la performance énergétique et de la gestion durable de leur patrimoine. « Aujourd’hui, la difficulté n’est plus uniquement de collecter des données. Elle consiste à comprendre ce qu’elles signifient et à les relier au fonctionnement réel des bâtiments. C’est pourquoi, chez Sweco, l’élaboration d’un plan de comptage s’appuie à la fois sur une expertise en rénovation énergétique et sur une connaissance approfondie des techniques spéciales du bâtiment », détaille Elise Rein.

De la donnée à l’action

Le véritable intérêt d’un plan de comptage n’est pas de produire davantage de données, mais de permettre une meilleure gestion des ressources. Identifier un bâtiment énergivore, détecter une fuite ou mesurer l’impact d’une rénovation : autant de décisions qui reposent sur une connaissance précise de l’existant. Avec EnerCoach 3.0, les communes disposeront d’un levier supplémentaire pour transformer ces données en véritables outils de pilotage. Car pour agir efficacement, il faut d’abord mesurer correctement.

Article paru dans Neomag #80 - juillet 2026

Directive EPBD 2024 : le vrai sujet, c'est le carbone
Directive EPBD 2024 : le vrai sujet, c’est le carbone

Longtemps focalisée sur la performance énergétique, la réglementation européenne change aujourd’hui de logique. La directive EPBD 2024 prend désormais en compte l’empreinte carbone globale des bâtiments, sur l’ensemble de leur cycle de vie, ce qui redessine entièrement la chaîne de valeur de la construction.

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Interview de Julien De Clercq, responsable Energy & Sustainability chez SECO Expert.

La directive 2024/1275 est souvent résumée à ses dates et ses seuils. Qu’est-ce que le secteur n’a pas encore vraiment compris ?

Le changement conceptuel fondamental. On passe d’une logique de performance énergétique à une logique d’émissions nulles — ce n’est pas la même chose. Un bâtiment peut être très efficace énergétiquement et rester carboné si son énergie provient de sources fossiles. La directive tranche : ce qui compte désormais, c’est l’empreinte carbone réelle du bâtiment, pas seulement sa consommation affichée. Mais ce qui est encore plus structurant, c’est que cette empreinte est désormais mesurée sur l’ensemble du cycle de vie — fabrication des matériaux, chantier, exploitation, démolition. On entre dans une ère où construire proprement ne suffit plus : il faut construire avec des matériaux propres.

Cela remet en question des pratiques bien établies dans la construction ?

Complètement. Prenons l’exemple de l’isolation. Pendant des années, plus on isolait, mieux c’était — point final. Aujourd’hui, il faut se demander avec quoi on isole. Un isolant synthétique à haute performance thermique peut avoir une empreinte carbone intrinsèque telle qu’elle compromet le bilan global du bâtiment. La directive impose le calcul du Potentiel de Réchauffement Planétaire (PRP) sur cycle de vie pour tous les bâtiments neufs d’ici 2030. Cela va mécaniquement réhabiliter des matériaux biosourcés, favoriser le réemploi de composants, et pousser vers une conception modulaire pensée pour la déconstruction. C’est exactement la logique de l’économie circulaire appliquée au bâtiment — et c’est une rupture majeure avec la culture du secteur.

La taxonomie verte européenne est souvent citée en parallèle. Quel est le lien concret avec cette directive ?

Le lien est direct et souvent mal compris. La taxonomie européenne classe les activités économiques selon leur durabilité environnementale. Pour qu’une rénovation soit considérée comme durable au sens de la taxonomie — et donc facilite l’accès aux financements verts, aux green bonds, aux critères ESG des investisseurs institutionnels —, elle doit répondre à des critères précis qui s’alignent exactement sur cette directive : réduction d’au moins 30 % de la demande en énergie primaire, conformité aux Normes minimales de performance énergétique (NMPE) ou amélioration par éléments ponctuels certifiés. Concrètement, un propriétaire qui rénove sans tenir compte de ces critères se coupe de facto d’une partie croissante des financements disponibles. Les banques ne font plus semblant — un bâtiment mal classé est un actif à risque.

