
Le pari du digital
Face à la baisse des volumes d’impression, l’Imprimerie Centrale adapte ses outils, ses services et ses investissements pour conjuguer performance, qualité et sobriété.
Interview de Laurence Dernoeden, directrice artistique, Jérôme Kaiser, directeur des ventes, et Pierre Bronquard, conseiller commercial, à l’Imprimerie Centrale.
L’impression est souvent perçue comme une source de pollution. Quelles solutions proposez-vous pour réduire votre impact environnemental ?
Jérôme Kaiser : Nous faisons beaucoup d’efforts en ce sens. Tout d’abord, 95 % du papier que nous achetons est certifié FSC. Le bois qui le compose provient de forêts européennes et est transformé dans des usines européennes, ce qui implique des circuits d’acheminement courts. Nos clients ont ainsi la possibilité d’imprimer leurs brochures sur du papier FSC, mais aussi de bénéficier d’un suivi de l’impact carbone de leur production et, s’ils le souhaitent, de le compenser.
Nous utilisions par ailleurs une grande part de papier recyclé. Ce volume est toutefois en forte baisse en raison de la hausse des prix de l’énergie et de la pénurie de vieux papiers : on imprime de moins en moins et le fournisseur le plus important pour l’Europe - la Russie – n’est plus un partenaire.
Du côté des encres, des progrès significatifs ont également été faits : elles contiennent désormais moins de solvants et sont donc théoriquement plus simples à « laver » pour réutiliser les fibres de papier dans un processus de recyclage.
Quelle est l’incidence de l’augmentation globale des prix sur votre activité ?
JK : Elle conduit certains de nos clients à revoir le tirage ou la fréquence de leurs publications. Dans ce contexte, nous ne voyons plus de perspectives de croissance pour l’impression offset dans un futur proche. Nous avons donc réorienté une partie de nos investissements vers l’impression digitale.
Ces machines combinent performance, rapidité et qualité avec une consommation de papier réduite : là où la technologie offset implique de calibrer une machine lourde avec des feuilles de passe - donc de consommer du papier avant même de commencer à produire -, le digital permet d’imprimer uniquement le nombre d’exemplaires commandés. Cela en fait une technologie adaptée à des petits tirages et plus compétitive économiquement.
Pierre Bronquard : Ces prochaines années, le digital sera notre flagship pour répondre aux évolutions du marché, marqué par une baisse globale des volumes d’impression. Faire tourner une presse offset d’une grande capacité pour des tirages de 500 ou 1 000 exemplaires est un non-sens, à la fois écologique et économique.
L’impression digitale présente également l’avantage d’être moins énergivore. La majeure partie de l’électricité consommée par notre atelier est d’ailleurs produite par notre installation photovoltaïque. Autre avantage : les machines digitales chauffent moins que les presses offset, ce qui réduit les besoins en rafraîchissement de nos ateliers et offre un bénéfice direct en termes de confort aux employés qui travaillent sur ces postes.
Quelle capacité d’impression avez-vous désormais, avec votre atelier digital ?
JK : Avec les deux presses digitales que nous avons achetées ces deux dernières années, nous pouvons imprimer 30 000 pages par heure, 16 heures par jour, ce qui nous permet de livrer des tirages en quelques jours seulement.
Ces machines nous permettent de nous démarquer de nos concurrents en termes de réactivité. Nous sommes d’ailleurs la seule imprimerie au Luxembourg à en être équipée. Elles représentent toutefois un investissement conséquent : les deux presses Canon et les équipements associés ont nécessité un budget de 1,5 million d’euros en seulement 16 mois. Ces machines sont parfaites pour aligner notre offre sur les besoins de nos clients. La décision de les acquérir nous a demandé un an de réflexion et la réalisation d’une étude de marché approfondie. Les risques ont été soigneusement calculés : en un an, nous avons imprimé plus de 50 millions de pages avec la première machine digitale, ce qui a justifié l’achat de la seconde.
PB : Cela montre que la demande pour l’impression digitale est en pleine croissance. Notre objectif est désormais d’y transférer une partie de notre volume de production. Nous concentrerons donc nos investissements à venir sur le développement de notre atelier avec d’avantage d’équipements en amont et en aval de la chaîne de production, afin de fournir une palette de services encore plus complète à nos clients.
Si les volumes d’impression baissent, le papier a-t-il encore un avenir ?
JK : Même si les budgets d’impression se réduisent, puisqu’ils se divisent désormais entre les productions numérique et papier, nous avons le sentiment que nos clients ont besoin de revenir à quelque chose de tangible. Un document consulté sur un écran ne remplacera jamais l’expérience du toucher du papier.
Laurence Dernoeden : Notre enjeu pour les années à venir sera de trouver de nouveaux marchés en proposant de nouveaux services. Nous voulons convaincre nos clients qu’il est possible de produire, en digital, des publications haut de gamme, avec un rendu proche de l’offset, sur une variété de papiers aux textures et finitions différentes.
C’est précisément l’objectif des « Paper Days » que nous organisons au mois d’octobre. Lors de ces portes ouvertes, nous faisons découvrir à nos clients que l’impression digitale offre le bon équilibre entre simplicité, rapidité et qualité de production.
Le mailing papier a donc lui aussi toujours sa place ?
JK : C’est un service que nous offrons depuis une vingtaine d’années déjà et dont le succès ne se dément pas : nous imprimons aujourd’hui encore jusqu’à 8 millions de mailings par an. Avec tous les spams que nous recevons chaque jour, pour lesquels nous n’avons souvent même pas donné notre consentement, un courrier reçu dans sa boîte aux lettres inspire davantage confiance et donne le sentiment d’une communication réelle et personnalisée.
Vous comptez, parmi vos clients, de nombreux acteurs du secteur financier et êtes, par conséquent certifiés PSF par la CSSF. Quelles garanties cette certification offre-t-elle à vos clients ?
JK : La certification PSF est un atout pour nos clients parce qu’elle leur garantit que les données qu’ils nous confient sont gérées en parfaite conformité avec le RGPD et qu’elles sont totalement sécurisées dans nos serveurs. Ils ne courent aucun risque de perte ou de fuite d’information car nous avons mis en place des protections très élevées qui sont contrôlées chaque année par les autorités compétentes pour renouveler notre certification.
Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag#81 - septembre 2026
