Construction - Innovation - Technologie
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Focus sur une thématique pointue à travers le regard aiguisé d’experts en la matière

Publié le 20 avril 2026
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avril 2026

Matériaux et techniques innovants

Matériaux et techniques innovants
Et si les matériaux de demain étaient déjà là ?
Et si les matériaux de demain étaient déjà là ?

Entre une réglementation contraignante, mais qui commence à évoluer en réponse à l’urgence climatique, et un arbitrage économique nécessaire, la construction oscille entre retour à l’essentiel et innovation technologique. Regards croisés sur le sujet.

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Catherine Brand

Chargée de mission au CRTI-B

« Depuis sa création, le CRTI-B s’est donné pour ambition de rassembler tous les acteurs de la filière construction afin de promouvoir les bonnes pratiques, les normes et les innovations.
Il produit la clause contractuelle générale et les clauses techniques générales qui sont des documents d’obligation en marché public.

Les clauses techniques générales (CTG) définissent les règles techniques de base applicables, afin d’assurer cohérence et qualité des ouvrages ainsi que les règles de métrage.

Actuellement, 38 CTG sont soit publiées, soit en cours de création / révision. Vont s’y ajouter la création d’une CTG « Travaux de murs en pierre sèche » et d’une CTG « Travaux de construction en bottes de paille ».

Les murs en pierre sèche sont bâtis sans aucun liant entre les différentes pierres de tous calibres qui les constituent. Cette technique ancestrale a été utilisée afin de modeler les terrains pour cultiver ou bâtir.

Empirique au départ, ce système a évolué au fil des siècles puis a été délaissé avec l’exode rural et l’arrivée des matériaux industriels. Ce mode constructif a été redécouvert, notamment pour les murs de soutènement et est en pleine évolution.

La construction contemporaine en bottes de paille, associées ou non à une structure porteuse, concerne la réalisation de bâtiments de toutes tailles. Il s’agit là aussi d’un principe constructif ancien (fin du XIXe siècle) oublié après les guerres mondiales. Comme son cadre réglementaire est inexistant au Luxembourg, il était urgent d’élaborer une clause technique.

Un groupe d’experts travaillera également sur la « ventilation naturelle contrôlée (VNC) » avec la participation active du ministère de l’Économie, DG énergie.

Enfin, la CTG 023 – Travaux d’enduits intérieurs, plâtrerie, stucs et isolants intérieurs en cours de révision, intégrera des annexes sur les enduits argile et chaux ».


Marc Neu

Président de LëtzEcoBuild et formateur en construction durable au CNFPC Ettelbruck

« Les « matériaux d’avenir » existent déjà… mais nous avons, pour beaucoup, cessé de les regarder.

À l’heure où la construction se complexifie à coups de couches, de composites et de systèmes toujours plus dépendants de la technologie, je suis convaincu que l’innovation la plus radicale consiste à revenir à des matériaux simples, lisibles et sains.

Bois massif, terre crue, pierre, chaux, fibres végétales locales : ces matériaux ne sont pas seulement bas carbone, ils sont compréhensibles par ceux qui les mettent en œuvre, réparables dans le temps et recyclables sans chimie sophistiquée.

Ils permettent des détails constructifs clairs, une fin de vie simple et une véritable sobriété matérielle.

Pour moi, les matériaux d’avenir sont ceux qui rendent le bâtiment réversible plutôt que jetable, qui tolèrent l’imperfection et le vieillissement, et qui réduisent la dépendance aux systèmes actifs (machines, capteurs, logiciels) pour assurer le confort.

Cela implique de concevoir des bâtiments qui tirent d’abord parti de la forme, de l’orientation, de l’inertie et de la ventilation naturelle, avant de compter sur la technique.

Innover, ce n’est pas empiler de la complexité, c’est retrouver l’intelligence constructive des matériaux simples, au service de la santé des usagers, de la planète – et des futurs artisans qui devront un jour transformer ce que nous construisons aujourd’hui ».


