Construction - Innovation - Technologie
Du béton végétal pour la préfabrication d'éléments de construction

Du béton végétal pour la préfabrication d’éléments de construction

Côté français, trois entreprises sont actuellement en lice pour produire, selon des approches industrielles, des budgets de développement et des recettes différentes, des produits de construction à base de miscanthus, une graminée originaire d’Asie et d’Afrique aux multiples vertus.

- Champs de miscanthus

Parfois appelée « herbe à éléphant » ou Eulalie, la plante adulte haute de 3 à 4 m est plus généralement utilisée comme plante d’ornement, comme outil de contrôle de l’érosion, en bordure des stations de captage pour empêcher les nitrates de s’infiltrer ou encore comme biocombustible. Elle offre des rendements agricoles très élevés tout en nécessitant peu d’attentions (pas de fertilisation, pas de désherbage), est frugale en intrants (n’en consommant que la première année), se récolte après trois ou quatre années de croissance et ne nécessite par la suite aucun apport particulier. Elle se comporte ainsi comme une sérieuse adversaire face au chanvre par exemple, d’autant que sa culture s’envisage pratiquement partout – favorisant donc le circuit court. C’est la fibre issue du broyat de la tige qui est utilisée dans la confection du béton végétal en question.

- Fibres de miscanthus

Du côté des performances et outre son excellent bilan environnemental et ses facultés de séquestration du carbone, le béton de miscanthus est doté d’un bon déphasage thermique, est peu conducteur avec un coefficient λ fluctuant entre 0,050 à 0,070 W/mK, perspirant (régulation hygrométrique) et assez léger. On lui prête d’excellentes facultés d’absorption et de correction acoustique et, pour ne rien gâcher, un comportement au feu très intéressant – en fonction des épaisseurs mises en œuvre bien entendu. Non porteur, il est régulièrement utilisé en doublage, en cloisonnage ou en remplissage autour de structures portantes comme le poteau-poutre, par exemple. On le met régulièrement en œuvre comme matière à couler/brancher, on le façonne également sous forme de blocs de construction et c’est bien sous cette configuration que nous le présentons dans cet article.

Alkern, delassus et kellig emren, trois approches différentes

Les trois entreprises françaises ont choisi la maçonnerie comme système, et le « bloc » comme format : Alkern – récemment acquise en décembre 2025 par le géant suisse Holcim, le GAEC (groupement agricole d’exploitation en commun) Delassus et Kellig Emren sont en phase de développement de leurs unités de production avec des investissements contrastés mais importants pour certains acteurs, comme en témoignent les 10 millions d’euros investis par le premier cité.

Chez Alkern qui réalise donc cet investissement conséquent, c’est une ligne de production de blocs en béton classiques (ou rectifiés, pour un appareillage à joints minces) puis ultérieurement en béton de miscanthus (grâce à la versatilité et au changement rapide et facilité des accessoires de fabrication) qui est envisagée ; ainsi, les quantités produites fluctueront en fonction des évolutions réglementaires, de la demande et du marché.

Chez Delassus, ce seront des éléments combinant la fibre de miscanthus avec l’argile, la chaux et divers additifs en provenance du spécialiste français Vicat. Le groupement agricole d’exploitation vise un Atex (appréciation technique d’expérimentation) pour le début de l’année prochaine et les produits seront autant destinés aux projets de rénovation qu’aux projets neufs.

- Bloc en béton de miscanthus

À l’image de ce qui se pratique chez plusieurs fabricants de produits similaires en béton de chanvre, ou de produits de construction en terre cuite, certains éléments seront munis de réservations afin de pouvoir y couler un béton classique faisant office de structure (poteau incorporé).

Le dernier, Kellig Emren, envisage l’usage d’une presse à vibro-compaction comme on en retrouve régulièrement dans l’industrie du béton. À cette différence que l’entreprise envisage d’utiliser des argiles issues de terres d’excavation en provenance de chantiers (petit clin d’œil à l’entreprise luxembourgeoise Geobloc), une excellente façon donc de réintroduire ces matières nobles dans un cycle vertueux de production.

Rédaction : Régis Bigot, Arch & IPM Neobuild GIE.
Textes originaux : article paru au Moniteur en date du 9 janvier 2026.
Article paru dans Neomag #78 - avril 2026