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Une utilisation efficiente des matériaux et davantage de résilience

Une utilisation efficiente des matériaux et davantage de résilience

Pour construire les bâtiments de demain, il faut apprendre à «  faire mieux avec moins  », devise de CIMALUX. Cela implique des matériaux à faible empreinte carbone, des constructions optimisées et une conception inspirée de l’architecture vernaculaire, valorisant les ressources locales et renforçant la résilience climatique.

Interview de Christian Rech, Fondé de Pouvoir chez Cimalux

Qu’est-ce qui va changer avec la transposition de la nouvelle directive sur la performance énergétique des bâtiments ?

Cette nouvelle loi introduira des limites sur le carbone incorporé. Obligation nous sera donc faite de repenser notre manière de construire pour la rendre beaucoup plus efficiente.

Dans les premières phases de cette transposition, nous nous en sortirons en prenant des dispositions qui seront assez faciles à mettre en œuvre avec les matériaux dont nous disposons aujourd’hui : par exemple pour le gros-œuvre et les fondations, nous pourrons recourir à des ciments moins carbonés.

Il faudra cependant apprendre à composer avec les spécificités de ces ciments : le développement de leur résistance à jeune âge est plus lent, ce qui implique des délais de décoffrage rallongés, particulièrement en hiver. Par conséquent, il faudra réorganiser les chantiers, faire preuve de plus de flexibilité, être innovant et, dans certains cas, par exemple en sites contraints, recourir davantage à des éléments préfabriqués.

Mais, à l’avenir, les exigences relatives à la décarbonation, à l’économie circulaire et à l’utilisation efficiente des ressources deviendront de plus en plus pressantes. À cela s’ajoute le prix des matériaux dits « bas carbone ». Ainsi, le prix du béton, un matériau de masse à faible coût, sera amené à augmenter, car la décarbonation du ciment qui le compose requiert des investissements et des coûts opérationnels considérables.

Nous aurons ainsi tout intérêt à utiliser moins de matériaux en optimisant les systèmes constructifs : à faire mieux avec moins. Dans ce contexte, nous ne pourrons pas faire l’impasse sur la mixité des matériaux : à l’avenir, le béton sera de plus en plus combiné à de l’acier, du bois et différents types de structures légères. La préfabrication et la précontrainte seront également amenées à se développer.

Cela demandera également de nouvelles compétences…

Oui, et ce non seulement sur les chantiers, mais aussi dans les bureaux d’études et les cabinets d’architecture car il n’est pas évident d’associer des matériaux qui répondent à des cadres normatifs différents, d’assurer les fonctionnalités techniques de ces assemblages et leur harmonie architecturale.

Déterminer judicieusement les matériaux à utiliser pour une application donnée et faire en même temps les bons choix en termes de soutenabilité requiert sans aucun doute de nouvelles compétences.

Comment évaluer la durabilité d’un matériau ou d’un projet ?

Il existe une grille de lecture très large pour évaluer la durabilité et une pondération doit être faite entre différents critères (cf. tableau) : construire un bâtiment multifonctionnel qui évolue avec les usages peut être une bonne approche. Cela implique néanmoins aussi d’être prêt à investir davantage de ressources dans un bâtiment dont le potentiel d’évolution ne sera peut-être jamais activé.
Construire un bâtiment monofonctionnel avec des éléments démontables et réutilisables constitue une approche différente qui peut faire sens, pour autant que ces éléments soient robustes, durables et s’insèrent dans une économie circulaire viable.

Quoi qu’il en soit, notre réflexion doit toujours nous mener à la meilleure valorisation possible des ressources qui composent les bâtiments, que ce soit en les réutilisant, en les transformant, ou en les recyclant. Quels critères favoriser en fonction de quels objectifs constitue une réflexion à mener par l’ensemble des parties prenantes de la chaîne de valeur de la construction : maîtres d’ouvrage, investisseurs, architectes, ingénieurs, entreprises de construction, industriels, etc., sans oublier le législateur.

Tout cela n’est peut-être pas aussi complexe qu’il n’y paraît. À l’époque préindustrielle, construire se faisait avec des ressources limitées, disponibles localement. Sans moyens de transport efficaces, les importations étaient limitées aux projets hors-normes. Il fallait travailler dans un souci d’économies de moyens et s’adapter au mieux aux conditions environnementales et de faisabilité. On ne construit pas un mas en Provence comme on construit une longère en Normandie.

Aujourd’hui, nous ne sommes plus liés à ces contraintes. Nous disposons d’un catalogue infini de matériaux et de solutions constructives qui peuvent provenir de la Terre entière. La facilité nous conduit à dépenser beaucoup plus d’énergie et de ressources que ce que nous autorisent les ressources terrestres disponibles et l’impact de nos activités sur le climat et l’environnement.
L’architecture vernaculaire a beaucoup à nous apprendre dans ce contexte. Ceci également en termes de résilience face aux conséquences du dérèglement climatique, qu’il s’agisse d’inondations, de tempêtes ou de vagues de chaleur.

Et si l’on parle de résilience, je crains que nous devions également commencer à réfléchir aux attaques de guerre. La guerre en Ukraine est une réalité européenne. Pouvons-nous nous permettre de ne pas penser nos bâtiments pour garantir la sécurité de leurs occupants et la continuité fonctionnelle ? Je ne dis pas que chaque résidence doit être dotée d’un bunker. En revanche, quand on construit par exemple un nouvel hôpital, peut-être faudrait-il réfléchir au fait de pouvoir un jour être capable mettre des patients à l’abri et continuer à opérer dans de bonnes conditions.

Nous sommes à la croisée de tous les possibles en termes de menaces, que cela nous plaise ou non. Il nous reste à assumer notre responsabilité envers les générations futures.

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #76 - janvier 2026

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Publié le mardi 10 février 2026
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