
Des services pour accélérer la transition numérique des entreprises
Le Digital Innovation Hub est une initiative gouvernementale qui regroupe Luxinnovation, le LIST, la Luxembourg House of Cybersecurity (LHC) et l’Université. Lancé en 2022 pour accélérer la digitalisation des PME, il rejoint l’European Digital Innovation Hub en 2023. Une nouvelle phase s’ouvre aujourd’hui, avec un scope élargi à la construction.
Interview de Mickael Desloges, Senior Advisor – Assesments & Roadmaps chez Luxinnovation.
Comment le Digital Innovation Hub (DIH) aide-t-il concrètement les PME ?
Notre mission s’articule en deux phases. J’appelle la première le « faire savoir et faire connaître ». Elle consiste à diffuser un maximum d’informations sur les technologies existantes ou en cours de développement, leurs applications concrètes, ainsi qu’à partager les retours d’expérience d’autres entreprises. Le manque de connaissances, que ce soit des technologies ou de l’écosystème, peut constituer un premier obstacle à la digitalisation des entreprises Pour y remédier, nous organisons des événements, des webinaires et des rencontres. Cette année, par exemple, nous avons emmené 16 industriels à Paris pour une visite du salon Global Industrie et une immersion au sein du CEA-list, l’un des pôles de recherche du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives, où sont testées les innovations d’aujourd’hui et de demain.
Notre deuxième mission est d’accompagner concrètement les entreprises à travers une offre de services : un diagnostic de la maturité digitale de l’entreprises et des employés, un diagnostic sur la cybersécurité ou encore les « tests before invest » qui permettent de simuler des solutions avant d’envisager un investissement parfois conséquent. Ces prestations sont financées à parts égales par le gouvernement luxembourgeois à travers les aides d’État et par l’Union européenne. Elles sont donc entièrement gratuites pour les entreprises qui n’ont ni trésorerie à avancer, ni démarche administrative à entreprendre.
Quelles conditions une entreprise doit-elle remplir pour être éligible ?
Il n’y a que deux critères à respecter : appartenir à un des secteurs ciblés (construction, industrie manufacturière, artisanat, commerce et distribution, hôtellerie et restauration) et compter moins de 3 000 employés dans le monde.
Est-ce que vous adoptez la même approche pour tous les secteurs, ou est-ce qu’il y a des spécificités propres à chacun ?
Certaines approches sont transversales. C’est notamment le cas des diagnostics : la maturité digitale de l’entreprise et son niveau de cybersécurité sont évalués à travers un questionnaire général, une discussion approfondie et, éventuellement, une visite de l’atelier ou de la ligne de production. Cela nous permet de sentir si l’entreprise a réellement un « esprit digital » - certaines disposent en effet d’outils performants, mais ne les exploitent pas à leur plein potentiel.
En revanche, dès lors qu’il s’agit de tester des solutions, l’approche est beaucoup plus personnalisée. Chaque entreprise a ses attentes et ses besoins propres.
Les événements que nous organisons sont également adaptés aux différents secteurs d’activité. Par exemple, nous devrions proposer prochainement une visite à Paris d’un salon dédié à la construction, combinée avec des rencontres de fournisseurs de solutions pour ce secteur. L’objectif est de permettre aux entreprises d’identifier les technologies qui pourraient répondre à leurs besoins actuels, tout en leur donnant une vision de ce que pourrait être leur environnement de travail dans les années à venir.
Combien d’entreprises avez-vous accompagnées jusqu’à présent ?
Une bonne soixantaine. Notre objectif est que les entreprises progressent digitalement, que ce soit avec le DIH ou avec un autre programme. Si cela est pertinent, nous pouvons les rediriger vers d’autres types d’accompagnement comme Fit 4 Digital ou Fit 4 AI.
Combien de temps une telle démarche prend-elle habituellement ?
Il faut, en général, à une entreprise qui se lance dans une telle démarche, entre 12 et 18 mois pour réaliser le diagnostic et mettre en œuvre efficacement les recommandations qui en découlent. Les PME sont souvent absorbées par les urgences du quotidien : terminer un chantier, être livrées ou payées dans les temps, décrocher de nouveaux marchés, gérer l’administratif, etc. Elles ont rarement le temps de prendre du recul. Pourtant, c’est précisément cette prise de recul qui leur permettrait de constater qu’une digitalisation insuffisante ou des outils sous exploités leur font perdre encore plus de temps.
Pouvez-vous citer des exemples concrets d’accompagnements que vous avez menés ?
Le DIH a suivi un fabricant de revêtements de sols confronté à une forte variation des taux de rebut sur une de ses lignes de production. Le LIST a réalisé un « test before invest » afin d’identifier des pistes d’amélioration. L’entreprise n’a eu aucun investissement à consentir. Elle a juste eu besoin de mettre à disposition des chercheurs les données issues de cette ligne de production. Il en est ressorti une amélioration des processus et une diminution conséquente des déchets.
Nous avons également accompagné un constructeur de cuves qui a compris, grâce aux diagnostics, qu’avant de parler d’optimisation des processus et d’intelligence artificielle, il devait d’abord collecter des données correctes. En effet, si on injecte de mauvaises données dans l’IA, elle prend de mauvaises décisions.
Nous avons mis en contact l’un des industriels présents au Global Industrie avec l’ambassade du Luxembourg en France pour favoriser son développement côté français.
Je me rappelle aussi, dans ma précédente activité professionnelle, avoir travaillé sur les données relatives aux devis et aux coûts réels pour transformer notre méthode de chiffrage, ce qui nous avait permis de réduire le temps passé à les établir, passant de plusieurs semaines à 48 heures, tout en obtenant des estimations beaucoup plus proches de la réalité.
Cela montre que la transformation numérique ne consiste pas uniquement à reproduire des processus existants en version digitale, mais aussi à être capable de les remettre en question.
Mélanie Trélat
Article paru dans Neomag#81 - septembre 2026