Régis Bigot

Architecte et Innovation Project Manager chez Neobuild GIE

« Entre espoirs et incertitudes… le Luxembourg et les pays limitrophes semblent conjuguer au même temps les problématiques sectorielles.

L’Europe hésite et semble agir à rebours sur les questions environnementales, et la construction ne fait pas exception.

Aujourd’hui, faire son chemin au travers de législations complexes et nombreuses n’est pas chose aisée et trouver un logement (pas forcément aux normes d’ailleurs), ou construire (de façon abordable et suffisamment qualitative) sont des priorités qui, factuellement et malheureusement, supplantent les questions de durabilité et de circularité – auxquelles les matériaux se rattachent.

Pour le dire autrement, la qualité environnementale des constructions est aujourd’hui une préoccupation qui régresse au profit d’autres urgences…

Et pourtant, selon plusieurs sondages récents, le grand public et les primo-acquéreurs placent le choix de matériaux de qualité parmi leurs priorités.

De facto, la sélection des matériaux de gros œuvre est un choix que l’on porte pour le très long terme, préférablement sur la durée de vie entière de la construction. D’où l’intérêt, d’une part, de ne pas économiser sur le temps de réflexion que l’on y accorde, et d’autre part de s’entourer de professionnels à même d’accompagner les orientations.

Comme pour les questions énergétiques, l’Europe voit aujourd’hui tout l’intérêt de moins dépendre de flux internationaux sur lesquels elle n’a aucun contrôle, et les flux de matériaux en font partie. Tâchons d’y rester attentifs et de continuer à développer nos écosystèmes d’approvisionnement locaux ».

Propos recueillis par Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #78 - avril 2026

De la veille à l'intégration : une approche globale au service innovation
De la veille à l’intégration : une approche globale au service innovation

Les matériaux de construction sont devenus un moteur des transformations du secteur, et le rôle de Neobuild GIE est de faire le lien entre innovation, réalité du terrain et besoins concrets des acteurs.

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Nous intervenons également dans l’intégration des matériaux au sein des projets. Il s’agit de s’assurer qu’ils peuvent s’intégrer de manière cohérente et, même parfois, dans des approches comme la préfabrication, la démontabilité ou la circularité.

L’objectif est clair : éviter les solutions « théoriquement pertinentes mais difficilement applicables », et privilégier celles qui fonctionnent réellement. Cette approche repose fortement sur le caractère interdisciplinaire du pôle, qui permet de croiser les regards et d’avoir une lecture globale : santé, technique, économie et usage.

Cette réflexion s’étend aujourd’hui aux dimensions digitales et data. Les matériaux ne sont plus uniquement physiques : ils s’inscrivent dans des environnements numériques.
Derrière cela, des enjeux très concrets : traçabilité, interaction avec les systèmes du bâtiment, exploitation des données… autant de sujets qui prennent une place croissante, notamment dans les logiques de gestion et de valorisation des données, ainsi que dans les approches de type Smart Building.

En parallèle, nous contribuons au développement et à la maturation de nouvelles approches constructives, notamment au travers des matériaux bio et géosourcés, approches qui reposent sur des phases d’expérimentation en conditions réelles, en interaction directe avec les acteurs du terrain, afin de sécuriser leur déploiement opérationnel.

Enfin, nous contribuons à la formation et à la diffusion des connaissances au sein du secteur, notamment au travers de la création de contenus pédagogiques, d’ateliers et de conférences thématiques.

Aujourd’hui, la valeur ne réside plus uniquement dans le matériau, mais dans sa capacité à s’intégrer dans des systèmes cohérents, performants, viables (techniquement et économiquement) et évolutifs.

Cela passe d’abord par une veille continue sur les matériaux émergents, les nouvelles solutions constructives et, bien entendu, les normes. L’objectif n’est pas d’identifier « tout ce qui existe », mais bien ce qui fait réellement sens pour le marché luxembourgeois.

Cette veille s’appuie notamment sur le développement d’une matériauthèque, pensée comme un outil simple, concret et directement exploitable. Elle permet de mieux appréhender les liens entre matériaux, usages et mise en œuvre. Nous ne nous limitons pas à une fiche technique, une FDS ou une EPD : l’idée est de pouvoir se projeter, visualiser et comprendre comment une solution peut réellement s’intégrer dans un projet.

