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De la mer à la terre et au bâtiment

De la mer à la terre et au bâtiment

Le byssus de moule, « kézako » en bon français ? Également appelé « barbe » ou « soie marine », il s’agit de l’ensemble des petits filaments fibreux secrétés par certains mollusques bivalves - dont la moule fait partie, pour se fixer à leur environnement (roches, pieux, coques de bateaux, …).

Ces filaments, comparables en taille à des cheveux humains, recèlent des propriétés très intéressantes comme par exemple une bonne élasticité, une résistance élevée à l’usure, au sel ainsi qu’aux ultraviolets. Le byssus est cardable et fournit depuis l’Antiquité des étoffes luxueuses de très grande qualité, comme en Sardaigne où le savoir-faire s’est conservé. La construction navale en utilise également à usage de renfort fibreux dans les bio-composites.

La diversification et l’approvisionnement en matières biosourcées à destination de la construction est en perpétuelle évolution, en témoigne le sourcing de matières jusque-là considérées comme « exotiques ». Cette diversification est nécessaire tant la demande sur certaines matières est forte, engendrant parfois (déjà) des risques de pénuries. Rien qu’en France, pas moins de 4 500 tonnes de byssus sont annuellement rendues disponibles par la nature, une quantité assez importante donc.

C’est sur ce constat et d’autres propriétés techniques complémentaires à celles relevées précédemment que l’entreprise française Bysco a développé des produits isolants partiellement à destination de la construction : très bonne isolation thermique et acoustique, mais également légèreté (masse volumique inférieure à 1 kg/m³) et propriétés ignifuges non négligeables. Le cycle est vertueux puisqu’il « débarrasse » les mytiliculteurs du byssus qui est ensuite lavé, séparé des matières indésirables (sable, algues) par un procédé développé en interne, puis transformé en textile technique avant d’être conditionné ; en fin de vie, il peut être recyclé et réintégrer la filière textile.

A côté du Byscoflex, non tissé souple et de faible épaisseur (10 mm), le Byscoplak est un panneau rigide en 50 mm d’épaisseur pouvant répondre à plusieurs applications à destination du bâtiment comme l’isolation technique, l’isolation de cloisons, la réalisation de dalles acoustiques. L’entreprise nantaise propose un service de consultance/développement pour la création de produits sur mesures, ouvrant la porte à un élargissement des solutions. Avec une production européenne annuelle de plus de 700 000 tonnes, la moule n’a pas fini de nous faire profiter de ses bienfaits, la coquille représentant une autre ressource que le bâtiment exploite, notamment pour la production de produits drainants. https://bysco.fr/

Régis Bigot, architecte et Innovation Project Manager Neobuild GIE
Article paru dans Neomag #75 - décembre 2025

© Crédit photo : Radio France - Lionel Thompson

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Publié le lundi 12 janvier 2026
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