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Tous engagés pour la vision zéro

Tous engagés pour la vision zéro

Déployée depuis une dizaine d’années, la démarche VISION ZERO, portée conjointement par l’AAA, l’UEL et l’INDR, érigée en stratégie nationale en 2022, poursuit son développement. C’est dans ce contexte que se tiendra la 19e édition du Forum Sécurité- Santé au Travail, le 25 mars 2026 à LuxExpo The Box.

Interview de Georges Wagner, Chargé de direction, et Elio Rerman, Chargé d’études du service prévention, à l’Association d’Assurance Accident (AAA)

Globalement, quelle est la situation au Luxembourg en matière de sécurité et santé au travail ?

Georges Wagner : Au Luxembourg, la sécurité et la santé au travail (SST) occupent une place de plus en plus centrale dans les entreprises, qui y voient désormais un enjeu à la fois humain et économique. La stratégie VISION ZERO a été lancée en 2016.

Comment la situation a-t-elle évolué depuis ?

GW : VISION ZERO est, au départ, une campagne internationale et le Luxembourg était un des premiers pays à l’avoir mise en place. En 2022, elle a été adoptée par le Gouvernement et est devenue une stratégie nationale. Le but est de sensibiliser les entreprises à investir dans la sécurité et la santé au travail pour améliorer la situation de leurs salariés.

Depuis son lancement, la fréquence des accidents a diminué de près de 40 %, ce qui montre que la prévention fonctionne.

Vous organisez chaque année le Forum Sécurité-Santé au Travail. Quel est aujourd’hui son rôle dans le paysage luxembourgeois de la prévention ? À quel public s’adresse-t-il ?

GW : Le Forum est un lieu de rencontre pour tous les acteurs de la SST : les chefs d’entreprises mais également les salariés désignés et délégués à la sécurité, ainsi que tous les organismes de formation ou acteurs présents dans le domaine, par exemple les experts en ergonomie ou risques psychosociaux.

Tout au long de la journée du 25 mars 2026, les visiteurs pourront parcourir une centaine de stands d’exposants venus présenter leurs produits et services dans le domaine de la SST. Ils pourront aussi participer à des workshops sur différentes thématiques ; ces workshops sont d’ailleurs reconnus comme formation continue pour les salariés désignés.

Dans la matinée, nous remettrons le Prix SST conjointement avec l’ITM, la Direction de la santé, l’Union des Entreprises Luxembourgeoises (UEL) et l’INDR. Nous en profiterons également pour présenter le nouveau logo de la VISION ZERO.

Y aura-t-il des nouveautés cette année ?

GW : La nouveauté cette année sera la présence de plusieurs institutions françaises, allemandes et internationales, dont l’AISS (Association internationale de la sécurité sociale), qui disposera d’un stand.

Vous avez parlé d’un nouveau logo. Pourquoi avoir revu votre identité visuelle ?

GW : Cette nouvelle image reflète l’évolution du monde du travail. Au fil des années, nous avons assisté à de nouveaux enjeux comme le vieillissement de la population active, la mobilité qui est de plus en plus sous tension, l’augmentation de la charge mentale ou encore la réorganisation du travail liée au télétravail. La VISION ZERO se doit donc également d’évoluer en conséquence.

Dans quel sens va-t-elle évoluer ?

GW : Jusqu’à présent, nous avons toujours mis en avant la sécurité et la santé au travail. Désormais, nous y ajoutons un troisième volet qui est le bien-être au travail. C’est sur ce point que nous investirons davantage à l’avenir.

Pouvez-vous nous parler de la nouvelle campagne de sensibilisation au risque routier dans un contexte professionnel que vous avez citée ?

Elio Rerman : Pour l’AAA, le risque professionnel lié aux accidents de la circulation englobe aussi bien les trajets domicile-travail allers et retours, que l’ensemble des déplacements effectués dans le cadre de missions professionnelles : rendez-vous chez un client, déplacements entre chantiers ou livraison de matériel.

Environ 3.000 accidents de trajet sont déclarés chaque année, et c’est un risque qui peut malheureusement parfois avoir une issue fatale puisque, de 2019 à 2024, nous avons enregistré 25 décès liés à des accidents de ce type.

