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Salle polyvalente à Châteaufort, Yvelines, France

Salle polyvalente à Châteaufort, Yvelines, France

C’est le Domaine d’Ors, jouxtant le site de la vallée de la Mérantaise, et les anciens communs du château - dont trois ailes s’organisent symétriquement autour d’une cour à la façon d’un « U », qui furent choisis par la ville de Châteaufort dans les Yvelines pour remplacer son ancienne salle polyvalente devenue obsolète.

Le projet dans son environnement naturel et construit

Le site est ceinturé de bois ; au sud, une petite chapelle faisant face à l’entrée principale et au nord, une clairière choisie pour implanter l’extension contemporaine.

Le projet respecte et « côtoie » le patrimoine et l’environnement existants, et s’intègre à l’ensemble sans volonté expresse de disruption, s’insérant dans la typographie assez pentue ; deux galeries entièrement vitrées, plus basses, relient l’existant à la nouvelle salle. La toiture entièrement végétalisée participe à l’intégration du projet dans son cadre.

La superstructure se compose de deux voiles en béton armé aux extrémités sud et nord de la salle, qui soutiennent deux impressionnantes poutres reconstituées soudées en acier d’un mètre de hauteur, elles-mêmes supports pour les pannes transversales également en acier qui débordent pour créer de généreux porte-à-faux de toiture sur 2,5 mètres. La toiture « lévite » au-dessus des murs longitudinaux, créant des bandeaux de lumière naturelle fort propices à l’ambiance intérieure.

Pisé de terre et béton de chanvre

Les murs porteurs longitudinaux, culminant pour certains endroits à presque 6 mètres de hauteur, ferment la salle sur les côtés est et ouest ; ils sont conçus en pisé de terre sur une épaisseur de 60 cm, la matière première provenant directement du site. Cinq artisans qualifiés ont participé à l’édification des murs durant une trentaine de jours. Avec le support et l’expertise de CRAterre (le Centre international de la construction en terre basé à Grenoble et Villefontaine en France) et le bureau d’études Vessière, des analyses ont permis de vérifier la possibilité d’utiliser ces terres de site, la recette finale consistant en un assemblage de plusieurs matières, tantôt plus argileuses, tantôt plus sableuses, tantôt plus limoneuses, auxquelles ont été ajoutées des graviers et 7 % de chaux hydraulique en guise de stabilisation.

Les ouvrages en terre crue étant sensibles à l’eau, les détails de conception et d’exécution ont été étudiés conformément aux usages ainsi qu’aux règles de l’art : en témoignent les « pieds de mur » constitués d’un soubassement en béton, tantôt organisé en bande sur 30 cm de hauteur, tantôt organisé en gradins, protégeant le pisé des eaux de rejaillissement, ainsi que les « têtes de murs », couvertes par une bande d’arase également en béton et protégées des intempéries par le débordement de la toiture. Le pisé dessine sur les façades ses « strates » caractéristiques, de teinte ocre, proposant une intéressante matérialité.

Du côté intérieur, les murs en pisé sont doublés par un voile isolant de 20 cm d’épaisseur coulé in situ, laissé brut de finition et réalisé en béton chaux-chanvre ; c’est un système composé de chevrons verticaux et horizontaux en bois, entièrement noyé dans chacun des murs (pisé/béton de chanvre) qui solidarise ces deux derniers entre eux. Cet ensemble bio et géosourcé original a fait l’objet d’une ATEx (Appréciation Technique d’Expérimentation) de type b - soit « l’application d’une technique constructive innovante sur un chantier précis à réaliser » auprès du CSTB, propre à rassurer l’équipe de maîtrise d’œuvre ainsi que le maître d’ouvrage sur la faisabilité et la validité technique de l’ouvrage.

Ailleurs, ce projet qui présente de belles propositions afin de réduire son empreinte environnementale, profite d’une isolation poussée et d’installation techniques contemporaines propres à assurer un confort intérieur optimal, tant thermique qu’hygrométrique.

Repères

Maître d’ouvrage : Ville de Châteaufort
Architecte mandataire : Leo Berellini architecte
Architectes associés : Antonio Belvedere architecte (phase concours), Roger Elbaz architecte (économie et DET)
Stabilité : DVVD
Structure terre crue : Vessière

Textes : ©Leo Berellini architecte
Illustrations : ©Michel Denance ; adaptations et réagencements : Régis Bigot architecte & Innovation Project Manager Neobuild GIE ; nos remerciements à l’agence Metropolis Communication.

Article publié dans Neomag #75 - décembre 2025

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Publié le mardi 3 février 2026
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