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Concilier les usages en eau sans compromettre la ressource

Concilier les usages en eau sans compromettre la ressource

Les pressions qui s’exercent sur les nappes phréatiques se multiplient. Face à ces défis, la préservation qualitative et quantitative de l’eau souterraine doit être placée au centre de tout projet d’aménagement du territoire et de construction, et la connaissance du sous-sol est une condition sine qua non à une gestion durable de cette ressource.

Interview de Laurence Plènecassagne, associée et directrice technique chez Geoconseils

Pouvez-vous nous présenter Geoconseils ?

Fondé en 2004, Géoconseils est un bureau d’études actif depuis plus de 20 ans dans la géologie appliquée au Luxembourg et dans la Grande-Région. Initialement spécialisé dans la géotechnique et les environnements potentiellement pollués, notre bureau a su diversifier ses compétences pour devenir un bureau expert de la gestion des interactions sols/eaux/ouvrages. Dans ces contextes, l’eau est très souvent présente. Nous intégrons les enjeux du sous-sol et des risques naturels à une ingénierie géologique innovante et adaptée à la situation. Nous couvrons aujourd’hui des domaines variés tels que l’ingénierie, la géotechnique, l’hydrogéologie, la géothermie, les risques naturels, la gestion des sites et sols pollués et nous accompagnons les clients à toutes les étapes de leurs projets : conception, autorisations, suivi des travaux jusqu’à la finalisation du projet.

Fort d’une équipe de 45 ingénieurs, géologues et techniciens, Géoconseils intègre des solutions innovantes prenant en compte les dimensions économiques et environnementales. Cet engagement est soutenu par des certifications ISO 9001, 14001 et 45001, ainsi que par le label ESR (Entreprise Socialement Responsable).

En quoi une bonne connaissance des réservoirs d’eau est-elle indispensable avant tout projet d’aménagement ou de construction ?

Une étude approfondie en amont permet de maîtriser les caractéristiques du terrain, réduisant les risques pour le maître d’ouvrage, pour le sous-sol et la ressource. Cet investissement initial est largement rentabilisé : il permet de dimensionner au plus juste, évite les adaptations coûteuses en cours de chantier, sources de retards et de surcoûts, et facilite très souvent les procédures d’autorisation.

Une meilleure connaissance du sous-sol limite les risques de surdimensionner ou sous-dimensionner un projet, les risques de retard de planification, sécurise le projet et offre au maître d’ouvrage des gains financiers et une sérénité accrue. Elle permet aussi de prévenir les pollutions et de préserver les ressources ainsi que l’équilibre du sous-sol.

En tant que professionnels du sous-sol, nous apportons cette vision long terme, indispensable pour des projets durables et sécurisés.

Quelles menaces voyez-vous peser sur les ressources en eau ? Et comment avez-vous vu ces menaces évoluer au cours des 20 dernières années ?

Les menaces et les pressions pesant sur les ressources en eau se diversifient et s’aggravent, touchant à la fois la qualité et la quantité. Les pollutions anthropiques (construction, agriculture, industrie sidérurgique) contaminent les aquifères, tandis que les changements climatiques (canicules, sécheresses, inondations) menacent leur approvisionnement à long terme. L’imperméabilisation des sols (urbanisation, infrastructures) limite la recharge naturelle des réservoirs souterrains, réduisant leur capacité de stockage.

Un équilibre fragile doit être préservé : éviter de dégrader, par des apports polluants, la qualité d’eaux qui sont encore protégées. Par ailleurs, l’exploitation géothermique (chaleur des roches) peut aussi perturber les réserves souterraines.

Le milieu souterrain révèle souvent ses problèmes avec des temporalités très variables. Avec l’accélération des activités humaines et l’émergence de nouvelles pollutions (PFAS, microplastiques, médicaments), anticiper ce delta-temps est donc crucial pour identifier les risques futurs et adapter les stratégies de gestion. Notre expérience et la diversité de nos profils permettent d’anticiper les problèmes sur un temps long.

En quoi la géothermie peut-elle impacter la ressource en eau ?

Tout d’abord, il est primordial de bien distinguer de quel type de géothermie l’on parle. Un système dit « ouvert » est caractérisé par des échanges directs avec une nappe d’eau souterraine, mais ce système, bien que maîtrisé dans les pays limitrophes, n’est à ce jour pas mis en œuvre au Luxembourg. La géothermie sur sondes, en revanche, s’implante assez largement sur le territoire du Grand-Duché. Ce système dit en boucle « fermée » n’est pas, par son principe et lorsque sa réalisation est maîtrisée et normée, susceptible d’avoir un impact pour la ressource en eau.