Observer et documenter ne suffisent pas : il s’agit aussi d’apporter une lecture critique et contextualisée dans un environnement où l’innovation affichée ne reflète pas toujours la réalité.
L’enjeu est de prendre du recul et d’évaluer, de manière objective (scientifique ou technique), la réelle valeur ajoutée.

Une partie importante de notre travail concerne également la structuration de la filière : groupes de travail, études technico-économiques, accompagnement au développement…

L’objectif est le même : apporter une lecture pragmatique où la technique vient éclairer et ajuster les modèles économiques.

Régis Bigot et Luc Meyer, Neobuild GIE
Article paru dans Neomag #78 - avril 2026

Rendre la matière disponible au Luxembourg
Rendre la matière disponible au Luxembourg

Quoi de mieux que l’équinoxe de printemps pour entamer de nouveaux projets ? Les étoiles semblaient alignées pour valider l’usage du mélange de terre préparé par les Carrières Cloos pour une application en pisé (Stampflehm, rammed earth).

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L’idée était assez simple : vérifier si le mélange traditionnellement utilisé pour la réalisation des briques de terre crue Geobloc pouvait convenir à une méthode damée / compactée.

Paul Mazuy (Cloos/Geobloc) et les architectes Clément Haize et Régis Bigot (Neobuild GIE) s’étaient donné rendez-vous pour cet atelier, bien conscients des potentialités de cette technique.

Qui veut construire décarboné aujourd’hui doit réfléchir à introduire la terre dans son projet, mais les briques présentent cet inconvénient de mobiliser une main-d’œuvre qui n’est pas toujours disponible au sein de l’entreprise.

Le pisé peut se révéler être une alternative séduisante, d’autant que son esthétique et ses caractéristiques techniques intéressent de nombreux clients et auteurs de projets.

Le mélange de terre est identique à celui des briques, peut-être eut-il été intéressant d’y ajouter un peu plus de cailloux — ceci n’étant qu’une question de réglages.

Il a été choisi de ne pas stabiliser le muret-test, ni au ciment, ni à la chaux, de manière à tester (ultérieurement) l’ouvrage en compression dans sa plus simple facture.

Quant à l’exécution : technologie minimaliste — un coffrage manuportable, des fouloirs mécaniques et « de l’huile de coude ».

Ouvrir la voie à la commercialisation

Dans peu de temps, Geobloc proposera à son catalogue le mélange de terre prêt à piser, en big-bags.

Mais l’intérêt ne s’arrête pas à ce stade : les trois compagnons ont décidé de développer un système constructif préfabriqué « made in Luxembourg » qui pourra être utilisé sur des chantiers classiques.

Il faut proposer un produit « prêt à l’emploi », éprouvé, fonctionnel et aisé à manipuler et installer afin de décomplexer, de faciliter et d’accélérer l’usage de la terre dans les projets au Luxembourg.

Le savoir-faire devra se développer et les architectes s’approprier la matière.

Le résultat du jour est plus que satisfaisant : la matière présente une bonne cohésion, l’aspect est agréable ; l’usage de fouloirs pneumatiques permettra d’améliorer le résultat.

Un premier démonstrateur en vue

Un client privé s’est d’ores et déjà manifesté pour accueillir un premier prototype sur son terrain.

Il s’agira d’un cabanon technique qui sera entièrement préfabriqué en pisé de terre et en bois. Il sera partiellement exposé aux intempéries afin d’en mesurer la durabilité.

Régis Bigot, Arch. & IPM Neobuild GIE ; Illustrations © Régis Bigot
Article paru dans Neomag #78 - avril 2026

Fetdeterra, la terre crue hispanique
Fetdeterra, la terre crue hispanique

Nous nous arrêtons aujourd’hui sur un acteur espagnol de la construction en terre.

