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Quand l'eau dessine la ville de demain

Quand l’eau dessine la ville de demain

À Esch-sur-Alzette comme à Hamm, des projets placent la gestion de l’eau au cœur de leur conception. Bassins de rétention paysagers, réutilisation des eaux pluviales, trames bleues intégrées dans les trames paysagères : loin d’être un simple enjeu technique, l’eau devient un levier majeur pour construire des quartiers plus résilients.

Rencontre avec Laurent Reuter, cadre dirigeant et chef de service Voirie et Réseaux divers et Martine Jauersch, cadre dirigeant et chef de service Eau et Assainissement chez Schroeder & Associés

Après un événement pluvial important, l’eau ne sera pas directement évacuée dans les canalisations du futur quartier « Rout Lëns » à Esch-sur-Alzette. Elle circulera à ciel ouvert dans des noues végétalisées, alimentera des bassins paysagers et servira à l’arrosage des espaces verts. Cette approche marque un changement de paradigme : l’eau est désormais valorisée et intégrée au paysage urbain.

Dans un contexte de multiplication des événements climatiques extrêmes, les villes font face à un double défi : préserver la ressource en eau et renforcer leur adaptation. Cette évolution redéfinit en profondeur la conception des quartiers et des infrastructures.

Une ancienne friche réinventée

Le projet « Rout Lëns » illustre cette nouvelle approche. Développé sur une ancienne friche industrielle de 11 hectares, il prévoit plus de 1 400 logements et vise la neutralité carbone à l’horizon 2035 tout en intégrant l’eau dans sa conception urbaine.

Porté par IKO Real Estate avec pour partenaire majoritaire la Ville d’Esch-sur-Alzette, le projet réunit une équipe pluridisciplinaire. Lors de la phase de conception, les principaux intervenants étaient WW+, Carta Reichen et Robert Associés, en collaboration avec Phytolab ainsi que le bureau d’études Goblet Lavandier & Associés, chargé du développement du concept énergétique novateur.

Le bureau d’études Schroeder & Associés a conçu les infrastructures, dont les réseaux, canalisations et aménagements extérieurs. L’éclairage public, réalisé avec Link GmbH, répond aux exigences du référentiel WELL Community et favorise le bien-être des usagers. Pré-certifié WELL Community, référentiel international dédié à la santé, au bien-être et à la qualité de vie, le quartier s’inscrit aussi dans la ville du quart d’heure. Logements, commerces, écoles, bureaux, équipements sportifs et culturels, résidences étudiantes et seniors, espaces verts… seront accessibles en quelques minutes à pied avec au cœur de cette organisation urbaine : l’eau.

Rendre l’eau visible

« Dans ce type de développement, il est essentiel d’intégrer les eaux pluviales dès les premières réflexions urbanistiques afin de leur donner une vraie place dans le paysage et dans la vie quotidienne des habitants », explique Martine Jauersch, cadre dirigeant et chef de service Eau et Assainissement chez Schroeder & Associés.

Cette approche repose sur un principe simple : rendre l’eau visible. « Depuis les cœurs d’îlots, des noues végétalisées et des rigoles ouvertes guideront les eaux de pluie à travers les espaces publics jusqu’aux zones de rétention à ciel ouvert, permettant aux habitants d’en suivre le parcours. Nous ne parlons plus seulement d’évacuer l’eau. Nous cherchons désormais à la retenir, la stocker et la réutiliser, c’est-à-dire la valoriser », ajoute-t-elle.

La ville éponge comme modèle

Le projet s’inscrit dans le concept de « ville éponge », qui vise à gérer les précipitations naturellement plutôt qu’à les évacuer vers les réseaux d’assainissement. « L’eau collectée sur les toitures sera réutilisée pour l’arrosage des espaces verts, contribuant à réduire la consommation d’eau potable et préserver les ressources naturelles. » à cela, s’ajoutent des dispositifs de récupération des eaux pluviales au cœur des îlots.