Néanmoins, de par leur nature, les travaux géothermiques peuvent générer des impacts potentiels et présenter des risques pour les aquifères et les réservoirs d’eaux souterraines. Par définition, tout ouvrage de forage crée une connexion hydraulique entre la surface et le milieu souterrain, générant un chemin d’infiltration préférentiel inhérent à sa réalisation. Cette mise en relation directe des deux milieux constitue une vulnérabilité pour le sous-sol et la ressource en eau, que seule une exécution maîtrisée permet de contenir. Aussi, chaque étape de la mise en œuvre d’un forage géothermique, du procédé de forage à la mise en place de la sonde, jusqu’à la cimentation définitive de l’ouvrage, doit être conduite avec soin, dans les règles de l’art et sous un contrôle approprié, afin de préserver durablement l’intégrité du milieu souterrain et la qualité de la ressource en eau.


Le milieu souterrain révèle souvent ses problèmes avec des temporalités très variables. Avec l’accélération des activités humaines et l’émergence de nouvelles pollutions (PFAS, microplastiques, médicaments), anticiper ce delta-temps est donc crucial pour identifier les risques futurs et adapter les stratégies de gestion.

Quels sont les conflits d’usages qui peuvent apparaître entre exploitation du sol et préservation de la ressource en eau ?

Un premier enjeu tient au conflit d’usage entre irrigation agricole, utilisation industrielle et alimentation en eau potable. Cette tension soulève la question de la gestion globale de la ressource : quelles priorités d’usage établir, quels volumes prélever, et comment en garantir la pérennité tant sur le plan quantitatif que qualitatif ?

L’imperméabilisation des sols constitue une pression supplémentaire. En réduisant les surfaces d’infiltration, elle restreint la recharge des aquifères, entraînant une baisse progressive des niveaux piézométriques et de la ressource disponible. Le processus est lent, mais ses effets cumulatifs peuvent s’avérer significatifs.

L’imperméabilisation modifie également le régime des eaux pluviales : le ruissellement se concentre sur les zones perméables résiduelles, augmentant les risques d’érosion et de crues.

Comment arbitrer entre ces différents intérêts ?

Le cadre réglementaire est là pour guider et veiller au respect de la législation. Si l’on envisage de façon globale la question de l’arbitrage entre les différents intérêts pour l’exploitation de la ressource souterraine - et ce n’est pas évident -, il est possible de concilier les différents intérêts : assurer nos besoins en eau, préserver les eaux souterraines, forer pour la géothermie... Et c’est ce que nous essayons de faire à notre échelle de bureau d’études et de conseils. La diversité des profils qui constitue notre équipe nous permet une approche avec des visions complémentaires des projets. Il existe de nombreuses solutions techniques innovantes qui permettent qu’un projet soit viable avec des risques limités pour les eaux souterraines, pour le terrain sur lequel il est édifié et pour les constructions qui sont déjà éventuellement présentes sur le site.

À quels défis devrons-nous faire face dans les années à venir en termes de préservation de l’eau et du sous-sol ?

Face à une pression démographique croissante, garantir une ressource en eau suffisante impliquera de rationaliser les usages : toutes les activités ne requièrent pas la même qualité d’eau, et diversifier les sources en fonction des besoins réels sera un levier essentiel.

Il faudra également mieux caractériser les réservoirs souterrains disponibles et leur aptitude à être exploités, et répondre à la question de la recharge des aquifères : avec quelle eau, selon quels critères de qualité et par quels moyens ? Cette question est d’autant plus complexe que le changement climatique affecte les régimes de précipitations, modifiant en profondeur les dynamiques de recharge naturelle des aquifères.

La qualité de la ressource est également menacée par les polluants émergents, au premier rang desquels les PFAS, ces substances per et polyfluoroalkylées dont la persistance dans les milieux souterrains pose des défis considérables, tant sur le plan analytique que réglementaire et sanitaire.
Si la connaissance du sous-sol reste encore incomplète, les outils de modélisation numérique offrent des perspectives prometteuses pour évaluer et piloter plus finement, dans la durée, les usages et l’évolution de la ressource.

Avez-vous un message à faire passer dans cet article ?

Il ne faut pas avoir peur du milieu souterrain au motif qu’on ne peut pas le voir. Il faut plutôt s’appuyer sur des experts qui ont une connaissance globale et intégrée de ce milieu et qui font l’interface, assurent la continuité entre la surface et le souterrain, sans opposer les usages. Il y a toujours des solutions techniques qui permettent de les concilier, en prenant le moins de risques possibles. Mais il faut surtout anticiper !

Article paru dans Neomag #80 - juillet 2026

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Publié le mercredi 15 juillet 2026
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