Construction - Innovation - Technologie
Santé et énergie dans les bâtiments : une voie convergente ?

Santé et énergie dans les bâtiments : une voie convergente ?

Longtemps, énergie et santé ont été considérés comme des sujets distincts dans le bâtiment. D’un côté, les consommations énergétiques, les émissions de CO₂ et les objectifs climatiques. De l’autre, la qualité de l’air et de l’environnement intérieur, les matériaux sains, le confort et la santé des occupants. Aujourd’hui, ces approches convergent.

La directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments (EPBD – Directive 2018/844) illustre parfaitement cette évolution. Au-delà des seuls enjeux énergétiques, elle reconnaît désormais l’importance d’un climat intérieur sain et encourage le déploiement de systèmes intelligents capables d’adapter automatiquement le fonctionnement du bâtiment à ses conditions réelles d’utilisation.

Cette évolution marque un changement de paradigme : la performance d’un bâtiment ne se mesure plus uniquement au regard de l’énergie qu’il consomme, mais également à sa capacité à préserver durablement la santé et le bien-être de ses occupants.

En termes d’approche

Dans des bâtiments toujours plus performants et plus étanches, la qualité de l’environnement intérieur (QEI) dépend également de nombreux autres facteurs : émissions des matériaux, occupation réelle des espaces, présence de polluants spécifiques, renouvellement effectif de l’air ou encore comportements des occupants.

Penser que la seule augmentation des débits de ventilation permettra de résoudre l’ensemble des problématiques sanitaires constitue probablement une vision trop simpliste et très peu scientifique. Une ventilation plus importante ne remplace ni le choix de matériaux sains, ni une bonne conception, ni une compréhension fine des usages réels du bâtiment.

Partons tout d’abord de l’indicateur souvent considéré comme la référence en matière de qualité de l’air intérieur : le CO₂. Mais que représente-t-il réellement ? Peut-on véritablement le considérer comme un indicateur de qualité de l’air ? Et surtout, quelle place occupe-t-il au sein des normes de conception des bâtiments ?

Pour répondre à ces questions, il faut revenir à la norme EN 16798 qui constitue aujourd’hui l’une des références européennes pour le dimensionnement des systèmes de ventilation. Celle-ci distingue notamment :

  • la qualité de l’air extérieur (ODA – Outdoor Air Quality) ;
  • la qualité de l’air intérieur visée (IDA – Indoor Air Quality) ;
  • les dispositifs de filtration nécessaires pour atteindre les performances attendues.

La caractérisation de l’air extérieur (ODA) ainsi que les performances des systèmes de filtration sont aujourd’hui relativement bien maîtrisées. En revanche, l’évaluation de la qualité intrinsèque du bâtiment demeure complexe et il y a lieu d’en comprendre les notions fondamentales. Le facteur QP (débit spécifique de pollution lié aux occupants) est associé aux bio-effluents produits par les occupants (principalement liés à la respiration, à l’activité humaine et donc indirectement au CO₂) ; le CO₂ n’est donc pas un polluant du bâtiment, il est avant tout un indicateur d’occupation et de renouvellement d’air. Le facteur QB (facteur de pollution du bâtiment), correspond aux émissions propres ; ce dernier regroupe l’ensemble des polluants susceptibles d’être générés par l’ouvrage lui-même : matériaux de construction, revêtements, colles, peintures, etc.

Sur le papier, cette approche est particulièrement pertinente. Dans la pratique, sa quantification demeure toutefois délicate. Comment qualifier objectivement un bâtiment comme étant « peu polluant » ou « fortement polluant » ? Quels polluants prendre en compte ? À partir de quels seuils ? Avec quels protocoles de mesure ? Aujourd’hui encore, les réponses restent partielles et les méthodes d’évaluation insuffisamment harmonisées.

Pourtant, les conséquences sont loin d’être anecdotiques. Scientifiquement, la dilution seule ne constitue pas une stratégie suffisante de gestion de la qualité de l’air intérieur.

Si la ventilation permet effectivement de réduire la concentration de certains polluants volatils, elle ne supprime ni leur source, ni certains phénomènes d’émissions continues. Une approche reposant exclusivement sur l’augmentation des débits d’air peut donc conduire à une surconsommation énergétique sans traiter la cause première du problème.

Quant aux technologies ?

Avec les technologies actuelles, le pilotage d’un bâtiment ne peut plus se limiter à quelques indicateurs isolés tels que le CO₂, la température ou l’humidité relative. Ces paramètres restent essentiels, mais ils ne reflètent qu’une partie de la réalité d’un environnement intérieur. La donnée devient un nouvel organe technique du bâtiment.

Température, humidité relative, concentration en CO₂, particules fines (PM₂.₅ et PM₁₀), composés organiques volatils (COV) et semi-volatils (COSV), formaldéhyde, occupation des espaces, ouverture des fenêtres, débits de ventilation, consommations énergétiques ou encore fonctionnement des équipements techniques : le bâtiment « moderne » se doit de générer désormais une quantité considérable d’informations pour pouvoir corréler des stratégies optimales. L’évolution récente des micro-capteurs constitue un véritable changement de paradigme. Longtemps réservées aux laboratoires ou à des campagnes de mesure ponctuelles, certaines technologies deviennent progressivement accessibles pour un monitoring quasi continu des environnements intérieurs. Les capteurs NDIR pour le CO₂, les sondes de température et d’humidité, les capteurs de particules, de composés organiques volatils ou encore de formaldéhyde peuvent être regroupés en un seul, voir quelques points de mesure. Il est désormais possible de suivre en temps réel une partie significative des paramètres influençant la qualité de l’environnement intérieur.

Mais mesurer davantage ne suffit pas. La véritable évolution consiste à donner du sens aux données collectées : comprendre les liens entre qualité de l’air, occupation, énergie et confort, identifier les dérives, anticiper les besoins et in fine, piloter le bâtiment de manière plus intelligente. L’objectif n’est plus seulement de surveiller un bâtiment, mais de développer une compréhension dynamique de son fonctionnement réel afin d’optimiser simultanément la qualité de l’environnement intérieur, le confort des occupants et la performance énergétique.

Il reste à développer des micro-capteurs complémentaires, à redéfinir les seuils d’intervention (qu’ils soient absolus ou relatifs) et à optimiser le fonctionnement des bâtiments, tout en limitant dès la conception l’introduction de polluants grâce à l’usage de matériaux sains. Autant de défis qui constituent les prochains travaux de Neobuild en faveur d’une construction durable, circulaire et saine.

Ralph Baden, ministère de l’Économie, Luc Meyer, Neobuild GIE

Article paru dans Neomag #80 - juillet 2026

Article
Article
Publié le vendredi 7 août 2026
Partager sur