
Une habitation jumelée circulaire
La villa Residu à Rotterdam fut conçue et développée par V8 Architects dans le cadre d’un programme immobilier résidentiel plus large nommé « Koer », principalement axé sur la création d’un cadre de vie durable et comprenant 168 logements répartis en une vingtaine de types d’habitations.
« Re » & « Re »
Depuis sa conception en 2021 jusqu’à sa réalisation et son achèvement en 2025, la maison jumelée est établie selon les principes de la circularité, en utilisant presque exclusivement des matériaux recyclés et réutilisés soigneusement sélectionnés. C’est en partie grâce à la réalisation de projets circulaires antérieurs - tel que le pavillon néerlandais pour l’Expo 2021 à Dubaï - que la Villa Residu a pu voir le jour. Pour les architectes et leur client, le projet a servi de cas d’étude en montrant comment la construction circulaire affectait le processus de conception, de collaboration, ou la logistique de construction.
Michiel Raaphorst, architecte et associé fondateur chez V8 Architects : « Même s’il est modeste, Villa Residu est un projet extrêmement important pour nous. Les projets d’étude de cas comme celui-ci sont essentiels : ils montrent où se trouvent les obstacles, comment les rôles évoluent au sein du processus de construction et ce qu’exige réellement la coopération de toutes les parties concernées. Les fondations restent un défi particulièrement impactant en termes de CO₂, surtout lorsqu’il s’agit de construire dans le delta néerlandais. Villa Residu montre également que l’esthétique, la méthodologie de construction et la circularité peuvent aller de pair. Grâce à un client comme VORM, qui a fourni l’espace, le budget et l’ambition nécessaires, nous avons pu apprendre ensemble et construire un cadre de vie plus durable ».
Une préparation minutieuse
Hormis l’exécution des fondations qui demeure conventionnelle, le projet met en application les principes de démontabilité des composants et matériaux, la majeure partie d’entre eux provenant du recyclage et du réemploi ; la conception de l’ouvrage est quelque peu « chamboulée », car le choix et la disponibilité des matières revêtent une importance capitale. Dans ce cadre, le permis d’urbanisme fut octroyé sur la base d’une spécification générale des matériaux, et l’entrepreneur a fait appel à un courtier spécialisé (Superuse) pour acquérir les matériaux de récupération. Les architectes ont ensuite modifié la conception tout au long du processus de construction, selon les besoins. Michiel Raaphorst : « On ne peut pas se contenter de concevoir et s’attendre à ce que les matériaux soient disponibles quelque part, comme si on les choisissait sur une étagère. Il faut donc définir sa conception de manière beaucoup plus générique, afin de permettre un large éventail de variations dans les dimensions, les matériaux et les formes spécifiés, qui seront disponibles deux ans après la finalisation de la conception. En bref, le cahier des charges fournissait des matériaux spécifiques avec des profils et des modèles indicatifs, et le permis a été accordé. Pendant la phase d’ingénierie et même pendant la construction, celui-ci a été constamment mis à jour lorsque l’entrepreneur pouvait se procurer un certain matériau ».
Ainsi, les poutres en bois, les profilés en acier (traités par sablage), les bardages de façade en acier (repeints), les menuiseries extérieures (reconditionnées et repeintes), les vitrages, les garde-corps, les solins, l’isolation et les plaques de parachèvement en plâtre proviennent d’anciens projets et du réemploi, parfois de surplus non utilisés ; les architectes estiment que pour intégrer des matériaux réutilisés, « la flexibilité est essentielle » et que la demande en entrepôts de matériaux va augmenter si la conception circulaire se généralise : « Nous pensons qu’il y aura une forte demande d’interfaces entre les bâtiments donneurs et les bâtiments destinataires, comme les entrepôts ou les marchés, car la disponibilité et la nécessité sont difficiles à concilier dans le temps ». Il est essentiel que les gouvernements respectifs s’emparent de la question, notamment en termes de législation (en créant une base législative spécifique par exemple), mais également que des aides soient élaborées afin de promouvoir le réemploi. Ce que les architectes constatent concrètement, c’est que les matériaux neufs coutent parfois - voire souvent - plus cher que les matériaux reconditionnés, d’où l’intérêt de réfléchir à de nouvelles logiques de taxation des matériaux de construction !
Entreprises de recyclage et de réemploi sollicitées
Bork (bois), Swanenberg Iron Group (acier), Van Engeland de Groot (façade en acier), Fydro (plinthes de façade), CirQ Wood et Kiewit (menuiseries extérieures en bois), Van Leeuwen (verre), Superuse (garde-corps), BK Aluminium (solins).
Article paru dans Neomag #78 - avril 2026
Illustrations et textes originaux : ©V8 Architects ; traduction, adaptations et compléments : Régis Bigot, architecte et IPM Neobuild GIE 2026



