
Convaincre les salariés de l’importance de la sécurité et santé au travail
Si la réglementation donne un cadre en matière de santé et sécurité au travail, la formation permet de convaincre de la nécessité de l’appliquer et d’ancrer les bons réflexes. C’est pourquoi la SST est, depuis toujours, un des fils conducteurs de l’offre de formation de l’IFSB.
Interview de Miguel Duarte, responsable du département sécurité et santé au travail à l’IFSB
Pourquoi les entreprises doivent-elles former leurs salariés à la santé et à la sécurité au travail (SST) ?
La formation permet de prévenir les accidents du travail et les maladies professionnelles en apprenant aux salariés à identifier les risques et à adopter les bons comportements. Elle permet aussi de parfaire les connaissances et l’évolution des salariés dans les entreprises.
La technique et la sécurité sont étroitement liées : chaque personne doit disposer des connaissances nécessaires et suffisantes pour accomplir ses tâches correctement sur le plan technique, tout en les réalisant dans des conditions garantissant sa sécurité et sa santé. C’est pourquoi ce sujet est abordé dans toutes les formations de l’IFSB.
Nous proposons plusieurs types de formations : les formations dites réglementaires qui sont définies par des lois, des règlements grand-ducaux ou par des recommandations de prévention de l’Association d’Assurance Accident (AAA). Les recommandations de prévention ne font pas partie de la législation en tant que telle mais sont des règles de l’art en matière de sécurité et de santé. Elles permettent à l’employeur ou au salarié de prendre conscience du risque concerné et de mettre en œuvre les moyens propres à le prévenir. Il y a aussi des formations continues sur différentes thématiques qui sont destinées aux salariés désignés et aux coordinateurs sécurité et santé au travail.
La règlementation est une base, mais on ne doit pas uniquement faire les choses parce que la réglementation l’impose.
Dans la pratique, les règles de sécurité ne sont pas toujours appliquées. Pourquoi ?
Ce n’est pas une question de manque de volonté. C’est une question de moyens, mais aussi de connaissances : combien de salariés au Luxembourg connaissent le Code du travail, tous niveaux confondus ? Combien connaissent réellement leurs obligations, leurs responsabilités et, encore plus important, leurs droits ?
Les formations sont là pour faire évoluer les mentalités et les pratiques. Certains intègrent ces apprentissages et appliquent ce qu’ils ont appris, d’autres continuent à travailler dès le lendemain comme ils l’ont toujours fait. La sécurité est un enjeu complexe, car elle repose sur l’humain.
Comment la formation peut-elle permettre de propager les bons réflexes ?
Souvent, quand quelqu’un ne porte pas ses équipements de protection individuelle ou n’utilise pas une machine comme indiqué par le fabricant, on lui fait des remontrances et on rédige de longs rapports, photos à l’appui.
Mais il faut comprendre qu’un chantier n’est pas un bureau. C’est un environnement qui évolue en permanence : on démolit et on construit, on creuse et on referme, on monte et on démonte, les conditions météo ne sont jamais les mêmes et elles sont souvent rudes. Or, on demande à ceux qui travaillent sur les chantiers d’appliquer les mêmes règles tout le temps, uniformément, ici et là. Est-ce que c’est facile pour eux ? Certainement pas.
Dans la formation, nous leur expliquons qu’ils doivent s’adapter à des risques qui changent tous les jours et que les règles ne sont pas toujours faciles à mettre en œuvre, mais nous leur démontrons que certaines situations à risques peuvent facilement être améliorées et qu’ils sont en droit de demander à leur hiérarchie sur le chantier ce dont ils ont besoin pour travailler en toute sécurité.
Toute la difficulté est de les convaincre de l’importance de la sécurité et santé au travail pour eux-mêmes, et qu’ils doivent adopter les bons gestes de prévention. Car, même s’ils ont l’habitude de travailler sans protection et qu’il ne leur est jamais rien arrivé, les problèmes peuvent survenir plus tard. Par exemple, s’ils ne portent pas de masque dans un environnement poussiéreux, leurs poumons vont s’abimer et ils ne pourront plus aller marcher avec leurs petits-enfants ou leur chien quand ils seront pensionnés.
La culture de la sécurité est-elle plus prononcée au sein des grandes entreprises que dans les plus petites ?
Les moyennes et grandes entreprises ont naturellement plus de facilité à envoyer du personnel en formation : s’il manque un ouvrier sur un chantier qui en mobilise 30 de la même entreprise, il est aisément remplaçable ; sur une équipe de 3 ou 4 personnes, c’est nettement plus compliqué, et si une entreprise doit se passer de son seul chef d’équipe, ça l’est encore plus.
De plus, les grandes sociétés ont un service ressources humaines qui peut suivre le volet formation, tandis que l’employeur d’une petite entreprise qui doit tout gérer seul n’a peut-être pas les moyens, le temps et les connaissances pour le faire.
On voit aujourd’hui aussi de plus en plus de communes, de services étatiques ou paraétatiques se former.
Quelles sont les formations les plus demandées ?
Une des plus demandées est la formation « Premiers secours ». Elle répond à une obligation fixée par règlement grand-ducal de disposer d’un certain nombre de secouristes dans les entreprises en fonction du nombre de salariés.
Nous avons aussi beaucoup de demandes pour des formations sur le travail en hauteur et l’utilisation du harnais, parce que les entreprises veulent se mettre en conformité avec la nouvelle recommandation R19.
Les formations sur les travaux dans les tranchées (blindage) et les travaux de coffrage sont aussi très sollicitées pour anticiper les éventuelles fermetures de chantiers par l’ITM. Nous préparons d’ailleurs une brochure sur l’utilisation en sécurité des différents systèmes de coffrage, avec l’AAA et l’ITM.
Les formations à la conduite d’engins en sécurité affichent, elles aussi, complet toute l’année.
Enfin, comme chaque début d’année, nous accueillons des entreprises pour leur journée sécurité et santé au travail avec l’ensemble de leurs salariés.
Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #77 - mars 2026

