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La sécurité : une responsabilité partagée et une réussite collective

La sécurité : une responsabilité partagée et une réussite collective

Une nouvelle ligne ferroviaire raccordera, fin 2027, la gare de Howald au sud du pays et à la France, via Bettembourg. Permettant des vitesses allant jusqu’à 160 km/h, elle complètera la ligne existante qui restera en fonctionnement.

Interview de Carla Pereira, Coordinatrice Sécurité et Santé chez Best Ingénieurs-Conseils, Fanny Bordin, Responsable sécurité et travailleur désigné chez Félix Giorgetti et Max Muller, Ingénieur chargé d’affaires gestion de projets aux CFL.

Ce projet stratégique vise à désengorger l’axe le plus fréquenté du Luxembourg et à augmenter la flexibilité et la ponctualité du réseau. La ligne existante est en effet régulièrement saturée à cause d’un trafic intense mêlant des trains voyageurs régionaux, internationaux (TGV) et de marchandises (fret, axe EuroCap-Rail Bruxelles Luxembourg Strasbourg).

Quels étaient vos rôles respectifs au sein de cette collaboration entre les CFL, BEST et GIO ?

Max Muller : Les Chemins de Fer Luxembourgeois (CFL), et plus précisément le service Projet Infrastructure, agit en tant que maître d’ouvrage pour ce projet, qui est divisé en 4 tronçons et une vingtaine de marchés / chantiers, chacun supervisé par un coordinateur sécurité et santé (CSS).

Depuis le début des travaux en 2016, les CFL travaillent avec BEST. Cette collaboration a commencé en amont du projet avec l’élaboration du plan général de sécurité et santé, et se poursuivra jusqu’à la réception avec l’établissement d’un document adapté à l’ouvrage (DAO) qui prévoit les procédures de maintenance en sécurité.

Carla Pereira : BEST est intervenu en tant que CSS pour toutes les phases du projet. La mission du CSS a été d’assurer la sécurité et la santé des travailleurs tout au long du projet, en anticipant les risques, en analysant les choix techniques et organisationnels, et en intégrant les principes généraux de prévention afin de réduire les risques à la source et de mieux préparer les interventions futures.

Nous avons coordonné les entreprises sur le chantier, réalisé des visites régulières et communiqué avec les responsables pour identifier les risques, proposer des solutions et garantir le respect des règles de sécurité.

Fanny Bordin : Félix Giorgetti agit en tant qu’entreprise de construction. Mon rôle de responsable sécurité et travailleur désigné consiste à veiller au respect des exigences réglementaires et à la prévention des risques dès la phase de soumission, en collaboration avec le service méthodes.

Je m’assure que nos équipes appliquent correctement les règles de sécurité sur le terrain et que les risques liés à nos interventions sont identifiés et traités au quotidien.

Quelle place la sécurité occupe-t-elle dans ce projet ?

CP : Elle occupe une place centrale, est partagée par l’ensemble des intervenants et est considérée comme un critère de qualité, et non comme une contrainte.

Lors de chaque réunion, le premier point à l’ordre du jour est systématiquement la sécurité : nous analysons tous ensemble les éventuels problèmes rencontrés et identifions les améliorations possibles afin d’éviter qu’ils ne se reproduisent.

Pourquoi est-il important de traiter les problématiques liées à la sécurité le plus tôt possible ?

CP : Cela permet d’anticiper les risques et de garantir des choix techniques et organisationnels mieux adaptés. Mais cela ne signifie pas que nous ne rencontrerons pas d’imprévus en phase d’exécution : la réalité du terrain ne correspond pas toujours à ce qu’on trouve dans les plans ou les rapports, et il faut alors savoir s’adapter.

FB : Traiter les problématiques liées à la sécurité permet d’anticiper les risques plutôt que de réagir en urgence. Concrètement, cela implique la revue des plans et procédures avant le démarrage des travaux, l’identification des risques pour nos équipes et l’adoption de mesures adaptées : prévoir le matériel nécessaire, les protections collectives, des accès sécurisés, une organisation visant à réduire les coactivités, etc.

Comment peut-on agir concrètement sur la sécurité et la santé dès la phase de planification ?

CP : À travers une concertation entre les différents intervenants qui vise à prendre en considération les besoins de tous les travailleurs, mais aussi en adaptant le phasage des travaux pour limiter les coactivités.

MM : Bien avant le démarrage du chantier, de nombreuses réunions ont été organisées avec l’Administration des ponts et chaussées qui réalise simultanément l’élargissement de l’autoroute A3 le long du projet.

