
CRCO2C : un projet FSE pour accompagner la transition bas carbone du BTP
Alors que la décarbonation du secteur de la construction s’impose comme un impératif, l’IFSB s’engage pour une transition durable des pratiques. Avec le projet CRCO2C, soutenu par le Fonds social européen et le ministère du Travail, l’institut accompagne les salariés d’encadrement dans l’adaptation de leurs compétences aux nouvelles exigences.
Interview de Vitor Figueira, Responsable « nouvelles techniques de construction » à l’IFSB
Parlons de la genèse du projet CRCO2C…
À l’IFSB, cela fait déjà plusieurs années que nous travaillons sur la décarbonation du secteur de la construction. En 2023, dans le cadre du programme du Fonds social européen « Investir dans le futur », nous avons pris la décision de déposer quelques projets liés à cette thé- matique, dans le but de préparer les salariés à la transition qu’impose le réchauffement climatique mondial.
Le projet CRCO2C est un de ces projets. Il vise à accompagner les salariés d’encadrement dans l’évolution vers des techniques de construction plus durables, pour permettre aux entreprises de répondre aux enjeux environnementaux actuels et futurs. Le FSE finance le développement des parcours de formation ainsi que les prestations en formation. Le ministère du Travail finance également en partie ce projet.
Quel est le rôle de l’IFSB ?
Notre rôle est de mettre en place une stratégie : nous devons avoir une vision à long terme pour le secteur et proposer des parcours de formation adaptés aux changements de législation liés aux objectifs européens en termes de changement climatique, mais aussi à l’évolution du marché luxembourgeois de la construction.
Un travail d’identification des besoins des entreprises de construction a d’abord été mené par nos équipes, en amont de la partie d’ingénierie pédagogique dédiée à la formation professionnelle sectorielle. Il consistait à analyser les besoins et à les confronter aux évolutions à venir du secteur, tout en tenant compte de sa réalité actuelle. Sur cette base, nous avons défini des sujets prioritaires – des « titres de formation ». Lorsque nous développons un parcours lié à un titre, nous recherchons les nouveaux matériaux, techniques, outils ou process adaptés à une construction plus durable et respectueuse de l’environnement.
Ensuite, nous avons élaboré le concept pédagogique et les supports de cours. Notre approche repose toujours sur la théorie et la pratique. Pour le public d’encadrement, la pratique se traduit souvent par des visites de projets-pilotes. Pour la théorie, nous nous appuyons aussi sur les retours d’expérience du terrain. L’évolution du secteur ne dépend pas uniquement de la volonté des entrepreneurs, mais aussi de celle des donneurs d’ordre, des prescripteurs et des promoteurs, privés et publics. C’est pourquoi nous adaptons nos parcours pour qu’ils se sentent concernés. L’objectif est de créer une continuité avec les entreprises, afin qu’elles soient prêtes à répondre aux nouveaux marchés intégrant des exigences d’économie circulaire, de végétalisation des bâtiments ou encore d’utilisation de matériaux bas carbone.
Après validation des contenus, l’organisation des sessions de formation et l’échange avec les participants a pu commencer. C’est une des phases les plus enrichissantes pour nous tous.
Une campagne de communication a également été enclenchée sur les réseaux sociaux, via des partenaires, des réunions de présentation ou des mailings ciblés pour faire connaître nos parcours et leurs objectifs aux entreprises de construction.
Peux-tu nous donner plus de détails sur les parcours de formation ?
Nous avons développé une douzaine de parcours pensés pour couvrir tous les aspects : de la conception à l’exécution des bâtiments, en passant par la gestion des marchés.
Parmi ces parcours, la formation courte « Éco-construction et construction bas carbone – les essentiels » s’adresse à un public très large et vise à sensibiliser, à expliquer pourquoi et comment le secteur évolue, et quelles adaptations sont nécessaires.
Sur cette base sont déclinés des modules plus approfondis, par exemple : « Analyse du cycle de vie d’un bâtiment », « Conception bas carbone et circulaire » ou encore « Introduction à l’économie circulaire appliquée à la construction ».
L’idée de ce dernier est d’apprendre à identifier les opportunités de réemploi dans un projet de construction ou de rénovation.
Nous avons aussi prévu un module « Économie circulaire et éléments préfabriqués », car la préfabrication ouvre de nouvelles perspectives de construction hors site : fabriquer des éléments en atelier, puis les transporter et les assembler sur chantier permet d’offrir de meilleures conditions de travail, plus confortables et sécurisées, dans la construction.
Sur la thématique de l’économie circulaire, nous avons également développé les parcours « Intégrer l’économie circulaire au montage d’opérations de construction » et « Répondre à un appel d’offres économie circulaire ».
Nous proposons un module « Assainissement énergétique des bâtiments » qui s’inscrit dans une démarche orientée rénovation, car réduire l’empreinte carbone passe aussi par l’amélioration de la performance énergétique des bâtiments existants. Dans ce cadre, nous réalisons des simulations et analyses pour apprendre à évaluer un bâtiment existant et à proposer des solutions adaptées à sa rénovation énergétique. L’idée est de comprendre comment diminuer l’empreinte carbone liée à la consommation d’énergie, tout en explorant des outils de simulation utiles pour la rénovation.
Le module « Végétalisation des bâtiments » ne se concentre pas seulement sur la toiture ou la façade végétalisée, mais il prend aussi en considération l’impact du projet sur son environnement et sur l’écosystème qui vit sur le terrain. Nous réfléchissons, avec les participants, à des solutions pour compenser le retrait des surfaces naturelles, afin de maintenir la biodiversité, à limiter les îlots de chaleur, à améliorer la rétention d’eau et, plus globalement, à rendre le projet plus résilient face au changement climatique.
Enfin, nous avons développé deux parcours orientés vers la construction bas carbone : « Structure du bâtiment : intégration des matériaux biosourcés » et « Enveloppe du bâtiment : intégration des isolants biosourcés ». Ils permettent de découvrir des techniques et matériaux comme le bois, le béton bois ou encore le chanvre, déjà validés par les normes en vigueur et techniquement maîtrisés.
Au-delà des aspects techniques de la construction et de la conception des bâtiments, nous traitons aussi le volet stratégique du développement durable, et notamment la mise en œuvre de la Corporate Sustainability Reporting Directive, dans le module « CSRD : ESRS environnementaux et plan de transition », afin d’aider les entreprises à anticiper les évolutions du marché et à comprendre comment leurs activités et leurs financements seront bientôt impactés.
Quelle est la durée du projet ?
Le projet a débuté en janvier 2024 et se termine théoriquement en décembre 2025, mais nous avons demandé une prolongation de 6 mois afin de permettre à de nouvelles entreprises de profiter des conditions du projet.
Quels sont ses objectifs et les résultats attendus ?
Nous nous étions fixé un objectif de 400 participants, et nous en comptons aujourd’hui 267. Il reste donc 133 places disponibles pour les personnes intéressées. Quelques sessions sont encore prévues cette année, et de nouveaux créneaux seront bientôt annoncés en 2026. Les inscriptions restent ouvertes : si la formation affiche complet, il est possible de s’inscrire sur liste d’attente et nous réagirons rapidement pour proposer de nouvelles dates. Aucun frais d’inscription n’est à prévoir et une prime climat compétences de 135 euros par jour de formation et par participant est versée à l’entreprise.
Mélanie Trélat
Article publié dans Neomag #75 - décembre 2025
