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Dans un secteur en transition, les compétences font la différence

Dans un secteur en transition, les compétences font la différence

Face à la pénurie de main-d’œuvre, à l’envolée des coûts, aux exigences climatiques et à la digitalisation, il est fondamental de réinventer les métiers, les méthodes de travail et les compétences pour maintenir la compétitivité des entreprises. L’IFSB se positionne comme un acteur-clé pour accompagner cette transition.

Interview de Vitor Figueira, responsable Nouvelles techniques de construction à l’IFSB.

Quelles sont les contraintes qui pèsent aujourd’hui sur les entreprises et sur les chantiers ?

Le secteur peine à recruter et à retenir des talents, en particulier dans les métiers manuels et techniques. L’âge moyen y est élevé, les départs en pension sont donc nombreux. Beaucoup de salariés sont aussi retournés dans leur pays d’origine pendant la crise et ne sont jamais revenus. À cela s’ajoutent les prix très élevés des logements qui découragent les potentiels immigrants à venir travailler dans la construction au Luxembourg. Un des principaux défis que nous devons relever est donc d’augmenter l’attractivité de nos métiers envers les jeunes et les personnes en reconversion.

Par ailleurs, les fluctuations géopolitiques et les ruptures de chaînes d’approvisionnement entraînent une hausse des coûts des matériaux (acier, bois, etc.) et de l’énergie, et cela impacte directement les marges et la compétitivité des entreprises.

La construction est également un secteur fortement émetteur de gaz à effet de serre. L’objectif de neutralité à l’horizon 2050 exige une réduction drastique de l’empreinte carbone des bâtiments, qui passe notamment par l’utilisation de matériaux biosourcés (comme le bois, le chanvre ou la terre) et bas carbone (comme le béton bas carbone). Mais la conformité en termes de qualité, de sécurité et de performances devient de plus en plus coûteuse et complexe à garantir.

Enfin, nous sommes à un véritable virage technologique : les entreprises doivent intégrer de nouveaux outils digitaux comme le BIM, l’intelligence artificielle ou les drones pour améliorer leur productivité, la sécurité et la qualité du travail.

Pris ensemble, tous ces facteurs sont difficiles à intégrer et à maîtriser par le secteur. C’est pourquoi nous devons soutenir les entreprises de construction, qui constituent un pilier fondamental de notre économie.

Comment la manière de travailler, les métiers et les besoins en compétences sont-ils impactés ?

Les phases de conception et de développement d’un projet sont cruciales. Plusieurs méthodologies sont utilisées pour la planification et la conception, mais beaucoup d’outils ne sont pas encore standardisés dans notre secteur. Lorsqu’une erreur survient au niveau de la planification, elle a des répercussions directes sur la production : temps d’arrêt, diminution de la production et mise en place de solutions improvisées… Tout cela a un impact négatif en augmentant le stress et en réduisant la rentabilité.

Quelles sont les compétences qui deviennent prioritaires pour les entreprises ?

Parmi les compétences qui deviennent prioritaires aujourd’hui, il y a la maîtrise des outils numériques (BIM, IA, ERP), la capacité à communiquer et à collaborer de manière renforcée entre acteurs du chantier, les compétences comportementales ou soft skills, et enfin l’adaptation aux nouvelles techniques, en particulier la préfabrication en 2D et en 3D, ce pour quoi je pense que nous avons de très bons professionnels parmi les applicateurs au Luxembourg.

Comment la formation accompagne-t-elle la montée en compétences liée à l’industrialisation et à la digitalisation ? Pourquoi est-il primordial que les entreprises forment leurs salariés dès aujourd’hui ?

La formation est un élément très important dans la chaîne de valeur. Modifier une stratégie peut se faire relativement rapidement sur le papier, mais la mettre en place est un processus bien plus long et complexe. Et la formation est une étape-clé dans cette évolution.

Notre rôle, à l’IFSB, est d’identifier de nouvelles techniques de construction en Europe et de vérifier si ces techniques sont adaptées au Luxembourg et peuvent s’y déployer. Notre logique de formation est organisée de manière chronologique : nous préparons, dans un premier temps, les salariés d’encadrement et dans un second temps, les applicateurs. Nous avons donc la capacité de former les conducteurs de travaux à la construction en bois et ensuite de reconvertir des maçons-coffreurs en assembleurs de bâtiments en bois, par exemple.

Les techniques évoluent, les aspects liés à la sécurité sont de plus en plus présents sur nos chantiers, il est donc plus important que jamais de former les salariés afin d’éviter des erreurs qui peuvent s’avérer irréversibles. D’autant plus que les investissements lors de la construction sont de plus en plus élevés, ce qui réduit encore davantage la marge d’erreur.

Notre mission est de préparer les salariés aux défis techniques et de sécurité et santé au travail.

Quelles sont les formations proposées par l’IFSB dans ce sens ?

Notre catalogue de formations est vaste et nos différents services proposent une offre adaptée à chaque métier. Je citerais, par exemple, les formations liées à l’utilisation et à l’application des matériaux biosourcés, les formations sur le lean management appliqué à la construction, les parcours axés sur la décarbonation du secteur, ou encore le module « construction en bois ».

En 2026, nous mettrons en place de nouveaux parcours qui seront axés sur l’implémentation de l’IA et des ERP dans leurs process. Elles visent à aider les entreprises à mieux intégrer la digitalisation et ainsi, à profiter pleinement des avantages qu’elle offre en termes de productivité et de qualité.

Un module BIM pour les applicateurs sera également développé. Il sera destiné en particulier aux chefs d’équipe et aux chefs de chantier. L’utilisation du plan papier devient, en effet, obsolète car il peut être source d’erreurs, comme l’utilisation d’un mauvais indice que ne comprend pas encore certaines modifications, par exemple.

Quelle est la place de l’industrialisation et de la préfabrication hors-site dans cette transition ? Et quels sont ses bénéfices concrets ?

L’industrialisation est un levier essentiel pour notre secteur. Construire hors-site permet de maîtriser plus facilement les coûts, de diminuer les gaspillages, d’éviter les arrêts dus aux conditions climatiques, mais surtout de construire plus rapidement et de répondre ainsi aux besoins du marché. Sans oublier que cette nouvelle manière de construire peut être un atout de taille pour attirer la nouvelle génération dans notre secteur, une génération connectée qui n’a aucun souci à travailler avec des robots pour assurer le développement des bâtiments du futur. Bien sûr, nous aurons toujours des étapes qui doivent se faire sur site, mais qui seront maîtrisées en conception pour réduire les coûts.

Article paru dans Neomag #76 - janvier 2026