
Un système connecté à son environnement
20 ans d’existence, ça se fête, y compris pour un « objet » construit ! L’occasion de revenir sur le choix technique disruptif opéré par le bureau allemand Transsolar, en partenariat avec les architectes de SANAA, pour ce projet d’école. Zoom sur l’école de design de Zollverein, à Essen en Allemagne, par Kazuyo Sejima & Ryue Nishizawa (SANAA).
Une approche méticuleuse
Transsolar est un bureau d’ingénierie reconnu internationalement qui œuvre depuis près de trente ans à la conception de projets phares, respectueux de l’environnement. Leur démarche peut être résumée à trois phases-clefs : en premier, une analyse approfondie du site, de son contexte et de ses potentialités (conditions climatiques présentes et à venir, confort intérieur et extérieur, aspects liés à la santé) ; en second, une définition des contraintes du site (patrimoine construit et végétal, disponibilité des ressources, résilience du site) ; troisièmement, l’élaboration d’un concept-réponse au travers des données recueillies durant les deux phases précédentes, qui propose des solutions constructives et d’approvisionnement d’énergie(s) durable préservant l’environnement et ne contribuant pas au changement climatique, indépendamment de l’objet d’étude (bâtiment isolé, quartier entier, construction existante ou non, etc.).
Le « bâti » est envisagé comme un système connecté à son environnement, avec lequel il interagit ; au travers de simulations dynamiques complexes, Transsolar met en œuvre des stratégies à faible empreinte environnementale qui prennent en compte le contexte mais également l’évolution du climat.
Le programme
L’École de gestion et de design de Zollverein se positionne au cœur de la région de la Ruhr, ancien fief de l’industrie charbonnière allemande. Après le classement au patrimoine mondial de l’UNESCO de certaines zones, un plan directeur visant à redynamiser l’activité touristique de la région fut élaboré par l’architecte néerlandais Rem Koolhaas, plan intégrant ce projet d’école.
À proximité de ce qui fut autrefois la plus grande mine de charbon au monde, l’école impose sa volumétrie massive ; elle consiste en un cube de 35 mètres de côté s’inspirant librement des constructions industrielles modernistes avoisinantes au caractères symétrique, fonctionnel et rigoureux conçues par les architectes Fritz Schupp et Martin Kremmer. Le bâtiment se développe sur quatre niveaux d’environ 1 200 m2 chacun, dont les hauteurs comprises entre 4,5 et 10 mètres sont déterminées en fonction des activités ; le toit-terrasse accessible au public est tantôt couvert, tantôt ouvert. La façade en béton architectonique est percée de 150 baies : chacune semble différente et disposée aléatoirement, mais toutes sont regroupées selon quatre dimensions standardisées et positionnées de manière fonctionnelle, selon les besoins et fonctionnalités des espaces.
Au rez-de-chaussée se situe l’accueil, la cafétéria, un espace d’exposition et un auditoire ; les espaces de travail et les ateliers non cloisonnés et entièrement modulables - nécessitant une pleine hauteur de 10 mètres - se situent au premier étage ; les second et troisième étages sont dévolus aux espaces d’étude, aux bureaux, aux salles de réunion et à la bibliothèque. La séparation entre espaces se crée majoritairement au travers de voiles translucides et de cloisons largement vitrées, ainsi qu’au travers de murs en béton lorsqu’une fonction portante est assumée. La structure entière de l’édifice est étonnamment et visuellement légère : seuls trois noyaux contenant les circulations verticales, deux colonnes en acier et de fins murs extérieurs portent les dalles de béton allégées à l’aide de sphères (type BubbleDeck ou Cobiax).
Maintenir la température sans isoler
C’est ici que se situait l’innovation du moment. Car si les façades monolithiques en béton armé sont si minces, c’est parce qu’elles ne sont pas thermiquement isolées ; afin de conserver un climat intérieur confortable en toutes circonstances et bien que le climat à Essen soit très tempéré (les températures oscillent classiquement entre 0 et 30 °C et ne dépassent que rarement ces valeurs), un réseau de gaines encastré dans ces façades transporte de l’eau en provenance des anciennes galeries minières. La DSK, entité publique propriétaire de l’ancienne mine Zeche Zollverein (bien que fermée depuis 1986) maintient une accessibilité constante aux puits et aux galeries en vue d’une éventuelle réouverture et réexploitation du site, et se voit donc dans l’obligation de pomper en continu les eaux souterraines susceptibles d’inonder la mine, eaux par la suite rejetées dans l’Emsch au rythme d’un débit de 600 m³/h. Ces eaux conservent une température constante de l’ordre de 28-29 °C qui, une fois injectées et conduites dans le réseau intégré au bâtiment, suffisent à maintenir celui-ci à bonne température. Un système pratiquement neutre en termes d’impacts.
Régis Bigot, architecte & Innovation Project Manager chez Neobuild GIE
Article paru dans Neomag #80 - juillet 2026
Photo : © Petr Šmídek
Data
Client : Entwicklungsgesellschaft Zollverein EGZ
Date d’achèvement : 2006
Architecture : SANAA, Heinrich Böll
Stabilité : Bollinger + Grohmann
Physique du bâtiment : Horstmann + Berger
Génie climatique : Transsolar
Récompenses :
2006 : Distinction pour les bonnes constructions ;
2007 : Prix allemand d’architecture ;
2008 : Prix d’architecture du béton, mention spéciale ; 2010 : Prix d’architecture de la ville d’Essen



