
Plang gutt, bau schlau avec les architectes et les ingénieurs-conseils !
L’ensemble du Conseil de l’Ordre de l’OAI a été réélu pour un nouveau mandat de deux ans. Il poursuivra son engagement pour faire du Luxembourg un laboratoire agile pour des concepts intelligents et innovants pour notre cadre de vie.
Interview de Michelle Friederici, Présidente, Patrick Nosbusch, Vice-président, et Pierre Hurt, Directeur de l’OAI - Ordre des Architectes et des Ingénieurs-conseils
Quels sont les grands défis auxquels les concepteurs des bâtiments sont confrontés aujourd’hui au Luxembourg ?
Michelle Friederici : Les concepteurs font face au Luxembourg à une série de défis structurels, réglementaires et économiques qui pèsent lourdement sur leur capacité à garantir une architecture de qualité. D’abord, les procédures d’appel d’offres restent insuffisamment adaptées à la réalité des bureaux luxembourgeois, avec des exigences disproportionnées qui obligent parfois même de grands bureaux à s’associer à l’étranger. Dans le secteur privé, une autre difficulté apparaît : certaines banques exigent des offres de chantier impossibles à établir sans plans aboutis, ce qui marginalise la conception architecturale et favorise des solutions standardisées comme le « clé en main ».
Patrick Nosbusch : Il y a aussi un frein économique : l’innovation demande du temps, de la recherche, alors que les marges restent souvent très serrées. Les bureaux ont peu de ressources à consacrer à l’expérimentation ou au développement interne. À cela s’ajoutent les défis liés à la transition écologique : nécessité de rénover plutôt que démolir, réduction des émissions carbone, adaptation des cadres légaux et promotion de solutions plus simples comme le Gebäudetyp E.
Enfin, les concepteurs attendent beaucoup du futur règlement national des bâtisses, essentiel pour harmoniser les pratiques et donner une meilleure sécurité de planification dans un contexte devenu très complexe.
Pierre Hurt : Il est indispensable de dégraisser, de simplifier et de digitaliser de manière efficiente le carcan légal, administratif et procédural afin de libérer du potentiel créatif des concepteurs. L’OAI, avec l’appui fort de nombreux membres, participe actuellement aux groupes de travail officiels du gouvernement de la simplification administrative (règlement national des bâtisses, etc.).
Comment ces défis influencent-ils la pratique quotidienne de vos métiers ?
MF : Ces défis transforment profondément la pratique quotidienne des architectes et ingénieurs au Luxembourg. Les exigences complexes et parfois inadéquates des appels d’offres les obligent à consacrer un temps considérable à l’administratif, au détriment du travail de conception. Les petites structures, très nombreuses dans le pays, doivent souvent s’associer pour répondre à des critères disproportionnés, ce qui alourdit la coordination et augmente les charges internes.
L’accent croissant mis sur la rénovation, la décarbonation et la gestion responsable des ressources exige une expertise plus large, une mise à jour permanente des connaissances et une adaptation continue aux évolutions législatives. Ces facteurs rendent le travail plus exigeant, tout en renforçant l’importance du rôle des concepteurs dans un secteur en pleine mutation.
Quels dossiers ou thématiques seront sur le dessus de la pile lors de ce nouveau mandat ?
PH : Le projet n°7932 de nouvelle loi régissant l’OAI, qui ancrera encore d’avantage le principe essentiel de l’indépendance professionnelle des concepteurs OAI. Lors d’une récente réunion avec le ministère de l’Économie, il a notamment été convenu que le capital des bureaux membres OAI devra rester majoritairement dans les mains des personnes exerçant à titre d’indépendant les professions OAI. Bien que nous attendions encore l’avis du Conseil d’Etat, il faut dès à présent préparer la mise en application de ce projet de loi une fois voté.
