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La sobriété intelligente au cœur des nouveaux défis énergétiques

La sobriété intelligente au cœur des nouveaux défis énergétiques

Entre digitalisation, électrification des usages, développement du photovoltaïque et nouvelles exigences réglementaires, les acteurs du logement doivent repenser leurs pratiques. Au Fonds du Logement, la priorité reste de concevoir des bâtiments performants, durables et confortables, en conservant une approche pragmatique et sobre des technologies.

Interview de Camille Pirou et Jérémy Van Leuuwen, chefs de projet au Fonds du Logement

Comment la digitalisation contribue-t-elle concrètement à la performance énergétique des bâtiments ?

Camille Pirou (CP) : La digitalisation intervient dès la phase de conception. Elle prend différentes formes : partage de données via des plateformes communes, modélisations numériques, calculs énergétiques ou encore coordination des différents intervenants du projet. Au Fonds du Logement, nous utilisons notamment des espaces collaboratifs afin de centraliser les informations.

L’objectif est d’optimiser l’ouvrage dans son ensemble et de mettre en cohérence toutes ses composantes : complexes de façade, systèmes de chauffage, ventilation ou production énergétique.
Cette approche permet d’atteindre de meilleures performances énergétiques dès la conception.

Jérémy Van Leuuwen (JVL) : En phase d’exploitation, la digitalisation se traduit surtout par la mise à disposition d’informations de consommation en temps réel. Les occupants peuvent suivre leurs consommations de chauffage, d’eau ou d’électricité grâce aux plateformes de nos prestataires spécialisés.

Cette transparence permet de sensibiliser les usagers à d’éventuelles surconsommations. Pour l’exploitant, c’est également un outil précieux pour détecter des anomalies et identifier les bâtiments nécessitant des travaux de rénovation.

Quels sont aujourd’hui les principaux défis liés à l’exploitation énergétique des bâtiments ?

JVL : L’un des grands enjeux est l’électrification croissante des consommations. Les pompes à chaleur deviennent la norme, mais elles impliquent de nouvelles contraintes en matière d’implantation et d’exploitation.

CP : À cela s’ajoute le développement massif des installations photovoltaïques. La plupart des nouveaux projets les intègrent désormais. La question centrale consiste à gérer leur production de manière équitable et efficace entre les différents utilisateurs.
Nous observons également une hausse constante des besoins liés à l’électromobilité, qui doit être anticipée dès la conception des projets.

Comment les nouvelles réglementations européennes transforment-elles les métiers du bâtiment et de l’énergie ?

CP : La trajectoire vers la neutralité carbone en 2050 constitue un moteur majeur de transformation. Les exigences évoluent rapidement et concernent aussi bien la conception que l’exploitation des bâtiments.

JVL : On observe également de nouvelles obligations concernant l’origine européenne de certains équipements, notamment les pompes à chaleur et les installations photovoltaïques. Par ailleurs, l’individualisation des frais de chauffage modifie les pratiques de gestion et encourage davantage de responsabilisation des occupants.

Quelles compétences deviennent aujourd’hui essentielles dans le secteur ?

JVL : Les projets deviennent de plus en plus complexes. Ils nécessitent l’intervention de nombreux spécialistes : structure, techniques spéciales, énergie, sécurité incendie, accessibilité, acoustique ou encore carbone.

CP : Cette spécialisation accrue renforce parallèlement le besoin de profils capables d’assurer l’intégration et la coordination de l’ensemble. Les compétences transversales deviennent indispensables pour piloter efficacement des projets multidisciplinaires.

Le bâtiment intelligent est-il déjà une réalité ?

CP : Oui, dans une certaine mesure. Le Fonds du Logement exploite déjà certains bâtiments via une gestion technique centralisée (GTC). Cet outil permet d’agir à distance sur les installations techniques connectées.

JCL : Notre vision du bâtiment intelligent reste toutefois mesurée. Nous ne recherchons pas la multiplication systématique des capteurs ou des équipements pilotés. Notre priorité demeure la simplicité, la robustesse et la sobriété intrinsèque des installations, permettant aux habitants de gérer leur confort et leur consommation eux-mêmes sans être spécialiste dans la matière.

Comment concilier performance énergétique, confort des occupants et qualité de l’air intérieur ?

CP : Nous accordons une attention particulière au renouvellement d’air dans les logements. C’est pourquoi nous privilégions les groupes de ventilation individuels par unité de logement.

JVL : Ces équipements jouent un rôle déterminant à la fois sur les consommations énergétiques et sur le bien-être des locataires. Nous veillons donc à leur performance et à leur bon dimensionnement.

CP : Nous privilégions également des matériaux sains, notamment des revêtements de sol sans émissions, comme le carrelage.

Quel rôle joueront la flexibilité énergétique et les nouveaux modèles de gestion de l’énergie ?

JVL : Les bâtiments devront de plus en plus faire coïncider les besoins des usagers avec des capacités de production qui ne suivent pas toujours les mêmes rythmes. Par exemple, une pompe à chaleur fonctionne idéalement de manière continue alors que les besoins en eau chaude sanitaire sont concentrés sur les pics du matin et du soir.

Cela nécessite une modélisation fine ainsi que des équipements correctement dimensionnés : cascades de producteurs, pompes à variateurs, pompes à chaleur à inverter ou capacités tampons.

CP : Concernant le photovoltaïque, les communautés énergétiques représentent une piste particulièrement intéressante que le Fonds du Logement suit avec beaucoup d’attention.

Quels freins observez-vous encore sur le terrain ?

CP : Les projets nécessitent aujourd’hui une adaptation continue de l’ensemble des intervenants afin d’intégrer les évolutions rapides des techniques et des solutions disponibles. Cela suppose un accompagnement renforcé tout au long des phases d’exécution et une mise à jour régulière des pratiques.

JVL : La qualité de la mise en œuvre par les entreprises reste également un élément déterminant pour atteindre les performances attendues. Par ailleurs, l’intégration de certaines technologies innovantes doit parfois s’articuler avec des contraintes réglementaires, notamment en matière de bruit ou d’implantation des équipements extérieurs. Enfin, l’augmentation continue du coût des installations techniques constitue un défi supplémentaire, qui renforce l’importance d’une approche globale et optimisée dès la conception des projets.

Selon vous, à quoi ressemblera le bâtiment performant de demain ?

CP : Au Fonds du Logement, nous poursuivons cinq objectifs fondamentaux. Le premier est la qualité de l’habitat, avec des logements offrant confort, simplicité et bien-être aux occupants.
Le deuxième est la sobriété énergétique, grâce à la réduction des besoins par des stratégies passives, innovantes ou low-tech.

Viennent ensuite l’efficacité des équipements actifs, qui doivent être performants, économes et robustes, ainsi que la durabilité, avec un minimum de composants et de ressources consommées pour une durée de vie maximale.

Enfin, nous accordons une grande importance à la performance acoustique, afin de garantir la confidentialité et la protection contre les nuisances sonores.

JVL : Le bâtiment performant de demain sera avant tout un bâtiment équilibré : sobre, durable, confortable et conçu pour répondre aux besoins réels de ses occupants.

Article paru dans Neomag #80 - juillet 2026