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Un chantier de référence en matière de déconstruction soignée et de réemploi

Un chantier de référence en matière de déconstruction soignée et de réemploi

Chez Polygone, l’innovation s’incarne dans plusieurs projets et se concentre notamment sur le démantèlement soigné et le réemploi de matériaux, avec un chantier opportun en cours, en centre-ville.

Interview de Sébastien Aubry, responsable commercial, et Quentin Lefèvre, chargé de projets d’innovation, chez Polygone Sàrl.

Quelle place la déconstruction sélective et le réemploi de matériaux occupent-ils chez Polygone ?

Sébastien Aubry : La force de Polygone réside dans sa capacité à proposer de multiples services en lien avec la construction et la transformation de bâtiments. En effet, nos activités se complètent : bâtiments modulaires, collecte et gestion des déchets, déconstruction, curage, déblayage, désamiantage, clôtures et portails, espaces verts… La déconstruction soignée s’ajoute comme une spécialisation en lien à nos objectifs d’écoresponsabilité.

Quel est le point de départ de ce projet de démantèlement soigné que vous êtes en train d’achever ?

SA : Il s’agit d’un projet que nous avons obtenu, à la base, en déconstruction purement traditionnelle. Voyant l’excellent état du bâtiment, nous avons voulu saisir l’opportunité d’avoir une expérience sur base volontaire en termes de réemploi. Il était en effet difficilement envisageable d’envoyer ces matériaux à la déchetterie.

Quelle a été votre mission finalement ?

Quentin Lefèvre : Nous avons démantelé soigneusement un bâtiment administratif d’une surface totale de 4 000 m2 sur 4 étages. Contrairement à une déconstruction traditionnelle, où les matériaux sont retirés et évacués vers la déchetterie, l’objectif était de récupérer toute la moquette, les sanitaires, les cloisons en bois et les parois vitrées, l’isolant en laine de roche et le mobilier de bureau restant. Cela a demandé à nos équipes d’adapter leur mode opératoire pour la dépose et le retrait des matériaux afin de les conserver à l’identique.

Quels défis avez-vous dû relever ?

SA : Comme le choix s’est porté sur un démantèlement soigné de notre part, une concertation et une collaboration étroite avec nos hommes de terrain étaient indispensable. Le délai de réalisation pour ce chantier ne devait pas dépasser 10 semaines, le tout en veillant à trouver des filières de réemploi qui acceptent d’évacuer les matériaux dans un timing si serré. Dans l’attente de trouver des partenaires, nous avons dû stocker les différents éléments sur chaque palier. Nos ouvriers ont pris soin de déposer et conditionner les matériaux en adéquation avec les cahiers des charges des repreneurs. L’évacuation par seulement deux bandeaux de fenêtres sur le bâtiment a aussi fortement complexifié la tâche. Nous avons également dû conditionner certains matériaux sur palettes filmées afin de sécuriser les transports. Autant de défis intéressants et valorisants pour les équipes de Polygone.

Concrètement, qu’est-il advenu des différents matériaux que vous avez déposés ?

SA : Nous avons d’abord cherché des solutions de réemploi au Luxembourg, mais force est de constater que, pour l’instant, elles sont assez réduites. Nous avons donc élargi nos recherches vers les pays voisins.

QL : Nous avons rapidement trouvé une société spécialisée dans le reconditionnement de moquette en Belgique vers qui 25 palettes, l’équivalent d’un camion semi-remorque, ont été envoyées. La majorité sera nettoyée avant d’être réemployée. Les 72 doubles parois vitrées ont aussi été envoyées en Belgique. Elles seront soit redécoupées, soit réutilisées en l’état. Nous avons également évacué 140 m3 de laine de roche vers les Pays-Bas dans un réseau de revalorisation. Les sanitaires seront remis en œuvre après avoir subi un traitement. Les cloisons et portes en bois, qui avaient été démontées précautionneusement et stockées pièce par pièce, ont en revanche fini en déchèterie, faute de filière de récupération et de temps, malgré tous les efforts déployés. Pour une première expérience, nous considérons que les volumes traités sont déjà conséquents !

Qu’en est-il du volet financier d’un tel projet ?

SA : Considérant que la direction nous laissait les mains libres sur cet exercice expérimental, l’idée était de faire de ce chantier une référence, de mesurer les possibilités qu’offre le démantèlement soigné, de nous confronter aux difficultés et d’en tirer des leçons. Nous l’avons fait pour le développement de notre entreprise, mais aussi pour faire avancer la démarche au niveau national.

QL : Toutefois, financièrement, de nombreux éléments sont à considérer lors de la rédaction d’une offre de tel type ; il conviendrait de prendre en compte tous les coûts indirects cachés. Notamment l’intervention d’un inventoriste, le temps supplémentaire nécessaire pour la dépose, la manutention et le conditionnement des matériaux pour les transports, la budgétisation des moyens de levage appropriés, … autant d’éléments à ne pas négliger.

Comment cela s’est-il passé avec le client ?

SA : Très bien. Nous l’avons informé que nous allions adopter une approche différente pour son projet. Un rapport de fin de chantier concernant le réemploi lui sera remis. Cependant, les contraintes rencontrées, comme le stockage des matériaux sur place nous empêchant de libérer l’espace dans les temps escomptés, ont pu engendrer un questionnement supplémentaire afin d’assurer que tout soit réalisé dans les temps. La communication et la transparence sur la situation l’ont toutefois gardé en confiance. La qualité du travail fourni par nos équipes l’a encouragé à élargir le bon de commande avec un étage supplémentaire et d’autres prestations extérieures.

Quels éléments pourraient inciter au réemploi au Luxembourg, selon vous ?

QL : Il y a avant tout un travail de collaboration qui devrait être mené au niveau national car une mise en relation est nécessaire entre les autorités, les centres de recherches et de ressources, les sociétés de déconstruction comme Polygone, les inventoristes, les filières de réemploi et tout autre acteur concerné par le réemploi.

SA : Le développement du réemploi au Luxembourg passe obligatoirement par une prise de conscience de l’ensemble des acteurs sur la nécessité de trouver des solutions communes et de travailler en ce sens.

Mélanie Trélat

Article paru dans Neomag#81 - septembre 2026