Dans sa nouvelle campagne « sécurité routière au travail – les petites contraintes », l’AAA a choisi d’aborder le sujet sur le ton de l’humour, parce que c’est un vecteur fort pour faire passer des messages de prévention. La campagne est diffusée sur plusieurs canaux afin de toucher un large public.

Depuis la mi-février, les messages sont relayés via 45 panneaux routiers sur le réseau national, des spots radio et les réseaux sociaux.

Pourquoi avoir choisi l’angle des « petites contraintes » ?

ER : Nous essayons de prendre en compte les réticences parfois exprimées sur les chantiers, par exemple l’idée que le port du casque peut être perçu comme une contrainte, et nous cherchons ensuite à y répondre par une approche pédagogique.

Certes, le port du casque, qu’il s’agisse d’un casque de chantier, de vélo ou de moto, peut parfois sembler contraignant, mais il apporte un gain majeur en matière de sécurité. Le message principal de la campagne est donc que ces petits efforts en valent la peine, car ils permettent de sauver des vies.

Cela vaut d’ailleurs pour l’ensemble des sujets abordés par notre campagne sécurité routière au travail, notamment le port de la ceinture, le respect des distances de sécurité ou encore les risques liés à l’alcool au volant.

Comment les employeurs peuvent-ils s’approprier cette campagne et la relayer auprès de leurs équipes ?

ER : Nous mettons différents outils de prévention à la disposition des entreprises, qui sont disponibles sur le site www.visionzero.lu.

Parmi ces outils figure une affiche de participation, personnalisable avec le logo de l’entreprise. Au-delà de l’aspect symbolique, cette affiche joue aussi un rôle de support de sensibilisation, puisqu’elle reprend les grands thèmes de la campagne.

Par ailleurs, la campagne se décline sous forme de présentation PowerPoint, un format choisi pour sa simplicité et qui permet, par exemple, à un salarié désigné d’animer un quart d’heure sécurité autour d’une des thématiques abordées.

De nouvelles fonctionnalités ont été récemment introduites sur MyGuichet.lu pour simplifier les démarches administratives en cas d’accident, quels retours en avez-vous aujourd’hui ?

GW : Cela fait environ un an et demi que la déclaration électronique d’accident du travail / de trajet est disponible sur MyGuichet.lu pour les employeurs.

Le bénéfice est évident : pour la victime, c’est un gain de temps de deux à trois semaines sur la procédure d’instruction du dossier, et pour l’entreprise, c’est une transparence et une traçabilité accrues, ainsi qu’un retour plus rapide de l’administration.

Nous sommes désormais en train de développer le volet assuré, ce qui signifie que les salariés, victimes d’un accident du travail, d’un accident de trajet ou d’une maladie professionnelle, pourront déposer leurs demandes de prestations électroniquement d’ici la fin de l’année.

Actuellement, ils peuvent déjà visualiser en ligne les accidents du travail, maladies professionnelles ou accidents de trajet les concernant qui ont été déclarés auprès de l’AAA, modifier leurs coordonnées bancaires ou demander des certificats.

Pensez-vous que les outils numériques contribuent aussi, indirectement, à améliorer la prévention et la réactivité en matière de sécurité au travail ?

GW : Oui, clairement. Au-delà des campagnes digitales que nous menons, les entreprises s’appuient de plus en plus sur des outils numériques pour gérer la sécurité au quotidien.

Il existe notamment des applications mobiles dédiées, utilisées par exemple pour le signalement d’incidents ou de situations à risque détectées sur le terrain, qui permettent aux collaborateurs de transmettre directement l’information aux responsables sécurité, ce qui améliore à la fois la réactivité et la prévention.

Le numérique prend aussi une place croissante dans la formation. De nombreux organismes ont recours à la réalité virtuelle, que ce soit pour la formation à la conduite d’engins de chantier ou pour des modules plus théoriques. À l’aide de casques, il est possible de simuler des situations dangereuses, d’identifier les risques et d’apprendre à réagir dans un environnement immersif, sans exposition réelle au danger.

Quel message souhaiteriez-vous adresser aux dirigeants, chefs de chantier et responsables sécurité du secteur de la construction à l’approche du Forum SST ?

GW : Nous avons tous un objectif commun, qui est d’ailleurs le slogan de notre stratégie : « Tous engagés pour la VISION ZERO ».

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #77 - mars 2026

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Publié le mercredi 18 mars 2026
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