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Une architecture vivante et distrayante, simple à (dé)construire

Une architecture vivante et distrayante, simple à (dé)construire

La Cork House fut développée en 2019 , elle se situe dans un environnement bucolique et champêtre, à proximité de l’Eton College en Angleterre.

Érigée à la manière d’une construction pavillonnaire longiforme, coiffée par cinq toitures en forme de pyramides tronquées, l’habitation est atypique et fonctionnelle ; évocation d’une architecture précolombienne ? Inspiration mésopotamienne ? Maçonneries empilées ou cyclopéennes ? À chacun son impression. D’une superficie totale de seulement 44 m2, elle dispose d’une cuisine ouverte avec une salle à manger, d’un séjour, d’une chambre, d’une salle de bains et d’une terrasse.

Quercus suber

Bouchons de bouteilles, semelles, sous-plats, … revêtements de sols ou muraux typiques des années 70 pour ceux qui s’en souviennent, le liège fut tout autant un matériau à la mode qu’une matière devenue quelque peu désuète à l’aube du 21è siècle, pour aujourd’hui se voir réhabilité en tant que biosourcé de haute technicité. Car l’écorce du quercus suber – ou chêne-liège –, très majoritairement originaire du Portugal et d’Espagne, défie et nargue outrageusement ses adversaires dès lors qu’il s’agit de démontrer ses capacités et performances : suffisamment résistante en compression, imputrescible, isolante, ouverte à la diffusion de vapeur d’eau, légère, recyclable, … et renouvelable (l’arbre n’étant pas abattu), cette écorce récoltée toutes les décennies environ présente de nombreux avantages et affiche sa polyvalence. Si l’on y ajoute des vertus de confort acoustique et des propriétés sensorielles plutôt agréables (odeur naturelle, douceur au toucher), l’on obtient un matériau particulièrement intéressant à exploiter.

Aujourd’hui, on le retrouve généralement en parement extérieur de façade, sous forme de lés d’isolation acoustique pour sols, sous forme d’isolant de toutes factures (vrac et panneaux) ou encore en dalles et carreaux de revêtement intérieur. Il peine à s’imposer face à d’autres isolants biosourcés en raison de son coût, mais trouve une voie royale lorsqu’il s’agit de résister aux intempéries, à l’eau ou à l’humidité excessive.

Réduire l’architecture à quelques matériaux essentiels

Une rare concentration d’autant de qualités intrinsèques a permis de concevoir le projet à l’aide d’éléments monolithiques en liège expansé ; le mur porte, isole, protège, parachève et assume finalement l’entièreté des fonctionnalités d’une construction ; « clever bricks », ou petits « lego® » intelligents, circulaires et biogéniques en quelque sorte. Cette approche facilitera le démontage ou le recyclage du bâtiment en fin de vie (voire sa restitution à la terre), en évitant les désagréments d’une conception « en couches », plus complexe, plus chronophage.

Les architectes Matthew Barnett Howland, Dido Milne et Oliver Wilton ont mené, avec le concours d’Amorim Cork Solutions, du bureau Arup et de la prestigieuse Bartlett School of Architecture de l’University College of London, une étude longue de 6 années pour développer et valider le concept technique qui concerne autant les éléments destinés aux murs que les éléments destinés au toit. Résultat : des blocs massifs tridimensionnels, autobloquants, et assemblés par friction à sec (sans colle ni mortier) avec un outillage de chantier limité et une main d’œuvre qui nécessite peu de qualifications selon ses concepteurs ; préfabriqués par agglomération de déchets de liège sous action combinée de chaleur et de compression, ils sont finalement façonnés par des robots-fraiseurs multiaxes qui en délimitent les contours et volumes.

Le bois complète l’ensemble du système constructif structurel, ainsi que les pieux de fondation en acier qui surélèvent le projet, protégeant ce dernier des crues de la rivière proche. Des feuilles de cuivre recouvrent çà et là certaines parties en toiture afin de guider promptement les eaux de pluie. À l’intérieur, sous une ligne directrice minimaliste, le bois complète, chaleureux, tantôt brut, tantôt sombre, tantôt chatoyant, toujours accueillant et rassurant, et s’invite dans la conception du mobilier, mais toujours avec une seule constante : éviter l’utilisation de produits de protection ou de finition.

Une réflexion sur nos modes constructifs et l’importance de la matière

Petit par sa taille, le projet « en impose » par son intelligence fonctionnelle et conceptuelle, en affichant des performances environnementales hors du commun car il affichait – à tout le moins selon les calculs - une empreinte carbone globale négative. Naturelle, réemployable, recyclable ou compostable, la matière première se joue de tous les « pièges ». Onéreuse ? Probablement. Réplicable ? Pas objectivement. Source de réflexion et d’inspiration ? Assurément ! La Cork House nous invite plus que jamais à écarter nos habitudes et nos certitudes au profit d’une architecture vivante et distrayante, simple à (dé)construire.

Prix et récompenses

The Manser Medal - AJ House of the Year 2019, RIBA Stephen Lawrence Prize 2019, RIBA Stirling Prize 2019 Shortlist, RIBA National Award 2019, The Wood Awards 2019 Gold Award, RIBA President’s Awards for Research 2019, American Institute of Architects International Region Design Awards 2020 - Honor Award for Architecture + Sustainable Future Award

Régis Bigot, Arch. & IPM Neobuild GIE
Illustrations : ©Richard J.F. Jones, Thisispaper, ArchDaily, Dezeen, CountryLife, Designboom, CircularHub
Article paru dans Neomag #78 - avril 2026

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Publié le jeudi 30 avril 2026
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