Construction - Innovation - Technologie
Une forêt de savoirs

Le pavillon de l’Ouzbékistan à Osaka 2025, conçu par l’agence Atelier Brückner, se démarque par sa capacité à transformer l’architecture en récit vivant. Loin de se limiter à une vitrine, il devient un espace où l’innovation rencontre le patrimoine, où le savoir se déploie comme une graine prenant racine pour dessiner l’avenir.

Surnommé le « Jardin du savoir », le pavillon propose un parcours narratif et architectural qui traduit l’idée de croissance et de développement durable à travers le cycle de vie d’une graine. L’architecture elle-même raconte cette progression : la base en briques et argile évoque la terre - le socle de l’histoire et de la culture ouzbèke, tandis que la structure en bois composée d’une forêt de colonnes de huit mètres de haut, symbolise la croissance, l’ouverture et le lien avec l’avenir. Chaque matériau a été choisi pour sa provenance locale, sa durabilité et sa capacité à être réutilisé. Bois de cyprès sugi d’Osaka, briques, argile et gravier composent ainsi un bâtiment qui, après l’exposition, pourra être démonté et réintégré dans d’autres cycles, illustrant concrètement le concept d’économie circulaire.

La conception du pavillon repose sur une modularité pensée pour minimiser son impact environnemental tout en offrant une grande flexibilité. Les éléments structurels et scénographiques sont démontables, ce qui permet de prolonger la vie des matériaux et d’adapter les espaces aux besoins des différentes expositions. Cette approche durable et rigoureuse a été reconnue par le German Design Award 2025, qui a salué la capacité du pavillon à conjuguer patrimoine culturel et conception écoresponsable.

À l’intérieur, le parcours du visiteur se structure autour de trois grands thèmes : la terre, l’innovation et l’éducation. L’espace consacré à la terre représente les initiatives phares de l’Ouzbékistan en matière de transition écologique. Les projets exposés couvrent différents domaines tels que l’énergie, la construction durable et la mobilité en montrant comment le pays agit pour préserver et valoriser ses ressources naturelles.

Les espaces dédiés à l’innovation et à l’éducation montrent la rencontre entre savoir-faire ancestral et technologies contemporaines. Les visiteurs peuvent découvrir des projets où artisanat traditionnel et outils numériques se combinent pour restaurer des monuments historiques, comme la mosquée Bibi-Khanym. Ces espaces soulignent l’importance de la transmission des connaissances et renforcent l’idée que le patrimoine ne se limite pas au passé, mais devient un support pour construire l’avenir.

Le parcours culmine au sein d’une plateforme circulaire immersive, entourée d’écrans à 360°, où le visiteur est plongé dans une projection multimédia symbolisant la transformation du pays. Des racines lumineuses représentent la connaissance qui s’enracine et se diffuse, tandis que des motifs traditionnels se fondent progressivement dans l’architecture contemporaine. Un grenadier en fleurs, emblème du renouveau, vient compléter cette narration visuelle et sonore, traduisant l’idée que le développement durable et la transmission culturelle peuvent coexister harmonieusement.

Au-delà de sa dimension esthétique et immersive, le pavillon joue un rôle politique et culturel. Porté par l’Uzbekistan Art and Culture Development Foundation, il affirme la place du pays sur la scène internationale et sa capacité à innover tout en valorisant son héritage. L’architecture, ouverte et traversante, favorise la rencontre et la circulation, incarnant l’idée d’un pays qui s’ouvre aux échanges culturels. Cette dimension sociale et symbolique est tout aussi importante que les aspects techniques ou scénographiques du projet.

Le pavillon de l’Ouzbékistan illustre également comment l’architecture temporaire peut devenir un terrain d’expérimentation pour la construction durable. La réflexion sur le cycle de vie des matériaux, la modularité de la structure et la scénographie immersive démontrent qu’une exposition éphémère peut transmettre un message puissant sur l’environnement et la responsabilité culturelle. Elle montre que chaque décision, depuis le choix des matériaux jusqu’à l’organisation des parcours, peut participer à un récit cohérent et inspirant.

L’architecture y devient un langage narratif et réflexif, un espace où le passé dialogue avec le futur et où le patrimoine s’allie à la technologie. Le pavillon démontre que l’architecture temporaire peut dépasser sa fonction de vitrine pour devenir un manifeste d’une société en mutation, alliant rigueur technique, symbolique poétique et conscience écologique. Ainsi, le pavillon de l’Ouzbékistan à l’exposition universelle 2025 s’affirme comme une réalisation où chaque détail, du socle de terre à la charpente en bois, participe à un même objectif : montrer qu’il est possible de concilier héritage, innovation et durabilité.

Textes et illustrations : Atelier Brückner GmbH, Birgit Meyer et Josef Sindelka (ill.)
Traduction, adaptations et réécriture : Margaux Simon, étudiante en Master 1, Faculté d’Architecture ULiège

Article paru dans Neomag #75 - décembre 2025

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Publié le vendredi 27 février 2026
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