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Pas tant qu’il s’agirait d’en importer les produits, la logique de la construction en terre crue préférant faire usage de matières dans un rayon d’approvisionnement court d’une part et privilégier des producteurs et transformateurs si possible locaux d’autre part. Plutôt pour en découvrir les approches et reconnaître une fois pour toutes le (re)déploiement d’une filière en plein renouveau, qui fonctionne de concert avec l’architecture contemporaine.

Les origines

Chez Fetdeterra, le staff se compose de spécialistes techniques en construction à base de terre ou de produits préfabriqués en terre, ainsi qu’en éco-conception et éco-innovation de manière plus large. L’étude des propriétés des matériaux ainsi que la composition optimale de ces derniers fait partie intégrante de leurs services, comme c’est souvent le cas chez les producteurs de matériaux géosourcés. Pour des projets plus importants, il est toujours envisageable de concevoir des produits sur-mesure.

Le tapialblock et le reste de la gamme

Le produit-phare de l’entreprise est une brique longiforme préfabriquée en terre crue compressée, destinée à la construction de murs porteurs ou non, tant extérieurs qu’intérieurs, protégés ou non protégés. Les formats disponibles sont réglés sur une échelle centimétrique particulière, à savoir (l*L*h) : 8*40*5, 10*20*10, 8*100*15, 15*100*15, 20*100*15 et 40*100*15 pour des poids à l’unité variant entre 3 et 125 kg.

Ces formats procurent aux briques un profil très allongé, assez élégant. Bien entendu, le Tapialblock concentre tous les avantages connus de la construction terre, plus particulièrement un bilan environnemental extrêmement favorable.

Parmi les autres produits du fabricant ibérique, le mortier de jointoiement complémentaire au système constructif bien entendu, des peintures et enduits à l’argile, des pavés et lambourdes de sol, des hourdis de remplissage préfabriqués (non structurels) ainsi que des outils adaptés à la manutention des produits complètent la gamme.

Rigueur et investissement

Fetdeterra porte la conviction que la terre peut et doit s’intégrer à égalité avec l’architecture contemporaine, les réglementations, l’industrie et les exigences techniques actuelles. C’est ainsi qu’une partie des marges bénéficiaires de l’entreprise est systématiquement réinvestie dans la recherche appliquée, le développement technique et les processus de certification.

Visitez le site pour de plus amples renseignements.

Rédaction : Régis Bigot Arch. & IPM Neobuild GIE
Illustrations : ©Fetdeterra, @atheleia_arquitectura
Article paru dans Neomag #78 - avril 2026

Quand la paille devient un standard de la construction performante
Quand la paille devient un standard de la construction performante

Dans un contexte où la construction doit répondre à des exigences croissantes en matière de performance énergétique, de rapidité d’exécution et de réduction de l’empreinte environnementale, certaines solutions émergent comme de véritables alternatives aux techniques conventionnelles.

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Le système constructif développé par Paille-Tech s’inscrit pleinement dans cette dynamique en combinant industrialisation, matériaux biosourcés et haute performance technique.

Une approche industrialisée de la construction en paille

L’une des caractéristiques majeures du système Paille-Tech réside dans sa logique de préfabrication en atelier. Contrairement aux techniques traditionnelles de mise en œuvre sur chantier, les murs, planchers et caissons de toiture sont entièrement fabriqués en environnement contrôlé avant d’être assemblés sur site. Cette industrialisation permet d’atteindre un niveau de précision millimétrique dans les découpes et assemblages, facilitant notamment l’intégration anticipée des équipements techniques et des menuiseries. Elle offre également une protection optimale des matériaux sensibles, comme la paille ou les enduits, en évitant leur exposition aux intempéries durant la phase de construction.

Sur le plan opérationnel, les gains sont significatifs : une maison unifamiliale peut être montée en quelques jours seulement, et un gros œuvre fermé couvert réalisé en quelques semaines. Cette rapidité réduit non seulement les coûts indirects de chantier, mais améliore également la maîtrise globale du projet.