Vous parlez d’actif à risque. Est-ce que la valeur immobilière est vraiment en jeu ?

Elle l’est déjà. Le phénomène de « stranded assets » — actifs échoués — que l’on observait jusqu’ici dans le secteur pétrolier est en train d’arriver dans l’immobilier. Un bâtiment non résidentiel qui ne respectera pas les seuils des NMPE d’ici 2030 ne pourra plus être loué dans les mêmes conditions. Sa valeur locative se dégradera, sa valeur vénale aussi. Les grands fonds immobiliers intègrent déjà un score carbone dans leurs critères d’acquisition. Ce que la directive formalise réglementairement, le marché financier l’anticipait depuis deux ans. Le propriétaire qui attend d’être contraint plutôt que d’agir prend un risque patrimonial réel, pas seulement réglementaire.

L’économie circulaire est mentionnée dans la directive. Reste-t-elle anecdotique ou devient-elle structurante ?

Elle devient structurante, précisément parce qu’elle est liée au calcul carbone cycle de vie. La directive encourage explicitement la réutilisation des matériaux, la conception pour la déconstruction, et la réduction des déchets de chantier. Ce n’est plus du greenwashing — c’est une variable de l’équation carbone. Un bâtiment conçu pour être démonté et dont les matériaux peuvent être réemployés a un PRP cycle de vie meilleur qu’un bâtiment identique conçu selon des principes linéaires (extraire, produire, consommer, jeter). Cela change la manière de penser le programme, le choix des matériaux, les assemblages constructifs. L’architecte et le bureau d’études techniques vont devoir travailler ensemble beaucoup plus tôt dans le processus — dès l’esquisse, pas en phase de Dossier de Consultation des Entreprises (DCE).

La directive parle aussi de bâtiment intelligent et de flexibilité énergétique. Est-ce compatible avec cette vision carbone ?

C’est même complémentaire. Un bâtiment capable de dialoguer avec le réseau électrique, d’adapter sa consommation aux moments où l’électricité est la plus décarbonée, et de valoriser ses flexibilités, réduit son impact carbone opérationnel de façon dynamique. Avec la montée des énergies renouvelables intermittentes, cette intelligence devient un levier carbone réel — pas seulement un argument marketing.

Face à cette complexité croissante, comment Seco aide les maîtres d’ouvrage à garder une vision claire et cohérente de leurs projets ?

Le défi aujourd’hui n’est plus uniquement technique. Les enjeux énergétiques, carbone, réglementaires et financiers sont désormais totalement liés — et cette directive l’illustre parfaitement. Une décision prise sur un matériau ou un système peut avoir des répercussions sur le bilan carbone cycle de vie, sur l’éligibilité à la taxonomie, sur le classement du certificat de performance énergétique (CPE), et in fine sur la valeur patrimoniale du bâtiment. La complexité ne va pas diminuer.
L’objectif est donc de retrouver une vision claire et cohérente du bâtiment dès les premières phases de conception. C’est précisément l’approche que nous développons chez SECO. Calcul carbone cycle de vie, conformité taxonomie, stratégie de rénovation par étapes, choix des matériaux biosourcés, systèmes techniques décarbonés, passeport de rénovation — nous sommes le guichet unique que la directive appelle de ses vœux. Un interlocuteur unique, du diagnostic stratégique jusqu’à la réception des travaux, pour fluidifier les projets, aider les maîtres d’ouvrage à prendre des décisions plus simples, plus cohérentes et mieux coordonnées — et transformer une contrainte réglementaire en véritable levier de valorisation patrimoniale.

Article paru dans Neomag #80 - juillet 2026

La protection du climat, au quotidien
La protection du climat, au quotidien

La SuperDrecksKëscht® réduit les émissions de CO₂ en traitant les déchets selon les principes du potentiel de ressources, à l’exemple des bombes aérosols polyuréthane.

