
Repenser l’acoustique à partir de fibres recyclées
Audrey Schoepfer, fondatrice d’Hermana Clothes et porteuse du projet Circular Fit Out, transforme des vêtements en fin de vie en solutions acoustiques design et durables.
Architecte d’intérieur de formation, Audrey Schoepfer a exercé pendant 13 ans au Luxembourg. Elle a aussi une autre passion : la mode, qu’elle a étudiée en parallèle. Pendant le confinement, elle s’est remise à coudre et s’est intéressée à l’industrie du textile. Face aux volumes énormes de déchets générés par cette filière, elle s’est lancée dans l’upcycling de vêtements de seconde main et a organisé des défilés de mode durable dans le cadre de l’initiative Lët’z Refashion de Caritas, mais elle s’est vite rendue compte que cela ne suffirait pas à traiter des quantités suffisantes de vêtements. Elle s’est donc tournée vers les matériaux d’aménagement intérieur qui pourraient être fabriqués à partir de textiles récupérés localement, et a démarré le projet Circular Fit Out, il y a un an et demi.
L’idée est de proposer des panneaux acoustiques suspendus, en pose murale ou sous forme de constructions 3D où plusieurs panneaux sont imbriqués les uns dans les autres. Les produits, composés en général d’un mix de coton et polyester (selon la composition des vêtements), sont faits sur mesure pour chaque client : les plaques, d’une épaisseur de 10-12 mm et d’un format maximal de 45 x 45 cm, peuvent être découpées à la forme désirée et gravées pour y ajouter un décor ou un logo.
Le procédé, commercialisé depuis mars, est simple : une fois les vêtements collectés, les boutons et fermetures éclair sont retirés, au Luxembourg, par une association active dans le domaine de l’insertion sociale. Les vêtements sont ensuite envoyés dans le nord de la France, dans un centre de recherche des textiles innovants, afin de créer un feutre épais assimilé à une laine isolante. Ce feutre revient au Luxembourg en rouleaux où il est compressé et découpé.
Les panneaux ainsi obtenus ont un coefficient d’absorption phonique sur une face de 0,3 et le feutre en rouleau, qui peut être utilisé comme sous-couche derrière des persiennes ou des panneaux ajourés par exemple, a un coefficient de 0,5.
Ces panneaux sont une première étape : « Je ne veux pas m’arrêter à ce produit. J’aimerais pouvoir en développer d’autres, toujours à base de textile recyclé, par exemple avec d’autres procédés de transformation comme le broyage et le modelage, qui permettent de traiter des fibres plus complexes », souligne Audrey Schoepfer, qui se présente comme une partenaire de valorisation des déchets textiles. « Mes clients sont souvent des entreprises ou des institutions qui veulent valoriser leurs uniformes ou leurs vêtements de travail en fin de vie et qui ont un besoin en aménagement ou en amélioration acoustique de leurs espaces. Je les accompagne dans le processus de transformation des textiles jusqu’à l’obtention de nouveaux produits que je mets en place dans leurs locaux. Je mets également directement en contact des architectes, des particuliers ou des entreprises avec les gisements qui sont détectés ici au Luxembourg », explique-t-elle. « J’aimerais encourager les prescripteurs à oser s’ouvrir à de nouvelles approches comme celles-ci, même lorsque la réglementation en vigueur demande des fiches techniques standardisées, ce qui n’est pas toujours évident avec l’économie circulaire. Mais la circularité, fait partie de l’avenir : on ne peut plus continuer à produire des matériaux en créant de nouveaux déchets, alors que nous avons des ressources abandonnées à disposition, dans un volume trop important. Et je reste disponible pour les accompagner dans cette transition ».
Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #75 - décembre 2025
