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Monitoring énergétique : la Shiva du bâtiment

Monitoring énergétique : la Shiva du bâtiment

Réduction des consommations, anticipation des dérives et des pannes, amélioration du confort, sensibilisation des occupants… : le monitoring devient incontournable à mesure que les bâtiments gagnent en technicité.

Rencontre avec Émeline Canu, responsable du département PORTAL chez AIO — All in One Technologies, et Benoît Lespagnol, directeur général

De multiples raisons incitent aujourd’hui à mettre en place un monitoring énergétique dans les bâtiments tertiaires et industriels, à commencer par la réglementation qui vise à réduire la dépense énergétique à son seuil le plus bas. Elle oblige notamment à prévoir un système de gestion automatisée sur toute installation de grande envergure. S’y ajoutent des paramètres économiques, extra-financiers et liés à l’image de marque des entreprises — un suivi énergétique est même imposé par certains labels RSE.

Mais l’intérêt réel du monitoring reste qu’il permet d’optimiser les charges d’exploitation. Car, avant de pouvoir réduire les consommations, il faut d’abord les mesurer. Et le fait de détecter les anomalies avant qu’elles ne dérivent et ne fassent augmenter drastiquement la consommation énergétique ou, pire, provoquent une panne importante, est, de facto, source d’économies substantielles. Enfin, les valeurs qu’il fait ressortir peuvent être communiquées aux utilisateurs pour les conscientiser et leur permettre d’agir, l’implication des utilisateurs étant fondamentale à la réussite d’une démarche de réduction des consommations.

Mais, avant de le mettre en place, un monitoring se construit. « Il est fondamental d’adopter une méthodologie, une démarche extrêmement structurée pour être efficace par rapport au but recherché, qui est le premier élément à définir. Pour un bâtiment neuf, l’objectif sera d’intégrer autant que possible le plan de mesurage dès la conception. Et pour un bâtiment ancien, un audit permettra de cartographier l’existant — les plus gros consommateurs, les risques de déviation – avant de définir l’architecture technique : quelle sonde ? Quel compteur ? Pour mesurer quoi ? À quel endroit ? Quel type de connectivité ? Quelle plateforme de gestion de l’énergie ? Quel niveau d’analyse des données ? Nous essayons de proposer les solutions les moins intrusives possibles », explique Émeline Canu, responsable du département PORTAL chez AiO.

La clé d’une gestion énergétique rentable est souvent la réduction du hardware. « L’idée n’est pas d’installer des capteurs pour installer des capteurs, mais plutôt de tabler sur des softwares capables de récupérer les données d’une GTC existante. Ne placer des capteurs supplémentaires qu’à des endroits stratégiques — pour mesurer ce qui est réellement nécessaire — permet de limiter les coûts. Et il ne faut pas sous-estimer le fait qu’une fois les données récoltées, il faut encore les traiter et les mettre en corrélation les unes avec les autres. Donc, d’un point de vue financier comme en termes d’efficacité, mieux vaut démarrer petit, avec une méthodologie d’analyse. Nous privilégions par ailleurs les solutions câblées au Wi-Fi pour garantir la fiabilité des données et résoudre les erreurs potentielles de comptage ou de communication à la source, et nous proposons des solutions qui gèrent toutes sortes de protocoles : l’interopérabilité est primordiale », ajoute Benoît Lespagnol, directeur général de AiO.

Une quinzaine de personnes étaient présentes lors de la session wake-up du 21 mai animée par Benoît Lespagnol et Emeline Canu
Une quinzaine de personnes étaient présentes lors de la session wake-up du 21 mai animée par Benoît Lespagnol et Emeline Canu

L’objectif premier est d’alerter la bonne personne au bon moment en cas de déviance. Les « fausses » alarmes sont, en effet, extrêmement coûteuses en temps et pèsent également dans le bilan carbone en générant des déplacements inutiles. « La gestion des alarmes doit être la plus intelligente possible, avec une lecture automatisée des dépassements de seuils qui permet une précorrection des artefacts. Ces seuils doivent bien sûr être adaptés aux variations de consommation, en fonction des saisons ou de l’occupation par exemple. Et tout dépassement et toute action doivent être enregistrés pour pouvoir établir des bilans », précise Émeline Canu.

On imagine souvent qu’un bâtiment neuf et performant fonctionnera parfaitement par lui-même. Pourtant, plus un bâtiment est technique, plus son pilotage est complexe. Benoît Lespagnol rapporte l’exemple récent d’un bâtiment tertiaire passif : « Une GTC gérait les équipements électriques, une autre les installations HVAC. Les stores dépendant de la partie électrique, aucune corrélation n’était établie entre l’ensoleillement, la gestion de l’ombrage et la température intérieure. Résultat : en été, quand les occupants quittaient les lieux en laissant les stores ouverts alors qu’il restait encore plusieurs heures d’ensoleillement, le bâtiment surchauffait. Et ce, sans possibilité de le rafraîchir efficacement puisque, dans un bâtiment passif, il n’existe pas de climatisation active et que le free-cooling nocturne est insuffisant lorsque les températures sont trop élevées ».

Cet exemple démontre l’importance d’une intégration des systèmes techniques et d’un monitoring performant pour identifier rapidement l’origine des dysfonctionnements et ajuster les paramètres d’exploitation avant que les problèmes ne s’installent. C’est précisément là que se joue l’écart entre la performance théorique d’un bâtiment et sa performance réelle en exploitation. « Aujourd’hui, les installations sont de plus en plus sophistiquées et coûteuses. Il devient donc difficile de justifier l’absence de monitoring, surtout dans un bâtiment neuf ; d’autant plus que le coût reste relativement faible par rapport à l’investissement global, alors que les gains en confort, en performance énergétique et en maîtrise de l’exploitation sont considérables tout au long du cycle de vie du bâtiment », précise-t-il.

À terme, l’IA pourrait parfaitement s’intégrer dans ces systèmes où elle remplirait progressivement plusieurs tâches jusqu’à l’étape ultime : prendre la main sur la maintenance prédictive. « Les développements s’accélèrent et, plutôt que de simples observateurs, nous souhaitons être moteurs dans ce domaine. Nous étudions actuellement des solutions prometteuses pour tester l’implémentation de l’IA au sein d’un monitoring actif des bâtiments. L’objectif est clair : détecter encore plus efficacement et rapidement les anomalies et interagir directement avec la GTC pour piloter et optimiser les flux énergétiques en temps réel afin de réduire les consommations énergétiques.

Nous étudions aussi les synergies avec certaines filiales de nos actionnaires, notamment d’acteurs comme Teseos — détenteur de 33 % du capital d’AiO depuis novembre dernier. L’idée étant de partager connaissance et expériences », conclut Benoît Lespagnol.

Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag #80 - juillet 2026