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Rencontre avec Thomas Hoffmann, assistant de direction chargé de la protection du climat, de la gestion environnementale et de la RSE à la SuperDrecksKëscht® (SDK).

Un bilan carbone encourageant

Oeko-Service Luxembourg S.A. (OSL), chargé de mission de l’action SDK, a adopté une stratégie climatique qui repose sur l’électrification, les énergies renouvelables, l’utilisation de graisses alimentaires usagées et de biodiesel, l’efficacité énergétique et enfin, le traitement des déchets selon les principes du potentiel de ressources.

Fidèle à son slogan « Geliefte Klimaschutz », toutes ses activités contribuent à la réduction des émissions de CO₂, à l’efficacité des ressources et à l’économie circulaire.

Le rapport établi par OSL pour l’année 2025 se base à la fois sur le Greenhouse Gas Protocol et sur la norme ISO 14064. Il révèle que son empreinte carbone globale s’élevait à 1.131,14 t CO₂e, avec une économie de 2.270,75 t CO₂e résultant notamment de l’application du concept de potentiel de ressources pour le traitement des déchets collectés.

Le potentiel des ressources : pour sortir de la logique classique du recyclage

« Dans notre contrat avec le ministère de l’Environnement, il est inscrit que nous nous engageons à travailler avec les recycleurs qui utilisent le processus le plus efficace en termes de prévention et de réduction des déchets, d’économie circulaire et de production de matières primaires secondaires, le but ultime étant la protection du climat. Le potentiel de ressources est, pour nous, un instrument de transparence. Il vise à montrer que nous nous entourons bel et bien de ce type de partenaires. Il est certifié ISO 14024 par un tiers neutre qui contrôle notre processus et celui du recycleur pour la certification », explique Thomas Hoffmann, assistant de direction chargé de la protection du climat, de la gestion environnementale et de la RSE à la SDK.

La notion de potentiel de ressources consiste à ne plus considérer un déchet uniquement comme un élément à éliminer, mais comme un stock de matières et d’énergie encore exploitables.

Le potentiel de ressources donne la priorité au recyclage, à la remanufacturation, aux matières premières secondaires et aux combustibles de substitution. Au lieu de se limiter aux flux entrants d’un processus de recyclage, il considère aussi les flux sortants. Cela permet de déterminer quelles quantités sont effectivement récupérées sous forme de matières premières - par exemple, les métaux ou les granulés de plastique recyclés - ou valorisées énergétiquement. « C’est le principe de la production inverse : la remanufacturation permet de gagner ces matières premières secondaires », souligne-t-il.

Cette méthode d’évaluation a été introduite par la SDK, en collaboration avec le centre de recherche Henri Tudor (aujourd’hui LIST), il y a une quinzaine d’années déjà. Elle repose sur des expertises spécifiques aux produits réalisées par proTerra Umweltschutz und Managementberatung GmbH, un expert environnemental agréé pour le calcul des empreintes carbone des produits.

La certification selon la norme ISO 14024 permet une évaluation transparente, neutre et axée sur les produits des installations de valorisation / production inverse. L’objectif est de mettre en évidence l’économie de ressources primaires permise par un processus de traitement et la valeur des produits finaux, ce qui facilite la comparaison des processus de revalorisation et de valorisation, ainsi que leur optimisation dans une démarche écocirculaire.

Chaque kilogramme de déchets traité selon le potentiel de ressources contribue à la production de matières premières secondaires, à la fermeture des cycles de matières et à l’économie d’énergie.
Cette approche a permis de réaliser une économie de 2.015,02 t CO₂e.

Exemple : le recyclage des bombes aérosols polyuréthane (PU)

L’expertise évalue l’empreinte carbone spécifique au traitement des bombes aérosols en mousse de polyuréthane et la compare à celle d’un système conventionnel de traitement des déchets, en s’appuyant sur le Greenhouse Gas Protocol, l’ISO 14044, l’ISO 14064-1 et l’ISO 14067. Le traitement des déchets est considéré comme un service.

