
Bridge House, une vision alternative
Quel habitat devons-nous construire ou plutôt, devons-nous encore construire ? Si tel est le cas, à l’aube d’une croissance démographique planétaire qui se confirme, Wallmakers propose d’éviter l’usage de matériaux conventionnels neufs pour leur préférer celui de matériaux facilement disponibles sur place, voire de déchets.
Un pont habitable en Inde
Le site, situé à Karjat dans l’État indien du Maharashtra, se pare de jolies collines en toile de fond ; l’emplacement était traversé par le cours d’eau Tata, qui creusait une gorge de 7 mètres de profondeur en son milieu.
Dès le départ, le projet semblait soumis à un certain nombre de contraintes : les deux parcelles de terrain devaient être reliées, mais les fondations ne pouvaient pas être construites au sein des 30 mètres de largeur du déversoir. L’autorisation fut accordée aux architectes afin de pouvoir construire un « pont habitable », faisant office de maison de week-end, à la condition qu’il subsiste suffisamment d’espace pour qu’une pelleteuse mécanisée puisse nettoyer les deux cours d’eau en dessous.
Les contraintes de transport étant élevées, l’intention première fut de construire le pont à l’aide de matériaux très locaux, mais seule l’herbe sauvage constituait l’unique matériau disponible dans un rayon de 8 kilomètres. C’est en tenant compte de ces contraintes extrêmes que l’idée de la « Bridge House » a émergé, le résultat se matérialisant finalement par un pont suspendu d’une portée de 30 mètres, dont la volumétrie se constitue de quatre paraboloïdes hyperboliques ; la structure minimaliste (et entièrement dissimulée) est en acier, fabriquée à l’aide de fins tubes et câbles tendus afin de contenir les contraintes mécaniques de traction et servir d’entrelacs de support, tandis qu’un matériau composite fabriqué à l’aide de chaume et d’argile complète l’ensemble en lui conférant une résistance à la compression ainsi qu’aux intempéries. Depuis l’extérieur, cette peau ressemble aux écailles d’un pangolin.
Vinu Daniel : « La construction de toits de chaume, bien que durable et efficace sur le plan thermique, est en déclin en raison de problèmes tels que l’invasion de parasites, le manque de main-d’œuvre qualifiée, la déforestation et la difficulté de les rénover régulièrement ; cependant, dans le cadre de ce projet particulier, ce composite paille-argile a permis de combler toutes les lacunes ».
Comme un cocon lové dans son environnement
Le projet présente un agencement ouvert avec un oculus percé au centre qui fait office de cour et d’espace de vie allongé, permettant de profiter du ciel et de la pluie.
Les 4 chambres sont conçues avec de larges ouvertures donnant sur la forêt ou sur le ruisseau en contrebas. La cuisine et la salle à manger sont situées dans un volume vitré en forme de proue qui surplombe une piscine triangulaire et la forêt voisine. Des paravents translucides à l’image de shojis japonais divisent certains espaces intérieurs ; des filets en maille de jute sont tendus à proximité du séjour, créant de larges hamacs invitant au repos ; ailleurs, les revêtements de sol se composent de bois de réemploi, provenant d’anciens pontons de bateaux, complétant l’aspect simpliste de l’ensemble et constituant un exemple de réutilisation adaptative.
Au-delà de ces considérations, la Bridge House nous rappelle que les adversités et les contraintes les plus difficiles peuvent donner naissance à des innovations et des solutions originales.
À propos de l’auteur de projet
Vinu Daniel a obtenu son diplôme d’architecte en 2005 au College of Engineering de Trivandrum en Inde, après quoi il a travaillé avec l’Auroville Earth Institute pour la reconstruction post-tsunami du PNUD, le Programme des Nations Unies pour le Développement. À son retour de Pondichéry en 2007, il a lancé Wallmakers, agence ainsi baptisée par d’autres, car son premier projet consistait simplement en un mur d’enceinte. De nombreuses révélations au cours de sa pratique l’ont incité à consacrer son énergie à la cause d’une architecture durable et abordable.
Architecte : Wallmakers, Vinu Daniel & Preksha Shah, Ramika Gupta
Date d’achèvement : 2025
Surface brute : 418 m2
Localisation : Karjat, district de Raigad, État du Maharashtra, Inde
Crédits photographiques : Studio IKSHA
Régis Bigot, architecte & Innovation Project Manager chez Neobuild GIE
Article Bridge House, par Vinu Daniel, Wallmakers, paru dans Neomag #76 - janvier 2026



