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Former à la sécurité, sans se mettre en danger

Former à la sécurité, sans se mettre en danger

Dans un secteur encore fortement exposé aux accidents du travail, la formation à la sécurité et à la santé au travail est essentielle.

C’est pourquoi l’IFSB en a fait un de ses piliers, à travers des formations pratiques conformes à la législation en vigueur, soutenues par des outils pédagogiques digitaux comme la réalité virtuelle et par des journées de sensibilisation.

Interview de Patrick Nemry, directeur de l’IFSB, en charge du volet sécurité et santé au travail

Quelle place la sécurité et la santé au travail (SST) occupent-elles dans l’offre de formation de l’IFSB ?

La SST occupe une place prépondérante, car elle concerne absolument tous les salariés de notre secteur. C’est pourquoi, historiquement, nous avons toujours inclus un ou plusieurs modules dédiés à la sécurité dans nos formations qualifiantes. Par exemple, dans une formation maçon d’une durée de 160 heures, 24 à 30 heures y sont consacrées suivant les différents niveaux qualifiants.

Il faut savoir que la construction reste, malgré tous les efforts entrepris, un des secteurs d’activité les plus accidentogènes : d’après le rapport annuel de l’Association d’Assurance Accident (AAA), 22 % de la totalité des accidents qui ont eu lieu en 2024 se sont produits sur des chantiers de construction. Ce chiffre est assez conséquent. Pourtant, il est en baisse constante et la situation s’améliore d’année en année.

À quoi cette amélioration constante de la sécurité sur les chantiers peut-elle être attribuée ?

Elle est en grande partie liée à une prise de conscience de l’importance de la SST, et ce aussi bien du côté des employeurs que du côté des salariés. De nos jours, on ne peut plus dissocier la technique de la sécurité et santé au travail ; les constructeurs de matériel et d’équipements de chantier l’ont compris en améliorant ceux-ci d’un point de vue sécurité.

Elle est aussi due à l’évolution de la réglementation en matière de formation professionnelle continue. À l’IFSB, nous proposons de nombreuses formations dans le domaine et notamment celles suivant les recommandations de l’AAA. Ces formations portent sur des thématiques aussi variées que la conduite d’engins de chantier, les échafaudages ou l’utilisation de machines telles que les tronçonneuses, les taille-haies, etc. Chaque recommandation de l’AAA s’accompagne d’un programme de formations spécifiques. À titre d’exemple, la formation à la conduite en sécurité d’une pelle hydraulique se déroule sur 16 heures, conformément à la recommandation correspondante.

Toutes nos formations sont basées sur la pratique, qui est un volet fondamental à l’IFSB : nous plaçons toujours les apprenants dans des situations réelles de chantiers de construction.

Quels sont les risques les plus fréquemment rencontrés sur les chantiers ? Et comment concilier la pratique et le fait de ne pas placer les personnes dans des situations où elles pourraient réellement se blesser ?

De nombreux risques professionnels sont présents sur les chantiers de construction dus aux différentes activités : chute de plain-pied, chute de hauteur, coupures, risques lors de manutention manuelle, ... Il appartient donc aux entreprises de prévenir ces risques en prenant des mesures de prévention adéquates.

Lors de nos formations et afin de mieux sensibiliser aux risques professionnels les salariés du secteur, nous utilisons la réalité virtuelle (VR). Celle-ci permet de simuler des situations dangereuses sans faire courir de risques aux apprenants. La VR vient compléter notre approche pédagogique. Une de ses applications est le travail en hauteur, mais nous avons également créé une chasse aux risques lors de laquelle les apprenants sont immergés sur un chantier de construction virtuel où ils ont pour mission de détecter toutes les anomalies qu’ils rencontrent : un garde-corps manquant ou incomplet, un échafaudage non conforme, des piétons qui circulent à proximité d’engins ou une tranchée non sécurisée, par exemple.

L’IFSB organise aussi des journées sécurité au travail et santé au travail. En quoi consistent-elles ? Et quel en est l’objectif ?

Il s’agit de journées de sensibilisation qui permettent à une entreprise de réunir tous ses salariés sur une ou deux journées, selon sa taille, et de faire ainsi passer le même message de sécurité à l’ensemble de son personnel.

Une journée s’articule autour de six ateliers qui durent de cinquante minutes à une heure chacun et qui portent sur des thématiques choisies par l’entreprise : cela peut être, par exemple, le port des équipements de protection individuelle ou la mise en place d’équipements de protection collective, le risque de heurts entre engins et piétons, la sécurité dans les tranchées, la manutention manuelle des charges, le rappel des gestes de premier secours, ou encore le contrôle d’un échafaudage roulant ou d’un échafaudage de façade, etc.

Nous recevons de nombreux témoignages positifs des employeurs qui nous disent que ces journées SST contribuent fortement à faire baisser leur taux d’accidents - en parallèle d’actions prises en interne bien sûr - et qu’ils sentent qu’elles font naître une réelle motivation à améliorer la sécurité au sein de leurs équipes.

Au-delà de la formation, comment l’IFSB joue-t-il un rôle en matière de SST ?

Nous travaillons régulièrement en partenariat avec des administrations publiques comme l’Inspection du Travail et des Mines (ITM) ou l’Association d’Assurance Accident (AAA), avec lesquelles nous codéveloppons des brochures qui serviront ensuite de support aux salariés désignés pour leurs séances de sensibilisation au sein de leur entreprise. Par exemple, une des prochaines brochures qui sortira cette année portera sur la pose de coffrages en sécurité. Dans ce contexte, nous ne sommes pas uniquement des acteurs de la formation, mais aussi des conseillers. Nous apportons notre vision terrain : nous sommes à l’écoute des informations qui remontent des chantiers et nous essayons toujours de trouver des solutions aux problèmes que les salariés peuvent y rencontrer, qu’elles soient pédagogiques ou opérationnelles.

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #77 - mars 2026