Dans le système SDK, les bombes aérosols en mousse de polyuréthane sont collectées, contrôlées, triées, puis traitées de sorte que le plus grand nombre possible de composants puissent être valorisés : carton d’emballage, fer blanc, aluminium, plastique, gaz propulseur et composants en mousse de polyuréthane. Une partie de ces composants est valorisée thermiquement, mais l’accent est mis sur la récupération de matières premières secondaires commercialisables ; ces matières peuvent même être réintroduites dans la production de nouvelle bombes aérosols PU.

Ce système permet une valorisation de matière plus large que dans le système de référence où les bombes seraient triées et compactées, les métaux récupérés, et les liquides et gaz propulseurs valorisés énergétiquement. Ici, davantage de flux de matières individuels sont collectés séparément et réintroduits sur le marché sous forme de produits secondaires. Le taux de récupération est nettement plus élevé.

Si l’on considère uniquement l’impact direct du traitement, le système SDK génère dans un premier temps des émissions plus élevées. Cela s’explique par l’introduction d’étapes supplémentaires (tri, traitement, valorisation matière) dans le processus. Sans tenir compte de la substitution des matières premières primaires, la valeur spécifique est de 913 g CO₂e/kg dans le système SDK, contre 575 g CO₂e/kg dans le système de référence.

Cette analyse isolée ne reflète toutefois pas les avantages liés à la récupération de matières premières secondaires. En tenant compte du fait que les matériaux récupérés constituent des produits secondaires équivalents et commercialisables, à même de remplacer des matières premières qui, autrement, devraient être produites à partir de sources primaires, le bilan du système SDK s’améliore nettement : le PCF (Product Carbone Footprint) spécifique s’élève à 955 g CO₂e/kg contre 1.415 g CO₂e/kg dans le système de référence.
Pour une seule bombe aérosol PU, cela se traduit par une empreinte de 239 g CO₂e dans le système SDK contre 354 g CO₂e dans le système de référence. Cela correspond à une économie de 115 g CO₂e par bombe aérosol PU, soit 32 %.

Article paru dans Neomag #80 - juillet 2026

Phileole, la start-up qui défie le vent
Phileole, la start-up qui défie le vent

Philéole est une start-up belge spécialisée dans l’énergie éolienne, avec une ambition claire : devenir le leader incontournable de l’éolien « domestique » durable, en prouvant qu’une éolienne peut être silencieuse, belle et naturellement intégrée à son environnement, le tout sans émettre (ou peu) de CO2 à la production.

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Ces mini-éoliennes verticales de type Savonius se distinguent des grandes éoliennes classiques par leur design, leur polyvalence, leur taille, leur respect de la biodiversité et leur logique de production locale. Là où les grandes éoliennes visent une production centralisée à grande échelle, Philéole s’intègre directement aux bâtiments et infrastructures existantes pour une production décentralisée.

Trois marchés d’application

Philéole commercialise déjà ses éoliennes « Sailing » pour les voiliers depuis quelques années. Aujourd’hui, l’entreprise se déploie sur deux nouveaux marchés prometteurs. Avec Philéole Public Utility, des milliers d’éoliennes seraient installées le long des autoroutes pour capter l’énergie cinétique générée par le passage des véhicules, soit jusqu’à 7 000 heures de vent exploitables par an. Avec Philéole Building, des murs à vents s’installent sur les toits plats de bâtiments : hôpitaux, aéroports, entreprises, écoles, etc. Entièrement modulables et adaptables aux tonalités du bâtiment, les murs s’intègrent à l’architecture sans jamais la dénaturer, à la manière d’un élément de design. Un premier grand projet caractérisé « Building » est en cours avec la pose de 324 éoliennes sur le toit de l’aéroport du Findel, une référence qui va propulser Philéole sur le marché du bâtiment durable.

