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« On ne fait pas de la sécurité pour les chiffres, mais pour les hommes »

« On ne fait pas de la sécurité pour les chiffres, mais pour les hommes »

Des maisons individuelles aux grands chantiers, les équipes de Thomas & Piron veillent à protéger les ouvriers tout en améliorant constamment la culture SQE. Pour les 50 ans du groupe TP, 2026 sera placée sous le signe de la sensibilisation, de la formation et du renforcement des bonnes pratiques.

Interview de Bruno de Bueger, manager sécurité, qualité, environnement (SQE) de Thomas & Piron BAU, Sylvain Santkin, travailleur désigné de Thomas & Piron BAU et Olivier Martin, travailleur désigné de Thomas & Piron HAUS

TP HAUS et TP BAU : qui fait quoi ?

Olivier Martin : TP HAUS est dédiée à la construction de maisons unifamiliales. Les effectifs sont composés de 80 % d’ouvriers. En tant que travailleur désigné (TD), je suis l’ensemble des chantiers au Luxembourg et je veille à la sécurité de nos équipes.

Sylvain Santkin : TP BAU intervient sur des immeubles résidentiels, tertiaires et commerciaux. L’entité compte environ 85 ouvriers et une cinquantaine d’employés. J’ai repris la fonction de TD il y a un an, après une formation à l’IFSB, ce qui m’a permis d’apporter un regard neuf. J’ai moins de chantiers qu’Olivier, mais ils sont de plus grande envergure et structurés différemment avec une base de vie, des équipes fixes et un encadrement sur place.

Quelles sont les synergies au sein du groupe en termes de sécurité ?

Bruno de Bueger : Nous avons mis en place un comité de pilotage sécurité qui regroupe TP Bâtiment, TP Home, TP Haus, TP Bau, mais aussi Galère et Galère Lux. Le but est de partager notre réalité quotidienne : les accidents, mais aussi les initiatives susceptibles d’améliorer la culture SQE de l’ensemble du groupe.

Quels risques observez-vous sur vos chantiers respectifs ? Comment y réagissez-vous ?

OM : Pour moi, le principal risque reste la chute de hauteur lors des travaux en toiture, qui sont les plus dangereux. En 2026, ma priorité sera clairement les protections collectives et le port des équipements de protection individuelle. Le groupe met tout le matériel à disposition, encore faut-il qu’il soit utilisé. Sur le terrain, je dois souvent rappeler les bases : casque, lunettes, gants.

SS : Chez TP BAU, les risques principaux sont les coupures, pincements et écrasements. La majorité des accidents concernent les membres supérieurs, en particulier les mains. Chaque accident fait l’objet d’une fiche interne décrivant les circonstances et les causes, diffusée aux conducteurs de travaux et chefs d’équipe. Ces documents servent ensuite de support lors des quarts d’heure sécurité, parfois complétés par des vidéos de sensibilisation.

BdB : Les outils de sensibilisation évoluent, les outils visuels numériques permettent désormais de mener de véritables campagnes de prévention. Ce n’est pas encore arrivé jusqu’à nous, mais il existe des vidéos d’accueil sans texte, adaptées à des environnements multiculturels comme le nôtre, que nous pourrions bientôt utiliser pour faire passer encore plus efficacement nos messages. Pour que la culture sécurité de l’entreprise évolue réellement, notre travail doit suivre trois étapes : identifier les risques, les communiquer clairement et s’assurer que le message soit compris.

Comment les accidents ont-ils évolué ces dernières années ?

OM : Nous suivons le taux de fréquence des accidents et leur taux de gravité, défini par la durée des arrêts. Les objectifs diffèrent entre maisons individuelles et grands chantiers, la dispersion des sites rendant la prévention plus complexe. En 2025, TP HAUS a atteint ses objectifs pour la première fois depuis que je suis TD, ce dont je suis très fier.

BdB : Pour TP BAU, 2025 n’a pas été une bonne année au niveau de la sécurité. Nous avons enregistré beaucoup de petits accidents, donc nous n’avons pas atteint nos objectifs fixés. Mais de manière générale pour TP BAU et HAUS, si on regarde les résultats sur les cinq dernières années, la tendance est à la baisse.

TP BAU accueille cette année un nouvel administrateur délégué, qui a suivi la formation de travailleur désigné. Qu’est-ce que cela change ?

BdB : L’arrivée de Günther Beining marque une volonté de redynamiser la culture sécurité car il comprend nos problématiques, notre langage, les réalités du terrain et notre objectif premier qui est de permettre aux ouvriers de travailler dans de bonnes conditions et de rentrer chez eux sains et saufs.

SS : Dans notre métier, nous sommes souvent pris entre les exigences de performance et des impératifs de sécurité qui apparaissent parfois comme un frein. Se sentir écouté et compris par la direction facilitera sans doute la mise en place d’outils et d’actions concrètes.

BdB : C’est toute une ligne hiérarchique qui permet à nos chantiers d’être une réussite, tant sur les délais ou sur les coûts que sur la qualité et la sécurité. La sécurité doit être anticipée dès la phase de chiffrage et, nous, experts en sécurité, sommes là pour aider les experts en construction à le faire.

Que prévoyez-vous pour 2026 ?

BdB : Une nouvelle campagne de sensibilisation sera déployée, avec des bâches installées sur les chantiers rappelant aux ouvriers les règles d’or. Des visites d’encadrement sont également prévues pour renforcer l’implication de la ligne hiérarchique dans la sécurité. Des concours du chantier exemplaire en matière de sécurité seront organisés tous les six mois, ainsi que la poursuite des Happy Worker Days. Le programme de formation sera renforcé afin de faire monter les ouvriers en compétence et de réduire les risques. Enfin, nous changerons de service de médecine du travail pour un suivi plus adapté aux réalités des métiers, avec des visites médicales ciblées selon les postes et les risques.

Le mot de la fin ?

OM : Avant j’étais conducteur de travaux, je connais personnellement tous les ouvriers que je supervise aujourd’hui, certains sont même des amis. La sécurité est donc essentielle à mes yeux : on ne fait pas ça pour les chiffres, mais pour les hommes. Sans eux, TP n’existerait pas. Et en 28 ans, j’ai vu une évolution incroyable au niveau de la sécurité dans le groupe.

SS : La construction est un monde dur, ce qui resserre les liens. J’ai aussi un parcours au sein du groupe en tant que technicien et gestionnaire de chantier puis contrôleur qualité produit, mais à travers l’accompagnement sécurité, j’ai découvert un relationnel humain encore plus fort. En tant que TD, on est amené à questionner les hommes, à entrer dans leur intimité et ça nous motive à vouloir qu’ils soient protégés.

BdB : Cette année est celle des 50 ans du groupe. Nous espérons qu’elle sera un grand cru au niveau de la sécurité parce que c’est une de nos valeurs, notre travail quotidien et nous avons à cœur que les ouvriers puissent travailler en sécurité. Cette année marque aussi la première re-certification ISO 9001, 14 001 et 45 001 pour TP BAU. Parmi les trois normes, c’est la 45 001 qui reçoit le plus d’attention : la sécurité reste vraiment la pierre d’achoppement.

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #77 - mars 2026

Photo : Olivier Martin, Bruno de Bueger et Sylvain Santkin

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Publié le lundi 30 mars 2026
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