
Comment garantir la performance réelle des installations ?
Le rendement d’une installation ne se joue pas uniquement au moment de son installation. Du dimensionnement de la pompe à chaleur à l’intégration du photovoltaïque, en passant par le monitoring énergétique, la régulation des équipements ou encore la gestion de l’eau, chaque étape contribue à l’efficacité énergétique du bâtiment.
Interview GABBANAELCOM
Quelles sont les étapes-clés pour garantir les performances d’une pompe à chaleur ?
Christian Link : Pour qu’une pompe à chaleur (PAC) soit pleinement efficace, elle doit avant tout être bien dimensionnée. Pour les bâtiments neufs, il est assez simple de calculer ses besoins. Nous disposons en général de toutes les données nécessaires : nous pouvons notamment nous baser sur l’as-built et sur la valeur U du bâtiment, et nous savons que ces bâtiments, parce qu’ils sont très étanches, requièrent de fait un bas régime de température.
Pour les bâtiments existants, cela s’avère un peu plus compliqué : il faut au préalable reprendre les plans de l’architecte pour comprendre quand et comment le bâtiment a été construit, établir des relevés sur site et croiser ces informations pour calculer les déperditions, réaliser l’équilibrage du système hydraulique et dimensionner la pompe de transfert pour que chaque unité terminale soit desservie correctement en chaleur ou en froid, car c’est en garantissant que l’énergie est bien envoyée là où on en a besoin que l’on pourra en épargner.
Ensuite, il faut dessiner les plans les plus détaillés possibles pour que la mise en œuvre soit réalisée efficacement, sans perte de temps.
Comment coordonner pompe à chaleur et photovoltaïque ?
Louis Fridrick : La production photovoltaïque doit être en adéquation avec la consommation électrique du bâtiment pour garantir le retour sur investissement de l’installation. C’est pourquoi nous réalisons une étude avant de déterminer le nombre de panneaux nécessaires. Pour récupérer l’énergie produite en l’absence des occupants, nous préconisons des batteries couplées à un EMS (Energy Management System) qui distribue l’énergie vers les différents consommateurs : la PAC, le ballon d’eau chaude, mais aussi la borne de recharge pour voiture électrique. La batterie de cette dernière peut être utilisée pour augmenter la puissance de stockage et décharger le réseau, mais il faut que le véhicule soit conçu pour pouvoir réinjecter de l’énergie dans le réseau. Cette fonctionnalité devrait se démocratiser progressivement au cours des prochaines années. Il en va de même pour les nouvelles bornes, qui devront être compatibles avec les protocoles permettant la recharge bidirectionnelle à partir de 2027. Il faut savoir que la capacité d’une batterie de voiture est dix fois supérieure à celle d’une batterie domestique.
Alexandre Kieffer : L’objectif est d’autoconsommer l’énergie produite plutôt que de l’injecter dans le réseau, d’abord parce que la quantité grandissante d’électricité photovoltaïque commence à déséquilibrer le réseau, ensuite parce que les nouvelles tarifications destinées à stabiliser le réseau pourraient bientôt nous amener à payer une tarification négative dans certains cas. Dans ce contexte, un des défis actuels est d’uniformiser les protocoles de communication.
Quelle est l’importance du monitoring énergétique ?
Victor Hann : En matière de gestion technique des installations de chauffage, de ventilation et de climatisation des bâtiments, les maîtres mots sont économie et optimisation. Pour traquer les surconsommations d’énergie, nous synchronisons les données issues de compteurs d’électricité, calorifiques et d’eau, avec la production photovoltaïque. Nous obtenons ainsi des courbes qui permettent de connaître la consommation réelle de chaque installation et de déterminer comment optimiser l’installation : ajustement des points de consignes, adaptation des plages horaires de fonctionnement, etc. L’idée est de trouver des régimes justes de manière à minimiser les consommations, épargner de l’énergie et réduire les coûts de fonctionnement. Tout cela se fait via la gestion technique du bâtiment, qui permet de garder un œil sur l’entièreté du système. Au-delà des économies réalisées, le monitoring permet de garantir la pérennité des installations, mais aussi d’établir une facturation précise dans les bâtiments regroupant plusieurs locataires. Nous intervenons ensuite sur la régulation que nous programmons de manière à garantir le confort de l’utilisateur sans surconsommation. Pour cela, nous devons tenir compte de nombreux paramètres tels que les différentes conditions extérieures, l’exposition des locaux et les habitudes d’utilisation afin d’agir de manière réfléchie sur la gestion des températures, des stores, de l’éclairage.