Quelques chiffres

Chaque éolienne affiche une puissance nominale de 450 W et un coefficient de performance des pales de 26 %. Les régulateurs, développés en interne, intègrent un réseau neuronal pour optimiser la production en temps réel.

Des matériaux biosourcés, du début à la fin

La philosophie de Philéole est simple : « créer des éoliennes pour réduire l’impact carbone, c’est bien ; ne pas en émettre à la production, c’est mieux ». Ainsi, 95 % des matériaux sont sourcés en Europe. Les pales sont fabriquées à partir de Rilsan®, un polymère biosourcé à base d’huile de ricin développé par l’entreprise française Arkema, avec une durée de vie de 50 ans. Ce matériau est enrichi avec du GreenFib, une alternative 100 % biosourcée aux plastiques pétrosourcés, composée d’huile de ricin, de poudre de coquilles d’huîtres, de soie de mer, de farine de roseau et de bois.
Des matières premières naturelles, locales, robustes et remarquablement performantes conçues pour résister à l’humidité, au sel, au soleil et bien sûr, au vent.

Article paru dans Neomag #80 - juillet 2026

Santé et énergie dans les bâtiments : une voie convergente ?
Santé et énergie dans les bâtiments : une voie convergente ?

Longtemps, énergie et santé ont été considérés comme des sujets distincts dans le bâtiment. D’un côté, les consommations énergétiques, les émissions de CO₂ et les objectifs climatiques. De l’autre, la qualité de l’air et de l’environnement intérieur, les matériaux sains, le confort et la santé des occupants. Aujourd’hui, ces approches convergent.

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La directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments (EPBD – Directive 2018/844) illustre parfaitement cette évolution. Au-delà des seuls enjeux énergétiques, elle reconnaît désormais l’importance d’un climat intérieur sain et encourage le déploiement de systèmes intelligents capables d’adapter automatiquement le fonctionnement du bâtiment à ses conditions réelles d’utilisation.

Cette évolution marque un changement de paradigme : la performance d’un bâtiment ne se mesure plus uniquement au regard de l’énergie qu’il consomme, mais également à sa capacité à préserver durablement la santé et le bien-être de ses occupants.

En termes d’approche

Dans des bâtiments toujours plus performants et plus étanches, la qualité de l’environnement intérieur (QEI) dépend également de nombreux autres facteurs : émissions des matériaux, occupation réelle des espaces, présence de polluants spécifiques, renouvellement effectif de l’air ou encore comportements des occupants.
Penser que la seule augmentation des débits de ventilation permettra de résoudre l’ensemble des problématiques sanitaires constitue probablement une vision trop simpliste et très peu scientifique. Une ventilation plus importante ne remplace ni le choix de matériaux sains, ni une bonne conception, ni une compréhension fine des usages réels du bâtiment.

Partons tout d’abord de l’indicateur souvent considéré comme la référence en matière de qualité de l’air intérieur : le CO₂. Mais que représente-t-il réellement ? Peut-on véritablement le considérer comme un indicateur de qualité de l’air ? Et surtout, quelle place occupe-t-il au sein des normes de conception des bâtiments ?

Pour répondre à ces questions, il faut revenir à la norme EN 16798 qui constitue aujourd’hui l’une des références européennes pour le dimensionnement des systèmes de ventilation. Celle-ci distingue notamment :

  • la qualité de l’air extérieur (ODA – Outdoor Air Quality) ;
  • la qualité de l’air intérieur visée (IDA – Indoor Air Quality) ;
  • les dispositifs de filtration nécessaires pour atteindre les performances attendues.

