
Wiltz prépare le premier centre de réemploi de matériaux au Luxembourg
La commune de Wiltz s’engage dans PREUSE, un projet européen qui réunit acteurs publics et experts du réemploi autour d’un objectif commun : développer des solutions concrètes, reproductibles et coordonnées pour favoriser le réemploi des matériaux de construction.
Rencontre avec Patty Koppes, chef de projet en économie circulaire, à la commune de Wiltz
PREUSE, un projet européen qui vise à fournir des solutions pour le réemploi de matériaux
La commune de Wiltz participe à PREUSE, un projet Interreg North-West Europe qui a commencé en janvier 2024 pour s’achever en décembre 2027 et dont l’objectif est de développer des solutions concrètes et reproductibles pour encourager le réemploi des matériaux de construction.
Pour y parvenir, le projet mise sur une collaboration entre autorités publiques et experts du réemploi, et s’inspire de solutions existantes dont celle du lead partner : ROTOR. Cette coopérative a mis sur pied et gère une plateforme physique de matériaux de réemploi à Bruxelles, depuis plus que dix ans.
« L’idée de ce projet est de renforcer le rôle de l’acteur public dans le réemploi. Ce rôle peut être de sensibiliser au réemploi et de le promouvoir, mais aussi de soutenir la montée en compétences de toute la chaîne de valeur de la construction à travers des formations ou des sessions d’information dédiées aux différents publics cibles professionnels et portant sur des questions aussi diverses que : comment faire une déconstruction sélective ou établir un inventaire de matériaux ? Quelles sont les caractéristiques qui permettent de définir si un matériau est réemployable ou non ? Comment remettre en œuvre des matériaux récupérés ? », explique Patty Koppes, chef de projet en économie circulaire à la commune de Wiltz.
Une future plateforme de matériaux de réemploi bientôt à Wiltz…
Dans le cadre de ce projet, la commune travaille plus spécifiquement sur la mise en place d’un centre de réemploi, un espace physique qui permettra d’entreposer les matériaux issus de la déconstruction en attendant qu’ils trouvent preneur pour un autre projet. « Il existe de nombreuses initiatives de réemploi au Luxembourg, mais il manque un espace de stockage qui permet de couvrir le laps de temps entre la déconstruction et la reconstruction. Il y a donc des éléments qui seraient théoriquement récupérables et réemployables, mais qui ne le sont pas dans la pratique, parce qu’on ne sait tout simplement pas quoi en faire pendant les quelques mois ou années avant leur réemploi », précise-t-elle.
Pour l’instant, le projet est en phase de planification, avec une mise en œuvre concrète en 2026, année au cours de laquelle débuteront également les premiers projets de déconstruction à Wiltz. Le stock physique de matériaux sera, bien sûr, associé à un outil numérique pour mettre en relation les porteurs de projets en quête de matériaux de réemploi avec ce stock, mais le choix de l’outil n’est pas encore arrêté, car de nombreuses discussions sont en cours au niveau national : « Nous devons garantir la compatibilité entre les différentes initiatives de réemploi qui se développent au Luxembourg. En tant que commune, notre rôle est d’accompagner et de proposer des projets pilotes, comme ce futur centre de réemploi qui sera le tout premier du pays. Mais nous voulons éviter de développer des solutions isolées ou redondantes, d’où la nécessité d’adopter une approche coordonnée à l’échelle nationale. C’est pourquoi nous échangeons activement avec les ministères de l’Économie et de l’Environnement, le CRTI-B, le LIST et d’autres acteurs, afin d’identifier ensemble la solution la plus cohérente et efficace à l’échelle nationale ».
… Mais dans un premier temps, un atlas des centres de réemploi
Les partenaires du projet ont compilé un premier délivrable dans le cadre de PREUSE : un atlas des centres de réemploi. « Nous avons visité différents centres de réemploi en Europe, en analysant à chaque fois le rôle de l’acteur public, et nous avons découvert qu’aucun centre ne fonctionne de manière identique à un autre. Chaque centre est adapté aux besoins et surtout aux potentiels locaux : la ville de Bruxelles, par exemple, opère un dépôt interne de matériaux de voirie pour les besoins de ses propres chantiers, tandis qu’à Louvain, la Materialebank est spécialisée sur la récupération de matériaux à base de bois, combiné avec un atelier pour le reconditionnement. Un autre centre de réemploi est né du contexte d’une grande friche industrielle qui doit être démantelée puis reconstruite. Chaque centre de réemploi répond donc à un besoin ancré dans le contexte local. Cette diversité est particulièrement intéressante car elle laisse la place à la créativité et aussi à l’implication des différents acteurs concernés ».
Le réemploi, solution clé pour décarboner
Rappelons que la construction est un des secteurs qui a le plus d’impact sur l’environnement, la consommation énergétique, les émissions de carbone et c’est aussi un des plus gros producteurs de déchets.
« Dans une démarche d’économie circulaire, le premier réflexe doit toujours être de se demander si on a vraiment besoin de consommer cette ressource. Et dans une démarche de réemploi, le réflexe doit toujours être de se demander si on peut utiliser ce qui existe déjà pour construire. Le réemploi est une des solutions clés pour la décarbonation parce qu’il actionne plusieurs leviers. D’abord, il évite la production de nouveaux matériaux - donc l’extraction de matières premières qui y est associée. On peut aussi faire le lien avec les matériaux rares qui ne sont pas inépuisables et qui deviennent de plus en plus chers ; l’avantage peut donc aussi être économique. Ensuite, le réemploi limite le processus de production et la consommation d’énergie et de ressources qu’il implique. Et comme il va de pair avec des cycles plus courts, locaux, il évite l’importation de matériaux sur de grandes distances. Il permet aussi logiquement de réduire la production de déchets, leur acheminement vers les décharges et surtout leur traitement. Selon les cas, cela peut passer par le broyage, le concassage ou, pour certains matériaux comme le bois, par l’incinération. Le bois est d’ailleurs un matériau particulièrement intéressant du point de vue du carbone, car il en stocke naturellement. Si l’on déconstruit un bâtiment sans réemployer le bois, une partie de ce matériau sera downcyclée - transformée en produits de moindre qualité, comme des panneaux agglomérés - mais la majorité finira en valorisation énergétique, c’est-à-dire brûlée pour produire de l’énergie. Et lors de cette combustion, le carbone stocké dans le bois sera relâché dans l’atmosphère. L’objectif du réemploi, dans ce contexte, est donc clair : conserver le plus longtemps possible le carbone stocké dans le bois et dans d’autres matériaux renouvelables, afin de retarder ou d’éviter son émission dans l’air », conclut-elle.
Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #75 - décembre 2025
