
Le partage d’énergie change l’équation du photovoltaïque
Après un déploiement progressif, Enovos ouvre le partage d’énergie au grand public et invite les professionnels du secteur à se demander, dès la conception, qui consommera cette énergie, et à quel moment.
« Si le partage d’énergie est très facile à comprendre du point de vue du client, il est assez complexe sur le plan opérationnel », introduit Ivan Deschamps, responsable du développement produit, de la transformation digitale et de l’innovation chez Enovos. Après quelques mois de mise en route, l’entreprise est à présent en mesure de prouver que le service Energy Sharing peut couvrir toutes les configurations légalement autorisées au Luxembourg.
« Toute la chaîne est désormais opérationnelle », précise Tatiana Berseneva, Product Manager : « Une fois les volumes partagés calculés par LENEDA, Enovos prend le relais pour les rendre visibles aux participants dans un tableau de bord digital intuitif, aux côtés de leur consommation résiduelle depuis le réseau et de leur production non injectée sur le réseau. Enovos établit ensuite les factures, collecte les paiements et redistribue les montants aux producteurs. »
Une prise en charge de bout en bout, sans risque
C’est précisément dans la gestion de cette chaîne qu’Enovos se démarque et apporte une vraie valeur ajoutée. Quelle que soit la forme juridique et le nombre de membres du groupe de partage, le spécialiste prend les commandes et assure le suivi.
Un petit groupe peut sembler simple à administrer au départ. Mais la complexité apparaît dès qu’un membre entre ou sort, qu’un prix change, qu’un paiement échoue. La Product Manager interroge : « Au Luxembourg, chaque compteur de maison peut désormais participer simultanément à jusqu’à trois groupes de partage, chacun pouvant appliquer un prix différent. Comment, en tant que client, me frayer un chemin dans cette complexité ? »
Ivan Deschamps insiste sur deux atouts commerciaux. La liberté tarifaire d’abord : « Dans les groupes que nous gérons pour eux, nos clients sont libres de fixer leurs propres prix au sein de leur communauté. » L’absence de frais fixes ensuite : « Si vous ne consommez pas d’énergie partagée, vous ne payez rien. Le Service Enovos ne comporte pas de frais fixes : les frais Enovos sont calculés uniquement sur les kWh effectivement partagés. » Ainsi, lorsque le soleil brille, de belles économies sont possibles pour les consommateurs, surtout en cas de partage ultra-local, exempté de frais réseau.
Le bon mix, avec ou sans toit
Chaque groupe doit bien entendu comporter un producteur d’énergie renouvelable, mais le dispositif n’est pas réservé aux propriétaires équipés. Une entreprise qui ne dispose pas de panneaux photovoltaïques peut par exemple s’alimenter grâce à l’électricité photovoltaïque excédentaire des bâtiments voisins. « Pour bénéficier d’une énergie produite localement, il n’est plus nécessaire de posséder un toit. C’est aussi simple que cela », résume le responsable innovation.
Tout est question d’équilibre. Tatiana Berseneva : « Nous commençons toujours par examiner comment la production et la consommation se rejoignent. Dans le cas de maisons unifamiliales résidentielles, un ordre de grandeur utilisé au démarrage est d’environ trois consommateurs par producteur, mais nous le validons toujours sur les profils réels. » Le ratio peut changer rapidement : « Pour les entreprises, le photovoltaïque peut être surdimensionné s’il couvre toute la toiture. J’aurai alors besoin de davantage de consommateurs, sauf si l’entreprise consomme beaucoup et au bon moment, du fait de ses activités. »
Un nouveau paramètre dans le calcul de rentabilité
Pour les professionnels du bâtiment, le partage d’énergie modifie désormais le business case d’une installation photovoltaïque. « Jusqu’à maintenant, le retour sur investissement d’une installation photovoltaïque en toiture se calculait principalement sur la base des subsides et des tarifs d’injection. Avec le partage d’énergie, un nouveau levier s’ajoute : la possibilité de valoriser une partie du surplus à un prix convenu au sein du groupe », détaille Tatiana Berseneva.
Ivan Deschamps en tire une conséquence pour la profession : « Nous devons peut-être repenser la manière dont nous abordons le conseil initial sur l’opportunité d’installer du photovoltaïque. »
Un atout additionnel pour des concepts globaux
Les porteurs de projets de nouveaux quartiers iront un cran plus loin en proposant des concepts globaux plus complets, « où les habitants disposent de places de parking communes, d’un système de chauffage optimisé, d’une production d’électricité sur site et, en sus, du partage à l’échelle du quartier. »
Sa collègue le constate déjà : « Les promoteurs viennent très tôt avec leurs interrogations et essaient d’intégrer le partage d’énergie bien en amont. Quand un locataire emménage, il fait alors déjà partie du groupe, qui a été préconçu pour lui. »
Trois questions doivent accompagner le développement de projets photovoltaïques : qui consommera cette électricité, à quels moments, et que deviendra le surplus ? « C’est encore nouveau pour tout le monde », rappelle le responsable. « Ce qui est formidable, c’est que nous pouvons apprendre ensemble en chemin. Nous sommes très ouverts à discuter, à présenter, à être challengés et à challenger les concepts ou les projets. »
Marie-Astrid Heyde
Photo couverture : Tatiana Berseneva et Ivan Deschamps / Enovos
Article paru dans Neomag#81 - septembre 2026