Le projet de la NBS (Neubaustrecke) englobe de nombreux nouveaux ouvrages d’art surplombant la voie ferrée et l’autoroute, qui nécessitent le respect de mesures de sécurité pour chaque projet. Le but était de coordonner les coactivités entre chantiers avoisinants et d’assurer les accès des services de secours à tout moment.

Des échanges réguliers ont aussi eu lieu avec les trois communes traversées — Bettembourg, Roeser et Hesperange — entre autres pour planifier les déviations et barrages temporaires sur les pistes cyclables longeant le projet.

FB : Cette phase relève d’un travail d’équipe, où chaque intervenant apporte son expertise. Le choix du matériel et la définition des méthodes de réalisation permettent de garantir la sécurité de nos compagnons tout en atteignant les objectifs fixés dans les délais impartis.

Quels sont les principaux risques identifiés dans ce projet ?

CP : Le travail en hauteur, à proximité de voies ferrées en exploitation, la coactivité sur un chantier en mouvement permanent et maintenu en service, le travail de nuit en horaires postés, les opérations de levage ainsi que les interventions en espaces confinés.

MM : Le projet NBS s’étend sur 7 km et se divise en plusieurs marchés. En amont des soumissions de ces marchés, le CSS est désigné afin d’assurer la coordination globale. Chaque marché bénéficie ainsi d’un système complet de sécurité et de validation des documents.

De plus, l’envergure du projet nécessite une coordination et des échanges fréquents avec les services de secours, administrations, concessionnaires, agriculteurs et habitants. C’est pourquoi le CSS a établi un plan d’accès de secours en concertation avec les chantiers et services d’urgence. Il est régulièrement mis à jour et communiqué à tous les intervenants.

Un autre risque est celui des travaux à proximité d’une voie en service, ce qui est le cas au niveau des deux zones de raccordement de la nouvelle ligne sur la ligne existante, à Bettembourg et Howald. Les CFL ont organisé des formations pour sensibiliser les entreprises à ce risque.

FB : Parmi ces risques, la proximité des caténaires nécessite une vigilance renforcée, car les conséquences d’un incident peuvent être graves, tant pour les équipes que pour le fonctionnement du réseau ferroviaire.

Nous avons donc renforcé nos mesures de prévention sur ce point (sensibilisation rappelant les distances de sécurité à respecter, etc.). Pour certaines opérations, les travaux ont dû être réalisés sous barrage ferroviaire afin de garantir une sécurité maximale.

Comment avez-vous sensibilisé vos équipes à ces risques ?

CP : En phase d’exécution, nous avons renforcé notre présence sur le terrain : des visites de nuit ont été réalisées et la fréquence des visites a été augmentée à la demande des CFL jusqu’à quatre fois par semaine, en particulier lors des changements de postes, moments critiques où la transmission de l’information peut être compromise par la fatigue d’une équipe et la prise de relais par une autre.

Mais la sécurité est une responsabilité partagée. À la demande du maître d’ouvrage, toute personne présente sur le chantier est tenue de veiller à la sécurité, y compris la direction des travaux qui est autorisée à arrêter le chantier en cas de problème.

FB : Nous avons sensibilisé nos équipes à travers un ensemble d’actions complémentaires. Avant chaque démarrage de poste, des briefings / causeries sécurité sont organisés afin de rappeler les risques spécifiques et les bonnes pratiques à adopter.

Des formations ciblées sont également dispensées, en particulier pour le travail en hauteur, les interventions à proximité des voies ferrées ou sous les caténaires, les opérations en espaces confinés, etc.

De plus, un suivi attentif et des contrôles réguliers permettent de vérifier l’application des mesures de prévention et d’ajuster les pratiques si nécessaire.

Quels choix peuvent avoir un impact positif sur la sécurité ?

CP : Plusieurs actions peuvent être mises en place, notamment une coordination renforcée entre toutes les équipes, un suivi continu des mesures de prévention et le choix de solutions simples et sûres.

FB : Nous garantissons un chantier sécurisé en mettant à disposition un matériel adapté et entretenu, comprenant du coffrage moderne, facile d’utilisation, des engins de manutention fiables, ainsi que des équipements de protection individuelle appropriés (EPI).

Nous élaborons des procédures spécifiques et validées, sensibilisons et formons notre personnel en continu, et réalisons des contrôles réguliers sur le terrain afin d’assurer le respect des bonnes pratiques et la sécurité de l’ensemble des équipes. De plus, nos sous-traitants sont tenus de respecter strictement notre politique de sécurité.

