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La prévention, un travail de fond

La prévention, un travail de fond

Dans le gros œuvre, la sécurité se construit au quotidien, sur le terrain. Chez CDCL, visites de chantier, méthode 5S, concours sécurité et retours d’expérience permettent d’ancrer les bons réflexes pour réduire les accidents.

Interview de Lionel François, directeur de production chez CDCL

Quelle place la santé et la sécurité au travail occupent-elles dans vos activités ?

Une place prépondérante, et ce pour une raison toute simple : dans notre secteur - et principalement dans notre cœur de métier (le gros-œuvre) où les conditions de travail sont particulièrement difficiles - on ne peut travailler que si nos ouvriers sont en forme, s’ils aiment venir travailler et ont envie de revenir jour après jour. La sécurité est d’autant plus importante que la moyenne d’âge de nos équipes augmente et que, au-delà du risque d’accident, elles sont également exposées à des troubles musculosquelettiques.

Trois personnes sont dédiées à la sécurité chez CDCL : une référente sécurité - qui est aussi notre travailleuse désignée chargée de l’analyse des risques, de l’organisation des visites sur chantier, de la rédaction des comptes-rendus de visite et du suivi des accidents -, ainsi qu’un délégué à la sécurité et un chef de chantier.

Par quelles mesures concrètes cette préoccupation se traduit-elle ?

Nous abordons le sujet dès l’embauche à travers un parcours d’intégration dans lequel la question de la sécurité occupe une place centrale : qui est le responsable sécurité dans l’entreprise ? Quels sont les principaux points d’attention ? Que faire en cas d’accident ?

Ensuite, nous accueillons les conducteurs de travaux, les ouvriers et les sous-traitants sur chaque nouveau chantier, en leur présentant les risques spécifiques qu’il comporte et les modes opératoires qui en découlent. Une fiche d’émargement nous permet de nous assurer que le message a bien été transmis à l’ensemble des intervenants.

Nous réalisons aussi différents types de visites de chantier pour vérifier qu’il n’y ait pas d’écart entre la pratique et la théorie. Lors des visites sécurité standard, notre équipe relève les points conformes, non conformes et de vigilance selon une trame prédéfinie, photos et explications à l’appui. Nous veillons à ce que toute non-conformité soit mise en conformité le plus rapidement possible.

Les visites 5S se concentrent sur l’organisation du chantier, la logistique et le rangement. La méthode 5S vient des usines japonaises, où l’on a constaté une efficience accrue quand chaque objet était rangé à sa place. Nous l’appliquons sur nos chantiers en nous assurant, par exemple, que le matériel est entreposé à proximité de l’endroit où l’on travaille, que les bennes à déchets sont facilement accessibles et que les chemins sont toujours dégagés.

Lors des visites croisées, l’équipe en charge d’un chantier est invitée sur un autre chantier, et inversement. Cela permet aux uns et aux autres de bénéficier d’un point de vue différent, le but n’étant absolument pas de pointer ce qui ne va pas, mais plutôt de favoriser les échanges autour des bonnes idées et des bonnes pratiques. Nous intégrons aussi à cette démarche du personnel administratif, qui apporte un regard plus théorique de la construction.

Enfin, nous organisons des concours sécurité deux fois par an. Le chantier gagnant est désigné à l’issue de visites menées sur l’ensemble de nos chantiers, autour d’un thème spécifique, souvent lié à l’une des sept règles d’or de CDCL, comme le port des équipements de protection individuelle ou la fausse sécurité. La récompense est généralement un repas offert à l’équipe : un moment convivial, agréable pour les ouvriers, et tout aussi intéressant pour nous, car il nous permet d’échanger avec les équipes en dehors du cadre du chantier.

Quels résultats observez-vous relativement aux actions mises en œuvre ?

Nous partons de loin, mais cela fait maintenant plusieurs années que nous nous améliorons. Même si la courbe n’est jamais totalement linéaire, nous constatons une nette diminution du nombre et de la gravité des accidents. Leur fréquence est également en baisse, mais de manière moins marquée.

Il reste quelques accidents « bêtes », que l’on ne pourra sans doute jamais éviter : un ouvrier qui trébuche sur une marche et se tord la cheville ou une personne heurtée par la porte d’un conteneur ouverte au mauvais moment, par exemple. Notre objectif reste néanmoins « zéro accident » et cela implique de rappeler constamment les règles et de maintenir les visites de chantier. La prévention est un travail de fond.

Ce qui est très positif, c’est l’évolution des comportements sur le terrain. Nos équipes sont aujourd’hui beaucoup plus proactives et investies qu’auparavant : lorsqu’elles constatent une anomalie sur un chantier, elles s’arrêtent et prennent le temps de corriger la situation sans attendre l’intervention d’un responsable sécurité.

Quelle sera la prochaine étape ?

Maintenant que nos équipes ont pris l’habitude de faire remonter les accidents à l’encadrement, nous les incitons à signaler également les « presque accidents », c’est-à-dire les situations qui n’ont pas entraîné de blessure, mais qui présentent un risque : une palette de briques susceptible de basculer, par exemple. L’objectif est d’analyser ces situations, d’en identifier les causes, de les catégoriser et de réfléchir aux mesures à mettre en place pour éviter qu’elles ne se reproduisent.

Parallèlement, nous continuons à former nos ouvriers et notre encadrement à l’IFSB. Nous veillons à ce qu’ils suivent les nouvelles formations proposées et qu’ils aient tous les rappels nécessaires - sur le port du harnais, l’utilisation des nacelles, ou encore les procédures de sécurité - afin que chacun maîtrise correctement les gestes et les équipements.

Dans un contexte où les équipes ont des objectifs de rendement et de résultats à atteindre, il est indispensable de remettre régulièrement une « couche » de prévention, faute de quoi les mauvaises habitudes peuvent rapidement revenir. Nous recherchons la performance, bien sûr, mais à condition de ne pas avoir d’accident, car un accident pénalise l’avancement du chantier, en plus de la santé des personnes concernées.

Enfin, nous restons attentifs aux pratiques d’autres entreprises. Nous travaillons régulièrement en association momentanée, ce qui permet de croiser les expériences et les retours de terrain de manière très concrète : il n’est pas rare que nos équipes nous proposent d’adopter une solution intéressante, observée ailleurs. Notre référente sécurité organise également des rencontres avec des confrères afin d’identifier de nouvelles idées. Cette démarche collective fait progressivement évoluer nos pratiques.

Un message pour finir ?

La sécurité, c’est l’affaire de tous. Pour que le message passe, les ouvriers doivent comprendre que les règles ne sont pas là pour les contraindre ou les pénaliser, mais bien pour les protéger. Et, sur ce point, je suis satisfait de nos équipes car elles ont bien intégré ces enjeux.

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #77 - mars 2026

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Publié le vendredi 27 mars 2026
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