
ISOL’ution : et si les isolants pouvaient être réemployés ?
Ce projet étudie la faisabilité du réemploi des matériaux isolants provenant de chantiers de démolition ou de rénovation. Il met également en lumière les défis qui subsistent dans l’optimisation de leur réutilisation, tout en ciblant, dans une optique sociétale, les logements de propriétaires vulnérables.
Afin de favoriser la transition du secteur du bâtiment vers une économie circulaire, le réemploi de matériaux isolants, réputés comme fort consommateurs en ressources naturelles et en énergie, joue un rôle clé. Bruxelles-Capitale, via le COBRACE (Code bruxellois de l’Air, du Climat et de la Maîtrise de l’Energie) promeut une rénovation progressive de l’ensemble des bâtiments de la région afin d’améliorer leur performance énergétique, de réduire la consommation énergétique liée aux besoins en chauffage et par conséquent les émissions de gaz à effet de serre. Le besoin en matériaux isolants est donc énorme, comme l’illustre l’étude menée par l’ICEDD (Institut de Conseil et d’Etudes en Développement Durable) estimant le volume nécessaire à 1,4 millions de m³. Et, alors que 35 % des logements situés en Belgique sont considérés comme des « passoires » énergétiques, les ménages à revenus modestes subissent la forte hausse des prix de l’énergie dans des logements souvent mal isolés, et n’ont de surcroît pas les moyens d’entamer des chantiers de rénovation en raison de leur coût élevé.
Dans ce contexte, le projet ISOL’ution explore la faisabilité de réemploi des matériaux isolants issus de chantiers de démolition ou de rénovation, et ce alors que la filière pour matériaux conventionnels n’est pas encore suffisamment développée. A ce jour, il existe une méfiance envers la performance de matériaux réutilisés. Additionnellement, l’absence de modèles économiques viables freine la structuration de cette filière : sans validation abordable des matériaux et sans mesures de soutien publiques, développer une demande stable (à travers l’introduction de matériaux de réemploi dans le cahier de charges) et une offre compétitive en matériaux de réemploi devient complexes.
Cette initiative réunit le service Aero-Thermo-Mécanique de l’Université Libre de Bruxelles (ULB), La Rue asbl, BatiTerre et Casablanco. Elle a vu le jour grâce aux financements successifs de Bruxelles-Environnement dans le cadre du programme Renolab.ID, de la Circular Building Coalition - une initiative européenne réunissant plusieurs acteurs majeurs pour accélérer la transition du secteur du bâtiment vers une économie circulaire – à travers le programme Blueprint et le sponsoring de la société Thermoplug. Le projet abordera les défis encore présents dans l’amélioration du processus de réutilisation des matériaux isolants, tout en ciblant les logements de propriétaires vulnérables afin d’illustrer sa dimension sociétale.
La Rue asbl se charge de l’accompagnement technique et social des propriétaires. De fait, la conception de l’isolation doit être adaptée à la typologie du bâtiment et à la disponibilité des matériaux. La construction de structures secondaires et l’empilement d’isolants de faible épaisseur sont des solutions souvent expérimentées. De son côté, BatiTerre effectue le sourcing des matériaux sur base des recommandations techniques des conseillers en rénovation et met à disposition son espace de stockage tout en veillant à limiter toute contamination par l’humidité ou la poussière. Cette société, spécialisée dans la revente de matériaux de construction de réemploi, fournit également ses connaissances d’un marché en croissance notable, et son évolution.
Entre la déconstruction et la pose, il sera également essentiel de déterminer les performances thermiques des matériaux au moyen d’essais expérimentaux sur un banc d’essais dédié, développé par l’ULB et partiellement instrumenté par ThermalPlug, apportant son expertise sur la mesure de flux thermiques. Le but de cette étape est de rassurer les utilisateurs sur la fiabilité du matériau, et d’améliorer leur traçabilité. Si les premiers résultats indiquent une faible détérioration des performances après déconstruction, leur répétabilité reste toutefois à consolider en raison de contraintes techniques variant selon le type d’isolant, leur état au moment de la mesure et la température ambiante qui varie inévitablement au cours de l’essai. Il en résultera une série de recommandations pratiques réalisées sur base des chantiers pilotes, sous forme de fiches. Celles-ci offrent des conseils techniques de mise en œuvre, des retours d’expériences et des recommandations concrètes pour intégrer des isolants de réemploi en fonction de diverses typologies de bâtiments à rénover, et avec un maximum de matériaux différents.
Enfin, le projet permet de financer la montée en compétence d’ouvriers du bâtiment en insertion socioprofessionnelle grâce aux formations pratiques dispensées par Casablanco. Ces formations traitent en particulier des enjeux liés au climat, de l’étanchéité et de la performance énergétique des bâtiments, des principes de l’économie circulaire et de la manière dont les matériaux de réemploi sont perçus par les ouvriers et les entrepreneurs en formation.
Jusqu’à présent, une dizaine de chantiers pilotes a été réalisée dans le cadre du projet, la majorité concernant des toitures. Deux chantiers supplémentaires sont prévus en janvier 2026. À plus long terme, les porteurs du projet auront pour ambition d’impliquer les pouvoirs publics afin d’explorer les moyens d’intégrer le réemploi des matériaux isolants dans les politiques de rénovation et les dispositifs de subvention, et de rendre la rénovation circulaire accessible.
Retrouvez les fiches de rénovation ISOL’ution sur https://www.larueasbl.be/isolution/
Dr. Bilal Outirba, Pr. Patrick Hendrick, Service Aero-Thermo-Mécanique, École Polytechnique de Bruxelles – ULB ; Mumtaaz Viaene, La Rue asbl