« Nous intégrons également la trame bleue — noues végétalisées et rigoles — directement dans la trame paysagère des quartiers afin de participer à la structuration et à la qualité des espaces tout en palliant les îlots de chaleurs urbains », souligne Martine Jauersch. À « Rout Lëns », les espaces verts seront omniprésents : plus de 700 arbres, toitures végétalisées… et amélioreront le confort thermique tout en favorisant l’évaporation naturelle de l’eau.

Des bassins au cœur de la vie

L’un des éléments les plus emblématiques du projet réside dans l’intégration de huit bassins de rétention ouverts au sein du paysage urbain.

« Après les pluies, ils se rempliront temporairement avant de retrouver une fonction décorative en période sèche. Loin des anciens bassins bétonnés et clôturés, ces infrastructures deviennent de véritables espaces de vie. Au cœur du quartier prendra place le principal bassin de rétention, un vaste espace végétalisé intégré au tissu urbain grâce à des gradins offrant aux habitants un lieu de détente », précise Martine Jauersch.

Au total, près de 1 400 m³ de bassins ouverts seront aménagés, complétés par un bassin souterrain de 500 m³ et une réserve de 225 m³ pour l’arrosage des plantations publiques. « Les directives imposent généralement qu’un tiers des bassins soient ouverts. Ici, plus de deux tiers seront visibles et intégrés au paysage », conclut-elle.

Protéger les ressources

Cette logique de gestion différenciée de l’eau ne se limite pas aux quartiers résidentiels. Elle s’applique aussi à des équipements publics complexes, notamment lorsqu’ils s’inscrivent dans des zones sensibles, comme par exemple le futur complexe sportif de Hamm, dont les travaux ont débuté récemment. L’une des particularités majeures du projet réside dans son implantation au sein de la zone de protection des eaux de la source Pulvermühle, un secteur stratégique pour l’approvisionnement en eau potable de la Ville de Luxembourg.

Le projet prévu pour 2029 comprendra notamment un stade d’athlétisme avec tribune, un terrain d’entraînement, ainsi qu’un vaste parc paysager. Un stade de football, un terrain d’entraînement, ainsi qu’un hall sportif, une brasserie et un parking souterrain viendront compléter l’ensemble.
Il réunit une équipe composée de Schroeder & Associés (infrastructures routières et sportives avec Rainer Ernst Landschaftsarchitekt, et aménagements paysagers avec HDK Dutt & Kist), Jonas Architectes, Best Ingénieurs-Conseils, Sweco Luxembourg et Paul Wurth Geprolux.

Gérer l’eau selon son origine

Dans ce contexte sensible, la gestion de l’eau devient un élément structurant de la conception. « L’objectif est double : réduire l’usage d’eau potable, tout en protégeant durablement la nappe phréatique », explique Laurent Reuter, cadre dirigeant et chef de service Voirie et Réseaux divers chez Schroeder & Associés.

« Le concept repose sur une idée simple : traiter chaque type d’eau pluviale selon son origine et son niveau potentiel de pollution. Les eaux issues des terrains de sport seront stockées dans un bassin souterrain de 1 500 m³ afin d’être réutilisées pour l’arrosage des terrains, permettant une réduction de 30 à 60 % de la consommation d’eau potable par rapport à des installations classiques. Les eaux de toiture seront traitées via deux bassins d’infiltration faisant également office de bassins de rétention, tandis qu’un volume complémentaire alimentera les sanitaires », détaille Laurent Reuter.
Les espaces extérieurs seront aussi conçus selon les principes de la ville éponge, grâce à des noues paysagères, des zones plantées et des dispositifs d’infiltration naturelle. Enfin, les eaux issues des voiries et des zones de circulation, susceptibles de contenir des polluants, transiteront par des fossés de filtration avant de passer par un canal de rétention pour être rejetées de manière contrôlée vers le réseau d’eaux pluviales.

À travers des projets comme « Rout Lëns » ou le futur complexe sportif à Hamm, une nouvelle génération de projets urbains émerge au Luxembourg. Longtemps perçue comme une contrainte technique, l’eau devient un élément structurant de la ville, participant à la qualité de vie.
Chez Schroeder & Associés, sa gestion dépasse les seuls réseaux pour contribuer aux espaces publics, au confort urbain et à la résilience des territoires.

Article paru dans Neomag #80 - juillet 2026