Des performances thermiques et hygrothermiques élevées

Le cœur du système repose sur l’utilisation de ballots de paille à haute densité intégrés dans une ossature bois. La paille, matériau biosourcé par excellence, présente d’excellentes propriétés isolantes, avec une conductivité thermique faible, garantissant un confort thermique en toute saison. Associée à des enduits en terre crue, la paroi atteint un niveau de performance hygrothermique remarquable. L’argile joue un rôle essentiel en assurant une régulation naturelle de l’humidité intérieure, contribuant à maintenir un climat sain et stable.

De plus, l’inertie thermique apportée par la terre crue permet de lisser les variations de température, limitant les phénomènes de surchauffe estivale tout en conservant la chaleur en hiver. L’ensemble du système permet ainsi d’atteindre des niveaux de performance compatibles avec les standards passifs, notamment grâce à une excellente étanchéité à l’air assurée par les enduits et les connexions entre éléments.

Une enveloppe constructive complète et cohérente

Contrairement à certaines solutions où l’isolation est rapportée, le système Paille-Tech propose une enveloppe globale intégrant structure, isolation et finition intérieure. Les panneaux préfabriqués sont porteurs et déjà enduits en atelier, ce qui garantit une qualité constante et limite les interventions ultérieures. Cette approche intégrée permet également de réduire les interfaces techniques, souvent sources de défauts (ponts thermiques, infiltrations d’air). Le résultat est une enveloppe homogène, performante et durable.

Les toitures, elles aussi isolées en paille, participent à cette cohérence globale en assurant un confort thermique élevé sous combles, été comme hiver.

Une rapidité d’exécution adaptée aux projets contemporains

Au-delà de la maison individuelle, le système Paille-Tech démontre aujourd’hui sa capacité à s’adapter à des projets de plus grande envergure. Le développement récent de façades-rideaux préfabriquées de grande dimension, pouvant atteindre 13 mètres de hauteur en une seule pièce, illustre cette évolution technique. Cette innovation ouvre la voie à des applications dans le secteur tertiaire ou dans la rénovation lourde, notamment par la possibilité de venir habiller des structures existantes en béton avec une enveloppe performante. La rapidité de mise en œuvre, combinée à la préfabrication, constitue ici un avantage déterminant, permettant de réduire les délais tout en maintenant un haut niveau de qualité.

Une solution durable et circulaire

Sur le plan environnemental, le système Paille-Tech repose sur des matériaux naturels peu transformés : bois, paille et terre crue. Cette combinaison présente un faible impact en énergie grise et contribue au stockage du carbone, la paille et le bois agissant comme puits de CO₂. En fin de vie, les composants peuvent être recyclés ou réintégrés dans des cycles naturels, notamment par compostage pour la paille et réutilisation pour le bois et la terre. Cette logique s’inscrit pleinement dans une approche d’économie circulaire appliquée au bâtiment.

Des performances globales validées et reproductibles

Enfin, le système constructif bénéficie d’un cadre technique solide, notamment grâce aux travaux du Réseau Français de la Construction Paille (RFCP), qui a contribué à formaliser les règles professionnelles encadrant l’usage de ce matériau. Ces référentiels permettent de garantir la qualité de mise en œuvre, la durabilité des ouvrages et leur assurabilité, contribuant ainsi à la reconnaissance de la construction en paille comme une technique courante.

Le système constructif Paille-Tech illustre parfaitement l’évolution actuelle du secteur du bâtiment vers des solutions industrialisées, performantes et bas carbone. En combinant préfabrication, matériaux biosourcés et ingénierie maîtrisée, il répond aux enjeux contemporains tout en ouvrant de nouvelles perspectives pour la construction et la rénovation. Au-delà de son caractère écologique, c’est bien sur le terrain technique que cette solution se distingue : précision, rapidité, performance et durabilité en font une réponse crédible et compétitive aux défis de la construction de demain.

Rédaction : Julien Lefrancq
Illustrations : ©Paille-Tech scrl
Article paru dans Neomag #78 - avril 2026

Du béton végétal pour la préfabrication d'éléments de construction
Du béton végétal pour la préfabrication d’éléments de construction

Côté français, trois entreprises sont actuellement en lice pour produire, selon des approches industrielles, des budgets de développement et des recettes différentes, des produits de construction à base de miscanthus, une graminée originaire d’Asie et d’Afrique aux multiples vertus.