MF : Après plus de deux ans d’élaboration au sein de 5 groupes de travail OAI, et après plusieurs actions politiques, le projet d’établir un cadre contractuel unifié, équitable et standardisé des professions OAI pour le secteur public, a été adopté par le conseil de gérance du CRTI-B, pour qu’il soit repris comme clauses contractuelles au sein de son corpus documentaire officiel. L’étude des documents par les 3 groupes de travail ad hoc mis en place par le CRTI-B a été lancée le 15 octobre 2025 avec l’objectif de finaliser les travaux au plus tard en juillet 2026. En parallèle, l’OAI développe l’outil ValueApp.lu, qui évalue le volume horaire des prestations des membres OAI au fil du projet afin de négocier sur une base objective leur cadre contractuel.
PN : L’OAI a entamé le processus de recrutement d’un.e nouvelle directrice / nouveau directeur. Après 35 années d’un engagement exemplaire et d’une efficience remarquable au service de la profession, l’actuel directeur,Pierre Hurt, a annoncé son départ à la retraite pour fin 2026. Ce changement marque un moment important pour l’Ordre, la connaissance profonde du cadre légal et des professions OAI, ainsi que l’ancrage dans le tissu des décideurs des secteurs privé et public, acquis par le directeur actuel depuis la création de l’OAI constituent des atouts qui ne seront pas toujours remplaçables.
Cependant, cette transition représente aussi une opportunité d’ouverture et de renouveau. L’arrivée d’une nouvelle direction pourra apporter un regard neuf et de nouvelles impulsions, sans remettre en cause les réussites des dernières décennies. Il convient de rappeler que l’orientation de l’OAI est définie par le Conseil de l’Ordre, et que le directeur en assure la mise en œuvre.
La ligne de conduite restera donc stable : poursuivre la collaboration et la cohésion entre les professions, valeurs fondamentales de l’Ordre. Y a-t-il un projet ou une initiative que vous aimeriez particulièrement voir se concrétiser sous ce mandat ?
PH : L’OAI a renforcé son action au niveau européen, car les directives y déterminent les règles nationales. Avec plusieurs organisations internationales, la Luxembourg Declaration on Public Procurement a été adoptée. Elle défend des procédures d’attribution basées sur la qualité plutôt que sur le prix le plus bas, la reconnaissance de l’expertise des concepteurs, des procédures favorisant innovation et qualité, ainsi qu’un meilleur accès des PME et des jeunes bureaux aux marchés publics. Le Luxembourg envoie ainsi un signal positif en Europe. Ainsi, la Déclaration de Luxembourg sur les Marchés Publics, signée le 15 mai 2025 par l’OAI et ses partenaires européens représentant 1,5 millions d’architectes et d’ingénieurs-conseils, porte ses fruits ! Concrètement, la modification de la directive européenne est une condition sine qua non pour adapter notre loi nationale.
PN : Au niveau national, le projet de Guide OAI « Quality Based Selection (QBS) » qui vise à proposer des procédures d’attribution des marchés publics simples, standardisées et respectueuses des professions OAI, sera publié sous peu après deux ans de travaux au sein de la Commis- sion OAI « Attribution des missions aux professions OAI » auxquels ont participé de nombreux membres engagés et les organisateurs de procédures internes et externes à l’OAI. Le cœur du modèle QBS proposé par l’OAI constitue un changement de paradigme. Les conditions et critères de participation et de sélection tiennent compte des spécificités des professions OAI. La phase d’attribution se fait en deux étapes : d’abord au moins 80 % des points d’évaluation seront destinés aux critères qualitatifs. Ensuite, les honoraires ne compteront que pour un maximum de 20 % des points d’évaluation. Le maximum de points pour le critère des honoraires sera attribué à l’offre la plus proche de la moyenne des offres reçues, et non à l’offre la moins élevée. Les dossiers de candidature seront standardisés au maximum, avec l’objectif de limiter au strict nécessaire l’envergure des pièces à remettre. Il sera important d’expliquer les avantages de ce modèle aux maîtres d’ouvrage pour étendre sa diffusion et son acceptation par le secteur.
Article publié dans Neomag #75 - décembre 2025