Comment cela se traduit-il dans un projet d’envergure ?
Michaël Zolfo : Nous avons installé un bac à glace de 347 m3 d’eau/de glace, 11,5 mètres de diamètre et 4 mètres de haut dans une école au Kirchberg. Ce type d’équipement remplace une installation géothermique et permet de garder un régime de fonctionnement très stable sur la durée, via un cycle régénératif et sans impact sur l’environnement. Concrètement, en hiver, on extrait la chaleur contenue dans un volume d’eau enterré dans le sol. Cette eau est ainsi transformée en glace, dont on se sert pour produire du froid en été. Ce système est couplé à des panneaux solaires thermiques qui prennent le relais si on n’arrive pas à produire ou à faire fondre suffisamment de glace, ce qui lui permet d’être complètement indépendant du point de vue énergétique. Ce type d’installation qu’on ne voyait que dans les grands bâtiments se décline désormais aussi dans les maisons familiales.
De manière générale, les techniques de production ont fait un bond en avant cette dernière décennie : on est passés de simples chaudières à des systèmes globaux qui sont de moins en moins dépendants des conditions extérieures. Et le métier s’est complexifié : on ne parle plus d’installateurs, mais de techniciens aux compétences diverses.
Comment encadrez-vous cette évolution ?
Sandra Mouton : Pour réaliser ces installations, nous avons besoin de salariés de plus en plus performants et de mieux en mieux formés. C’est pourquoi nous formons l’encadrement, l’administration et les salariés sur le terrain aux évolutions, techniques ou autres, qui impactent notre secteur. Nous offrons également un soutien aux clients finaux concernant les aides disponibles pour réaliser leur installation.
Alexandre Kieffer : Nous avons effectivement besoin de profils qualifiés et bien formés, qui vivent la technique au quotidien et qui sont aussi avides de progresser. L’évolution de nos métiers les rendent beaucoup plus intéressants et prometteurs, notamment pour les jeunes. L’artisanat a besoin de cette attractivité pour subsister. Concernant l’intelligence artificielle, par exemple, l’artisanat a développé une certaine résilience et va l’intégrer de manière beaucoup plus productive que dans le domaine purement administratif.
Comment garantir la performance des installations sur le long terme ?
David Hengel : La performance énergétique d’une installation ne s’arrête pas à sa mise en service. Pour conserver son efficacité et sa fiabilité dans le temps, il est indispensable de prévoir un entretien régulier, des contrôles périodiques et un suivi technique adapté. Les installations modernes intègrent aujourd’hui de nombreuses technologies interconnectées : pompes à chaleur, systèmes photovoltaïques, gestion technique du bâtiment, bornes de recharge ou encore systèmes de stockage d’énergie. Une maintenance préventive permet de détecter rapidement les dérives de fonctionnement, d’éviter les pannes et de préserver les performances initiales de l’installation.
Sandra Mouton : Les technologies évoluent rapidement et les métiers de la maintenance et du dépannage évoluent avec elles. Les techniciens qui interviennent sur ces équipements doivent continuellement actualiser leurs compétences pour maîtriser les nouveaux systèmes de régulation, les protocoles de communication ou encore les outils de diagnostic. C’est un enjeu majeur, car la qualité de la maintenance conditionne directement la durée de vie des installations, leur efficacité énergétique et le confort des utilisateurs.
Nous avons beaucoup parlé d’énergie, mais qu’en est-il de l’eau ?
Loïc Marchal : L’eau est une ressource qui se raréfie et pour la préserver, il faut consommer moins, et surtout consommer mieux. Pour cela, la récupération de l’eau de pluie et sa redistribution sur les sanitaires, les zones de lavage et l’arrosage automatique peuvent être combinés à des mesures un peu plus simplistes comme l’utilisation de chasses d’eau à double volume ou de pommeaux de douche à débit réduit.
Alexandre Kieffer : Il existe aussi des systèmes de récupération de la chaleur contenue dans les eaux grises. Nous avons réalisé une installation pionnière dans une résidence au Luxembourg, mais nous avons constaté au fil du temps que les débits d’eaux grises étaient insuffisants, ce qui générait des problèmes de fonctionnement au niveau des échangeurs permettant de transférer l’énergie du fluide vers la source primaire. Pour que ces solutions fonctionnent de manière optimale, il faut un débit d’eau constant, régulier, et avec un certain volume. Elles sont donc particulièrement adaptées à des collectivités d’envergure, qui ont une activité régulière et un taux d’occupation important, comme des piscines ou des centres sportifs.
Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #80 - juillet 2026