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- Champs de miscanthus

Parfois appelée « herbe à éléphant » ou Eulalie, la plante adulte haute de 3 à 4 m est plus généralement utilisée comme plante d’ornement, comme outil de contrôle de l’érosion, en bordure des stations de captage pour empêcher les nitrates de s’infiltrer ou encore comme biocombustible. Elle offre des rendements agricoles très élevés tout en nécessitant peu d’attentions (pas de fertilisation, pas de désherbage), est frugale en intrants (n’en consommant que la première année), se récolte après trois ou quatre années de croissance et ne nécessite par la suite aucun apport particulier. Elle se comporte ainsi comme une sérieuse adversaire face au chanvre par exemple, d’autant que sa culture s’envisage pratiquement partout – favorisant donc le circuit court. C’est la fibre issue du broyat de la tige qui est utilisée dans la confection du béton végétal en question.

- Fibres de miscanthus

Du côté des performances et outre son excellent bilan environnemental et ses facultés de séquestration du carbone, le béton de miscanthus est doté d’un bon déphasage thermique, est peu conducteur avec un coefficient λ fluctuant entre 0,050 à 0,070 W/mK, perspirant (régulation hygrométrique) et assez léger. On lui prête d’excellentes facultés d’absorption et de correction acoustique et, pour ne rien gâcher, un comportement au feu très intéressant – en fonction des épaisseurs mises en œuvre bien entendu. Non porteur, il est régulièrement utilisé en doublage, en cloisonnage ou en remplissage autour de structures portantes comme le poteau-poutre, par exemple. On le met régulièrement en œuvre comme matière à couler/brancher, on le façonne également sous forme de blocs de construction et c’est bien sous cette configuration que nous le présentons dans cet article.

Alkern, delassus et kellig emren, trois approches différentes

- Bloc en béton de miscanthus

Les trois entreprises françaises ont choisi la maçonnerie comme système, et le « bloc » comme format : Alkern – récemment acquise en décembre 2025 par le géant suisse Holcim, le GAEC (groupement agricole d’exploitation en commun) Delassus et Kellig Emren sont en phase de développement de leurs unités de production avec des investissements contrastés mais importants pour certains acteurs, comme en témoignent les 10 millions d’euros investis par le premier cité.

Chez Alkern qui réalise donc cet investissement conséquent, c’est une ligne de production de blocs en béton classiques (ou rectifiés, pour un appareillage à joints minces) puis ultérieurement en béton de miscanthus (grâce à la versatilité et au changement rapide et facilité des accessoires de fabrication) qui est envisagée ; ainsi, les quantités produites fluctueront en fonction des évolutions réglementaires, de la demande et du marché.

Chez Delassus, ce seront des éléments combinant la fibre de miscanthus avec l’argile, la chaux et divers additifs en provenance du spécialiste français Vicat. Le groupement agricole d’exploitation vise un Atex (appréciation technique d’expérimentation) pour le début de l’année prochaine et les produits seront autant destinés aux projets de rénovation qu’aux projets neufs.

- Bloc en béton de miscanthus

À l’image de ce qui se pratique chez plusieurs fabricants de produits similaires en béton de chanvre, ou de produits de construction en terre cuite, certains éléments seront munis de réservations afin de pouvoir y couler un béton classique faisant office de structure (poteau incorporé).

Le dernier, Kellig Emren, envisage l’usage d’une presse à vibro-compaction comme on en retrouve régulièrement dans l’industrie du béton. À cette différence que l’entreprise envisage d’utiliser des argiles issues de terres d’excavation en provenance de chantiers (petit clin d’œil à l’entreprise luxembourgeoise Geobloc), une excellente façon donc de réintroduire ces matières nobles dans un cycle vertueux de production.

Rédaction : Régis Bigot, Arch & IPM Neobuild GIE.
Textes originaux : article paru au Moniteur en date du 9 janvier 2026.
Article paru dans Neomag #78 - avril 2026

Une architecture vivante et distrayante, simple à (dé)construire
Une architecture vivante et distrayante, simple à (dé)construire

La Cork House fut développée en 2019 , elle se situe dans un environnement bucolique et champêtre, à proximité de l’Eton College en Angleterre.

