
Innover par la sobriété
Le Pôle Territorial de Solidarité Sud Gironde revendique une construction à très faible empreinte carbone basée sur le bioclimatisme, la passivité, les matériaux bas carbone et le low-tech, et privilégiant savoir-faire artisanaux, frugalité constructive et intelligence.
À propos d’ABF-LAB
C’est à la suite d’un concours international d’architecture et d’urbanisme remporté à Seattle en 2012, que l’agence ABF-LAB se fonde, regroupant architectes, ingénieurs et plus largement concepteurs influencés par des enjeux environnementaux, énergétiques et climatiques.
Elle réunit en son sein deux associés, Paul Azzopardi et Étienne Feher. Sa pratique cherche à faire dialoguer innovation environnementale et évolution des usages au travers de scénarios bioclimatiques en faisant naître des projets à forte dimension prospective sur l’ensemble des champs d’actions du développement durable.
Historique et contours du projet
Né d’une commande pilote du département de la Gironde, basé sur un programme ambitieux autour des sujets cruciaux de l’environnement, l’énergie, le climat et la santé – notamment la qualité de l’air, ce projet se veut exemplaire sur tous ces aspects. Il revendique une construction à très faible empreinte, fondée sur un scénario environnemental radical où le bioclimatisme, la passivité et l’usage de matériaux naturels se combinent pour proposer une nouvelle manière de construire. Le projet affirme une architecture de sobriété et d’innovation : bâtir avec des matériaux bas carbone, recourir à des dispositifs low-tech ingénieux, valoriser les savoir-faire artisanaux, offrir un confort pérenne et sain tout en travaillant les matérialités par le prisme de leur intelligence microclimatique (confort, énergie, climat).
L’économie circulaire et le réemploi sont également des leviers du projet qui se détourne des produits émettant des composés organiques volatils, des matériaux énergivores et/ou pétrosourcés, des ressources non renouvelables, de la dépendance au high-tech, de l’omniprésence (spécificité du marché français) de cloisons sèches en plaques de plâtre (présence de matières nocives et ossatures métalliques secondaires fragiles et difficilement réemployables), et enfin, qui cherche à limiter la prolifération d’équipements techniques (électricité et HVAC).
Des matières bio et géo-sourcées
Pas moins de 1 300 m2 de murs à ossature bois ont été préfabriqués (bois-paille-terre) ; un millier de bottes de paille se retrouvent dans la structure et le second-œuvre (cloisons non porteuses) ; le projet peut s’enorgueillir d’avoir été réalisé entièrement à l’aide de matériaux bio/géosourcés, en ce compris les cages d’escaliers et ascenseurs réalisés en bois, fait rare au sein d’établissements recevant du public. Exempte de produits pétrosourcés (hors membrane d’étanchéité en toiture), la conception intègre des protections solaires extérieures efficaces grâce à une « casquette garde-corps » périphérique, des brise-soleil orientables et des volets réalisés en osier tressé, ces derniers jouant également un rôle anti-effraction et de dispositif d’amenée d’air pour la ventilation naturelle nocturne. Le projet valorise également le réemploi, avec la réutilisation de portes en bois et de 177 radiateurs issus de l’ancienne gendarmerie du site. Le choix des matériaux privilégie aussi un ancrage local : bardage en bois brûlé (douglas) offrant une longue pérennité sans traitement ni maintenance, de l’épicéa français et du pin des Landes.
Le confort d’été est assuré sans climatisation par une combinaison de dispositifs passifs : une ventilation naturelle par tirage thermique au travers de sept lanterneaux de toiture, secondée par une ventilation double flux (préchauffage et rafraîchissement adiabatique, by-pass possible avec la ventilation naturelle), une inertie thermique apportée par les enduits de terre intérieure ainsi qu’un moucharabieh ajouré en briques de terre crue favorisant un microclimat intérieur grâce à l’élévation de la surface d’échange. Pour clore avec la partie technique, la production énergétique repose sur une centrale solaire photovoltaïque de 200 m2 avec une production annuelle attendue de 80 000 kWh tandis qu’une chaufferie biomasse au bois s’occupe de combler la demande résiduelle en calories.
Ce projet architectural a été conçu et pensé telle une maison d’accueil : il émane une ambiance intérieure très chaleureuse essentiellement activée par la mise en œuvre de matériaux naturels sur l’ensemble des parois du projet, répondant aux attentes d’un programme à vocation sociale. L’organisation spatiale interne s’orchestre autour d’un noyau central (hall d’accueil et patio) lumineux et desservant avec une orientation aisée l’ensemble des services sociaux accolés. Un programme dense et un plafond imposé à R+1 a donné au bâtiment naturellement sa forme allongée en U, reliée par une passerelle jouant le rôle de trait d’union de l’organisation spatiale. L’écriture architecturale des façades « extérieures » tente d’effacer la lecture de deux niveaux visant à garder une taille « humaine » pour dialoguer avec l’échelle du quartier qui présente des maisons de plein pied.
Les occupants ont été formés à l’utilisation du bâtiment au travers de son « mode d’emploi bioclimatique », rapprochant ainsi conception architecturale-technique et usagers.
Un système constructif, des matériaux et des systèmes simples et responsables
Les façades porteuses en périphérie du bâtiment sont réalisées en ossature bois (MOB) avec un remplissage isolant en bottes de paille ; ces façades sont enduites à la chaux ou bardées en bois brûlé (douglas) en façade extérieure, et enduites à l’argile côté intérieur. La structure porteuse intérieure se compose de refends en CLT d’épicéa et d’un système poteau-poutre en bois. Pour le plancher contre sol, une couche isolante en verre cellulaire recyclé a été disposée ; les revêtements de sol sont quant à eux exécutés en caoutchouc naturel, en parquet bois de chêne massif ou en carrelage de terre cuite locale. Les planchers intermédiaires sont réalisés en poutres de bois assemblées mécaniquement, sans colle, recouverts d’une chape sèche composée de panneaux de bois sur nid d’abeille en carton avec remplissage de gravier et panneaux OSB sur isolation en fibre de bois, recevant des revêtements de sol identiques à ceux décrits précédemment. La toiture, composée de caissons en bois isolés à base de ouate de cellulose recyclée, est recouverte avec une membrane d’étanchéité de teinte blanche, favorable à l’albédo.
Data du projet
Maitre d’ouvrage : département de la Gironde
Maîtrise d’œuvre architecturale : ABF-LAB
Bureaux d’études techniques : FACEA (TCE)
Assistance à maitrise d’ouvrage : LESS IS MORE (énergie & environnement), HTM (BIM), QUALICONSULT (bureau de contrôle), CEREMA (qualité de l’air), COORDIS (SPS), GREEASE (qualité de l’air)
Surface : 2 450 m2
Coûts : 8,5 Mio€ HT
Début et fin des travaux : 01.09.2022 - 21.04.2025
Textes et illustrations : ©ABF-LAB, Paul Azzopardi, Étienne Feher ; adaptations et mise en forme : Régis Bigot – architecte & IPM Neobuild GIE
Article paru dans Neomag #75 - décembre 2025



