
L’innovation n’a de valeur que si elle répond à un besoin concret
L’innovation fait partie de l’ADN et de la stratégie de CDCL. Elle aide l’entreprise à se différencier, mais aussi à gagner en qualité, en efficacité et en sécurité. C’est également une condition essentielle à sa pérennité.
Interview de Daniel Kling, directeur général de CDCL.
Quels sont les principaux défis auxquels votre entreprise doit répondre aujourd’hui ?
Nous devons construire mieux, avec moins de ressources, réduire l’impact environnemental de nos activités et améliorer la performance énergétique des bâtiments, tout en maîtrisant les coûts et les délais. L’innovation doit également répondre à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, renforcer la sécurité sur les chantiers et améliorer les conditions de travail. Elle doit enfin nous permettre d’anticiper les nouvelles exigences réglementaires ainsi que les attentes croissantes des clients en matière de qualité, de flexibilité, de circularité et de durabilité. Le véritable défi consiste à concilier l’ensemble de ces objectifs sans perdre de vue la faisabilité technique et économique des projets.
Comment l’innovation est-elle organisée chez CDCL ?
Elle n’est pas limitée à un seul département. Elle repose sur une démarche transversale, alimentée par les retours d’expérience de nos chantiers et par la collaboration entre nos différents métiers et services. Elle se traduit notamment par notre démarche Design for Build, qui consiste à intégrer le plus tôt possible les enjeux liés à la réalisation du projet. L’objectif est d’optimiser la conception, les méthodes constructives, les coûts, les délais et la qualité d’exécution dès les premières réflexions. L’innovation s’inscrit également dans notre culture d’amélioration continue. Nous analysons nos méthodes, capitalisons sur les expériences acquises et cherchons constamment à rendre nos processus plus efficaces et plus efficients. Chaque chantier peut ainsi devenir un terrain d’apprentissage et contribuer à faire progresser l’ensemble de l’entreprise.
D’où viennent les innovations que vous mettez en œuvre ?
Elles naissent souvent des besoins rencontrés sur le terrain, car nos équipes sont les mieux placées pour identifier les difficultés et imaginer des solutions concrètes. Elles se développent également grâce aux échanges entre nos départements, au recrutement de profils disposant de compétences spécifiques et diversifiées ainsi qu’à la veille technologique que nous menons sur les matériaux, les procédés constructifs et les outils numériques ; Les partenariats jouent aussi un rôle déterminant. Collaborer avec des bureaux d’études, des architectes, des fournisseurs, des start-ups ou des partenaires industriels permet de croiser les expertises et d’accélérer la mise en œuvre de nouvelles solutions. L’innovation repose avant tout sur l’intelligence collective.
Dans quels domaines innovez-vous ? Et quels axes vous semblent les plus prometteurs pour prochaines années ?
Nous innovons principalement dans l’optimisation des méthodes constructives, la préfabrication, la construction hybride, la digitalisation et l’amélioration de la performance environnementale de nos projets. Depuis plusieurs années, nous développons notamment notre expertise dans la construction hybride bois-béton avec le système CREE. La préfabrication offre de nombreux avantages : une qualité plus constante, une meilleure préservation des matériaux, une moindre dépendance aux conditions météorologiques et une sécurité accrue sur les chantiers. Elle permet également d’optimiser les délais, de réduire la quantité des déchets et de favoriser la circularité.
Pour les cinq à dix prochaines années, les axes les plus prometteurs seront certainement l’industrialisation de la construction, la construction modulaire et hors site, le réemploi des matériaux ainsi que la réduction de l’empreinte carbone sur l’ensemble du cycle de vie des bâtiments. Le numérique, l’exploitation plus poussée des données, l’intelligence artificielle et l’automatisation contribueront également à améliorer la conception, la préparation et le suivi des chantiers.
Rencontrez-vous des obstacles ?
Oui, plusieurs. Le premier est économique. Une innovation nécessite souvent un investissement initial important, alors que le secteur reste fortement soumis à la pression des prix. Les bénéfices doivent pourtant être évalués dans une perspective plus large, en intégrant qualité, délais, sécurité, maintenance et cycle de vie du bâtiment. La réglementation et les procédures d’autorisation peuvent également ralentir l’adoption de nouvelles solutions. À cela s’ajoutent la fragmentation du secteur et la multiplicité des intervenants : pour qu’une innovation fonctionne, elle doit être comprise et adoptée par l’ensemble de la chaîne de valeur et des protagonistes à l’acte de construire. Il existe enfin un facteur culturel. Le secteur de la construction s’appuie sur des méthodes éprouvées. Introduire une nouvelle solution implique de démontrer sa fiabilité, de former les équipes et d’accompagner le changement. L’innovation doit apporter une véritable valeur ajoutée et rester pragmatique : elle n’a de sens que si elle répond concrètement à un besoin.
Quelles sont les réalisations récentes dont vous êtes particulièrement fier ?
Je citerais d’abord l’Automobility Incubator à Bissen, réalisé pour le ministère de l’Économie, en tous corps d’états. Ce projet repose sur le système constructif hybride bois-béton CREE et illustre notre volonté de développer des méthodes plus durables, circulaires et performantes. La préfabrication nous a permis de gagner en qualité et en efficacité tout en réduisant l’impact environnemental de la construction.
Je citerais également les culées et le tablier réalisés par CDCL dans le cadre du projet OA14, l’un des plus grands ponts ferroviaires de type bowstring en Europe. Il s’agit d’un ouvrage techniquement exigeant, qui a nécessité une préparation particulièrement rigoureuse, une coordination précise et la mise en œuvre de méthodes adaptées aux contraintes du projet. C’est aussi une belle illustration de l’innovation appliquée au génie civil : elle ne réside pas toujours dans un produit entièrement nouveau, mais également dans notre capacité à concevoir et exécuter différemment des ouvrages complexes.
Pour finir, je mettrai en avant l’accélération et les progrès significatifs réalisés dans la préparation et la digitalisation de nos chantiers. Chez CDCL, nous sommes convaincus que la réussite d’un projet se joue d’abord et avant tout avant le démarrage des travaux. Nous investissons fortement dans la préparation en mobilisant les méthodes, le BIM et les outils de simulation afin de visualiser les ouvrages, anticiper les contraintes d’exécution et optimiser l’organisation des équipes. Les plans de phasage de chantier, les simulations de rotation des banches, les analyses logistiques ou encore les maquettes numériques permettent de mieux préparer les interventions et de partager une compréhension commune du projet avec l’ensemble des acteurs du chantier, de l’ingénieur à l’ouvrier. Cette démarche est aujourd’hui complétée par la digitalisation de nos opérations grâce à des plateformes collaboratives de chantier, qui facilitent le suivi en temps réel, la gestion documentaire, la qualité et la coordination.
Article paru dans Neomag#81 - septembre 2026