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Érigée à la manière d’une construction pavillonnaire longiforme, coiffée par cinq toitures en forme de
pyramides tronquées, l’habitation est atypique et fonctionnelle ; évocation d’une architecture précolombienne ? Inspiration mésopotamienne ? Maçonneries empilées ou cyclopéennes ? À chacun son impression. D’une superficie totale de seulement 44 m2, elle dispose d’une cuisine ouverte avec une salle à manger, d’un séjour, d’une chambre, d’une salle de bains et d’une terrasse.

Quercus suber

Bouchons de bouteilles, semelles, sous-plats, … revêtements de sols ou muraux typiques des années 70 pour ceux qui s’en souviennent, le liège fut tout autant un matériau à la mode qu’une matière devenue quelque peu désuète à l’aube du 21è siècle, pour aujourd’hui se voir réhabilité en tant que biosourcé de haute technicité. Car l’écorce du quercus suber – ou chêne-liège –, très majoritairement originaire du Portugal et d’Espagne, défie et nargue outrageusement ses adversaires dès lors qu’il s’agit de démontrer ses capacités et performances : suffisamment résistante en compression, imputrescible, isolante, ouverte à la diffusion de vapeur d’eau, légère, recyclable, … et renouvelable (l’arbre n’étant pas abattu), cette écorce récoltée toutes les décennies environ présente de nombreux avantages et affiche sa polyvalence. Si l’on y ajoute des vertus de confort acoustique et des propriétés sensorielles plutôt agréables (odeur naturelle, douceur au toucher), l’on obtient un matériau particulièrement intéressant à exploiter.

Aujourd’hui, on le retrouve généralement en parement extérieur de façade, sous forme de lés d’isolation acoustique pour sols, sous forme d’isolant de toutes factures (vrac et panneaux) ou encore en dalles et carreaux de revêtement intérieur. Il peine à s’imposer face à d’autres isolants biosourcés en raison de son coût, mais trouve une voie royale lorsqu’il s’agit de résister aux intempéries, à l’eau ou à l’humidité excessive.

Réduire l’architecture à quelques matériaux essentiels

Une rare concentration d’autant de qualités intrinsèques a permis de concevoir le projet à l’aide d’éléments monolithiques en liège expansé ; le mur porte, isole, protège, parachève et assume finalement l’entièreté des fonctionnalités d’une construction ; « clever bricks », ou petits « lego® » intelligents, circulaires et biogéniques en quelque sorte. Cette approche facilitera le démontage ou le recyclage du bâtiment en fin de vie (voire sa restitution à la terre), en évitant les désagréments d’une conception « en couches », plus complexe, plus chronophage.

Les architectes Matthew Barnett Howland, Dido Milne et Oliver Wilton ont mené, avec le concours d’Amorim Cork Solutions, du bureau Arup et de la prestigieuse Bartlett School of Architecture de l’University College of London, une étude longue de 6 années pour développer et valider le concept technique qui concerne autant les éléments destinés aux murs que les éléments destinés au toit. Résultat : des blocs massifs tridimensionnels, autobloquants, et assemblés par friction à sec (sans colle ni mortier) avec un outillage de chantier limité et une main d’œuvre qui nécessite peu de qualifications selon ses concepteurs ; préfabriqués par agglomération de déchets de liège sous action combinée de chaleur et de compression, ils sont finalement façonnés par des robots-fraiseurs multiaxes qui en délimitent les contours et volumes.

Le bois complète l’ensemble du système constructif structurel, ainsi que les pieux de fondation en acier qui surélèvent le projet, protégeant ce dernier des crues de la rivière proche. Des feuilles de cuivre recouvrent çà et là certaines parties en toiture afin de guider promptement les eaux de pluie. À l’intérieur, sous une ligne directrice minimaliste, le bois complète, chaleureux, tantôt brut, tantôt sombre, tantôt chatoyant, toujours accueillant et rassurant, et s’invite dans la conception du mobilier, mais toujours avec une seule constante : éviter l’utilisation de produits de protection ou de finition.

