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Projet HOM'AIR Interreg : qualité de l'air intérieur, un enjeu transfrontalier

Projet HOM’AIR Interreg : qualité de l’air intérieur, un enjeu transfrontalier

Nous passons 85 % de notre temps à l’intérieur où l’air peut être 8 fois plus pollué qu’à l’extérieur. Les polluants peuvent être particulièrement concentrés dans des bâtiments performants s’ils ne sont pas dotés de systèmes de ventilation et matériaux adéquats.

Dans le projet HOM’AIR, les partenaires de quatre pays voisins - France, Belgique (Wallonie), Luxembourg et Allemagne - ont accepté de se rassembler afin d’échanger et d’harmoniser les protocoles d’échantillonnage et d’analyse de la qualité d’air intérieur des bâtiments, en commençant par une étape peu « glamour » mais absolument cruciale : comparer leurs méthodes avant de mesurer la qualité de l’air dans plusieurs dizaines de bâtiments occupés.

La première étape de ce projet en cours est d’harmoniser un protocole de mesures de la qualité de l’air intérieur avec des analyses chimiques (composés organiques volatils (COV) + aldéhydes, composés organiques semi-volatils (SCOV) + métaux lourds et champignons). Plutôt que de débattre sur la théorie, une première campagne de mesures comparatives a été réalisée au sein du Neobuilding de Bettembourg par l’ensemble des partenaires.

La pièce examinée n’était pas un simple bureau de démonstration : deux murs en bois résineux (déjà connus pour émettre des terpènes), un panneau aggloméré riche en formaldéhydes, des panneaux de polystyrène et de polyuréthane porteurs de retardateurs de flamme, tout était réuni pour générer un « cocktail » contrôlé de polluants.

Concernant les COV, certains prélèvements étaient actifs, avec une pompe et des temps d’aspiration bien réglés, d’autres passifs, via des tubes laissés ouverts plusieurs jours. Les chiffres bruts sont complexes, mais un message simple émerge : malgré des approches différentes, les grandes familles de polluants sont retrouvées de manière cohérente. Les terpènes issus du bois, la série d’aldéhydes (du formaldéhyde en passant par l’hexanal), ou encore certains solvants apparaissent chez plusieurs partenaires avec des ordres de grandeur comparables. De quoi conforter l’idée d’une liste commune de substances « must have » pour les campagnes à venir.

Dès que l’on s’intéresse aux COSV, la discussion s’affine. Ces composés - biocides, retardateurs de flamme, phtalates, HAP, PCB - aiment à se loger dans les poussières et les matériaux. Entre poussières sédimentées aspirées au sol, poussières en suspension captées sur mousse ou particules piégées sur filtres, les matrices et les unités changent. La comparaison chiffre à chiffre devient vite illusoire. Pourtant, une tendance nette se dessine : plusieurs retardateurs de flamme et plastifiants (comme certains phtalates) apparaissent de manière récurrente, parfois à des niveaux significatifs et dans des prélèvements effectués à des semaines différentes. Ceci rappelle que l’histoire chimique d’une pièce se lit aussi dans la poussière, pas seulement dans l’air.

Les différents supports de prélèvement testés pour les analyses chimique et mycologique ont montré que ces supports ont peu d’influence sur les résultats. Néanmoins, il a été constaté que la méthodologie d’analyse en laboratoire, notamment des prélèvements mycologiques ont une grande importance sur les résultats, et particulièrement la température d’incubation des prélèvements qui privilégie la pousse de certaines souches particulières.

À l’intérieur, les concentrations restent inférieures à l’extérieur, ce qui rassure sur l’état du local. Mais les niveaux absolus diffèrent fortement entre pays, surtout lorsque la température d’incubation atteint 30–35 °C. Ce choix, pertinent dans un contexte hospitalier pour cibler des espèces thermophiles, sous‑représente les moisissures « classiques » de l’air ambiant dont l’optimum se situe plutôt entre 20 et 25 °C. La solution adoptée pour HOM’AIR est donc pragmatique : prévoir une double incubation, à température proche de l’ambiance et à température plus élevée, afin de couvrir les deux univers.
Enfin, les micro‑capteurs de CO₂ - auxquels s’ajoutaient parfois des mesures de particules, COV, température et humidité - ont été comparés entre eux et à un capteur de référence. En se concentrant sur une période commune, on observe que la dynamique temporelle est très bien reproduite d’un appareil à l’autre. Les écarts restent modestes pour les concentrations typiques de l’air intérieur et ne deviennent marqués qu’au‑delà de 3000 ppm, avec un seul capteur défaillant. C’est un signal encourageant : avec un minimum de vérifications et de corrections, ces instruments peuvent suivre la réalité du terrain sans transformer le projet en une « usine à gaz ».

L’analyse de ces résultats a permis d’établir deux listes de polluants : « must have » et « nice to have », distinguant les polluants recherchés par tous les partenaires et les autres. Ces deux listes ont aidé à fonder un protocole commun qui servira pour la deuxième étape du projet : une campagne de mesure étendue sur 40 bâtiments (10 bâtiments par pays) sur l’ensemble de la Grande-Région. Cette campagne à grande échelle devrait permettre l’alimentation d’une base de données qui serait accessible aux professionnels de la QAI à l’issue du projet, afin de la compléter et de la consulter. Cette base de données devrait permettre, à terme, de définir des méthodes de prélèvement et d’analyse de la qualité de l’air intérieur. Derrière les tableaux et les courbes, HOM’AIR y gagne surtout une langue commune pour parler de qualité de l’air, au‑delà des frontières.

Stephen Pluquin & Emmanuelle Ciota, ingénieurs et responsables de projet d’innovation, Neobuild GIE. Illustrations ©Neobuild GIE 2026

Publié dans Neomag 78 - avril 2026