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Entre bois local et sobriété foncière

Entre bois local et sobriété foncière

Érigé sur un ancien dépôt communal pour déchets de construction et sur un terrain en pente, le bâtiment réunissant les ateliers communaux et la caserne de pompiers de Wormeldange conçu par le bureau Witry & Witry s’implante sur deux niveaux pour économiser du foncier et utilise du douglas issu des forêts communales pour réduire l’empreinte carbone.

Rencontre avec Pit Kuffer, architecte et membre de la direction du bureau Witry & Witry architecture urbanisme

Des contraintes topographiques qui ont orienté la conception

À l’origine du projet, la commune de Wormeldange souhaitait construire de nouveaux ateliers communaux. Dans le même temps, la caserne de pompiers existante devait être agrandie afin de répondre aux nouvelles exigences imposées par le Corps grand-ducal d’incendie et de secours (CGDIS). Les deux infrastructures étant situées en centre-ville, la commune a décidé de les relocaliser sur un nouveau site plus fonctionnel et plus spacieux. C’est le bureau Witry & Witry architecture urbanisme qui a été missionné pour élaborer le projet sur un terrain situé aux abords de la zone industrielle Wormeldange-Haut. Vu les contraintes du terrain, des études préalables ont dû être menées.

Le premier défi posé par le site est qu’il présentait une pente marquée. Il fallait donc réfléchir à la façon dont le bâtiment pouvait s’y implanter, mais aussi analyser le temps nécessaire aux camions de pompiers pour intervenir dans le rayon d’action prévu, et prévoir une grande aire extérieure plane pour l’entretien du matériel. Enfin, il fallait identifier des zones où replanter des arbres pour compenser la nouvelle construction.

Les architectes ont choisi de tirer parti du dénivelé pour limiter l’emprise au sol et préserver autant que possible le foncier. Le bâtiment s’organise ainsi sur deux niveaux : le premier accueille la caserne de pompiers et est accessible depuis la partie basse du terrain, le second est dédié aux ateliers communaux et est accessible par le haut. La surface scellée se limite ainsi à 3 200 m2, alors qu’elle aurait atteint 5 500 m2 si le projet s’était déployé sur un seul niveau.

Construire sur une ancienne décharge

Le terrain choisi pour accueillir le nouveau bâtiment est une ancienne décharge communale destinée aux déchets de construction. Avant toute intervention, des forages géotechniques ont donc été menés afin d’évaluer la nature et la compacité du sol. Sur cette base, des pieux de fondation spécifiques ont été mis en œuvre, ancrés plus profondément que la couche correspondant à l’ancienne décharge, afin de garantir la stabilité de la structure. « L’imperméabilisation partielle de la surface du site ne constitue pas nécessairement un désavantage dans ce contexte : en limitant l’infiltration de l’eau dans le sol, elle contribue en effet à éviter que d’éventuelles substances présentes dans les déchets enfouis ne migrent vers les couches plus profondes », souligne l’architecte Pit Kuffer.

Le bois comme fil conducteur du projet

Dès les premières réflexions, les architectes ont proposé au maître d’ouvrage d’opter pour une construction en bois. Ce choix s’inscrit dans la logique de limiter les émissions de gaz à effet de serre et de limiter les transports en valorisant les ressources locales.

La façade a été réalisée en douglas provenant directement des forêts de la commune de Wormeldange ; le sciage et le séchage ont été effectués par Bois Scholtes à Manternach, à 15 km de Wormeldange.

Les placages des murs ont été réalisés avec des panneaux ESB (Emulsion Stabilized Board) produits à base de bois régional par l’entreprise ELKA située en Allemagne, à environ 75 km de Wormeldange. Ces panneaux sont fabriqués avec des copeaux de résineux local d’une teneur en résine faible. Ils offrent une meilleure stabilité que l’OSB, sont plus ouverts à la diffusion et moins sujets aux gonflements liés à l’humidité. De plus, leurs émissions en composés organiques volatils sont très faibles, ce qui en fait un produit sain en plus d’être neutre en CO2 (certifié en 2021).

Pour la structure porteuse, l’utilisation de bois local s’avérait difficle « La législation en vigeur permet bien d’intégrer des critères écologiques dans les appels d’offres, mais ces possibilités restent encore peu exploitées dans la pratique. C’est le prix le moins disant qui prime dans la majorité des cas et très peu de grandes entreprises locales produisent des éléments structurels en bois ayant les agréments nécessaires », explique Pit Kuffer.

Vers des bâtiments neutres en carbone

« Nous encourageons toujours les maîtres d’ouvrage à utiliser un certain nombre de matériaux biosourcés. Pour les projets où l’utilisation de ces matériaux n’est pas un sujet, nous essayons de trouver des produits à faibles émissions de CO2. Pour l’extension de l’école de Frisange par exemple, réalisée pendant la période de Covid où le prix du bois avait pratiquement triplé, nous avons proposé d’utiliser du béton recyclé. Le problème est que ce type de béton n’était pas encore agréé au Luxembourg. Nous avons donc poursuivi nos recherches pour réduire la quantité de béton et nous avons en fin de compte opté pour un système préfabriqué qui permet d’économiser jusqu’à 30 % du volume de béton.

L’objectif est de contribuer, à notre échelle, à atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Et cela ne passe pas uniquement par l’utilisation de matériaux biosourcés. Le béton et l’acier font aussi partie de l’équation car construire des bâtiments publics entièrement en bois n’est pas possible non plus.

Chez Witry & Witry, nous travaillons dans cette logique depuis une vingtaine d’années et c’est cette expérience qui fait que certains maîtres d’ouvrage nous consultent aujourd’hui. Mais il est évident que l’ensemble du secteur doit suivre – aussi bien les architectes que les entreprises de construction. Quand on regarde la part des émissions de CO₂ liée au secteur du bâtiment, on se rend compte qu’une multitude de petits gestes peuvent réduire considérablement l’impact ».

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #78 - avril 2026

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Publié le mercredi 6 mai 2026
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