Une réflexion sur nos modes constructifs et l’importance de la matière

Petit par sa taille, le projet « en impose » par son intelligence fonctionnelle et conceptuelle, en affichant des performances environnementales hors du commun car il affichait – à tout le moins selon les calculs - une empreinte carbone globale négative. Naturelle, réemployable, recyclable ou compostable, la matière première se joue de tous les « pièges ». Onéreuse ? Probablement. Réplicable ? Pas objectivement. Source de réflexion et d’inspiration ? Assurément ! La Cork House nous invite plus que jamais à écarter nos habitudes et nos certitudes au profit d’une architecture vivante et distrayante, simple à (dé)construire.

Prix et récompenses

The Manser Medal - AJ House of the Year 2019, RIBA Stephen Lawrence Prize 2019, RIBA Stirling Prize 2019 Shortlist, RIBA National Award 2019, The Wood Awards 2019 Gold Award, RIBA President’s Awards for Research 2019, American Institute of Architects International Region Design Awards 2020 - Honor Award for Architecture + Sustainable Future Award

Régis Bigot, Arch. & IPM Neobuild GIE
Illustrations : ©Richard J.F. Jones, Thisispaper, ArchDaily, Dezeen, CountryLife, Designboom, CircularHub
Article paru dans Neomag #78 - avril 2026

L'un des premiers ponts en bois précontraint au monde
L’un des premiers ponts en bois précontraint au monde

L’ouvrage a pour fonction première de créer un passage pour la faune sauvage en surplomb de l’autoroute A1, cette zone naturelle ayant été préalablement « lacérée » par les voies de circulation.

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Le pont se compose de culées à ses extrémités, d’un pilier intermédiaire séparant l’autoroute de la route cantonale de Koppigen, et de deux travées de longueurs inégales - la plus longue de 37 mètres étant précontrainte a contrario de la plus courte. Sur ces poutres de bois réalisées chez le spécialiste Roth Holzbau, sont successivement disposés un tablier en béton armé, surmonté d’une épaisse couche de terre végétale d’un mètre d’épaisseur et finalement la végétation. Bouygues Construction est à la manœuvre de cet ouvrage, par l’intermédiaire de sa filiale VSL International.

Une variante intéressante aux ouvrages classiques en béton

Il s’agit d’une variante intéressante aux ouvrages classiques en béton, d’une part parce qu’elle constitue une alternative moins carbonée, d’autre part parce que sa mise en place requiert des moyens plus simples compte tenu du poids moindre des éléments à manipuler.

Lors de la réalisation des poutres en lamellé-collé (composées de 3 poutres plus fines), les gaines de précontrainte ont été insérées dans des entailles prévues à cet effet avant collage et pressage des 3 parties ; les câbles sont ensuite intégrés aux gaines et une première pré-tension est appliquée juste avant la pose des éléments, dans un atelier à proximité du chantier. C’est la multiplication des ancrages et des torons qui permet une répartition optimale des contraintes dans le bois.

Lors de l’installation définitive des poutres - opération ayant nécessité une semaine complète d’intervention grâce au travail de plusieurs équipes de nuit -, une post-tension définitive est finalement appliquée, avant coulage du tablier et mise en place des couches végétales.

Conception collective

La conception relative à l’application de la post-tension s’appuie sur plusieurs campagnes d’essais en laboratoire ainsi que des développements techniques sur le terrain, menés de concert entre l’École du Bois de Bienne, l’École polytechnique fédérale de Zürich (ETHZ) et le bureau d’études Pirmin Jung Ingenieure.

Data

Implantation : Koppigen, Canton de Berne, Suisse
Client : Office Fédéral des Routes
Entreprise générale : KIBAG AG, Beer Holzbau, Roth Holzbau
Conception : Pirmin Jung Ingenieure

Régis Bigot, Arch. & IPM Neobuild GIE
Article paru dans Neomag #78 - avril 2026

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