MM : Chaque entreprise, y compris les sous-traitants et fournisseurs, doit fournir un document d’accès au chantier (DAC), un plan particulier sécurité santé (PPSS), une attestation d’approbation du plan général sécurité santé et doit être inscrite sur la plateforme ARIBA du maître d’ouvrage.

Sur ce projet, une méthode d’approbation de documents fondée sur la sécurité a été mise en place : des procédures d’exécution, plans, fiches techniques, plannings, etc. sont à établir et à faire valider par tous les intervenants avant l’exécution.

Pendant les travaux, ces procédures sont à surveiller par la direction des travaux et le CSS. Puis, les CFL organisent des audits à intervalles réguliers pour évaluer la sécurité sur chantier et pour lesquels les entreprises reçoivent une note qui impacte leurs futures soumissions.

Avez-vous rencontré des difficultés durant le projet ?

CP : Certaines difficultés sont apparues, notamment en lien avec les contraintes de planning, les choix techniques et l’organisation des travaux. Ces situations font partie du déroulement normal d’un projet aussi complexe et ont été traitées de manière constructive.

MM : La bonne communication des mesures de sécurité aux intervenants est un défi : les CFL exigent une sécurisation de tous les processus de chantier, ce qui peut générer des discussions lors des réunions de chantier.

Par exemple, à la suite d’accidents impliquant des fournisseurs sans PPSS, les CFL et le CSS demandent un PPSS pour tous les intervenants sur chantier. Cette obligation pose toutefois des difficultés opérationnelles pour les entreprises, les chauffeurs de camions pouvant changer au dernier moment.

FB : La coordination des équipes et l’organisation de certaines interventions ont nécessité des ajustements pratiques. C’est pourquoi nous avons travaillé de manière proactive afin d’adapter les mesures de sécurité pour garantir le bon déroulement du chantier.

Comment les éventuels conflits d’opinions ont-ils été gérés entre les différents intervenants ?

CP : Par le dialogue, la concertation et des échanges réguliers entre le maître d’ouvrage, BEST et les autres intervenants qui ont permis d’aboutir à des solutions communes, tout en gardant la sécurité comme priorité.

FB : Les divergences d’opinion sont discutées et résolues en commun, avec pour but de trouver des solutions sûres et applicables sur le terrain.

MM : En tant que maître d’ouvrage, il est parfois difficile d’expliquer la nécessité de certains documents ou procédures, mais ces échanges font partie du processus et permettent de mieux comprendre les exigences.

Une bonne communication interne et externe est la base pour arriver à un projet mené en toute sécurité.

Quel message souhaitez-vous transmettre concernant la sécurité et la coopération sur des projets de ce type ?

CP : La sécurité est une réussite collective. Une coopération partenariale forte entre le maître d’ouvrage, le CSS et l’ensemble des intervenants est essentielle pour garantir un chantier sûr et la réussite du projet.

MM : Un projet ferroviaire de cette ampleur implique de nombreux intervenants et services internes. Une bonne ambiance et une bonne communication sont fondamentales pour que les règles de sécurité définies en commun soient appliquées collectivement, sous la supervision du CSS.

FB : Chaque acteur a un rôle à jouer : une communication transparente et une coopération étroite garantissent un chantier sûr. La sécurité n’est efficace que si elle est intégrée à tous les niveaux, de la planification à l’exécution.

En un mot, comment décririez-vous cette coopération ?

CP : Partenariale, parce qu’elle repose sur la confiance, le dialogue et des objectifs communs en matière de sécurité.

MM : Confiance. Au-delà d’une bonne collaboration, une certaine confiance entre les intervenants appliquant la sécurité contribue à la réussite collective. Le but est que chaque intervenant comprenne l’importance de la sécurité vis-à-vis de lui-même et des autres.

FB : Synergie. Nous nous unissons pour atteindre un but commun : atteindre nos objectifs tout en garantissant la sécurité et la protection de nos équipes.

Données

  • 2 x 7 km de voies ferrées
  • 8 ouvrages d’art
  • 800 000 m3 de terres terrassées
  • 70 000 tonnes de ballast
  • 3 000 colonnes ballastées pour renforcer le
  • sol entre l’ouvrage OA7 et le PK 7,700
  • 1 000 inclusions rigides au nord de la gare de Bettembourg
  • 150 km de câbles de signalisation, de radio et d’aiguillage
  • 350 poteaux caténaires
  • 13 bassins de rétention d’une capacité totale de 4 750 m3 d’eau

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #77 - mars 2026

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Publié le lundi 23 mars 2026
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