
Digitalisation et décarbonation, deux leviers de compétitivité
Depuis plus de 20 ans, l’objectif de l’IFSB est d’accompagner les entreprises du secteur de la construction au Luxembourg dans les transitions qu’il traverse, en travaillant sur différents aspects-clés comme la décarbonation des activités ou la digitalisation des processus. Focus sur les projets DigiBuild et 0 CO2 Chantier.
Interview d’Alexis Sikora, directeur de l’IFSB
DigiBuild, des plans papier à la tablette
« Cela fait déjà plusieurs années que le digital a fait son apparition dans le quotidien des entreprises de construction. Malheureusement, certaines ne sont pas encore suffisamment armées pour l’intégrer dans leurs activités », explique Alexis Sikora, directeur de l’IFSB. « Pourtant, la digitalisation, aujourd’hui, n’est plus une question de choix pour les entreprises. La réalité du marché est telle que, pour rester compétitive, une entreprise doit toujours gagner du temps et offrir une qualité irréprochable. Et les outils digitaux participent à répondre à ces problématiques ». Pour soutenir les entreprises dans cette mutation, l’IFSB démarre le déploiement, depuis ce mois de janvier 2026, d’une série de formations à orientation digitale.
Cette nouvelle offre s’inscrit dans le cadre du projet DigiBuild, soutenu par le Fonds Social Européen (FSE) et mis en œuvre par l’IFSB avec l’appui du ministère de l’Éducation nationale via le Centre National de Formation Professionnelle Continue (CNFPC). L’ambition de ce projet est de favoriser l’intégration des outils numériques au sein des entreprises du secteur.
La nouvelle offre s’appuie sur trois piliers. Le premier est l’intégration du BIM sur les chantiers de construction. « Le BIM est un élément essentiel non seulement en phase de conception, mais aussi lors du développement d’un projet. C’est pourquoi il était important pour nous d’anticiper l’utilisation des plans numériques et de la maquette BIM par les chefs d’équipe et les chefs de chantier. Le BIM leur permet de se référer à des plans qui sont toujours à jour pour la réalisation de leurs activités. L’utilisation de tablettes sur les chantiers étant amenée à se généraliser au cours des prochaines années, il faut que les salariés sur chantier soient BIM Ready, c’est-à-dire capables d’utiliser correctement les plans en 3D, sans que cela soit perçu comme une contrainte dans leur travail quotidien », précise-t-il. Dans ce cadre, l’IFSB travaille notamment avec le CRTI-B pour la définition des besoins et l’adéquation avec les politiques nationales de déploiement du BIM.
Une autre thématique est l’implémentation, dans les petites et moyennes entreprises du secteur, d’ERP (Enterprise Resource Planning ou planification des ressources d’entreprise en français), des logiciels qui permettent de centraliser, de standardiser et d’automatiser certains flux de données et d’améliorer ainsi leur gestion administrative et opérationnelle. « Concrètement, dans ces formations, nous nous ne basons pas uniquement sur les aspects théoriques des ERP, sur ce qu’ils peuvent rapporter à l’entreprise en termes financiers, de temps et de qualité -, mais aussi et surtout sur des retours d’expériences d’entreprises qui ont déjà commencé à travailler avec ce type de logiciel. Nous partageons également notre propre expérience. En effet, nous-mêmes, au sein du groupe CDEC et à l’IFSB, nous avons intégré un ERP et nous avons été confrontés aux mêmes problématiques que toute entreprise : résistance au changement, définition des besoins, maîtrise des coûts, etc. ».
Enfin, le troisième pilier est l’utilisation de l’intelligence artificielle. « On entend parler tous les jours de l’IA, tantôt pour les craintes qu’elle soulève en termes d’emploi par exemple, tantôt en tant que solution miracle. En réalité, elle permet aux entreprises d’accéder rapidement à des bases de données techniques pour répondre à certaines problématiques. L’IA peut apporter par exemple des solutions permettant la diminution de la consommation des ressources sur chantier. Elle peut également leur faciliter le quotidien, par exemple en établissant des comptes-rendus des réunions qui s’opèrent sur le chantier. Elle offre de nombreuses possibilités, mais il est nécessaire que les entreprises adoptent une démarche d’intégration structurée, avec des besoins clairement définis que ce soit pour la gestion administrative de l’entreprise ou pour la gestion opérationnelle des chantiers, tout en garantissant la protection des données. Nous souhaitons aider les entreprises à travers des formations qui répondent aux enjeux actuels et futurs liés à l’IA pour le secteur de la construction. Notre approche est de vulgariser l’IA et non d’en faire un totem digital qui va résoudre tous les problèmes. Si elle est intégrée de manière incorrecte, sans savoir ce que l’on veut, on va droit dans le mur », poursuit Alexis Sikora. Cette formation aussi comprendra des retours d’expériences d’entreprises ayant déjà intégré l’IA dans leurs process, ainsi que des exercices pratiques et/ou des mises en situation.
0 CO2 Chantier, des chantiers électrifiés et autonomes en énergie
En parallèle de DigiBuild, un autre projet FSE+ qui occupe l’IFSB est 0 CO2 Chantier. Soutenu par le ministère de l’Environnement et le ministère du Travail, il a démarré en juillet 2024 et se terminera en juillet 2026.
« Aujourd’hui, il est assez facile de poser des panneaux photovoltaïques sur une toiture : les techniques sont maîtrisées, les coûts sont abordables avec une rentabilité rapide. À l’IFSB, nous avons réalisé plusieurs projets dans ce sens : dans une première phase, nous avons installé des panneaux photovoltaïques en toiture et nous sommes en train de finaliser une deuxième phase, plus innovante, où nous installons des panneaux non seulement en toiture, mais aussi en façade. Mais nous voulons aller encore plus loin et décarboner les chantiers en électrifiant les usages et en produisant de l’énergie directement sur chantier ».
C’est le but visé par le projet 0 CO2 Chantier à travers une série de formations qui traitent de l’optimisation énergétique lors de la gestion des chantiers. L’ambition de ce projet est d’aider les entreprises à réaliser des économies d’énergie en adoptant une vision large qui inclut la production, le stockage et la consommation d’énergie verte directement sur le chantier au moyen de panneaux photovoltaïques installés sur les containers, couplés à des bornes de recharge des véhicules et engins, ainsi qu’à des systèmes de recharge du matériel électroportatif.
« Les solutions que nous proposons permettent de pallier les problématiques d’autonomie des véhicules et de limiter l’impact carbone du chantier, mais aussi d’optimiser les processus et les flux, en se basant notamment sur les principes du Lean Management, ce qui aboutit à un chantier mieux organisé, avec des risques réduits et une qualité d’exécution renforcée », conclut-il.
Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #76 - janvier 2026