La caractérisation de l’air extérieur (ODA) ainsi que les performances des systèmes de filtration sont aujourd’hui relativement bien maîtrisées. En revanche, l’évaluation de la qualité intrinsèque du bâtiment demeure complexe et il y a lieu d’en comprendre les notions fondamentales. Le facteur QP (débit spécifique de pollution lié aux occupants) est associé aux bio-effluents produits par les occupants (principalement liés à la respiration, à l’activité humaine et donc indirectement au CO₂) ; le CO₂ n’est donc pas un polluant du bâtiment, il est avant tout un indicateur d’occupation et de renouvellement d’air. Le facteur QB (facteur de pollution du bâtiment), correspond aux émissions propres ; ce dernier regroupe l’ensemble des polluants susceptibles d’être générés par l’ouvrage lui-même : matériaux de construction, revêtements, colles, peintures, etc.

Sur le papier, cette approche est particulièrement pertinente. Dans la pratique, sa quantification demeure toutefois délicate. Comment qualifier objectivement un bâtiment comme étant « peu polluant » ou « fortement polluant » ? Quels polluants prendre en compte ? À partir de quels seuils ? Avec quels protocoles de mesure ? Aujourd’hui encore, les réponses restent partielles et les méthodes d’évaluation insuffisamment harmonisées.

Pourtant, les conséquences sont loin d’être anecdotiques. Scientifiquement, la dilution seule ne constitue pas une stratégie suffisante de gestion de la qualité de l’air intérieur.

Si la ventilation permet effectivement de réduire la concentration de certains polluants volatils, elle ne supprime ni leur source, ni certains phénomènes d’émissions continues. Une approche reposant exclusivement sur l’augmentation des débits d’air peut donc conduire à une surconsommation énergétique sans traiter la cause première du problème.

Quant aux technologies ?

Avec les technologies actuelles, le pilotage d’un bâtiment ne peut plus se limiter à quelques indicateurs isolés tels que le CO₂, la température ou l’humidité relative. Ces paramètres restent essentiels, mais ils ne reflètent qu’une partie de la réalité d’un environnement intérieur. La donnée devient un nouvel organe technique du bâtiment.

Température, humidité relative, concentration en CO₂, particules fines (PM₂.₅ et PM₁₀), composés organiques volatils (COV) et semi-volatils (COSV), formaldéhyde, occupation des espaces, ouverture des fenêtres, débits de ventilation, consommations énergétiques ou encore fonctionnement des équipements techniques : le bâtiment « moderne » se doit de générer désormais une quantité considérable d’informations pour pouvoir corréler des stratégies optimales. L’évolution récente des micro-capteurs constitue un véritable changement de paradigme. Longtemps réservées aux laboratoires ou à des campagnes de mesure ponctuelles, certaines technologies deviennent progressivement accessibles pour un monitoring quasi continu des environnements intérieurs. Les capteurs NDIR pour le CO₂, les sondes de température et d’humidité, les capteurs de particules, de composés organiques volatils ou encore de formaldéhyde peuvent être regroupés en un seul, voir quelques points de mesure. Il est désormais possible de suivre en temps réel une partie significative des paramètres influençant la qualité de l’environnement intérieur.

Mais mesurer davantage ne suffit pas. La véritable évolution consiste à donner du sens aux données collectées : comprendre les liens entre qualité de l’air, occupation, énergie et confort, identifier les dérives, anticiper les besoins et in fine, piloter le bâtiment de manière plus intelligente. L’objectif n’est plus seulement de surveiller un bâtiment, mais de développer une compréhension dynamique de son fonctionnement réel afin d’optimiser simultanément la qualité de l’environnement intérieur, le confort des occupants et la performance énergétique.

Il reste à développer des micro-capteurs complémentaires, à redéfinir les seuils d’intervention (qu’ils soient absolus ou relatifs) et à optimiser le fonctionnement des bâtiments, tout en limitant dès la conception l’introduction de polluants grâce à l’usage de matériaux sains. Autant de défis qui constituent les prochains travaux de Neobuild en faveur d’une construction durable, circulaire et saine.

Ralph Baden, ministère de l’Économie, Luc Meyer, Neobuild GIE

Article paru dans Neomag #80 - juillet 2026

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