
Réduire les risques dans les entreprises artisanales : un intérêt commun
Prévention des accidents, formation des travailleurs désignés, VISION ZERO, sensibilisation au bien-être et à la santé mentale… Pour la Chambre des Métiers, la sécurité et la santé au travail sont un véritable levier de professionnalisation et de performance pour les entreprises artisanales.
Interview de Gilles Walers, directeur des affaires stratégiques, juridiques & européennes, et Rafael Raimundo, Chef du service de la Formation continue à la Chambre des Métiers
Que représentent la sécurité et la santé au travail pour la Chambre des Métiers ?
Gilles Walers : C’est un de nos chevaux de bataille ! Nous sommes représentés au sein de plusieurs institutions, autorités et organisations liées à ces thématiques, par exemple à l’Association d’Assurance Accidents (AAA) ou au Service de Santé au Travail Multisectoriel (STM). Nous intervenons également sur ce sujet dans le cadre de nos formations. Et nous sommes activement engagés dans la stratégie VISION ZERO, qui a une large dimension artisanale et sectorielle, notamment dans sa deuxième phase. Enfin, notre initiative « Make. Shape. Create. A Better Place to Work » vise à intégrer la sécurité, la santé et le bien-être au travail dans les entreprises artisanales. Cette initiative constitue une sorte de maillon manquant, assurant la cohérence entre tous les aspects de la sécurité et de la santé au travail.
Comment abordez-vous cette thématique dans votre offre de formation ?
Rafael Raimundo : Pour ce qui est du secteur de la construction, nous travaillons en synergie avec nos deux partenaires historiques spécialisés : l’IFSB qui couvre le gros œuvre, et les Centres de Compétences qui se concentrent sur le génie technique et le parachèvement. La sécurité est un intérêt commun sur lequel nous cherchons à adopter une position concertée, dans l’intérêt des entreprises.
La Chambre des Métiers, elle, répond aux besoins des métiers de l’artisanat qui ne relèvent pas du secteur de la construction. Ce périmètre regroupe notamment les secteurs de l’alimentation, de la mécanique, de la transformation métallique, de la coiffure ou encore de l’esthétique. Elle propose également une formation destinée aux artisans issus de secteurs non explicitement répertoriés, afin de leur offrir un parcours qui s’appuie sur des cas pratiques adaptés à leurs réalités professionnelles et de leur permettre d’être formés de manière optimale à leurs missions. Elle accompagne ainsi l’ensemble de ces professions en tenant compte de leurs spécificités opérationnelles et organisationnelles, afin d’ajuster au mieux les services, les outils et l’accompagnement mis à leur disposition.
De manière générale, nous intégrons la sécurité-santé dans l’ensemble de notre catalogue. Elle figure, notamment, de manière systématique, dans les Brevets de Maîtrise : chaque programme-cadre, qui définit le contenu spécifique du diplôme, inclut dès le départ des modules sur la sécurité-santé. Chaque entreprise doit se doter d’un travailleur désigné de niveau A, B ou C, selon sa taille et les risques auxquels sont exposés ces salariés. La finalité du Brevet de Maîtrise est que son détenteur puisse créer sa propre entreprise tout en formant d’autres personnes. La majorité des brevets garantit néanmoins que le volet sécurité est couvert au niveau A, destiné aux entreprises de 1 à 15 salariés.
Comment votre engagement dans la stratégie VISION ZERO se traduit-il ?
GW : Nous nous impliquons dans la VISION ZERO via l’Union des entreprises luxembourgeoises (UEL), qui en est le partenaire officiel. Notre rôle, notamment dans la deuxième phase de la stratégie, qui est en cours depuis 2023, est de décliner cette vision de manière sectorielle. Certains métiers de l’artisanat présentent en effet des risques plus élevés que d’autres, et la construction en fait partie.
Dans ce contexte, nous avons par exemple mené une étude d’accidentologie sur les travaux en hauteur. Cela nous a permis d’identifier précisément les situations à risque, les types d’accidents qui surviennent et les moments critiques. Nous avons cherché à être le plus détaillé possible afin de proposer ensuite des actions concrètes, avec les outils et les conseils nécessaires pour sensibiliser nos ressortissants et les accompagner dans la mise en œuvre de mesures de sécurité.
Nous collaborons également étroitement avec l’AAA, qui intervient pour conseiller et guider les entreprises dans l’application de ces mesures, le but étant de créer un environnement de travail plus sûr.
Enfin, nous participons au Forum Sécurité-Santé et nous intervenons lors d’événements spécifiques organisés avec nos partenaires, que ce soit l’AAA, le STM ou l’Inspection du Travail et des Mines. Nous organisons aussi nos propres événements et sessions de formation, axés sur des sujets pratiques, pour répondre aux besoins des différentes fédérations de la Fédération des Artisans.
Comment communiquez-vous sur le sujet ?
GW : Nous veillons à ce que toute information soit adaptée au public cible, qu’il s’agisse des employeurs ou des employés. L’objectif est de rendre les messages accessibles, en tenant compte du niveau de compréhension de chacun : dans un souci d’efficacité, nous utilisons parfois des pictogrammes, de courtes vidéos et des textes simplifiés.
Nous sensibilisons également les entreprises à se faire labelliser « Sécher a Gesond mat System ». Nous nous positionnons comme intermédiaire entre les entreprises et l’AAA qui aide les entreprises à identifier les points à améliorer, proposer des solutions simples et accompagner leur mise en place. Ces mesures consistent souvent à réorganiser ce qui existe déjà.
Et la santé mentale ?
GW : Dans le cadre de notre initiative « Make. Shape. Create. A Better Place to Work », nous avons cherché à sensibiliser nos ressortissants aux situations de stress mental sur les chantiers, car elles peuvent aussi conduire à des accidents. Nous intervenons également à travers nos formations et Brevets de Maîtrise modernisés qui intègrent désormais les notions de troubles musculosquelettiques, de troubles psychosociaux et d’ergonomie. L’objectif n’est pas d’éliminer tous les risques — ce qui serait impossible —, mais de les réduire au minimum et d’encourager des pratiques de travail plus sûres et plus saines. Cette approche est renforcée par la VISION ZERO, qui élargit désormais son champ d’action au bien-être, en ligne avec la stratégie internationale.
Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #77 - mars 2026
Photo : Gilles Walers et Rafael Raimundo
