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Une icône de l'architecture moderniste industrielle des années soixante

Une icône de l’architecture moderniste industrielle des années soixante

C’est une maison bleue… de fait plutôt jaune, et plutôt de Richard Rogers que de Maxime Le Forestier. À la lueur des tendances actuelles qui sont à la simplification et à la préfabrication dans la conception de nos bâtiments, il est utile de se replonger dans le travail des précurseurs ; Jean Prouvé, Buckminster Fuller et Matti Suuronen...

Mais aussi tant d’autres qui furent de « géniaux » concepteurs d’architectures préfabriquées, comme un peu plus tard les porteurs du courant « high-tech » que furent Renzo Piano, Nicholas Grimshaw, Norman Foster, … ou Rogers qui nous occupe avec cette habitation conçue pour ses parents fin des années soixante en banlieue sud-ouest de Londres, au 22 Parkside, à Wimbledon précisément.

Conçue en 1969, des critères et des préoccupations identiques à aujourd’hui

Le projet se déploie sur une parcelle relativement étroite et longue : une zone-tampon arborée avec une aire de stationnement après la rue tout d’abord, puis l’atelier de poterie de la maman, une petite cour suivie de la maison et finalement, le jardin. Dans un extrait d’une interview vidéo exclusive accordée à Dezeen, l’architecte britannique aujourd’hui décédé s’expliquait : « Il s’agissait de créer un système standardisé pour résoudre l’ensemble du problème du logement en Grande-Bretagne. Ce ne fut pas le cas ! Mais cela a certainement été à l’origine de la majeure partie du travail que je fais encore aujourd’hui, plus de cinquante ans après ». À l’origine imaginée pour ses parents, la maison a subi plusieurs adaptations pour finir classée Monument Historique avant d’être léguée à la Harvard Graduate School of Design pour y accueillir des étudiants-boursiers ; son état actuel témoigne d’une campagne de restauration menée par l’architecte Philip Gumuchdjian, au plus proche de sa conception d’origine et moyennant quelques adaptations techniques visant à la rendre conforme aux standards actuels de confort.

Une forme d’élémentarisme

Conçue de plain-pied, la structure de la maison (et de l’atelier de poterie originel, détaché) se distingue de façon bien visible et lisible au travers de portiques soudés jaune vif, réalisés en poutrelles standard d’acier ; l’objectif de Rogers était de pouvoir répéter et multiplier à souhait ces éléments préfabriqués en fonction du programme et de la surface habitable nécessaire ; aucun autre élément porteur ne vient « perturber » ce volume absolument ouvert, les espaces intérieurs étant délimités et configurables grâce aux cloisons légères coulissantes et au mobilier.

En guise d’enveloppe extérieure, de part et d’autre du parallélépipède, deux larges bandeaux vitrés aux meneaux métalliques filigranes ; sur les flancs opaques étaient à l’origine disposées des portes et des fenêtres de bus, rien de plus, la volonté conceptuelle de Rogers étant de se limiter à une collection d’éléments usuels et standardisés, fabricables et duplicables en usine, pour atteindre une flexibilité programmatique étendue, mais également un coût modéré pour la conception de logements. On mesure aujourd’hui l’importance que ce projet a généré dans la suite de son œuvre.

- © Iwan Baan

Campagne de restauration

Il fallut avant tout « nettoyer » le projet en supprimant certains des ajouts qui n’étaient pas d’origine, en se basant sur les documents d’archive. Conception industrielle et fin des années soixante faisant souvent « mauvais ménage » avec les standards auxquels nous sommes aujourd’hui habitués (qu’il s’agisse de conception ou d’atteinte de niveaux performanciels), Il fut nécessaire d’ôter l’asbeste présente dans les parois extérieures mais aussi de mettre aux normes les installations techniques, de remplacer la toiture, de revoir les menuiseries extérieures ainsi que les niveaux d’isolation, sans péjorer les qualités originelles de l’ouvrage et en respectant les impératifs d’une rénovation patrimoniale. Le jardin n’est pas en reste et retrouve les perspectives et l’harmonie initialement imaginés par la famille Rogers.

Source d’inspiration

Au-dessus des critiques que nous pouvons adresser au projet de Rogers émanent plusieurs points inspirants et reproductibles : intelligence conceptuelle, standardisation à bon escient, maîtrise des coûts, liberté et flexibilité spatiales, abondance de la lumière naturelle, dialogue intérieur/extérieur, … autant de qualités transposables à nos habitats tout en évitant les pièges de notre époque.

Régis Bigot, Architecte & IPM Neobuild GIE
Photo de couverture : © metalocus.es


Data

  • Architectes : Richard + Su Rogers
  • Équipe de projet : Pierre Botschi, John Doggart, Ingrid Morris, Richard Rogers, Su Rogers, Richard Russell, John Young
  • Date d’exécution : 1968-1969
  • Situation : 22 Parkside, Wimbledon, Londres, SW19 5NB, Angleterre
  • Superficie sol brute : 257 m2
  • Stabilité : Anthony Hunt Associates
  • Paysagiste : Landscape Design Partnership
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Publié le vendredi 17 avril 2026
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